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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 09:25
Étudiant en sciences politiques à l'université d'Uppsala en Suède, C.B. est aussi lecteur de Chesterton à ses heures. Il a bien voulu prendre de son temps pour partager avec les lecteurs de ce blogue ses impressions après la lecture de "The Man Who Was Orthodox" de A.L. Maycock, un recueil de textes de G.K. Chesterton. Nous le remercions de sa participation à notre travail pour faire connaître et aimer l'œuvre de GKC.


De part la nature des textes rassemblés (articles de presse destinés par définition aux lecteurs dans leur diversité), et grâce au génie maintes fois loué ici de leur auteur, les articles recueillis dans un ouvrage disponible -exclusivement en anglais (1) - donneront matière à méditer à tous. Tant aux esthètes brouillons à cause des bons mots et des formules tranchantes qu’aux esprits rigoureux à cause de la constance des idées et du très bon travail éditorial de M. Maycock qui a tenu à réunir ces morceaux choisis non pas de manière chronologique mais plutôt en fonction du thème abordé. Et au fil des méditations du maître, il guide le lecteur à travers l’ « univers de Chesterton », ses grandes amours intellectuelles : l’humour et la nature humaine (Humour and Gravity, The Anatomy of the Joke) ; fausse et vraie liberté (The Fallacy of Freedom, Liberty) ; progrès et tradition (Religion and Revolution, The Living Past) and so on
    Mais on perçoit malgré la diversité des thèmes abordés la géniale permanence de cette anthropologie du bon sens, dominée par la Chute (« the Fall is a view of life » dit-il p.158) qui guide toutes les réflexions réunies ici (2) .
    On peut je crois avoir deux attitudes de lecture : le passionné (n’étant par nature jamais déçu par le Prince du paradoxe !) finira par se dire qu’il n’avait jamais autant exclamé « mais oui mais c’est bien sûr ! » en si peu de pages ; le contemplatif raisonnable, quant à lui, ira piocher dans chaque article la pierre qui compose l’ensemble : cet édifice de bon sens et de philosophie.

    Pour en venir au péché mignon de GKC, c'est-à-dire of course l’art de manier le paradoxe, le livre en fourmille, de ces phrases inspirées qui vous décimaient en un clin d’œil tout un cénacle de positivistes cagneux. “By the rejection of rationalism, the world becomes suddenly rational” (p.153). Parfois lampedusiennes: “every spring is a revolution but, like all the others, a conservative revolution” (p.149), pascaliennes: “Man is the animal that draws black lines. Artists love […] the thing that isolates them. And those who began by loving England came to love her frame, the sea.” (p.108), voire allaisiennes: “you can only find truth with logic if you have already found truth without it” (p.104)…

    En bref une excellente introduction à Chesterton, par Maycock (en 70 pages environ) puis par Chesterton lui-même…Le paradoxe est qu’à la lecture de ces articles on en apprend presque plus sur leur auteur que sur autre chose…mais n’était-ce pas là l’objectif de Maycock ? Quoi qu’il en soit tout ce qu’on découvre de Chesterton, c’est autant de mystères qui se révèlent en nous. Car, en définitive, Chesterton, comme tout homme, est un tissu de mystères ; à commencer par celui-ci : l’homme est un esprit doté de chair. N’est-ce pas là le premier paradoxe, le point de départ de nombreuses interrogations et émerveillements qui nous traversent ?

C.B.


 (1) MAYCOCK, A.L., The Man Who Was Orthodox, Londres, Dennis Dobson, 1963. Ne nous y trompons pas, c’est bien un recueil d’articles de G.K. Chesterton, ce dernier signant donc la majeure part de ce livre. Mais le travail d’introduction et de présentation de M. Maycock est remarquable.
  (2) Je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager cet extrait, paru dans le Daily News du 2 Septembre 1905 : « The true doctrine of original sin may be stated in a million ways, like every central and solid truth. You may put it this way: that moral health is not a thing which will fulfil itself automatically in any complete man like physical health. Or this way: that we all start in a state of war. Or this way: that everything in a cabbage is trying to make a good cabbage, whereas everything in a man is not trying to make what we call a good man. Or this way: that virtue is a creditable thing and not merely, like the greenness of a cabbage, an admirable thing. “ ou encore: “happiness is not only a hope but also in some strange manner a memory; […] we are all kings in exile » (p.158)

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Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
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