Jeudi 15 mai 2008
 
Avec La Morale des elfes, le lecteur découvre l’un des chapitres d’Orthodoxie, un des ouvrages magistraux de Chesterton et qui vient d’atteindre ses cent ans d’existence. Traduit par Jérôme Vérain, ce texte exprime la compréhension très particulière que G.K.C. avait de la démocratie en même temps qu’il offre sa critique sans concession de la modernité, rationaliste et déterministe. On se demandera pourtant pourquoi Chesterton a tenu à se placer sous l’étendard de « la morale des elfes ».
Dans la postface qu’il a consacrée à ce texte, Jérôme Vérain en donne la raison sous le titre qu’il a retenu : « L’esprit d’enfance ». Pour Chesterton, en effet, le monde moderne est un univers ridé qui se croit encore vaillant parce qu’il recycle les eaux usées des vieilles hérésies. G.K.C. le remarque dans Orthodoxie, au chapitre précédent celui sur la morale des elfes.
Son explication ? Elle est souvent citée, mais partiellement, comme si c’était seulement un jeu avec des mots et non l’analyse profonde du drame moderne. Or Chesterton va bien à la racine de la question : « Quand un certain ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi de vieilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Nous voyons des savants épris de vérité, mais leur vérité est impitoyable ; des humanitaires uniquement soucieux de pitié, mais leur pitié – je regrette de le dire – est souvent mensongère ». Que l’on songe aux apprentis sorciers de la génétique ou à l’extravagante aventure de l’Arche de Zoé et l’on verra combien ce texte est prophétique.
La morale des elfes représente donc tout le contraire d’un monde vieilli. C’est l’apologie de l’émerveillement et de la tradition, conçue comme ce qui est commun à tous les hommes. D’où la philosophie de Chesterton résumée en une ligne : « Les choses ordinaires ont plus de valeurs que les choses extraordinaires ; bien plus, ce sont elles qui sont extraordinaires ».

Le titre d'origine de ce chapitre est The Ethics of Efland. Il a été diversement traduit. Dans la première traduction en langue française de Charles Grolleau (1923), il est proposé : "L'Éthique du pays des fées". Dans l'édition Idées/Gallimard de 1984, Anne Joba a traduit par "Les éthiques au royaume des Elfes". Jérôme Vérain a donc retenu pour sa part "La morale des Elfes".
Le chapitre de Chesterton va de la page 7 à la page 45. Le reste est composé des notes, de la postface (intéressante) du traducteur, des notes de la postface et d'une courte biographie en dates de Chesterton. Il faut féliciter le traducteur et l'éditeur de ce travail, car en peu de pages (64 pages au total), ce petit livre représente une bonne entrée en matière pour qui veut découvrir G.K.C. Il faut saluer le travail de Jérôme Vérain qui me semble être bien entré dans l'esprit de l'auteur et le féliciter pour les notes éclairantes et nécessaires pour le lecteur français du XXIe siècle. Un vrai travail d'édition.
Signalons une petite erreur, sans conséquence. Il est indiqué (P. 57) que l'autobiographie de Chesterton, L'Homme à la clef d'or est inédite en français. Or, le livre existe bien, depuis 1948 même, édité par DDB, avec une traduction de Maurice Beerblock. C'est un fort volume de 532 pages, dont beaucoup de notes explicatives.
Autre petite erreur de détail (P. 62). Les obsèques de Chesterton ne sont pas célébrées en la cathédrale de Westminster, mais dans l'église catholique de Beaconsfield. En revanche, la messe de requiem a bien été célébrée le samedi 27 juin 1936, deux semaines après la mort de Chesterton, en la cathédrale de Westminster. 2 000 personnes étaient présentes. La messe a été célébrée par Monseigneur John O'Connor (le modèle de Father Brown), assisté comme diacre par le père bénédictin Ignatius Rice. Les deux prêtres avaient reçu Chesterton dans l'Église catholique en 1922. Un autre ami, le père dominicain Vincent McNabb (voir
ici) remplissait le rôle de sous-diacre. Le panégyrique du défunt a été prononcé par un autre grand ami de Chesterton, Monseigneur Ronald Knox. Le cardinal Hinsley, archevêque de Westminster, a lu le message adressé par le cardinal Pacelli au nom du pape Pie XI.


La Morale des Elfes
, Éditions Mille et une nuits, 64 pages, 3 €
Site de l'éditeur :
.
par Les amis de Chesterton publié dans : Information
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mercredi 14 mai 2008
Parmi les éditions récentes de Chesterton, en France, citons Le Jardin enfumé que l'on doit aux éditions de l'Arbre vengeur. Ce petit recueil contient trois contes policiers, bien à la manière de l'auteur. L'un d'entre eux a donné le titre au livre dans son édition de 2007. Initialement paru sous le titre The Garden of Smoke (1919), ce conte est accompagné de Le Cinq de pique (The Five of Swords, 1919) et de La Tour de la trahison (The Tower of Treason, 1920). C'est sous dernier titre que le livre était déjà paru en 1977, dans la collection Marginalia, aux éditions Jacques Glénat. La nouvelle édition est bien réussie, d'un format plus agréable et d'une meilleure lisibilité.
Il est difficile de résumer de telles histoires. Il est préférable de les lire. Seulement, il faut faire confiance à l'auteur et à l'éditeur, être convaincu que l'on pourra être satisfait d'une telle découverte. L'esprit d'aventure manque le plus souvent aux lecteurs. Or, lire Chesterton, c'est souvent tenter une aventure.
L’émerveillement, l’extraordinaire sous des dehors ordinaires, c’est la clef du livre Le Jardin enfumé, admirablement préfacé par un très bon connaisseur de Chesterton, François Rivière. Au début de ce recueil de trois contes policiers, Rivière cite fort justement l’avis de Jorge Luis Borges : « Je pense que Chesterton est l’un des premiers écrivains de notre temps ». Mais François Rivière ne se trompe pas non plus quand il nous parle de G.K.C. comme d’un « grand voyant de l’invisible ». Dans les « contes » policiers de ce recueil, le lecteur côtoie effectivement un mélange de métaphysique, de mystère et d’intrigue classique, au point parfois de se demander s’il ne perd pas pied. Finalement, non, ce n’est pas le cas, car un retournement se produit. Mais il s’aperçoit alors que le romancier l’a conduit beaucoup plus loin que prévu. Et l’émerveillement, comme matériau constitutif du conte, laisse alors la place à l’émerveillement qui habite le lecteur, pareil à cette « Joie » dont parlait C.S. Lewis.
Il faut saluer le travail de l'éditeur et ne pas hésiter à aller visiter son site pour découvrir ce livre (et d'autres) : ici.
On peut aussi feuilleter quelques pages : .
Bonne nouvelle également : L'Arbre vengeur propose désormais un "badge" avec l'effigie de Chesterton (on trouve aussi Bloy et Richepin, par exemple). Plusieurs modèles existent, avec cinq couleurs différentes. Pour en savoir plus, il suffit de cliquer ici. Sinon, voici quelques informations de l'éditeur :

Commandez vos badges collector
"Arbre vengeur" !!!

Pour recevoir ces précieux objets (diamètre 34 mm),
merci de nous faire parvenir votre commande (avec les références
des badges convoités) accompagnée du chèque correspondant
(1,50 euros par badge + 1 euro de port) à l'adresse suivante :

Editions de l'Arbre vengeur
15 rue Berthomé
33400 Talence

N'hésitez pas à commander en vous recommandant du blogue, afin de nous faire connaître auprès de l'éditeur.

par Les amis de Chesterton publié dans : Information
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mardi 13 mai 2008
La vie réserve parfois des surprises. C'est ainsi que je viens de découvrir que le groupe de heavy metal britannique Iron Maiden faisait débuter une de ses chansons, Revelations, d'une strophe d'un texte de Chesterton, "O Dieu de la terre et de l'autel". Le reste de la chanson s'inspire, en revanche, Aleister Crowley, écrivain occultiste et considéré comme sataniste.
Revelations est extrait de Piece of Mind, quatrième album d'Iron Maiden, sorti le 28 mai 1983. Le groupe entend ainsi défendre l'idée que l'homme peut se révéler à lui-même. Dans ce sens, que vient faire Chesterton ici ? Il semble que l'un des membres du groupe, voulant montrer l'opposition entre le christianisme et la religion de l'homme, se soit souvenu d'un texte de G.K.C appris à l'école.
Le plus étonnant n'est peut-être pas là, pourtant. Aleister Crowley, que Chesterton connaissait, est la seule personnalité avec laquelle il ait refusé de débattre. L'épisode a eu lieu en 1904 quand dans un article du Daily news du 24 septembre, Chesterton a critiqué le poème de Crowley, The Sword of Song. "M. Crowley, écrivait Chesterton, commence sa poèsie, je crois, avec la ferme intention d'expliquer la beauté de la philosophie bouddhiste; il connaît beaucoup de choses à ce sujet; il le croit. Mais, au fur et à mesure qu'il écrivait une chose est devenue de plus en plus forte dans son âme : la haine vivante du christianisme". À la suite de cet article, Crowley a adressé une lettre courtoise à Chesterton, lui disant qu'il tenait à le rencontrer dans un combat juste autour de cette question. Devant le refus de son contradicteur, il publiera une brochure se réjouissant de ce qu'il a interprété comme la capitulation de Chesterton.

J'indique ici le texte de la chanson d'Iron Maiden à titre informatif.


O God of earth and altar
Bow down and hear our cry
Our earthly rulers falter
Our peolple drift and die
The walls of gold entombe us
The swords of scorn divide
Take not thy thunder from us
But take away our pride
(g. k. chesterton: english hymnal)

Just a babe in a black abyss
No reason for a place like this
The walls are cold and souls cry out in pain
An easy way for the blind to go
A clever path for the fools who know
The secret of the hanged man - the smile on his lips

The light of the blind youll see
The venom that tears my spine
The eyes of the nile are opening - youll see

She came to me with a serpents kiss
As the eye of the sun rose on her lips
Moonlight catches silver tears I cry
So we lay in a black embrace
And the seed is sown in a holy place
And I watched and I waited for the dawn

The light of the blind youll see
The venom that tears my spine
The eyes of the nile are opening - youll see

Bind all of us together
Ablaze of hope and free
No storm or heavy weather
Will rock the boat youll see
The time has come to close your eyes
And still the wind and rain
For the one who will be king
The watcher in the ring
It is you




par Les amis de Chesterton publié dans : Veille chestertonienne
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Lundi 12 mai 2008
"Dans sa relation avec mon âme, l'Église chrétienne est un maître vivant et non un maître mort. Elle m'a enseigné hier. Elle m'enseignera demain. Il m'est arrivé une fois de saisir tout à coup la signification de la forme de la croix. Il se peut que je saisisse un jour, avec la même soudaineté, la signification de la forme de la mitre. Par un beau matin, j'ai compris pourquoi les fenêtres étaient à ogive; quelque beau matin, je comprendrai peut-être pourquoi les prêtres sont tonsurés. Platon vous a révélé une part de la vérité; mais Platon est mort. Shakespeare vous a surpris par une image; mais Shakespeare ne vous surprendra plus jamais par une image. Imaginez ce que serait la vie en la compagnie de tels hommes, d'un Platon, qui, demain, vous gratifierait d'un discours original, d'un Shakespeare qui, dans la minute qui vient, ébranlerait le monde d'un seul chant. L'homme qui vit avec ce qu'il croit être une Église vivante est semblable à celui qui s'attend toujours à rencontrer demain, au déjeuner, Platon et Shakespeare. Il s'attend toujours à voir quelque vérité qu'il n'a jamais vue auparavant".
Orthodoxie
par Les amis de Chesterton publié dans : Citations
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Vendredi 9 mai 2008
– Pourquoi ?
Pour être informé, sans effort de votre part, des nouveautés du blogue. Chaque abonné reçoit un message dans sa boite de courrier électronique lui annonçant la parution d'un nouvel article. Il peut alors aller le consulter ou non, après en avoir découvert les premières lignes.


– La lettre d'annonce ne sert-elle qu'à ce genre d'annonce ?
Non ! Les abonnés forment la communauté libre des amis de Chesterton en France. Ils auront en primeur un certain nombre d'informations. Certaines nouvelles seront également réservées aux abonnés. C'était déjà le cas de la deuxième lettre d'information. Ces dernières seront plus fréquentes dans l'avenir.


– Est-ce payant ?
Non, l'abonnement est totalement libre et sans engagement de votre part.


– Mes coordonnées risquent-elles d'être transmises ?
Non, l'hébergeur prend soin de ne pas nous révéler votre adresse complète pour que nous ne puissions pas en faire une utilisation incorrecte. Lui-même s'engage à ne pas diffuser vos adresses, notamment en vertu de la loi Informatique et liberté. Voici l'engagement de l'hébergeur :

"Nous nous engageons à ne pas revendre vos coordonnées et autres informations à des partenaires tiers. Votre adresse e-mail ne sera pas communiquée, vous ne recevrez pas de publicité non sollicitée de notre part.
Site déclaré à la CNIL : 1045584.
Les informations recueillies sont traitées conformément à la loi du 6 janvier 1978 informatique et liberté .
Vous disposez, en application de l'article 27 de cette loi, d'un droit d'accès, de rectification ou de retrait des données qui les concernent en éditant votre compte ou en nous contactant."

– Puis-je arrêter quand je veux de recevoir la Lettre d'annonce ?
Oui, en suivant la même procédure que lors de l'inscription.

– Que puis-je faire pour aider ce blogue ?

Le consulter régulièrement et le faire connaître autour de vous, comme un moyen de découvrir un géant de la littérature et du catholicisme.

– Mais plus concrétement ?
Nous n'avons pas besoin d'argent. Le mieux est donc d'encourager vos parents, amis, professeurs, les étudiants, les prêtres et toutes les personnes curieuses à s'inscrire à la Lettre d'annonce.

– Vous avez donc besoin de beaucoup de monde ?

Pas nécessairement ! Nous voulons juste partager une passion, susciter en nous tous le réveil de l'émerveillement dont Chesterton disait dans L'Homme éternel :
"À l’homme qui n’est plus capable de cet émerveillement, dont l’humeur est si morose qu’un cavalier sur sa bête n’évoque rien de plus qu’un rond-de-cuir sur son siège, il faut une cure radicale. L’homme qui prend pour une convention bourgeoise et démodée ces couples admirables que forment un homme et son cheval, la chevalerie et son esprit, l’homme pour qui la charge de son aïeul à Balaclava n’est qu’un album de photographies jaunies et poussiéreuses, est un grand malade. Non seulement le vieil album de photo, merveilleux receleur de trésors familiaux, ne l’éclaire pas, mais sa poussière l’aveugle. À un tel degré de cécité, il faut un remède proportionné, quelque chose comme l’apparition d’un cavalier de l’Apocalypse".
par Les amis de Chesterton publié dans : Information
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Vendredi 9 mai 2008
Dès le lendemain de la mort de Chesterton, dans son édition du lundi 15 juin 1936 donc, Le Figaro annonce la nouvelle à ses lecteurs, en Une, avec une suite, en page 3 (au total, titre compris, 2 016 signes, espaces compris). Comme dans l'article de La Croix (voir ici), on trouvera dans cette annonce du Figaro quelques erreurs. Ainsi The Crimes of England n'a pas été publié en 1905 mais en 1915, au début de la Première Guerre mondiale et The Ball and The Cross date de 1909 et non de l'année suivante. Il s'agit certainement d'une faute de retranscription d'un journaliste pressé (à cause du bouclage ?) et qui connaît mal son sujet. L'article parle d'abord d'une mort à cause d'une embolie puis de troubles cardiaques. Contrairement à La Croix, qui annonce la messe d'enterrement pour le jeudi 18 juin 1936, Le Figaro évoque la date du mardi 16 juin. Mais, surtout, le journaliste se trompe en affirmant que Chesterton s'est converti pendant la guerre. Son entrée officielle dans l'Église catholique date, en effet, de 1922.
Nous retranscrivons, ci-dessous, le texte de cet article.




Mort de G.-K. Chesterton


Londres, 14 juin – M. Gilbert Keith Chesterton vient de mourir. On le connaissait, en Grande-Bretagne sous la simple appellation de « G.K. » – tout comme Bernard Shaw sous celle de « G.B.S. » Il était né à Londres, dans le faubourg aristocratique de Kensigton, en 1874.
Chesterton fit ses premières études à l'école de Saint-Paul – l'une des plus réputées parmi les « public schools » – où, encore tout jeune, il se fit remarquer en se faisant décerner le Prix Milton, pour ses vers anglais.
Après avoir quitté Saint-Paul, il suivit les cours de la « Slade School ». Mais il ne sembla pas cependant avoir trouvé immédiatement sa vocation. Il songea, en effet, tout d'abord à se livrer à l'étude des arts, montrant des dispositions particulières pour le dessin. Il ne donna pourtant pas suite à cette idée. La facilité avec laquelle il écrivait lui permit de collaborer à plusieurs journaux et publications politiques et littéraires.
Il ne tarda pas ainsi à acquérir une grande réputation que vint couronner la publication d'une suite d'ouvrages qui firent de lui l'un des écrivains de langue anglaise les plus connus du monde entier.
L'énumération de ses livres constituerait presque à elle seule un véritable catalogue. Qu'il suffise de rappeler quelques titres : The Napoleon of Notting hill (1904), The Club of queer Trades (1905), The Ball and the Cross (1910), The Crimes of England (1905).
Pendant la guerre, M. Chesterton s'était converti de façon retentissante à la religion catholique, dont il défendit toujours vigoureusement la cause par la suite.
Outre ses ouvrages littéraires et de critique, Chesterton avait également abordé le théâtre et était un conférencier très applaudi.
C'est d'une embolie que G.K. Chesterton est mort. Il était rentré de France il y a quelques jours et presque aussitôt après son retour, il commença à éprouver les troubles cardiaques auxquels il vient de succomber.
Les funérailles seront célébrées mardi prochain à l'église catholique de Beaconsfield.
par Les amis de Chesterton publié dans : Un peu d'histoire
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Jeudi 8 mai 2008
Parmi les adaptations cinématographiques du père Brown, il faut citer celle de 1954, Father Brown (extrait ci-dessous. Aux États-Unis, le film est titré : The Detective), où le rôle titre est interprété par sir Alec Guiness en personne. Le film se fonde principalement sur la première histoire, The Blue Cross (La Croix bleue), celle qui voit la première apparition de father Brown, de Flambeau et de l'inspecteur Valentin.
Dans la vie de Guiness, ce rôle ne sera pas sans conséquence, dans la mesure où il conduira l'auteur à se convertir au catholicisme. Bien que confirmé dans la foi anglicane à l'âge de treize ans, Alec Guiness se considérait comme athée. Dans ses mémoires, il a écrit que vis-à-vis des catholiques, à moins de les connaître personnellement, il éprouvait une sympathie plutôt condescendante.
C'est pendant qu'il jouait Hamlet, l'un des rôles où il eut un grand succès, qu'il rencontra un ministre anglican, première étape de son chemin vers le christianisme. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il a approfondi sa connaissance du christianisme en général et de l'anglicanisme en particulier.  Mais c'est pendant le tournage de Father Brown, dans un village en France, que Guiness a eu une expérience étonnante. Alors qu'il rentrait vers son logement, un soir, toujours habillé en prêtre, un petit garçon l'a pris pour un véritable prêtre et, lui saisissant la main, l'a accompagné. C'est à ce moment-là que l'acteur a commencé à réfléchir. Si une Église pouvait inspirer une telle confiance chez un enfant, cela voulait dire que les préjugés de Guiness n'étaient que… des préjugés, sans fondement.
Est-ce que cela a suffi à faire de Guiness un catholique ? Non, le père Brown a été une borne sur le chemin du retour à Rome. Quand son fils, Matthew, à l'âge de onze ans, a été atteint d'une poliomyélite, l'acteur a passé un pacte avec Dieu. Si son fils guérissait et qu'il voulait devenir catholique, il ne s'y opposerait pas. Ce fut le cas ! Matthew retrouva la santé, fut inscrit dans une école tenue par des Jésuites et à 15 ans déclara vouloir devenir catholique. Il en eut l'autorisation paternelle. De son côté, Alec Guiness étudia le catholicisme, buta quelque temps sur la doctrine des indulgences et de l'infaillibilité, accompagna Grace Kelly à la messe lors de tournages. Il fut reçu dans l'Église catholique par l'évêque de Portsmouth, alors qu'il se trouvait au Sri Lanka, pendant le tournage du Pont de la rivière Kwaï. Il fut d'ailleurs en relation avec un ami de Chesterton (et d'Evelyn Waugh) : Mgr Ronald Knox.


Principaux interprètes :


Alec Guinness ... Father Brown





Peter Finch ... Flambeau
Cecil Parker ... L'évêque
Bernard Lee ... Inspecteur Valentin
Sid James ... Parkinson
Gérard Oury ... Inspecteur Dubois
Ernest Clark ... Le secrétaire de l'évêque




par Les amis de Chesterton publié dans : Video
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mercredi 7 mai 2008
Sur le site de la République des lettre, Alberto Manguel vient de faire paraître un article consacré à Jorge Luis Borges. Et, bien sûr, il y a deux mentions sur Chesterton.
Rappelons qu'Alberto Manguel a choisi les textes de Chesterton, rassemblés dans Le Paradoxe ambulant (Actes Sud).
Pour lire ce texte sur Borges :
ici.
par Les amis de Chesterton publié dans : Veille chestertonienne
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mardi 6 mai 2008
La parution des Enquêtes du Père Brown, en un volume de la collection Omnibus, est l'occasion d'un petit historique concernant la parution des histoires mettant en scène le petit prêtre-détective.
Héros sans âge, le père Brown aura pourtant, en septembre prochain, 98 ans !
Il voit, en effet, le jour en septembre 1910 dans les colonnes de The Storyletter, avec une première histoire intitulée The Blue Cross (La Croix bleue). Jusqu'à la fin de cette même année, le petit prêtre catholique romain (alors que son créateur est encore anglican et pour encore 12 ans…) va à la rencontre de son public.
En octobre paraît The Secret Garden (Le Jardin secret);
En novembre, The Queer Feet (Les pas étranges);
En décembre, The Hammer of God (Le Marteau de Dieu).

En 1911, la série continue :
Janvier : The Wrong shape (La mauvaise forme);
Février : The sign of the borken sword (L'Épée brisée).
Jusqu'en janvier 1927, c'est la dernière histoire publiée dans The Storyletter. Néanmoins, les histoires du père Brown ne s'arrêtent pas pour autant. On les retrouve désormais dans The Cassel's Magazine qui publie :
Février : The Invisible Man (L'Homme invisible), ce qui fait deux histoires pour février 1911;
Mars : The Eyes of Apollo (L'Œil d'Apollon);
Avril : The Strange justice (L'Honneur d'Israël Gow, titre retenu pour l'édition en recueil – The Honour of Israël Gow);
Mai : The sins of Prince Saradin (Les péchés du prince Saradine);
Juin : The flying stars (Les étoiles filantes);
Juillet : The Three tools of death (Les trois instruments de la mort).


Chesterton ne publie aucune histoire du father Brown en 1912. En revanche, il publie son premier recueil en 1911, composé de toutes les histoires réunies (cf. photo. Première édition, première impression. Prix de vente : £1,250.00. Si quelqu'un souhaite nous l'offrir…). Titre retenu : The Innocence of father Brown, édité par Cassel, à Londres et illustré par Sidney Seymour Lucas. Comme on le sait, le titre français retenu est La Clairvoyance du père Brown. Le livre a été publié par les éditions Perrin en 1914, sous le titre L'abbé Brown, avec une traduction d'Émile Cammaerts. C'est en 1919, pour la deuxième édition (356 p.), qu'il devient La Clairvoyance du Père Brown. Il a gardé ce titre depuis.
Le recueil a été depuis réédité à plusieurs reprises. Par Julliard (1970, 349 p.); Edito-Service (1974,
XXIV-341 p.); 10/18 (1983, 342 p.); Éditions du Cercle polar (2002, 267 p.); France Loisir (2002, 267 p.)
L'édition Omnibus propose la traduction d'Émile Cammaerts, révisée par Anne Guillaume et publiée toujours sous le même titre.

Quelques histoires de ce recueil ont été édité à part. C'est le cas notamment de L'Œil d'Apollon, édité en 1977 par F.M. Ricci (163 p.), avec une traduction de Jean Dutour, dans la collection La Bibliothèque de Babel, dirigée par Jorge Luis Borges. Il vient d'être réédité aux éditions du Panama.  
On trouve dans la collection biingue du Livre de poche (anglais/français), un petit recueil qui, sous le titre The Secret of Father Brown/Le secret du père Brown, propose l'une des histoires de The Innocence of Father Brown. Il s'agit de The Invisible Man/L'Homme invisible, première histoire de ce recueil. 


Enfin, les éditions de l'Ombre devraient sortir L'Innocence du père Brown, avec son titre restitué. Parution prévue : 22 mai prochain.


Pour entendre en anglais l'histoire de La Croix bleue (The Blue Cross), il suffit de cliquer
ici. Une bonne manière d'entretenir son anglais.
par Les amis de Chesterton
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Lundi 5 mai 2008
Si Orthodoxie paraît en Angleterre en 1908, la première édition française voit le jour en 1923, un an après la conversion de Chesterton au catholicisme. La traduction est réalisée par Charles Grolleau et le livre est précédé d'une préface du père Joseph de Tonquédec, préface que l'on retrouvera ci-dessous. Comme il le signale lui-même dans son texte, le père de Tonquédec est déjà l'auteur d'un livre sur l'écrivain. Depuis plusieurs années, Chesterton le séduit et l'agace. Il n'entre pas entièrement dans ses catégories thomistes; il échappe surtout à une approche froidement cartésienne. On retrouve dans la préface de 1923 ce balancement du livre de 1920. C'est le jugement d'un théologien de l'époque que l'on découvrira donc ici.


Il est sans doute inutile de présenter G. K. Chesterton aux lecteurs français. D'excellents interprètes l'ont mis à même de se faire entendre dans notre langue, et l'on peut désormais chez nous le juger d'après nature. La traduction de son meilleur ouvrage, Orthodoxy, qui parait au lendemain de son entrée dans l'Eglise catholique, sur les frontières de laquelle il hésita si longtemps achèvera de le faire connaître et de rendre familière, dans notre république des lettres, cette pittoresque silhouette.
Orthodoxy présente d'abord l'intérêt d'être un fragment d'histoire personnelle, un relevé partiel du chemin que Chesterton, « païen à douze ans et agnostique à seize », a fait pour venir à la foi. De telles confessions sont précieuses, à condition qu'on ne les prenne pas pour des traités d'apologétique, qu'on n'essaie pas de solidifier en arguments de portée générale les phases fuyantes d'une histoire individuelle, à condition encore qu'on analyse et critique ces pièces, en se souvenant qu'elles ne disent pas tout, qu'elles ne peuvent pas tout dire, et que, surtout s'il s'agit d'un homme à idées et à système, la théorie a bien pu pétrir inconsciemment l'histoire à son image. Moyennant cette méthode, il ne sera jamais oiseux d'observer de très près les mouvements et les réactions d'une âme à l'égard de la vérité religieuse.
L'effort d'accommodation que l'esprit aura fait pour démêler les événements et leur donner leur véritable valeur ne les rendra pas moins dramatiques : on ne perd jamais rien à voir clair.
Mais d'autre part, dans Orthodoxy, Chesterton raisonne beaucoup, encore plus qu'il ne se décrit, et c'est même le plus souvent par l'allure et la qualité de son raisonnement que, sans le vouloir, il se peint le mieux. Cet ennemi de la logique “spéculative” est, comme il arrive d'ordinaire, un dialecticien fougueux. Et voici apparaître un nouvel intérêt de son livre. Orthodoxy foisonne d'idées, de vues, de théories ; il provoque perpétuellement à la réflexion et à la discussion. Dans celle forêt dense, on ne peut faire un pas sans voir pendre aux lianes entrelacées quelque fleur d'un coloris violent, quelque fruit aux formes exotiques, qui sollicitent le regard et la main : et l'on n'en sort jamais sans avoir fait butin. Comme tous les ouvrages de Chesterton Orthodoxy est un livre riche.
En dépit du titre, qu'expliquent des circonstances particulières, qu'on ne cherche donc pas ici une somme de l'orthodoxie catholique, ni même un précis de l'apologétique orthodoxe. Qu'on veuille bien se souvenir que le livre a été composé longtemps avant le « passage à Rome » de son auteur. Qu'on n'affuble pas ce gros Anglais jovial et enclin à la mystification, de la chappe des Pères de l'Eglise; quon n'érige pas ses propos abondants et savoureux en formules de théologie. Père de l'Eglise, il ne l'est ni plus ni moins que Péguy, Hello, Huysmans ou Léon Bloy : il y prétend moins qu'eux, moins surtout que le dernier, ne se souciant point de dogmatiser ex cathedra, mais jouissant du plaisir d'exposer, avec une verve furibonde, ses vues personnelles, et les donnant comme telles. Les idées qu'il jette à la volée demandent par conséquent à être criblées. Identifter la sagesse divine au caprice et l'ordre de la nature au merveilleux des contes de fées, ferrailler au nom de la foi contre la raison raisonnante et la science, faire de Jésus-Christ le patron de tous les révolutionnaires, et du suffrage universel un procédé spécifiquement chrétien, mettre dans le même casier de l'esprit la croyance au miracle et la croyance à la découverte de l'Amérique : tout cela n'est peut-être pas si « orthodoxe » que l'auteur se l'imagine. J'ai essayé ailleurs de faire ce criblage des idées fondamentales de Chesterton; il m'a semblé que, saines et robustes, pour la plupart, en leurs racines, elles s'effilent et s'étirent parfois en floraisons forcées et grêles. Je n'ai pas à reprendre ici celle discussion, que ceux qu'elle intéresserait trouveront en son lieu (1).
Je préfère redire, que, triage fait, il reste d'Orthodoxy un trésor. Quelques aspects du christianisme authentique y sont mis dans une lumière neuve et vigoureuse : en particulier ce que Chesterton appelle son « romantisme», c'est-à-dire en somme son caractère poétique, extrême, enthousiaste, infiniment éloigné des platitudes d'une religion naturelle ou rationnelle. Ceci est un apport valable à l'apologétique éternelle.
Bref, sans égaler le moins du monde Chesterton à Pascal, on peut dire qu'Orthodoxy rendra au penseur chrétien le même genre de service que les Pensées, et lui procurera un plaisir analogue. Ni d'un côté, ni de l'autre nous n'avons une complète et impeccable apologie de la religion catholique (Pascal fidéiste et janséniste est, au point de vue de l'orthodoxie, deux fois dans l'erreur). Mais de part et d'autre on  pousse à fond, avec une sorte de furie, sur les questions religieuses. Nous sommes forcés de sortir du  convenu, du banal, des points de vue routiniers, pour entrer au cœur des choses. Ce ne sont pas des thèses à souscrire en bloc, mais des idées à ruminer, des perspectives inattendues qui s'offrent à nous de toutes parts.
Chesterton, beaucoup moins dégagé des sens que Pascal, beaucoup moins « spirituel », ne nous entraîne pas vers des profondeurs aussi vertigineuses. Il ne nous donne pas le frisson de l'éternité. Avec ce bon vivant, il s'agit moins de sauver son âme des risques formidables de la vie future que d'organiser ici-bas l'existence la plus belle, la plus heureuse, la plus « romantique ». Les points de vue de Chesterton sont volontier sociaux, politiques; ce n'est pas un solitaire, un ascète, un mytique, un contemplatif, (bien qu'il estime hautement tous ces titres) : c'est un journaliste, un romancier, intimement mêlé au mouvement de son époque et de son pays, el qui entreprend violemment l'homme qu'il croise dans la rue, the man in the street : je veux dire le brave anglais moyen, qui aime la bière et le pudding et qui révère les institutions établies. C'est celui-là que Chesterton veut convertir. Il le conduit, loin des abîmes pascaliens, par un chemin à mi-côte, mais pittoresque et fertile en détours imprévus. Il lui parle avec une bonhomie malicieuse, toujours en verve, volontiers caustique, éblouissant, déconcertant, prodigue d'inventions énormes, ouvrant à l'improviste des échappées d'une exquise fraîcheur. Apologiste, à coup sûr, mais d'une espèce à part : jamais abstrait, ni grave, ni docte, .jamais superficiel non plus, ce esprit pénétrant et singulier a réalisé ce paradoxe de mettre l'humour au service de la foi.




(1) G. K. Chesterton : Ses idées et son caractère. Nouvelle Librairie Nationale.
par Les amis de Chesterton publié dans : Un peu d'histoire
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

Profil

  • : Les amis de Chesterton
  • chesterton
  • : Les Amis de Chesterton se consacrent à l'étude de l'œuvre de Gilbert Keith Chesterton et, plus largement, des auteurs et du courant de pensée qui s'y rattachent.

Informations

Pour être tenu au courant des mises à jour de ce blogue, n'hésitez pas à vous inscrire ci-dessous à “La Lettre d'annonce” des Amis de Gilbert Keith Chesterton. Votre adresse de courriel ne sera pas divulguée. Faites connaître ce blogue à vos amis.

Pour nous contacter

Livres en français sur GKC




Philippe Maxence : Pour le réenchantement du monde, une introduction à Chesterton, éditions Ad Solem, 2003.
Ou comment saisir le cœur de la démarche et de l'œuvre de Chesterton, à travers un essai engagé.

Roger Arnaldez : Chesterton, un penseur pour notre temps, éditions de Paris, 2001.
Un essai sur l'écrivain par un membre de l'Académie des sciences morales et politiques.


Max Ribstein : G.K. Chesterton, création romanesque et imagination, éditions Klincksieck, 1981
Une thèse universitaire qui porte principalement sur l'art du roman chez Chesterton mais qui comprend aussi de très intéressants renseignements sur la vie et l'œuvre de l'écrivain.

Christiane Haussy : La vision du monde chez G.K. Chesterton, Didier-Érudition, 1980
Étude publiée dans la collection "études anglaises".

Yves Denis : G.K. Chesterton : paradoxe et catholicisme, Les Belles Lettres, 1978.
La thèse du père Yves Denis est absolument remarquable pour comprendre le sens et la portée du paradoxe chez Chesterton. Un ouvrage essentiel.



Présentation

Recherche

Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus