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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 00:35
Un très bon connaisseur québecois de Chesterton, Georges Allaire, également traducteur de l'écrivain., me signale que le célèbre livre de G.K.C. sur saint Thomas est disponible sur le site Docteur angélique, à l'adresse suivante : http://docteurangelique.free.fr/index.html

Le site Docteur angélique est consacré entièrement à l'Aquinate et c'est une belle communauté de connaisseurs qui travaillent à rendre accessible cette œuvre si ample et qui mérite tant de sortir des bibliothèques. On ne peut que saluer ce travail et féliciter les responsables du site d'avoir accueilli le livre de Chesterton sur saint Thomas que certains pourraient être tentés de mépriser un peu vite.

La rencontre Chesterton/Saint Thomas d'Aquin est celle de deux géants, aussi volumineux peut-être l'un que l'autre. L'un passe pour un esprit rationnel, presque étroit, sans chaleur, ni poésie. L'autre évoque un volcan en perpétuelle ébullition, laissant courir son imagination pour nourrir un flot poétique sans interruption. En fait, les deux hommes, malgré leurs réelles différences, sont certainement plus proches qu'on ne le pense. Il ne faut pas avoir lu les hymnes de saint Thomas pour l'imaginer sans poésie. Il ne faut pas avoir lu les essais de Chesterton pour le croire sans philosophie, prisonnier d'une imagination débordante.
Publié en 1933, son Saint Thomas est un chef-d'œuvre. Chesterton n'entend pas présenter la philosophie et la théologie de saint Thomas, mais plutôt l'homme lui-même. Le livre commence d'ailleurs avec beaucoup d'humilité :

« Ce livre est sans prétention. Il souhaite uniquement donner un regard rapide sur un personnage de l'histoire qui mérite d'être mieux connu. Il aura atteint son but s'il amenait des gens qui n'ont guère connu S. Thomas d'Aquin à s'informer à son sujet auprès de meilleurs livres. Cette approche a des implications.
Premièrement, l'histoire s'adresse surtout à des gens qui ne sont pas de même religion que S. Thomas, et qui peuvent s'intéresser à lui comme je pourrais moi-même m'intéresser à Confucius ou à Mahomet. La nécessité de le présenter à des étrangers m'oblige conséquemment à le situer par contraste à des façons de penser étrangères. Si je présentais brièvement l'amiral Nelson à des étrangers, je devrais détailler de nombreux faits que nombre d'Anglais connaissent et omettre plusieurs détails que nombre d'Anglais aimeraient connaître. Mais il me serait difficile de faire une narration émouvante et vivante de Nelson en cachant le fait qu'il guerroya contre les Français. Pareillement, on ne saurait guère présenter S. Thomas sans mentionner qu'il a combattu des hérétiques, bien que ce fait puisse gêner le but même de ce récit. J'espère seulement, et j'ai confiance, que ceux qui me considèrent comme un hérétique ne me blâmeront pas d'exprimer mes propres convictions, ni surtout celles de mon héros.
Il n'y a qu'un point où cette question affecte la courte narration qui suit. En effet, j'y exprime une fois ou l'autre ma conviction que le schisme [protestant] du seizième siècle était en réalité une révolte retardée des pessimistes du treizième siècle. C'était un remous du vieux puritanisme augustinien contre la largesse aristotélicienne. Sans cette observation, je ne saurais situer le personnage historique dans l'histoire. Cependant, le tout n'est pas offert comme un paysage avec des figurants mais plutôt comme un seul personnage sur ce fond de paysage.
Deuxièmement, une pareille simplification ne me permet pas de dire beaucoup plus que ce philosophe avait une philosophie. Je n'ai pu offrir que quelques échantillons de cette philosophie. Et il me sera impossible de traiter adéquatement de sa théologie. Une dame que je connais prit un livre de commentaires de textes choisis de S. Thomas et glana le sujet bellement annoncé comme "La simplicité de Dieu". Quand elle déposa le livre, elle dit avec un soupir: "Si c'est là sa simplicité, je me demande bien quelle est sa complexité." J'éprouve un grand respect pour cet excellent livre de commentaires thomistes, mais je ne souhaite pas que mon livre soit pareillement abandonné au premier coup d'oeil avec pareil soupir. M'est avis qu'une biographie est une introduction à la philosophie du personnage et que la philosophie est une introduction à sa théologie, et je ne saurais mener le lecteur au-delà de la première étape de cette démarche. Troisièmement, je n'ai pas cru nécessaire de tenir compte des critiques qui se jouent du public de temps en temps en reproduisant des paragraphes de démonologie médiévale afin d'horrifier les lecteurs modernes par le truchement d'un langage méconnu. Je prends pour acquis que les gens cultivés savent que Thomas d'Aquin et ses contemporains, de même que tous ses adversaires pendant des siècles, croyaient en l'existence des démons et autres faits similaires. Si je n'ai pas choisi d'en traiter ici, c'est que ce fait ne contribue pas à dresser un portrait distinctif de l'homme. En effet, les théologiens protestants et les théologiens catholiques étaient d'un commun accord sur de tels sujets durant les centaines d'années pendant lesquelles il existait une théologie, et S. Thomas n'y tenait pas de positions remarquables, sinon par leur modération. Je n'ai pas évité ceci dans un but de cachotterie, mais seulement parce que ça n'apporte rien au personnage que je souhaite révéler. Il y a déjà si peu de place pour sa vaste forme dans un cadre aussi exigu. »

Comme beaucoup d'autres, ce livre a une histoire qui révèle bien Chesterton. Nous en reparlerons prochaine. En attendant, bonne lecture sur le site du Docteur angélique.


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Published by Les amis de Chesterton - dans Un peu d'histoire
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