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10 septembre 2008 3 10 /09 /septembre /2008 00:44
Henri Massis est aujourd'hui un auteur oublié bien qu'il eut une influence importante dans les milieux catholiques, entre les deux guerres, et même jusqu'à sa mort en 1970. Proche de Péguy et de Maritain (dont il se séparera à propos de l'Action française), directeur de La Revue universelle avec Jacques Bainville, Henri Massis a publié une quarantaine d'ouvrages, littéraires, religieux, historiques et politiques (liste complète ICI). Élu à l'Académie française en 1960, il a droit à une notice officielle de la vénérable institution dans laquelle on peut lire cette présentation rapide d'une vie :
"Né à Paris, le 21 mars 1886.
Après des études au lycée Condorcet, où il fut l’élève d’Alain, puis à la Sorbonne et au collège de France, où il suivit les cours de Bergson, Henri Massis obtint en 1908 sa licence de philosophie.
Reçu chez Anatole France et Maurice Barrès, il devait faire une entrée précoce dans le monde des lettres en publiant à 19 ans son premier ouvrage :
Comment Émile Zola composait ses romans. Devaient suivre en 1907 Le Puits de Pyrrhon, et en 1909 La Pensée de Maurice Barrès. Voué à la littérature et au journalisme, il collabora à L’Opinion, où il publiait, avant la Grande Guerre, avec Alfred de Tarde, et sous le pseudonyme d’Agathon, deux enquêtes d’un grand retentissement : « L’Esprit de la nouvelle Sorbonne » et « Les Jeunes Gens d’aujourd’hui » où se trouvait brossé le portrait de la nouvelle génération nationaliste dont il faisait partie.
Durant la guerre, il servit dans les chasseurs à pied, avant d’être détaché à la mission navale en Grèce, puis en Syrie.
Rédacteur en chef (1920-1936), puis directeur (1936-1944) de
La Revue universelle, qu’il avait fondée avec Jacques Bainville, il s’éloigna de Bergson, dont il se considérait disciple, pour se rapprocher de Maurras, dont il devint dans l’entre-deux-guerres un compagnon de route, adhérant au « nationalisme intégral », sans toutefois jamais écrire dans L’Action française.
Engagé aux côtés des intellectuels de droite, Henri Massis fut l’un des principaux rédacteurs du
« Manifeste des intellectuels français pour la défense de l’Occident et la paix en Europe », publié en octobre 1935 en soutien à la politique d’expansion mussolinienne. Il se rallia, après la défaite de 40, au maréchal Pétain, et occupa un temps un poste de chargé de mission au secrétariat général de la Jeunesse. Son anticollaborationnisme certain lui valut cependant, après un mois d’internement administratif à la Libération, de ne pas être autrement inquiété.
Ses essais et études sur Romain Rolland, Renan, France, Barrès, Psichari, Proust, Lyautey, Maurras, ses entretiens avec Mussolini, Salazar, Franco, ses écrits politiques, dont Défense de l’Occident, fut le plus célèbre, composent une œuvre nombreuse.
Après un échec au fauteuil Madelin contre Robert Kemp en 1956, Henri Massis fut élu à l’Académie française le 19 mai 1960, au fauteuil de Mgr Grente. Il fut reçu dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, la coupole étant alors en réfection, le 3 juin 1961, par le duc de Lévis Mirepoix.
Mort le 16 avril 1970."


Henri Massis signa donc une longue introduction à Hérétiques qui paraissait enfin en langue française en 1930. On remarquera qu'il y parle surtout… d'Orthodoxie. Nous en publions ci-dessous la première partie :

Jamais le vieil adage qui assure que les livres ont leurs destins ne s’est mieux appliqué qu’aux traductions françaises des ouvrages de G.K. Chesterton. La plus paradoxale fantaisie semble avoir réglé le cours de leur publication : rien de plus déroutant que la successive découverte qui nous en a été faite, rien de plus illogique aussi, même au point de vue de cette logique chestertonienne qui consiste à prendre les choses à l’envers pour montrer que c’est le bon côté. Non, il ne s’agit en l’occurrence que du hasard et de ses caprices ; car, depuis l’étude de M. André Chevrillon qui nous révéla le nom même de Chesterton, il y a plus de 20 ans, le soin de le traduire a été laissé à l’initiative toute fortuite des uns et des autres. L’admirable essai sur Dickens, édité pour la première fois en 1907, passa presque inaperçu. Paul Claudel, un des premiers fervents de G.K. Chesterton, dut renoncer à poursuivre la version d’Orthodoxie, dont il publia un magnifique fragment en 1910, et ce n’est qu’en 1923 que Charles Grolleau nous donna le texte intégral de ce grand livre. À la vérité, c’est par des romans comme Le Nommé Jeudi (1909), Le Napoléon de Notting Hill (1911), puis La Clairvoyance du Père Brown, la Sphère et la Croix que le public français a pris, dès l’abord, contact avec Chesterton. Quoi de plus déconcertant que de tels livres quand on ignore la conception du monde qu’ils illustrent, la philosophie où s’alimentent ce fol humour et cette extravagante poésie ? On dut attendre longtemps encore pour avoir un exposé de l'apologétique chestertonienne; mais les larges extraits que le P. de Tonquédec y donnait d'Hérétiques et d'Orthodoxie, ces deux pièces maîtresses de l’œuvre de Chesterton, ne pouvaient suppléer aux traductions qui continuaient à nous manquer. Orthodoxie parut enfin et voici qu’Hérétiques va lui succéder, à plusieurs années de distance, après la Nouvelle Jérusalem, après Saint François d’Assise, après L’Homme éternel, c’est-à-dire après des ouvrages bien postérieurs et qui témoignaient de la récente conversion de l’écrivain anglais au catholicisme romain. Comment s’y reconnaître ? À tout le moins le lecteur français qui chercherait à recomposer la démarche de la pensée de Chesterton, à retracer son itinéraire spirituel, d’après l’ordre où ses traductions ont vu le jour, risquerait de s’égarer fâcheusement.
Hérétiques, pourrait-il penser, n’est-ce pas la suite nécessaire d’Orthodoxie ? Après avoir établi les fondements de sa doctrine, exposé ses raisons de croire, l’auteur a senti le besoin de mettre ses idées à l’épreuve de l’expérience, en les affrontant à celles de ses adversaires. Pour un polémiste de son espèce et qui possède une métaphysique à qui il peut tout rapporter, quel incomparable instrument de combat ne devait-elle pas lui fournir !



(À suivre)

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Published by Les amis de Chesterton - dans Un peu d'histoire
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