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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 18:27
En 1935, André Maurois (sur Maurois, voir ICI) publia aux éditions Grasset un recueil de plusieurs essais, écrits pour la Société des conférences, et consacrés à quelques écrivains anglais. À côté de Kipling, Wells, Shaw, Conrad Strachey, Mansfield Lawrence et Huxley, André Maurois s'attarde à la personne et à l'œuvre de Chesterton. Il accorde notamment une grande place à Hérétiques, qu'il considère comme (avec Orthodoxie) un livre aussi important qu'une biographie pour connaître Chesterton. Le plus étonnant est que le livre d'André Maurois, Magiciens et logiciens, s'attache à trois auteurs dénoncés par Chesterton dans Hérétiques : Kipling, Wells et Shaw.
Au fait que dit Chesterton de Kipling dans Hérétiques ? (pour Shaw, voir ICI). Tout simplement ceci :

« La première chose à dire de M ; Rudyard Kipling et la plus juste, c’est qu’il a contribué brillamment à reconquérir les provinces perdues de la poésie. Il ne s’est pas laissé effrayer par l’aspect brutal ou matériel qui s’attache aux mots seuls. Il a pénétré jusqu’à la substance romanesque et imaginative des choses elles-mêmes. Il a perçu la signification et la philosophie propres de la vapeur et de l’argot. La vapeur n’est, si vous le voulez, qu’un sale sous-produit de la science, et l’argot un sale sous-produit du langage. Mais M. Kipling a été du petit nombre de ceux qui ont compris la parenté divine de ces choses, qui ont su qu’il n’y a pas de fumée sans feu, autrement dit que, partout où se rencontre la chose la plus vile, se rencontrent aussi la plus pure. Surtout il a eu quelque chose à dire, une vue définie des choses à exprimer, et cela signifie toujours qu’un homme est intrépide et regarde en face la réalité. Dès l’instant que nous avons une vue de l’univers, nous le possédons. Or, le message de Rudyard Kipling, le sujet auquel il s’est réellement attaché, est chez lui comme chez tous les hommes la seule chose qui vaille la peine qu’on s’en occupe. Il a souvent écrit de mauvais vers comme Wordsworth. Il a souvent dit des sottises comme Platon. Il s’est souvent laissé aller à la pure hystérie politique comme Gladstone. Pourtant nul ne peut douter qu’il ne veuille fermement et sincèrement dire quelque chose. Une seule question se pose : qu’a-t-il voulu dire ? »



On ne redonnera pas ici l'intégralité de l'étude d'André Maurois sur Chesterton (page 141 à 175 de son livre). En voici juste un extrait :

« Le grand péché des derniers siècles a été l'orgueil. L'intelligence humaine, enivrée de ses succès, en est venue à négliger les contraintes du réel et à mépriser les traditions de l'espèce. Elle a fini par s'emprisonner, comme les larves avant la mue, dans un déterminisme qu'elle-même avait secrété, dans une prison qu'elle-même avait filée, et par se laisser gouverner part les monstres qu'elle-même avait créés. Chesterton s'est efforcé avec une vigueur et une verve admirable de réconcilier intelligence et tradition. En face de Shaw et Wells, il est un contrepoids indispensable et, dirait-il lui-même avec un sourire, un contrepoids massif, donc efficaces.
On peut lui reprocher d'être parfois victime de sa propre virtuosité. Comme le physicien développe des formules symétriques et y trouve les lois du monde parce que Dieu est géomètre, ainsi Chesterton, en juxtaposant des paradoxes, construit une image de la réalité parce que la réalité est une somme de paradoxes. Mais le balancement de ses formules épuise parfois le lecteur, qui éprouve comme un malaise spirituel. Il voit si bien Chesterton est brillant qu'il ne voit plus que Chesterton est profond.  »

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Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
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