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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 00:45
 
Avec La Morale des elfes, le lecteur découvre l’un des chapitres d’Orthodoxie, un des ouvrages magistraux de Chesterton et qui vient d’atteindre ses cent ans d’existence. Traduit par Jérôme Vérain, ce texte exprime la compréhension très particulière que G.K.C. avait de la démocratie en même temps qu’il offre sa critique sans concession de la modernité, rationaliste et déterministe. On se demandera pourtant pourquoi Chesterton a tenu à se placer sous l’étendard de « la morale des elfes ».
Dans la postface qu’il a consacrée à ce texte, Jérôme Vérain en donne la raison sous le titre qu’il a retenu : « L’esprit d’enfance ». Pour Chesterton, en effet, le monde moderne est un univers ridé qui se croit encore vaillant parce qu’il recycle les eaux usées des vieilles hérésies. G.K.C. le remarque dans Orthodoxie, au chapitre précédent celui sur la morale des elfes.
Son explication ? Elle est souvent citée, mais partiellement, comme si c’était seulement un jeu avec des mots et non l’analyse profonde du drame moderne. Or Chesterton va bien à la racine de la question : « Quand un certain ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi de vieilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Nous voyons des savants épris de vérité, mais leur vérité est impitoyable ; des humanitaires uniquement soucieux de pitié, mais leur pitié – je regrette de le dire – est souvent mensongère ». Que l’on songe aux apprentis sorciers de la génétique ou à l’extravagante aventure de l’Arche de Zoé et l’on verra combien ce texte est prophétique.
La morale des elfes représente donc tout le contraire d’un monde vieilli. C’est l’apologie de l’émerveillement et de la tradition, conçue comme ce qui est commun à tous les hommes. D’où la philosophie de Chesterton résumée en une ligne : « Les choses ordinaires ont plus de valeurs que les choses extraordinaires ; bien plus, ce sont elles qui sont extraordinaires ».

Le titre d'origine de ce chapitre est The Ethics of Efland. Il a été diversement traduit. Dans la première traduction en langue française de Charles Grolleau (1923), il est proposé : "L'Éthique du pays des fées". Dans l'édition Idées/Gallimard de 1984, Anne Joba a traduit par "Les éthiques au royaume des Elfes". Jérôme Vérain a donc retenu pour sa part "La morale des Elfes".
Le chapitre de Chesterton va de la page 7 à la page 45. Le reste est composé des notes, de la postface (intéressante) du traducteur, des notes de la postface et d'une courte biographie en dates de Chesterton. Il faut féliciter le traducteur et l'éditeur de ce travail, car en peu de pages (64 pages au total), ce petit livre représente une bonne entrée en matière pour qui veut découvrir G.K.C. Il faut saluer le travail de Jérôme Vérain qui me semble être bien entré dans l'esprit de l'auteur et le féliciter pour les notes éclairantes et nécessaires pour le lecteur français du XXIe siècle. Un vrai travail d'édition.
Signalons une petite erreur, sans conséquence. Il est indiqué (P. 57) que l'autobiographie de Chesterton, L'Homme à la clef d'or est inédite en français. Or, le livre existe bien, depuis 1948 même, édité par DDB, avec une traduction de Maurice Beerblock. C'est un fort volume de 532 pages, dont beaucoup de notes explicatives.
Autre petite erreur de détail (P. 62). Les obsèques de Chesterton ne sont pas célébrées en la cathédrale de Westminster, mais dans l'église catholique de Beaconsfield. En revanche, la messe de requiem a bien été célébrée le samedi 27 juin 1936, deux semaines après la mort de Chesterton, en la cathédrale de Westminster. 2 000 personnes étaient présentes. La messe a été célébrée par Monseigneur John O'Connor (le modèle de Father Brown), assisté comme diacre par le père bénédictin Ignatius Rice. Les deux prêtres avaient reçu Chesterton dans l'Église catholique en 1922. Un autre ami, le père dominicain Vincent McNabb (voir
ici) remplissait le rôle de sous-diacre. Le panégyrique du défunt a été prononcé par un autre grand ami de Chesterton, Monseigneur Ronald Knox. Le cardinal Hinsley, archevêque de Westminster, a lu le message adressé par le cardinal Pacelli au nom du pape Pie XI.


La Morale des Elfes
, Éditions Mille et une nuits, 64 pages, 3 €
Site de l'éditeur :
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Published by Les amis de Chesterton - dans Information
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