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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 08:25
Sous ce titre, l'hebdomadaire Minute (ICI) publie cette semaine un intéressant article de Joël Prieur rendant compte du volume Omnibus. Le journaliste est visiblement séduit puisque dans cette page consacrée au roman policier, il accorde la principale place au Père Brown et qu'il invite ses lecteurs à faire du volume Omnibus leur lecture de vacances. Heureuse idée, n'est-ce pas ?
Il faut saluer le titre de cette chronique littéraire car il apparaît bien, au fil des enquêtes du père Brown, qu'il existe une sorte de maïeutique du petit prêtre détective. Très justement, Joël Prieur met en relief le fait que
« Au lieu de regarder les choses de l’extérieur, dans la fausse objectivité qu’elles donnent à voir, le père Brown, en bon prêtre qu’il est, "essaie de se mettre dans la peau de l’assassin” ».
En revanche, on discutera probablement davantage l'affirmation du journaliste quand il écrit :
« En 1910, lorsqu’il invente ce personnage atypique, devenu sous sa plume une sorte d’archétype de la littérature universelle, Chesterton n’est pas catholique. Ce qu’il demande à son héros, c’est de lui montrer comment fonctionne un croyant. Nous sommes en plein scientisme. Bouvard et Pécuchet, les deux cuistres savants de Flaubert, ne sont pas loin. Le croyant est un être étrange, doué d’un étrange savoir. Chesterton, quant à lui, est simplement convaincu que la vie la plus ordinaire est bien trop romanesque pour que le scientifique ait le dernier mot à son sujet. Comment imaginer le vrai savoir et la vraie vie sans un minimum de poésie ? »
Peut-être lisons-nous trop vite ? Mais si Chesterton n'est effectivement pas catholique en 1910, il est trop rapide de laisser entendre qu'il n'est pas croyant. Oui, il est bien convaincu que l'extraordinaire se trouve dans la vie ordinaire, tout en étant par ailleurs non seulement un croyant, mais un chrétien, non seulement un chrétien, mais un anglican du courant anglo-catholique, proche par certains côtés du catholicisme romain. Si la naissance du père Brown date bien de 1910, il ne faut pas oublier que Chesterton publie en 1905 Hérétiques. Ce livre secoue tellement le petit monde intellectuel de l'époque qu'on demande à Chesterton d'exposer son propre système de croyance. Ce sera Orthodoxie qui paraît en 1908. Pour le grand public, il est clair alors que Chesterton est un catholique romain ou, au moins, un crypto-catholique romain. Ce n'est évidemment pas le cas. Mais il est clairement croyant et chrétien.
Joël Prieur termine son article en reprenant l'affirmation selon laquelle
« Sans l’avoir cherché, sans l’avoir voulu, en 1922, le père Brown est parvenu à convertir son créateur, Gilbert Keith Chesterton. » C'est évidemment une facilité d'écriture. Elle est plaisante, parlante par certains côtés, mais elle n'est pas tout à fait exacte. Les deux premiers recueils du Father Brown datent de 1911 et de 1914. Les trois suivants sont de 1926, 1927 et 1935. Les deux premiers sont donc de la période anglo-catholique et les trois derniers de la période catholique. En soi, cela ne prouve rien. Cependant entre 1914 et 1922, Chesterton va subir une crise spirituelle importante. Cette période est justement celle pendant laquelle le père Brown n'apparaît pas. Il est absent. Quand on lui demandera finalement pourquoi il s'est converti, Chesterton répondra parce que le catholicisme est vrai :
« La difficulté d'expliquer "pourquoi je suis catholique” provient du fait qu'il y a mille raisons revenant toutes à la même raison: c'est que le catholicisme est vrai. Je pourrais remplir tout l'espace qui m'est alloué de phrases séparées commençant par les mots, "C'est la seule chose qui…" Ainsi, par exemple (1) c'est la seule chose qui empêche vraiment le péché d'être un secret. (2) C'est la seule chose où le supérieur ne peut pas être supérieur au sens de hautain. (3) C'est la seule chose qui libère un homme de l'esclavage dégradant d'être l'enfant de son temps. (4) C'est la seule chose qui parle comme si c'était la vérité; comme un vrai messager qui refuse de porter atteinte à un vrai message. (5) C'est le seul type de christianisme qui réunit réellement toutes les sortes d'hommes; même l'homme respectable. (6) C'est la seule grande tentative de changer le monde de l'intérieur; travaillant par les volontés et non par les lois; et ainsi de suite. Ou je pourrais traiter du sujet personnellement et décrire ma propre conversion, mais j'éprouve une profonde crainte que cette méthode fasse paraître l'affaire plus petite qu'elle ne l'est en réalité. Bien de meilleurs hommes se sont convertis avec sincérité à des religions bien pires. Je préférerais essayer de dire ici, au sujet de l'Église catholique, ces choses précisément qui ne peuvent être dites de ses très respectables adversaires. Bref, je dirais principalement de l'Église catholique qu'elle est catholique. J'aimerais mieux essayer de suggérer non seulement qu'elle est plus vaste que moi, mais qu'elle est plus vaste que n'importe quoi au monde; qu'elle est, en effet, plus vaste que le monde, mais vu qu'en si peu d'espace je ne puis traiter que d'un point, je la considérerai comme gardienne de la vérité. » (Twelve Modern Apostles and their Creeds).
Il dira la même chose, mais autrement dans son Autobiographie en mettant en avant la place de la confession dans le catholicisme : « Quand on me demande, ou quand on se demande : “pourquoi vous êtes-vous rallié à l’Église de Rome ?”, la première réponse qui me vient, la réponse essentielle, bien que partiellement elliptique encore, c’est : “pour me débarrasser de mes péchés”. (…) Ceci rejoint directement le souvenir de ces visions ou de ces fantaisies dont j’ai parlé dans le chapitre sur mon enfance. J’ai parlé alors de cette indescriptible et indestructible certitude que j’ai dans l’âme, que ces premières années furent le commencement de quelque chose de digne, de plus digne peut-être qu’aucune des choses qui lui ont succédé. » (L'Homme à la clef d'or). Du père Brown, il n'en est pas vraiment question. Ou indirectement par celui qui l'a inspiré : le père John O'Connor qui sera bien présent avec le père Rice lors de l'entrée de Chesterton dans l'Église catholique. Dans son Autobiographie Chesterton précise au sujet des liens entre O'Connor et Brown : « j’empruntais quelques unes des sérieuses qualités d’intelligence à mon ami le père John O’Connor, de Bradford, lequel ne répond en rien au portrait dans son apparence extérieure. Le père John n’est nullement négligé, mais au contraire net ; il n’est pas balourd, mais, au contraire, délicat à l’extrême, et adroit et non seulement il est amusant, et amusé, mais il a réellement l’air d’être l’un et l’autre. C’est l’Irlandais sensible, à l’esprit prompt, ayant cette ironie profonde et même un peu d’irritabilité que les gens de sa race tiennent toujours en réserve. » Mais il ne s'étend pas sur son rôle dans son passage au catholicisme, ni sur celui du père Brown.

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Published by Les amis de Chesterton - dans Veille chestertonienne
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