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30 avril 2008 3 30 /04 /avril /2008 00:00
Chesterton est décédé le 14 juin 1936. Na paraissant pas alors le lundi, La Croix du mardi 16 juin consacre à l'événement un article qui débute en Une et qui se termine en page 2. Au total 5 516 signes (espaces compris). Signé d'un certain L.E., cet article contient quelques erreurs amusantes. Par exemple, il y est dit que Chesterton a suivi des études à la "Slave School"  (slave veut dire esclave en anglais) au lieu de la "Slade School". Des erreurs se trouvent également dans l'orthographe de certains noms. Shaw est bien orthographié une première fois avant de devenir plus loin "Schaw". Le roman de Chesterton Le Napoléon de Notting Hill devient "le Napoléon de Nohing Hill". Plus étonnant, les dates de parution des livres sont parfois loufoques. Erreur minime pour La Sphère et la Croix qui paraît en 1909 et non en 1910. Mais à en croire cet article, Orthodoxy daterait de 1923 alors qu'il paraît en…  1908. Il s'agit bien sûr de la date de l'édition française, avec une traduction de Charle Grolleau et une préface du père Joseph de Tonquédec (s.j.). Publiée chez L. Rouart et J. Watelin, éditeurs, cette édition est celle reprise par les éditions Saint-Remi en 2004 et toujours disponible. Reste le fait de voir que la mort de Chesterton est alors un événement suffisamment important pour occuper la première page du quotidien catholique français. Question à résoudre : qui est "L.E." et quel était son poste au sein de La Croix ? Voici donc l'intégralité de l'article, titre et erreurs respectés…


Le grand écrivain catholique anglais Gilbert Keith Chesterton est mort


Le catholicisme perd un apôtre et les lettres anglaises un grand écrivain en la personne de M. Gilbert Keith Chesterton qui est mort d'une embolie, dimanche matin, à l'âge de 62 ans, – « G.K. » comme le désignait la foule auprès de qui il jouissait d'une popularité égale à celle de Bernard Shaw.
A ce dernier, comme aux autres grands disparus, Kipling et Wells, Chesterton s'opposait cependant de toute la force d'une nature extraordinairement chaleureuse et abondante.
Alors que ceux-là témoignent dans leurs écrits d'une conception purement intellectuelle et aristocratique de l'homme, qu'ils tendent au règne du surhomme par l'effort de la seule intelligence, Chesterton considère l'homme moyen, l'homme total et trouve les conditions du salut dans la mise en œuvre du passé et de ses vertus traditionnelles autant que de l'avenir. Cette conception, ses tendances, la logique de sa pensée devait l'amener, en 1922, à une conversion éclatante au catholicisme, au service duquel il se dépensa, depuis lors, sans compter.
Conversion éclatante eu égard à sa personnalité, où les caractéristiques de la race s'accusaient avec une particulière intensité. C'est pourquoi les Catholic News l'estimèrent : « Un événement important dans l'histoire du catholicisme contemporain en Grande-Bretagne ».
Pourtant, en dehors de son besoin de certitude, de son indépendance, de sa sincérité, rien ne désignait Chesterton pour la croyance catholique; les voies que nous avons indiquées plus haut et qui l'y conduisirent, il ne s'y engagea qu'au terme d'une rigoureuse évolution. Son origine, son éducation et les premières connaissances qu'il eut du christianisme devaient contribuer, au contraire, à l'en éloigner.
Né à Londres en 1874, il fit ses études à l'école Saint-Paul, puis à la « Slave School ». De son propre aveu, il était « un païen à 12 ans et un agnostique complet à 16 ».
Sans doute avait-il déjà des curiosités et des inquiétudes. Néanmoins, sa vocation ne se manifesta pas immédiatement; il songe d'abord aux études artistiques et révèle des dispositions pour le dessin. Mais très jeune encore, il avait reçu le prix Milton de poésie et gardait une grande facilité d'écriture. Cela l'incita à collaborer à diverses publications politiques et littéraires, et il ne tarda pas, à l'aide de romans, d'essais et d'ouvrages d'histoire, à s'imposer à l'attention de la critique.
Celle-ci, dès l'abord, fut quelque peu surprise. Chesterton se différenciait nettement des « Nineties » (génération du XIXe siècle), avec leurs recherches esthétiques, leur bel esprit, leurs langueurs.
Son style était à son image : volcanique, débordant de vie. Il arrivait en flot impétueux, charriant lave brûlante, images hardies, humour, paradoxes. Et il eut le peuple pour lui.
Désormais, il convient d'admirer le cheminement de la foi chez cette âme d'élite, chez ce penseur probe et profond.
Les premières connaissances qu'il eut du christianisme, disions-nous, devaient normalement l'en éloigner.
En effet, il ne le voit qu'à travers les écrits de ses adversaires. Mais les attaques sont tellement maladroites, parce que contradictoires, qu'elles l'incitent à chercher et à trouver la vérité.
Ainsi, pour ne citer que ce fait : « Quand j'eus repoussé, dit-il, la dernière conférence sur l'athéisme du colonel Ingersoll, cette terrible pensée me vint à l'esprit : tu me persuades presque d'être un chrétien ». Quand il le fut devenu, il exposa magistralement ses raisons de croire, son souci de l'homme total, de l'homme réel, qu'il défendit contre les dogmes contemporains, contre la matérialisme et le déterminisme, contre l'idéologisme à la Well et à la B. Schaw; il l'illustra dans Orthodoxy. Il démontra qu'il était vain de vouloir affranchir l'homme des contraintes morales et des dogmes. Il montra le vrai christianisme, conciliant tous nos devoirs et toutes nos légitimes aspirations, le passé et l'avenir, bref, la force dans l'équilibre.
L'équilibre, en quoi consiste la vérité, c'est ce qu'a bien vu le genre de Chesterton, ce par quoi se manifeste à ses yeux la supériorité du catholicisme. Voyez de quelle expressive manière il définit cette pensée maîtresse : « il est facile d'être un hérétique, il est facile d'être un moderniste; il est facile d'être un snob; il est facile de faire à sa tête; il est difficile de garder la sienne. Il est toujours simple de tomber, il y a une infinité d'angles sous lesquels on peut tomber, il n'y en a qu'un pour rester debout ! »
Esprit original, riche, combatif, Chesterton dépensa sa verve contre le vice et l'erreur. Son ironie est parfois mordante, mais s'inspire d'une pensée charitable et n'a dessein que de secouer, sans blesser, pour convaincre.
Comme la plupart des convertis, Chesterton donne à son argumentation un tour très personnel; on lui reproche d'être parfois obscur, alors qu'il n'est que profond. Tel que, il continuera d'exercer une influence certaine sur ceux qui aspirent loyalement à la lumière.
Citons parmi ses œuvres : le Napoléon de Nohing Hill (1904), le Club des métiers bizarres (1905), la Sphère et la croix (1910), Orthodoxy (1923) et des livres consacrés à Chaucer, Saint François d'Assise, Saint Thomas d'Aquin, etc.
Ajoutez à cela de nombreux articles de critiques, des conférences, voire des pièces de théâtre. Chesterton était commandeur de Saint-Grégoire-le-Grand. Ses obsèques seront célébrées, jeudi, à l'église catholique de Beaconsfield (Bucks), où il avait sa résidence.
L.E.

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Published by Les amis de Chesterton - dans Un peu d'histoire
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