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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 11:44

L'Affaire Marconi ? Ce nom évoquera certainement peu de choses à beaucoup de nos lecteurs. Pourtant ce scandale représente un moment important de la vie de Chesterton, et même des Chesterton, puisque son frère Cecil fut aux avant-postes pour dénoncer ceux qui profitaient de cette affaire.
Quand elle est connue, l'affaire Marconi entraîne beaucoup de jugements sommaires, d'idées fausses, d'approches tronquées. Nous avons mis plusieurs jours avant de commencer à comprendre de quoi exactement il retournait.
Nous livrons ci-dessous la première partie de notre enquête. Celle-ci doit beaucoup à Maisie Ward qui, pour sa grande biographie de Chesterton, n'a pas hésité à attaquer le sujet de front. 
Dans ce livr (Gilbert Keith Chesterton, Sheed and Ward, 1944), Maisie Ward consacre un chapitre entier à cette affaire. Elle rapporte qu’elle a lu les deux mille pages de rapport de l’enquête parlementaire consacrée à l’affaire, les six cents pages du rapport concernant Cecil Chesterton ainsi que l’ensemble des articles de presse sur ce sujet. Une grande partie de nos propos s’appuie sur son travail.

Pourquoi parler de l'Affaire Marconi ? Nous l'avons évoqué à plusieurs reprises sur ce blogue, à chaque fois comme en passant (ICI et ) et notamment récemment à propos de la compréhension de L'Auberge volante ( et ). Des lecteurs nous ont demandés des explications sur cette affaire et son lien avec G.K. Chesterton. Comme à chaque fois, nous essayons de faire un travail sérieux, recherchant les sources, vérifiant les données, essayant de rendre clair ce qui ne l'est pas toujours. Confessons-le humblement : nous ne sommes pas par certain du (bon) résultat. Nous livrons à partir d'aujourd'hui le fruit modeste de plusieurs heures de lecture et de recherche. Que les lecteurs n'hésitent pas à nous poser des questions. Elles nous aideront à mieux cerner les contours du Scandale Marconi. 

 

 L'Affaire Marconi (1)

 

 

Image 2-copie-6

 

Pendant l’été 1912, l’Angleterre est secouée par un délit d’initiés aussitôt connu sous le nom de scandale Marconi. À vrai dire, le physicien italien Guglielmo Marconi, considéré alors comme l’inventeur de la radio (cette position sera contestée par un jugement de la Cour suprême des États-Unis qui en 1943 reconnaîtra l’antériorité des travaux de Nikola Tesla) n’a qu’un rapport indirect avec le scandale qui passera à la postérité sous son nom.

Tout commence en 1911 quand le cabinet britannique dirigé par Herbert Asquith s’accorde pour mettre sur pied une station de radio d’État en Angleterre et dans le reste de l’Empire britannique. Financièrement, l’enjeu est de taille. L’entreprise qui décrochera le contrat s’assurera obligatoirement des revenus importants et une notoriété qui vaut, à elle seule, toutes les publicités. L’homme chargé de trouver cette entreprise s’appelle Herbert Samuel, Postmaster General, c’est-à-dire ministre de la Poste. Son choix s’arrête finalement sur la « Marconi Wireless Telegraph Company » dont l’offre a été acceptée le 7 mars 1912. Un choix normal et compréhensible au regard de la position et de la notoriété de Marconi dans le monde de la radio. Seulement, l’un des dirigeants pour l’Angleterre de la « Marconi Wireless Telegraph Company » s’appelle Godfrey Isaacs, non seulement ami de Herbert Samuel mais également frère de Rufus Isaacs, Attorney General et à ce titre membre du même gouvernement.

Le contrat qui liait la « Marconi Wireless Telegraph Company » à l’État britannique stipulait qu’elle se chargeait d’établir différents relais à travers l’Empire en facturant à chaque fois 60 000 £ par station. Seulement il fallait encore que ce contrat fut entériné par le Parlement pour devenir réellement effectif. Or, c’est le 19 juillet suivant qu’il fut présenté devant la Chambre des Communes. L’affaire Marconi s’est jouée pendant les quatre mois qui séparent l’acceptation de l’offre de la compagnie le 7 mars et l’ajournement du contrat le 19 juillet 1912 par la Chambre des Communes.

Que s’est-il passé pendant ce laps de temps ?

Alors que Herbert Samuel n’a rien fait savoir officiellement de l’accord avec la « Marconi Wireless Telegraph Company », dès le 8 mars 1912 celle-ci informait ses actionnaires de la bonne nouvelle que constituait pour elle le choix du gouvernement britannique. Elle omettait cependant une information capitale : la clause 10 du contrat indiquait que le gouvernement pouvait rompre à tout moment l’accord qui le liait à la compagnie s’il trouvait un système plus intéressant.

Mais l’affaire allait surtout naître d’une autre raison. Peu après l’accord, Godfrey Isaacs se rendait aux États-Unis où il cumulait, en plus de ses responsabilités au sein de la branche anglaise de la « Marconi Company » celle de directeur de son équivalent américain. Pour faire simple, la moitié du capital (d’un montant de 1 600 000 dollars) de la compagnie américaine appartenait à la compagnie anglaise. Très entreprenant, Godfrey Isaacs acheta au nom de cette dernière les parts de la rivale de la Marconi américaine. À celle-ci, sans que l’on sache exactement le bénéfice réalisée, il revendit ces parts pour un montant de 1 400 000 dollars. La branche américaine de la « Marconi Company » se réorganisa et son capital fut porté à 10 000 000 de dollars dont deux millions étaient répartis en action de 5 dollars. Cette augmentation de capital impliquait cependant que la branche anglaise se portât garant de la branche américaine en raison de la mauvaise réputation de celle-ci. Godfrey Isaacs s’était pour sa part engagé à vendre 500 000 parts. C'est de cette vente qu'allait partir le scandale. 

A suivre…


 

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Published by Les amis de Chesterton - dans Un peu d'histoire
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