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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 00:48
On ne peut évoquer décemment Chesterton sans parler du père Brown. Et là, la bonne nouvelle d’un retour de G.K.C. dans l’édition française, se transforme en « très bonne nouvelle ». Le père Brown ? Ceux qui ne le connaissent pas encore doivent absolument se procurer le volume Omnibus (4) des histoires de ce petit prêtre qui a vu le jour en 1910 dans les colonnes de The Storyletter. Et les autres ? Ils feront de même.
Pour plusieurs raisons. D’abord, parce que cette édition est un évènement en soi. De
puis le recueil Gallimard de 1954, le père Brown, qui ne fut jamais vraiment absent de l’édition française (on l’a même édité pour France Loisirs), n’avait plus occupé une place aussi importante. Ensuite, parce que cet intégral propose des traductions nouvelles ou révisées, accompagnées de trois histoires inédites et de deux articles de Chesterton sur sa conception du roman policier. Enfin, parce qu’il faut saluer la qualité de la postface de Francis Lacassin, véritable étude des « Father Brown’s stories » et qui mériterait une édition à elle seule.
Le père Brown symbolise la quintessence de la pensée de Chesterton. Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet et Francis Lacassin en donne une juste synthèse. Il faudrait peut-être y ajouter le fait que le père Brown représente l’humilité, souvent désarmante, face à ces montages humains que sont les crimes.
Volontiers combatif et polémiste, Chesterton a été un chantre de l’humilité, peut-être même avant de l’être du christianisme orthodoxe. Ou plutôt, son attachement à cette petite vertu, si peu moderne, l’a conduit, à sa manière, jusqu’à la défense des dogmes reçus. C’est-à-dire jusqu’à montrer que l’acceptation des dogmes religieux était la plus belle manière d’être parfaitement homme. N’est-ce pas lui qui écrit dans Hérétiques : « L’humilité, c’est ce qui renouvelle éternellement la terre et les étoiles. C’est l’humilité et non le devoir qui préserve les étoiles du mal, du mal impardonnable d’une démission fortuite ; c’est grâce à l’humilité que les cieux éternels ont gardé pour nous leur fraîcheur et leur immensité ». Là où G.K.C. élève l’humilité au rang de vertu de restauration de l’homme, le père Brown l’incarne pour résoudre des histoires policières. Ce faisant, il dénoue pour le lecteur l’une des énigmes les plus importantes auquel l’homme est confronté, roman policier ou pas : son attirance simultanée vers le mal et vers le bien.
Pourtant, on se demandera qui est véritablement Chesterton ! Les dates – naissance en 1874 et mort en 1936 – ne sont que des repères. Sa vaste bibliographie – près d’une centaine de livres – que les cailloux d’un Petit Poucet vers le mystère d’une personne et d’un auteur. Bien avant que Brasillach n’utilise la formule de « fraternels adversaires », Chesterton l’a incarnée avec ses amis-adversaires, Wells et Shaw. Ce glouton de la vie a embrassé tous les genres littéraires sans exception. Pendant des années, sa défense du christianisme a caché sa difficulté à se convertir au catholicisme, au point de transpirer à grosses gouttes lors de sa première communion, tellement émerveillé du mystère qu’il recevait à l’âge de 48 ans. Don Quichotte du catholicisme anglais dans un corps de Sancho Pança, Chesterton fut aussi le prince du paradoxe. Et justement ! Paradoxe suprême : on dit que pour une fois c’est la créature (le père Brown) qui a converti le créateur (Chesterton). L’image est plaisante, certainement exagérée. Elle indique pourtant une des caractéristiques de ce « géant de la littérature », salué à sa mort par le pape Pie XI du titre de « défenseur de la foi » : un homme qui avait retrouvé son regard d’enfant au point de contempler dans la simplicité quotidienne les traces de Dieu. Un miracle, en somme !


Les Enquêtes du Père Brown, Omnibus, 1216 pages, 28€
Ce livre contient : La Clairvoyance du Père Brown; La Sagesse du Père Brown; L'Incrédulité du Père Brown; Le Secret du Père Brown; Le Scandale du Père Brown (de la page 7 à la page 1040).
En outre, il propose trois nouvelles isolées :
– Le Vampire du village;
– Le masque de Midas;
– L'affaire Donnington
(de la page 1041 à la page 1099).
Il offre également deux articles de Chesterton sur le roman policier :
– Plaidoyer pour les romans policiers (A defense of Detective Stories, extrait du Defenseur);
– L'art d'écrire une histoire policière (How to write a Detective Story, extrait du GK's Weekly du 17 octobre 1925)
(de la page 1101 à la page 1113).
Enfin, la très remarquable étude de Francis Lacassin, version, sauf erreur de ma part, reprise et augmentée d'une introduction déjà parue à plusieurs reprises. Intitulée Le détective de l'autre côté du miroir, il s'agit dans cette version d'une véritable étude sur le Père Brown et Chesterton. Remarquable !
(de la page 1115 à la page 1196).
Outre un sommaire (page 5), le recueil contient également un index alphabétique des nouvelles. (de la page 1197 à la page 1203).

Un livre à se procurer absolument.

Le site de l'éditeur qui contient plusieurs trésors :
ICI

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Published by Les amis de Chesterton - dans Information
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