Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 14:19
Initialement, j’avais annoncé ce roman de Chesterton comme appartenant aux ouvrages parus en 1909. Je m’étais fondé, pour cela, sur une liste donnée par l’« American Chesterton Society ». Or, en consultant mon exemplaire, je me suis aperçu qu’il portait comme date l’année 1910. Dans sa remarquable étude, G.K. Chesterton, création romanesque et imagination (1874-1936) [Éditions Klincksieck], Max Ribstein indique également l’année 1910. Cette date est également confirmée par le dernier ouvrage paru sur Chesterton, celui de William Oddie, Chesterton and the Romance of Orthodoxy (Oxford University Press), qui consacre toute une partie à cet ouvrage. Il convient donc de corriger la date de parution indiquée initialement sur ce blogue [ICI].
Est-ce une raison pour ne pas parler de ce livre ? Ce serait dommage. D’abord, il s’agit de l’un des romans les plus connus du corpus chestertonien en France, en dehors de la série des father Brown. Ensuite, parce que ce livre exige du souffle quand on s’engage dans sa lecture, en raison de sa richesse et de son étonnante construction. Enfin, parce que Chesterton nous entraîne dans un univers quelque peu kafkaïen, susceptible de déplaire à des lecteurs, capable, en revanche, d’en séduire un certain nombre.
Dans son édition d’origine, The Ball and the Cross est publié chez Wells Gardner, Darton and Co (dont l’adresse est savoureuse : 3&4 Paternoster Building, E.C.), avec une couverture orange et sans illustrations. Il faudra attendre 1937, presque un an après la mort de l’auteur pour que les éditions DDB en offre une traduction française le 13 mai de cette année-là. La traduction est assurée par Charles Grolleau, déjà traducteur de Chesterton. Cette même traduction sera reprise en 1981 par les éditions suisses de l’Age d’Homme () puis, plus récemment, dans une forme de reprint, par les éditions Saint-Rémi (ICI).
La Sphère et la Croix comporte vingt chapitres :
– Une discussion un peu en l’air
– La religion du juge
– Antiquités
– Une discussion à l’aube
– Le pacifiste
– L’autre philosophe
– Le village de Grassley-in-the-Hole
– Un intermède
– La dame étrange
– Une passe d’armes
– Un scandale au village
– L’île déserte
– Le jardin de la paix
– Un musée d’âmes
– Le rêve de MacIan
– Le rêve de Turnbull
– L’idiot
– Rencontres
– La dernière conférence
– Dies Iræ L’histoire ?

De manière rapide, on pourrait la résumer comme une série de duels ratés entre un ultra catholique et son pendant athée. Duels armés, mais aussi duels de paroles, et donc une sorte de débat permanent. Mais, se limiter à une telle présentation reviendrait certainement à passer à côté de la richesse de ce roman, qui va bien au-delà d’une histoire de duels qui ne peuvent jamais se dérouler. Mais, alors, de quoi s’agit-il ?
La Sphère et la Croix est sans aucun doute une fable métaphysique sur le bien et le mal, sur la foi et la raison, sur le monde et la folie. Mais c’est également un étonnant délire logique qui tourne parfois la tête. Mais avant toute chose, il convient de s’interroger sur le titre lui-même de l’ouvrage. Tout commence, en effet, par l’arrivée à l’intérieur d’un dirigeable de deux personnages qui survolent Londres et parviennent à la hauteur de la cathédrale Saint-Paul. L’un s’appelle le professeur Lucifer et l’autre est le moine Michæl. Ainsi, d’entrée de jeu, par le choix même de ces prénoms et de ces « professions », Chesterton identifie ses personnages à deux « croyances » absolument opposées. La foi contre le rationalisme ; le rationalisme contre la foi.
Comme le dirigeable percute le dôme de la cathédrale, une discussion s’engage entre les deux hommes, à partir du symbole que représente la sphère qui soutient la croix au faîte de l’édifice religieux. Le professeur Lucifer défend la sphère, symbole parfait de la science, lisse, sans imperfection, inamovible. Ainsi affirme-t-il que « la sphère est la perfection. (…) la sphère est le fruit mûr et final » avant de conclure que la sphère devrait reposer sur le sommet de la croix et non l’inverse. D’accord avec le professeur Lucifer sur le fait que la croix représente la contradiction, « le conflit de deux lignes hostiles, de deux directions inconciliables », mais précisant que son illogisme est à l’image de l’homme « quadrupède qui ne se sert que de deux pattes », le moine Michæl en appelle au bon sens pour signifier à son interlocuteur le danger de son affirmation. En effet, si la sphère reposait sur la croix, elle tomberait tout simplement. C’est sur cette confrontation que débute donc La Sphère et la croix, qui voit au terme de ce premier chapitre le moine Michæl prendre le chemin d’une maison de santé.


À suivre…

Partager cet article

Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
commenter cet article

commentaires