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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 08:18

Décidément, le petit Père Brown est un chanceux. Après l'Intégral Omnibus, il a le droit aux honneurs de la « Petite bibliothèque Ombres », chez l'éditeur du même nom. Ce dernier vient, en effet, de publier le premier volume de la célèbre série policière de G.K. Chesterton, en lui restituant son titre d'origine « L'Innocence du Père Brown ». Par un caprice qui appartient bien à l'édition française, ces premières histoires de celui que Chesterton compare dans son autobiographie à une « quenelle authentique du Suffolk », ont été rassemblées sous le titre de La Clairvoyance du Père Brown.
De « clairvoyance », assurément Father Brown n'en manque pas, lui qui parvient à résoudre des énigmes qui semblent défier le sens commun ou qui arrive à pièger des voleurs ou des assassins par la simple force d'un raisonnement qui sait prendre en compte la complexité de la nature humaine.  Mais de « l'innocence » à la « clairvoyance », il y a comme le passage de l'état profond d'un être à une simple qualité, certes utile, mais qui ne saurait définir à elle seule et profondément la personne dont il s'agit.
Cette « innocence », Chesterton ne l'a certainement pas choisi par hasard. Elle semble découler de l'état sacerdotal du personnage qui regarde le monde et son drôle de théâtre à travers les lunettes de la grâce, laquelle transcende l'aspect chétif et quelconque d'un héros qui, au fond, s'appellerait en français l'abbé Brun. Banal.
Cette « innocence » est aussi une sorte de réponse à un autre détective, scientiste et moderne, né de l'imagination de Sir Arthur Conan Doyle. On l'aura compris, il s'agit de Sherlock Holmes.  Or s'il existe bien une antithèse du héros de Baker Street, au plan des idées comme de la méthode, c'est bien l'insignifiant prêtre catholique, dont on ignore tout ou presque.
On en trouvera la preuve dans ce petit recueil qui reprend la traditionnelle traduction d'Émile Cammaerts, revue, complétée et annotée ici par Paul Choleau. Un très bon travail bibliographique et des notes permettent de bien entrer dans ces histoires de Father Brown.
De format « poche », le volume est sobre et tient bien en main. L'illustration de couverture est celle de la première édition anglaise de L'Incrédulité du père Brown (1926). Un ouvrage de 12 €.

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Published by Les amis de Chesterton - dans Information
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commentaires

Spendius 09/08/2008 18:52

On ne manie pas les paradoxes, c'est ce que j'essaie de vous faire comprendre. La littérature n'est pas une clownerie, et les uniques paradoxes que je connaisse sont les paradoxes quantiques (qui par le fait même qu'ils existent ne sont plus paradoxes - le paradoxe étant non pas ce qui ne peut être réel pour la logique humaine, mais ce qui ne peut être réel tout court). La civilisation chrétienne s'est effondrée parce qu'au bout d'un moment, elle est devenue une blague. Tout le monde s'en foutait, on en riait et on la caricaturait. Il est donc normal que devant le faiblissement de la pensée chrétienne, d'autres pensées et d'autres manières d'être poussent, se diversifient jusqu'à remplacer l'édifice chrétien, qui fut construit par les Pères de l'Église et les scolastiques dans des raisonnements logiques et rationnels et non dans des gamineries d'un type incapable de sortir de son enfance et fuyant la réalité.En faisant une défense du christianisme à base de "paradoxes" et d'ironie enfantine, en bref une défense à base de blagues, on ne fait que remettre sur pied non pas le christianisme réel et médiéval des patristiques et des scolastiques, mais le christianisme malade et caricatural qui était la cible favorite des écrivains des Lumières à l'origine de notre modernité. C'est tendre le bâton pour se faire battre.C'est évacuer du christianisme sa substance réelle (scientifique même), pour en faire un pantin anecdotique, très esthétique mais sans plus. Basiquement, c'est réduire le christianisme au "Monde de Narnia", et cela suit la logique très moderne qui consiste à tout transformer en fétiches et vider la société de sa réalité, pour finir par vider l'homme de sa réalité, de sa réalité d'animal politique, pour en faire un branleur superficiel.

Claude 25/07/2008 20:15

Bel effort cher Spendius... Mais pour bien manier le pradoxe, n'est pas Chesterton qui veut!

Spendius 02/07/2008 21:30

Scientiste et moderne?Ca pisse pas très loin, votre analyse...j'ai pourtant cru que la nature humain était "complexe", comme vous dites...On peut discuter longtemps sur qui est vraiment moderne. Personnellement, je pense que l'"innocence" est un défaut typiquement moderne - elle s'est même très nettement accentuée ces derniers temps, l'innocence de nos contemporains, pour devenir un angélisme, qui mène l'Occident à sa perte.Si le scientisme est l'idolâtrie de la Raison, alors le christianisme est un scientisme, vu que selon Chesterton le christianisme voue un culte à la Raison? Automatiquement, si notre époque est scientiste, notre époque est chrétienne, "chestertonienne" même, et donc si Sherlock Holmes est l'antithèse du Père Brown, qui est un moderne, Sherlock Holmes est antimoderne...Démerdez vous avec vos paradoxes hein, moi je dis ça je dis rien...