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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 09:06


La formule « extraordinairement ordinaire ou ordinairement extraordinaire », à propos du saint, modèle de l'homme ordinaire, n’est pas innocente. Elle montre la difficulté ; elle indique l’ambivalence même du saint.
Chesterton d’ailleurs ne le cache pas : « Les saints se recrutent parmi tous les types d’hommes, mais tous ont en commun d’être à la fois uniques et universels ; nous irons jusqu’à dire que les saints se distinguent des hommes ordinaires en ceci surtout qu’ils sont prêts à se confondre avec les hommes ordinaires. Il faut ici prendre le mot ordinaire dans son sens originel et noble : qui n’est pas sans rapport avec le sens du mot ordre. Un saint est toujours fort au-dessus du désir de se distinguer ; il est le seul type de grand homme qui ne se prenne jamais pour un grand personnage ».
Le saint est donc véritablement cet homme extraordinaire qui ne cesse de nous mettre, par son humilité, sur le chemin d’une vie ordinaire. Il démontre par sa sainteté même – laquelle le distingue d’une certaine manière du reste des hommes – qu’il n’est pas sain de prendre en compte abusivement les cloisons entre les hommes. Le saint est un rappel insistant et vivant de la noblesse de l’homme ordinaire, de l’homme commun.
D’où vient cette insistance ? Du Christ lui-même. Il s’agit de la clef d’or que Chesterton a cherchée une partie de sa vie et qui ouvre la porte à une véritable compréhension du monde. L’importance de l’homme ordinaire trouve son origine historique et métaphysique dans un événement extraordinaire et d’une humilité exemplaire : le mystère de l’Incarnation. Pour Chesterton, le respect de l’homme ordinaire prend sa source dans le mystère de l’Incarnation et c'est ce qui le distingue radicalement d'un Orwell. Il a pu ensuite suivre son propre cours, grossir en importance et en suffisance. N’empêche !  Le respect et le souci de l’homme ordinaire se fondent sur cet enfant né dans l’humilité d’une grotte. À Bethléem en Judée, un basculement s’est, en effet, opéré. L’infiniment grand s’est rendu infiniment petit. La grandeur et la souveraineté ont revêtu les habits de la pauvreté et de l’humilité. L’origine de toute chose, de tout être s’est rendue dépendante d’un homme et d’une femme. « Le Christ, estime Chesterton, ne s’est pas abaissé au niveau du monde, mais plus bas que le niveau du monde ».

Sur "La Politique de l'homme ordinaire", voir le chapitre 7 du Pour le réenchantement du monde, une introduction à Chesterton, par Philippe Maxence, aux éditions Ad Solem.

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Published by Les amis de Chesterton - dans Un peu d'histoire
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