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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 20:13
Si nous continuons notre présentation rapide des livres de G.K. Chesterton, année après année, nous arrivons maintenant en 1905. Deux livres paraissent alors :

–      The Club of Queer Trades

–      Et le célèbre Heretics.
 


Le premier a été traduit en français sous le titre : Le Club des métiers bizarres, à ne pas confondre avec Le Club des fous, selon le titre adopté par l’Age d’Homme pour sa première traduction de Tales of the long bow (traduction par P.-A. Gruénais) paru en 1983. La deuxième traduction, qui date de 2007, est due à Gérard Joulié et porte comme titre : Les Contes de l'Arabalète.
Le Club des métiers bizarres a connu plusieurs éditions en France, toutes aux éditions Gallimard. Nous n’avons pas retrouvé la première parution de cette traduction. Réalisée par Kathleen Saint Clair Gray, elle a été remise en librairie en 1980, chez Gallimard, dans la collection « Du Monde entier ». Elle est précédée d’une préface de Pierre Mille (1864-1941). Elle est à nouveau publiée en 1996 chez Gallimard dans la collection « L’Étrangère ». C’est cette même traduction que l’on retrouve en 2003, dans le collection « L’Imaginaire », toujours chez Gallimard et sans préface.
 

Le Club des métiers bizarres contient six histoires, six aventures de Basil et de Rupert Grant qui sont confrontés à des crimes étranges et dont les explications sont encore plus étranges. C’est une sorte de parodie des romans policiers de l’époque et particulièrement du scientiste Sherlock Holmes. Dans la deuxième histoire, il y a un petit passage qui reflète déjà les idées de Chesterton :
« Évidement, j'excuse ce cher vieux Cholmondeliegh, dit Lord Beaumont, tout en nous aidant à enlever nos pardessus. Il n'a pas l'esprit moderne.
– Qu'est-ce que l'esprit moderne ? demanda Grant.
– Oh !… c'est un esprit de lumière et de progrès, qui envisage sérieusement les réalités de la vie. À ce moment un autre accès d'hilarité éclata derrière la porte.
– Je demande cela, dit Basil, à propos de deux de vos récents amis qui avaient l'esprit moderne : l'un croyait mal de manger des poissons, l'autre croyait bien de manger des hommes. Pardon… c'est par ici, si je me rappelle bien.
– Savez-vous, dit Lord Beaumont avec une sorte d'exaltation fiévreuse, en trottinant derrière nous, je n'arrive pas à comprendre de quel côté de la barrière vous êtes. Quelques fois, vous paraissez tellement libéral et quelque fois tellement réactionnaire. Basil, êtes-vous un homme moderne ?
– Non, dit Basil à voix haute et joyeusement au moment où nous pénétrions dans le salon rempli de monde. »


On l'aura compris Chesterton ne porte pas un culte énorme à la modernité et au progrès, tout en étant bien ce libéral-réactionnaire ou plus exactement celui qui échappe aux étiquettes.

Mais ce « club » dont le nom forme le titre de l’ouvrage, de quoi s’agit-il ? En voici rapidement l'explication :
« La nature de cette société […] peut facilement se résumer en quelques mots : c'est un club excentrique et bohème; la seule condition exigée pour en faire partie consiste en ceci, que le candidat doit avoir inventé la profession qui le fait vivre et que cette profession doit être entièrement nouvelle. La définition exacte de cette exigence tient en deux règles principales :
1° Il ne faut pas que ce soit une simple application ou variante d'un métier déjà existant. Ainsi, par exemple, le club n'accepterait pas comme membre un agent d'assurances simplement parce que, au lieu d'assurer le mobilier des gens contre l'incendie, il assurerait, mettons, leur culotte contre les morsures d'un chien enragé. […]
2° Cette profession doit être une véritable source de revenus commerciaux, le gagne-pain de son inventeur. Ainsi, le club n'admettrait pas comme membre un individu simplement parce qu'il lui plairait de passer ses journées à ramasser des boîtes à sardines vides, à moins qu'il ne réussisse par ce moyen à gagner un argent fou »
.
 
 
Les héros de ce livre sont au nombre de deux. Rupert Grant, le détective qui mène l’enquête sur différents crimes. Comme Sherlock Holmes, Rupert Grant se fie beaucoup à son pouvoir de déduction. Seulement, il a toujours tort. Et, en fait, c’est son frère Basile Grant, juge à la retraite, qui semble le véritable héros, en démontrant à son frère qu’il n’y a pas eu de crimes et pas de héros. Dale Ahlquist, président de l’American Chesterton society, et très fin connaisseur de l’œuvre de l’écrivain, émet l’hypothèse que les deux frères du roman reflète Gilbert et Cecil Chesterton, les deux frères dans la vie réelle. Qui serait qui ? Gilbert pourrait se retrouver du côté de Basil pendant que Cecil aurait son pendant en Rupert.
Voici le portrait que donne Chesterton de Basil Grant :
« Très peu de gens savaient quoi que ce fût  au sujet de Basil. Non pas qu'il fût un ours le moins du monde, car si un inconnu était entré chez lui, il l'aurait fait parler jusqu'au matin. Il avait peu de relations parce que, comme tous les poètes, il pouvait s'en passer. Il accueillait un visage humain comme il aurait accueilli un subit changement de teinte dans un coucher de soleil, mais il n'éprouvait pas plus le besoin d'aller dans le monde que de modifier les nuages du couchant. Il habitait une mansarde bizarre mais confortable sous les toits de Lambeth. Il était entouré d'un chaos d'objets qui faisaient un contraste étrange avec les bouges d'alentours : de vieux livres fantastiques, des épées, des armures, tout le bric-à-brac du romantisme. Parmi toutes ces reliques don-quichottesque, sa figure paraissait curieusement expressive et moderne, une figure puissante de magistrat. »

Les chapitres du livre :

Les aventures formidables du major Brown
Pour écouter (en anglais) :
ICI
Le pénible effondrement d'une grande réputation
Pour écouter :
ICI
L'effroyable raison de la visite du pasteur
Pour écouter :
ICI
La curieuse affaire de l'agent de location
Pour écouter :
ICI
La singulière conduite du professeur Chadd
Pour écouter :
ICI
L'excentrique séquestration de la vieille dame
Pour écouter :
ICI

Une adaptation a été réalisée pour la radio par la BBC et a été diffusée en avril 2005.
Notos que le livre contient plusieurs allusions à la France. La première phrase de l'ouvrage est d'ailleurs celle-ci : « Rabelais, ou son illustrateur fantastique Gustave Doré, … »

Pour la petite histoire, le livre n'eut pas un grand succès à sa parution en mars 1905. Et Chesterton avait alors besoin d'argent… Les histoires du Club of Queer Trades parurent d'abord en livraisons mensuelles dans l'Idler, entre juin et décembre 1904. On retrouve dans ce livre des thèmes abordés dans son Napoléon de Notting Hill, mais sans la transposition à la fin du XXe siècle et sans l'aspect médieval. Il s'agit de montrer le fantastique ou la romance qui se trouvent au cœur même du réel, lesquels exigent d'ouvrir les yeux à la façon d'un poète pour les déceler. Max Ribstein note à raison la présence de trois thèmes majeurs : le cauchemar, les dangers de l'Orient et la folie. On s'accordera avec lui pour dire que ces thèmes, notamment les deux derniers relèvent chez Chesterton d'une vision métaphysique mais également découlent de son propre existence et de ses interrogations. Heureusement, l'humour et la fantaisie habillent tout cela et offrent un roman qui connaît aujourd'hui un succès plus important que lors de sa parution. Le livre étant disponible en français le mieux est encore de le lire.

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Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
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