Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 18:10

Hérétiques (Heretics. Ci-contre l'édition américaine de 1919. Cette édition contient 305 pages) paraît en Angleterre le 6 juin 1905 et il est publié par la « John Lane Company ». Le livre voit le jour à une époque fiévreuse de la vie de Chesterton. Il multiplie les articles et les conférences pour vivre et ses ouvrages ne rencontrent pas toujours le succès financier souhaité. Depuis plusieurs années déjà, il s’est pourtant imposé, devenant un nom dans le monde littéraire et dans celui du journalisme. Mais son personnage lui-même joue un rôle important dans ce sens. On peut l’apercevoir écrire dans des cafés, au Cheshire Cheese ou au El Vino, boire sec, participer aux banquets de son ami Maurice Baring ou répondre aux invitations de ses confrères en écriture. Le sport est complètement absent de cette vie trépidante  alors qu’il rejoint au contraire la « Christian Social Union », une organisation anglicane attachée à l’étude des questions sociales, sous l’impulsion des idées de Charles Kingsley, F.D. Maurice et  J.M.F. Ludlow. C’est à cette époque encore que Chesterton demande à son épouse Frances de rédiger sa correspondance, dévoré qu’il est par l’écriture ou la préparation de conférences.
Chesterton dédie Hérétiques à son père (« To My Father »), ce qui n’apparaît nullement dans l’édition française. Edward Chesterton, comme son père avant lui, était à la tête d’une agence immobilière. Cet homme que l’on dépeint habituellement comme très sérieux a laissé une trace profonde dans l’esprit de son fils Gilbert qui lui consacre tout un chapitre de son autobiographie. Son sérieux n’empêchait pas Edward Chesterton de cultiver un véritable sens de l’humour et, plus encore, une véritable collection de hobbies qui trônaient sur son bureau. Il est l’homme du théâtre de marionnettes qui a tant marqué Chesterton, lui apportant le goût du merveilleux, du mystère et de la beauté des choses en même temps qu’il a ancré en lui ce nonsense typiquement britannique. Religieusement, il était Unitarien.

Avec l’introduction et la conclusion, Hérétiques comporte 20 chapitres dont voici les titres d’abord en anglais puis en langue française :

1.  Introductory Remarks on the Importance of Orthodoxy
 2.  On the Negative Spirit
 3.  On Mr. Rudyard Kipling and Making the World Small
 4.  Mr. Bernard Shaw
 5.  Mr. H. G. Wells and the Giants
 6.  Christmas and the Esthetes
 7.  Omar and the Sacred Vine
 8.  The Mildness of the Yellow Press
 9.  The Moods of Mr. George Moore
 10. On Sandals and Simplicity
 11. Science and the Savages
 12. Paganism and Mr. Lowes Dickinson
 13. Celts and Celtophiles
 14. On Certain Modern Writers and the Institution of the Family
 15. On Smart Novelists and the Smart Set
 16. On Mr. McCabe and a Divine Frivolity
 17. On the Wit of Whistler
 18. The Fallacy of the Young Nation
 19. Slum Novelists and the Slums
 20. Concluding Remarks on the Importance of Orthodoxy


1. Remarques préliminaires sur l’importance de l’orthodoxie.
2. De l’esprit négatif.
3. De M. Rudyard Kipling et du monde rapetissé.
4. M. Bernard Shaw.
5. M.H.G. Wells et les géants.
6. Noël et les esthètes.
7. Omar et la vigne sacrée.
8. La timidité de la presse jaune.
9. Les états d’âme de M. George Moore.
10. Les sandales et la simplicité.
11. La science et les sauvages.
12. Le paganisme et M. Lowes Dickinson.
13. Celtes et celtophiles.
14. De certains écrivains modernes et de l’institution de la famille.
15. Des romanciers mondains et des gens du monde.
16. De M. Mc Cabe et d’une frivolité divine.
17. De l’esprit de Whistler.
18. Les prétendues jeunes nations.
19. Les bas-fonds et leurs romanciers.
20. Observation finale sur l’importance de l’orthodoxie.


Dès les premières lignes, à la première page du livre, Chesterton pose clairement le problème. Aujourd’hui, l’hérétique se vante de l’être alors que jadis il prétendait être le seul à posséder la vérité. Même dans l’erreur, le critère restait le vrai. Aujourd’hui, en 1905, c’est l’inverse qui s’est imposé : l’erreur se revendique comme telle et réclame ses droits.
« Rien ne trahit plus singulièrement un mal profond et sourd de la société moderne, que l’emploi extraordinaire que l’on fait aujourd’hui du mot « orthodoxe ». Jadis l’hérétique se flattait de n’être pas hérétique. C’étaient les royaumes de la terre, la police et les juges qui étaient hérétiques. Lui il était orthodoxe. Il ne se glorifiait pas de s’être révolté contre eux ; c’était eux qui s’étaient révoltés contre lui. Les armées avec leur sécurité cruelle, les rois aux visages effrontés, l’État aux procédés pompeux, la Loi aux procédés raisonnables, tous comme des moutons égarés. L’hérétique était fier d’être orthodoxe, fier d’être dans le vrai. Seul dans un désert affreux, il était plus qu’un homme : il était une Église. Il était le centre de l’univers ; les astres gravitaient autour de lui. Toutes les tortures arrachées aux enfers oubliés n’auraient pu lui faire admettre qu’il était hérétique. Or il a suffi de quelques phrases modernes pour l’en faire tirer vanité. Il dit avec un sourire satisfait : « je crois que je suis bien hérétique », et il regarde autour de lui pour recueillir les applaudissements. Non seulement le mot « hérésie » ne signifie plus être dans l’erreur, il signifie, en fait, être clairvoyant et courageux. Non seulement le mort « orthodoxie » ne signifie plus qu’on est dans le vrai ; il signifie qu’on est dans l’erreur. Tout cela ne peut vouloir dire qu’une chose, une seule : c’est que l’on ne s’inquiète plus autant de savoir si l’on est philosophiquement dans la vérité. Car il est bien évident qu’un homme devrait se déclarer fou plutôt que de se déclarer hérétique. »

Pour écouter (en anglais) l'intégralité de l'introduction : ICI.

(À suivre…)

Partager cet article

Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
commenter cet article

commentaires