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30 septembre 2008 2 30 /09 /septembre /2008 09:01
Pour approcher la conception extraordinaire de la démocratie chestertonienne, il faut donc prendre le chemin de l’homme ordinaire, de l’homme commun. Toute la politique de Chesterton y est ordonnée. Toute son existence, Chesterton a défendu la position de l’homme de la rue, de l’homme commun, contre les gens en place, contre les oligarchies financières, intellectuelles ou politiques. Il n’a cessé de mener cette lutte, depuis le combat du scandale Marconi mené en commun avec son frère Cecil dans la presse jusqu’aux actions de la Ligue Distributiste, incarnation de sa pensée politique.




Dès son enfance, Chesterton montre un véritable respect des hommes de la rue, comme le révèlent ses carnets d’adolescents. Ce respect s’étend aux objets ordinaires, comme le montre magnifiquement l’un de ses premiers ouvrages, Le Défenseur.
À de très nombreuses reprises, Chesterton évoque l’homme ordinaire (ordinary man) ou l’homme commun (common man) dans son œuvre. En établir un recensement précis et scientifique serait une œuvre de longue haleine, utile mais fastidieuse. Sans entrer ici dans une exégèse par trop précise, soulignons quand même que ces termes désignent soit l’homme en général (nous sommes tous des hommes… ordinaires), soit l’homme des classes sociales humbles ou moyennes, opposé alors à la haute bourgeoisie financière ou à l’aristocratie, sans oublier les politiciens arrivistes, oligarchie moderne.
Chesterton emploie également la terminologie d’homme ordinaire pour décrire la qualité d’un personnage, même extraordinaire, c’est-à-dire célèbre. L’aspect hors du commun d’une telle personnalité vient alors, selon lui, de ce qu’elle a gardé en elle les qualités et les vertus de l’homme ordinaire. Le portrait de Dickens que trace Chesterton est révélateur de ce point de vue. Selon lui, « il prenait aux choses à peu près autant d’intérêt que tout le monde, mais il les sentait plus vivement ». Pour Chesterton, Dickens est donc un homme ordinaire, à la différence qu’il apporte plus d’agitation, davantage d’excitation à ce qu’il entreprend. Il en possède surtout les qualités et les vertus : « Le trait particulier du caractère de Dickens, c’était l’alliance du sens commun et d’une sensibilité peu commune » .
Finalement, oui, pour Chesterton l’homme ordinaire est celui qui a gardé intact le sens commun, qualité souvent atrophiée chez ceux qui se sont élevés à un rang social ou qui s’occupent uniquement de plaisir intellectuel.

Si l’homme habillé du manteau de la célébrité, de la gloire et de la reconnaissance, peut conserver en lui les qualités foncières de l’homme ordinaire, il existe cependant un autre type de personnage encore plus extraordinairement ordinaire ou ordinairement extraordinaire. Il s’agit du saint, qui possède lui aussi, à un degré souvent éminent, le sens commun joint à une sensibilité peu commune. Mais le saint est-il vraiment un homme ordinaire ?

(À suivre…)

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Published by Les amis de Chesterton - dans Un peu d'histoire
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