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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 00:24
Nous terminons ici notre présentation, très incomplète hélas, du livre Orthodoxie, sur lequel nous nous sommes attardés en cette fin d'année 2008, qui fut aussi celle du centenaire de cet ouvrage qui a marqué tant de lecteurs de Chesterton et qui a valu à celui-ci une renommée toujours plus grande. Il existe d'autres livres importants dans l'œuvre chestertonienne, mais Orthodoxie occupe une place à part, puisque, bien qu'essai il dit beaucoup sur l'âme de son auteur. C'est historiquement un écrit de circonstance, mais qui a su traversé le temps, tant il recèle en lui de trésors d'une portée universelle.


Orthodoxie a paru le 25 septembre 1908, deux semaines après la publication d’un recueil d’articles parus dans l’Illustrated London News et intitulé All Things Considered (non traduit en français) et que nous avons déjà présenté (voir ICI). Chesterton a alors 35 ans et il déborde radicalement d’activité. Dès le 9 avril 1904, un journaliste américain, Shan F. Bullock, l’avait noté dans le Chicago Evening post, en craignant que GKC soit, à terme, la première victime de son propre succès. Il publie ses propres ouvrages, dans des genres très différents, s’occupe d’une collection de livres de grands auteurs, écrit préfaces et introductions, chronique dans le Daily News et le Speaker, polémique avec les uns et les autres, participe à des lectures et des débats publics sans oublier des dîners mondains. Malgré cette surrabondance d’activité, et son jeune âge, Orthodoxie est un livre qui révèle vraiment un esprit profond et cohérent.
C’est également un livre difficile à résumer. D’abord parce qu’il renvoie à beaucoup de débats de l’époque (mais les questions abordées sont encore souvent celles d’aujourd’hui) et ensuite parce que les têtes de chapitre ne sont pas toujours très évidentes à saisir. Quel est le sujet, par exemple, du chapitre II intitulé « Le fou » et son lien, par exemple, avec le chapitre IV, « L’éthique du pays des fées » ? Pour le savoir, il faut entrer dans la pensée de l’auteur, lire ligne après ligne.
On l’a dit, Orthodoxie ordonne un certain nombre d’idées déjà présentes dans divers écrits antérieurs de Chesterton. C’est le cas, on l’a vu, pour la nécessité de casser l’habitude pour mieux saisir notre profond attachement aux choses quotidiennes, pour saisir leur réelle valeur. On trouve également dans Orthodoxie une sorte de philosophie de la gratitude, notamment dans ce chapitre important qu’est le quatrième (L’éthique du pays des fées) :

« Nous remercions les gens pour les cadeaux qu’ils nous font à notre anniversaire : cigares et pantoufles. Puis-je ne remercier personne pour le cadeau de ma naissance ? »
Chesterton entend défendre également l’objectivité du christianisme dans le chapitre V, « Le drapeau du monde » :

« Que Jones adore son dieu intime, cela finit par signifier que Jones adorera Jones. Que Jones adore le soleil ou la lune, n’importe quoi plutôt que la Lumière Intérieure ; que Jones adore des chats ou des crocodiles, s’il peut en trouver dans sa rue, mais non le dieu intérieur. Le christianisme est venu dans le monde d’abord pour affirmer avec violence qu’un homme avait non seulement à regarder à l’intérieur mais à regarder à l’extérieur, à contempler avec étonnement et enthousiasme une compagnie divine et un capitaine divin. La seule chose plaisante dans le fait d’être un chrétien c’est qu’un homme n’est pas laissé seul avec la Lumière Intérieure, mais reconnaît d’une manière définie une lumière extérieure, belle comme le soleil, claire comme la lune, terrible comme une armée rangée en bataille. »
Ce qui ressort d’Orthodoxie, c’est aussi l’idée que le Credo des Apôtres est la clef de compréhension non seulement du christianisme mais aussi du Cosmos. « Un pieu peut combler un trou ou une pierre un creux par accident, écrit Chesterton dans le chapitre VII (« Les Paradoxes du christianisme »). Mais une clef et une serrure sont l’une et l’autre complexes. Et si une clef s’adapte à une serrure, vous savez qu’elle est la bonne clef ». Chesterton est arrivé, au terme d’un long itinéraire, à trouver que le christianisme est non seulement la clef de son âme, mais aussi du monde entier, depuis les origines. C’est le sujet d’Orthodoxie. Il l’a confessé, à sa manière, dès le début du livre (Introduction) :

« Ce livre raconte mes aventures éléphantines à la poursuite de l’évident. Personne ne peut trouver mon cas plus risible que je ne le trouve moi-même ; aucun lecteur ne peut m’accuser ici d’essayer de m’amuser à ses dépens : c’est moi qui suis le dupe dans cette histoire et aucun rebelle ne me jettera en bas de mon trône. Je confesse librement toutes les ambitions idiotes de la fin du XIXe siècle. J’ai essayé comme tant d’autres petits garçons solennels, d’être de quelques dix minutes en avance sur la vérité. Et j’ai trouvé que j’étais de dix-huit cents ans en arrière. J’ai haussé ma voix avec une exagération péniblement juvénile en émettant mes vérités. Et j’ai été puni de la façon la plus appropriée et la plus drôle, car j’ai gardé mes vérités ; mais j’ai découvert non pas qu’elles n’étaient pas des vérités mais simplement qu’elles n’étaient pas miennes. »

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Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
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