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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 00:22
Voici un extrait du livre de Chesterton qui vient de paraître sous le titre de Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste (éditions de l'Homme Nouveau). Cet extrait forme la conclusion de la première partie consacrée à poser le problème de la large diffusion de la propriété privée dans le contexte de l'époque.





On m’a parfois reproché de ne pas être un homme de mon temps et plus encore de croire à ma propre religion. On m’a traité de médiéval, et l’on a même détecté en moi un préjugé en faveur de l’Église catholique à laquelle j’appartiens. Eh bien, parlons Église et parlons Moyen Âge. Si l’on nous disait que les rois médiévaux et les pays agricoles modernes avaient tort de tolérer chez eux des zones de bolchevisme avoué, nous serions quelque peu surpris de voir que cette remarque se référait en réalité au fait de tolérer des monastères. Or il est très vrai de dire que les monastères sont des communautés régies sur le principe de la communauté des biens ou plus exactement sur l’absence et la négation même de toute propriété. En ce sens les moines sont tous communistes. Leur vie économique et morale est une exception à la loi générale qui gouverne les sociétés et en particulier la féodalité et la vie de famille. Cependant leur situation privilégiée était considérée plutôt comme un soutien de l’ordre social. Ils conféraient à certains idéaux communautaires leur juste place dans l’État ; il en était de même des terres communales.Nous trouvons bon d’accorder à des guildes et des corporations leur juste place dans l’État, et nous n’avons rien contre l’idée de terres communales. Nous disons seulement que de vouloir nationaliser toutes les terres, cela revient à vouloir faire vivre tout le monde dans des monastères ; c’est donner à ces idéaux une place disproportionnée dans l’État. Dans le communisme, ce n’est pas seulement une petite portion de la population qui est communiste, c’est tout le monde qui doit l’être. Ce n’est pas avec un tel critère que nous définirons quant à nous la société distributive. Notre intention n’est pas que tout le monde soit distributiste. De même dans une société paysanne tout le monde n’est pas paysan. Par société paysanne nous entendons seulement dire qu’elle aurait le caractère général d’une telle société, à savoir que la terre serait exploitée de telle ou telle manière, que les lois obéiraient à tel ou tel esprit et que toute autre institution serait considérée comme une exception notable sur ce haut plateau d’égalité.

Si une telle idée est inconsistante, rien n’est consistant ; si elle est impraticable, c’est que la vie humaine elle-même est impraticable. Si quelqu’un désire avoir une roseraie, il plantera des roses là où elles peuvent le mieux pousser de manière à donner à son jardin le caractère général d’une roseraie ; cela ne veut pas dire que les roses envahiront son jardin ; elles se contenteront de le colorer. Il ne s’attendra pas à voir des roses pousser dans les cheminées, le long des grilles ou des arbres. S’il désire un potager au lieu d’une roseraie, il procédera autrement. Il sait ce qu’il veut réaliser mais il sait aussi, car il est intelligent, qu’il ne pourra pas le réaliser partout de la même manière, ou disons d’une manière unilatérale. Il sait qu’il devra composer avec d’autres réalités. Le jardinier ne reléguera pas les capucines dans le potager parce que certaines personnes aiment à les manger. Aussi n’exclurions-nous pas automatiquement de notre jardin social toute machine moderne, pas plus que nous n’en exclurions toute espèce de monastère médiéval. Mon apologue est assez juste, me semble-t-il, car il y est fait l’apologie de ce bon sens humain élémentaire que les hommes ne perdent qu’en perdant leur jardin, ainsi que l’a montré l’histoire de nos premiers parents, qui perdant la raison – je parle de cette raison supra-humaine dont ils avaient été dotés – ont en même temps perdu leur jardin.


Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste (traduction française de Outline of sanity) est uniquement en vente auprès des éditions de l'Homme Nouveau, soit par le biais du site sécurisé www.hommenouveau.fr
soit par courrier au 10, rue Rosenwald 75015 Paris, soit encore par téléphone au 01 53 68 99 77. Inédit en France, ce nouveau livre de Chesterton (traduction Gérard Joulié, 238 pages) est disponible au prix de 22 €.

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Published by Les amis de Chesterton - dans Information
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