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29 septembre 2008 1 29 /09 /septembre /2008 08:31
Nous avons évoqué la rencontre intellectuelle entre Chesterton et Orwell au sujet de quelques thèmes communs, dont le principal est le respect des deux hommes, et fondement de leur philosophie politique, pour l'homme ordinaire. Mais justement ! Que dit Chesterton de cet "homme ordinaire", qui nous semble plus une notion abstraite qu'une réalité concrète.



Maître du paradoxe, Chesterton ne cesse de surprendre. Et, en bien des domaines, il n'est pas là où on l'attend. Le cas le plus frappant reste son adhésion permanente à la démocratie. On pourrait citer Churchill  : « la démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes ». Pour Chesterton, c’est (presque) l’inverse qui est vrai : la démocratie est le meilleur des systèmes parce qu’elle n’est pas d’abord un système, mais un sentiment. « La chose réellement nécessaire au fonctionnement normal d’une démocratie, écrit-il dans Hérétiques, ce n’est pas simplement un système démocratique ou même une philosophie démocratique, c’est le sentiment démocratique. (…) C’est une sorte d’attitude instinctive qui nous fait ressentir que les choses sur lesquelles les hommes s’accordent sont sans aucune importance, et que toutes les choses dans lesquelles ils diffèrent, comme le cerveau, sont presque indiciblement sans importance » .
La démocratie, pour Chesterton, n’est donc pas réductible à un système, à un régime politique particulier. Dans Hérétiques toujours, il précise que le sentiment démocratique, sentiment diffus et difficilement définissable, renvoie surtout à une certaine attitude devant les hommes.
Présentée ainsi, l’approche chestertonienne conserve quelque chose de trop abstrait. Lui-même ne s’est pas exprimé de cette façon. Quand il veut dépeindre concrètement ce difficile sentiment démocratique, il prend un exemple. Il ne reste pas dans le monde des idées pour éviter de tomber dans l’hérésie ou l’idéologie. 
Abstraite, la démocratie ne serait plus un sentiment, une réalité avec une épaisseur humaine, mais un système. C’est toute la différence qui existe entre la démocratie communale et l’Organisation des Nations unies. Chesterton évoque donc, à titre d’exemple, des réactions ordinaires devant la vie et la mort. « Nous dirions à la suite d’une découverte quelque peu troublante : “il y a un homme mort sous le sofa”. Il est peu probable que nous disions : “Il y a un homme d’une grande distinction naturelle mort sous le sofa”. Nous dirions : “Une femme est tombée à l’eau”. Nous ne dirions pas : “Une femme d’une haute éducation est tombée à l’eau ». Le sentiment démocratique ressemble à ce type de réaction ordinaire devant les réalités essentielles de la vie ordinaire. Il se porte sur l’homme avant de se porter sur ce qui le distingue des autres.
C’est aussi le premier principe de la démocratie selon Chesterton, tel qu’il la présente dans Orthodoxie. Il découle du fait que « le soin des choses les plus terriblement importantes doit être laissé aux hommes ordinaires ». Et le gouvernement appartient à cette catégorie à la fois ordinaire et importante, ou plus exactement, importante parce qu’ordinaire et ordinaire parce qu’importante. « Gouverner, c’est au contraire un acte analogue à celui d’écrire des lettres d’amour ou de se moucher. Nous voulons qu’un homme le fasse lui-même, le ferait-il mal » . Toute la politique de Chesterton découle de cette affirmation. C’est un appel au retour à la responsabilité et au pouvoir qui doit lui être associé en même temps qu’une défense percutante et inattendue du droit de propriété privée.


(À suivre)…




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Published by Les amis de Chesterton - dans Un peu d'histoire
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