Comme nous l’avions annoncé, la très belle collection du « Cabinet des lettrés » chez Gallimard vient de faire paraître la nouvelle de Chesterton, Les arbres d’orgueil. Ce nouveau texte a été traduit magnifiquement par Lionel Leforestier qui a su rendre avec justesse le « ton » chestertonien, dans un français impeccable et très agréable à lire. Les notes qui accompagnent cette traduction, sans surcharger le texte et le rendre difficile à lire, permettent tout au contraire de bien saisir les allusions nombreuses de l’auteur.
Cette édition fait 132 pages. La couverture, sobre, selon les canons de la collection, est illustrée par un dessin représentant W. E. Gladstone, homme politique anglais, et signé par William Nicholson. Cette illustration est extraire de l’ouvrage Twelve Portraits de William Heinemann (1899). Le bandeau de couverture reproduit une des nombreuses phrases élogieuses de Jorge Luis Borges sur Chesterton : « Aucun écrivain, peut-être, ne m’a procuré autant d’heures heureuses que Chesterton ».
Il faut saluer ce nouveau volume car il est quand même le troisième publié dans la collection du « Cabinet des lettrés ». En 2008, cette collection nous offrait la belle surprise de la publication de L’Assassin modéré suivi de l’homme au renard. Cette année, nous avions déjà pu lire Le meurtre des piliers blancs et autres textes. Et sans attendre 2010, nous voici avec ce troisième volume qui laisse penser – et espérer très fort ! – qu’une longue série de petits volumes Chesterton vont continuer dans ce format, avec le même traducteur, satisfaisant les lecteurs de Chesterton et les collectionneurs. Il faut, en effet, insister sur la qualité éditoriale de ces livres qui est une joie pour la lecture et le regard.
La nouvelle « Les Arbres d’orgueil » qui forme ce volume est constituée de quatre chapitre :
I. Le conte des arbres paons
II. Le pari du squire Vane
III. Le mystère du puits
IV. En chasse de la vérité
L’histoire est celle d’un haut fonctionnaire britannique à la retraite, le squire Vane qui vit en Cornouaille avec sa fille Barbara. Sa propriété, au bord de la mer, s’honore de la présence d’arbres paons, ramenés jadis d’Orient par un ancêtre aventurier. Ces arbres son cependant associés par la population rurale des environs à des maléfices, toujours d’actualité. Le squire Vane, lors d’un dîner avec des invités (un poète, un avocat, un médecin et un critique d’art américain), décide de démontrer qu’il ne s’agit que d’une superstition et s’engage à passer la nuit sur un des arbres en question. Comme on s’y attend, il disparaît.
On ne dira pas ici le dénouement de cette histoire qui contient, comme souvent avec Chesterton, un côté policier. Disons simplement que l’auteur brouille les pistes et va de rebondissement en rebondissement, faisant de ce texte l’un des meilleurs qui soit sorti de sa plume. La morale de l’histoire est dans la droite ligne de la pensée chestertonienne, contre le scientisme, l’assurance bourgeoise, le règne des spécialistes. Une fois de plus, c’est le bon sens et la connaissance intuitive et poétique qui sont mis en avant. Ainsi, à un moment de l’histoire Barbara Vane déclare :
« Le docteur n’a pas raison, dit la jeune femme en tournant son visage pâle vers l’avocat. C’est le poète qui a raison. Le poète a toujours raison. Oh, il est là depuis le commencement du monde, et il a vu les merveilles et les terreurs qui jalonnent notre route, cachées derrière une pierre ou un buisson. Tandis que vous, avec votre médecine et votre science tâtonnante, vous n’êtes là que depuis quelques générations, et vous n’avez pas vaincu l’ennemi qui a planté le mal dans notre chair. (…) Il ne nous reste qu’à croire en Dieu, car nous ne pouvons nous empêcher de croire aux démons ».
Le titre original de cette nouvelle est The Trees of Pride. Elle a paru en 1922 dans le recueil The Man Who Knew Too Much chez Cassell, en complément des nouvelles réunies sous ce titre. C’est un texte qui date d’avant 1919.
Elle ne se trouve pas dans L’Homme qui en savait trop, traduction française de The Man Who Knew Too Much, paru à l’Age d’Homme en 1984, dans une traduction de Marie-Odile Masek. En revanche, on en trouve une traduction due à Gérard Joulié dans La fin de la sagesse et autres contes, un volume paru cette année aux éditions de l’Age d’Homme.
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Comme l’indique le titre de son
premier chapitre, Chesterton établit que l’ère victorienne se signale par un compromis. Selon l’auteur, en effet, la littérature du XVIIIe siècle en Angleterre est profondément révolutionnaire au
contraire de la politique ; une situation qui s’oppose à celle de la France où c’est la politique qui est révolutionnaire et non pas la littérature. Le raisonnement de Chesterton est assez
simple : la révolution française consiste en la révolte des paysans contre l’aristocratie ; la révolution anglaise consiste en la victoire des riches contre les pauvres. Dans
l’Angleterre de Victoria, la théologie puritaine, poursuit Chesterton, a été rejeté, mais les pratiques puritaines restent en place. On n’a plus la foi, mais on a gardé les mœurs. Derrière ces
mœurs rigides se cache en fait une philosophie sans cœur qui est l’utilitarisme. Et c’est dans cet écart entre la théorie et la pratique que Chesterton situe le « compromis victorien ».
L’utilitarisme, plutôt que ses pseudos bases scientifiques, qui explique selon lui le succès, à cette époque, de Darwin. « Darwin d’une part, grâce en particulier au puissant génie
journalistique de Huxley, s’était acquis une très large audience quoiqu’une victoire extrêmement vague ; c’était tout bonnement une hypothèse particulière sur l’apparition de la variété des
espèces animales ; et cette hypothèse particulière, quoique toujours intéressante, est désormais tout sauf sereine. Mais c’est seulement dans le monde scientifique que les affirmations
détaillées de Darwin ont en grande partie échoué. »
Après une assez longue interruption due à la
préparation de la Table-ronde du 15 octobre dernier, nous reprenons notre exploration rapide et chronologique des œuvres de Chesterton. En 1913, un livre d’un genre un peu particulier
paraît : The Victorian Age in Literature. Le livre est édité dans la collection « Home University library of modern knowledge », sous le numéro 61 et il est publié à
Londres par « Williams and Norgate » et à New York par « Henry Holt and company », qui en détient d’ailleurs le copyright. Les « éditeurs » de la collection sont
Herbert Fisher (M.A. , P.B.A.) et les professeurs Gilbert Murray, J. Arthur Thomson et William T. Brewster. Ces quatre hommes sont à l’époque des personnalités reconnues dans leur domaine de
compétence et souvent engagées politiquement.
Dans le numéro 132 d’Éléments
(juillet-septembre 2009), Alain de Benoist publie une recension du
De la même façon, on veut croire que la
reductio
Qui l’aurait cru ? Et pourtant, Antonio
Gramsci, membre fondateur du parti communiste italien, théoricien célèbre, mort quelques jours après être sorti de prison, dans la nuit du 26 au 27 avril 1937, lisait Chesterton. Justement, c'est
dans une lettre écrite en prison, à sa belle-sœur Tania, qu'il évoque Chesterton à propos des aventures du Père Brown.
« La traduction en français de « Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste
» de G.K. Chesterton, nous permet d’entrer dans la confidence d’un texte destiné aux coreligionnaires de l’auteur.
Cette année 2009 sera donc une année faste pour
l’actualité chestertonienne en France. Entre avril et septembre dernier, trois nouveaux ouvrages de Chesterton ont été publiés dans notre pays. D’abord
Jeudi 15 octobre dernier, Gérard Leclerc a consacré sa
chronique de Radio Notre-Dame à la Table ronde consacrée à Chesterton qui se déroulait le soir même aux Bernardins. Un beau moment pendant lequel l'écrivain et journaliste a souligné
avec justesse l'importance de Chesterton, mettant notamment en avant son Homme éternel (disponible chez DMM).
Elle vient en écho à notre Table ronde de jeudi 15
octobre où il fut évoqué longuement Chesterton et Bernanos. Dans une Tribune libre publié ce samedi 17 octobre, dans le quotidien La Croix, Dominique Vermesch, professeur à Agrocampus
Ouest (Rennes) et ancien modérateur de la Communauté de l’Emmanuel, s’attache à poser des jalons pour « Redessiner la catholicité de l’université ». Il pose la
problématique de son sujet en recourant à Chesterton et Bernanos :
