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26 septembre 2008 5 26 /09 /septembre /2008 21:00
J’ai découvert George Orwell par la lecture de Jean-Claude Michéa, et notamment par la lecture d’Impasse Adam Smith, brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme par la gauche (Champs/Flammarion). Comme toujours, Michéa se réfère à plusieurs reprises à Orwell, qui est certainement celui qui a le plus marqué sa pensée. La lecture récente de son célèbre Orwell, anarchiste tory, qui connaît sa quatrième édition chez Climats, a bien évidemment renforcé ma curiosité vis-à-vis d’Orwell. De ce dernier, je ne connaissais, au fond, que 1984 et La Ferme des animaux, deux ouvrages sur le phénomène totalitaire. 1984, notamment, est intéressant au regard de Chesterton parce que ce dernier a également consacré une sorte de livre d’anticipation, Le Napoléon de Notting Hill, écrit pour sa part en 1904, et qui est censé se dérouler également en 1984.
J’ai été frappé à la lecture de Michéa sur Orwell de voir combien certains thèmes sont communs à Chesterton et à l’auteur de 1984. Ils ont notamment le même intérêt pour Charles Dickens, et surtout, ils défendent l’un et l’autre « l’homme ordinaire » et la notion de « common decency » (morale commune). De ce fait, en raison de ces points communs, en sachant qu’ils pouvaient être compris et entendus de manière bien différente chez les deux hommes, j’ai voulu savoir la vision qu’avait Orwell de Chesterton.
Les deux hommes ne sont pas de la même génération. Chesterton a un pied dans le XIXe siècle et achève sa course terrestre en 1936. Orwell est né en 1903 et il meurt en 1950. Ses premiers écrits publiés datent des années trente alors que Chesterton publie Greybeards at Play en 1900. Surtout, les deux hommes appartiennent à des horizons religieux et politiques différents. Chesterton deviendra catholique ; ce qui n’est pas le cas d’Orwell. Ce dernier se réclame de la gauche non marxiste ; ce qui n’est pas le cas de Chesterton. Le fossé n’est pas négligeable, malgré les points de rencontre postmortem que nous pouvons trouver.
Et de fait, en allant effectuer quelques sondages dans des articles d’Orwell, je trouve bien cette incompréhension et cette opposition que j’imaginais.
Orwell estime en 1945 que Chesterton est un antisémite (article « Anti-Semitism in Britain » février 1945) et qu’il n’a cessé de se moquer des Juifs dans ses écrits (Il parle de « tirades sans fin »). L’accusation est lourde, car 1945, c’est aussi l’année de la prise de conscience universelle de la volonté de destruction systématique des Juifs par les nazis. Seulement, en 1945, Chesterton n’est plus là pour se défendre. Il est mort depuis 1936. La question de l’antisémitisme de Chesterton ne peut être évacuée comme elle ne peut être traitée à la légère. Un article de « The New Yorker magazine » (7 et 14 juillet 2008), cet été, a relancé le débat. J’espère avoir le temps d’y revenir à fond, car le sujet est vraiment trop important. Dickens aurait pu être un pont entre les deux hommes. Et bien, justement pas ! Orwell accuse Chesterton, lequel comme critique de Dickens était reconnu à son époque et le reste aujourd’hui encore, d’avoir projeté sur l’écrivain anglais ses propres idées. On trouve cette vision exprimée dans un article de 1939. Il reproche également à Chesterton de faire de Dickens un défenseur du « pauvre », mais en réduisant celui-ci aux petits commerçants et aux domestiques.

(À suivre…)

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Published by Les amis de Chesterton - dans Un peu d'histoire
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