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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 00:35


Dans Outline of sanity (traduction française : Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste), recueil d’articles parus dans le G.K’S Weekly, Chesterton défend l’idée distributiste de la société. En1926, l’écrivain avait présidé à la naissance de la « Distributist League », mouvement politique et économique, visant à défendre l’idée d’une large et massive distribution de la propriété privée en Angleterre, et de ce fait, un type de société plus lente, plus artisanale et paysanne. Du côté de Chesterton, le but est double. Il s’agit de rendre les familles et les hommes plus libres et donc responsables de leurs destins. Pour ce faire, il faut qu’ils puissent bénéficier d’un minimum de moyens matériels correctes pour vivre. L’autre but visé est qu’ainsi le christianisme pourra trouver le terreau nécessaire pour prendre racine et s’épanouir.
La première réunion de ce qui sera la Ligue distributiste a lieu le 17 septembre 1926, à Essex hall. Les participants y élisent un premier bureau, composé de Chesterton comme Président, d’un certain capitaine Went comme secrétaire et d’un trésorier du nom de Maurice Reckitt. Comme pour toute association naissante – il ne s’agit pas d’un parti politique –, la dénomination du groupe occupe tout d’abord les esprits. Le nom de « Cobbet club » est avancé. Chesterton a publié l’année précédente un essai biographique sur ce ruraliste anglais. On propose aussi celui de « Ligue des Luddites » du nom de ce groupe opposé aux machines, ou encore « Ligue de la petite propriété », « La vache et les acres », du nom du slogan symbolisant l’idéal rural des distributistes. Beaucoup soutiennent l’idée d’une « Ligue des lutins », clin d’œil amusant à l’importance que Chesterton accorde à l’éthique des fées, comme il l’a développé dans Orthodoxie. On propose encore le nom de « Ligue de la propriété perdue » ou « Ligue de la liberté et de la propriété perdue », noms censés résumer l’idéal poursuivi.
En Octobre 1926 une autre réunion a lieu sur le thème justement de la perte de la liberté. Finalement ce sera la « Ligue distributiste », même si ce terme ne remporte pas tous les suffrages, certains considérant qu’il est laid et qu’il ne résume pas toutes les ambitions de l’association. C’était le cas notamment du dominicain Vincent McNabb, très engagé dans la diffusion de la propriété privée paysanne, ou encore de Hilaire Belloc, qui aurait préféré que l’on parle de la « Restauration de la propriété privée » (nom de l’un de ses essais) ou encore que l’on prenne comme nom « Outline of sanity », que l’on peut traduire, entre autre possibilité, par « plan de santé morale ».
Outline of sanity était le titre d’une série d’articles que Chesterton avait publié dans le G.K.’s Weekly. Dans ces articles, l’écrivain argumentait en faveur d’un retour à la santé de l’esprit, aussi bien dans le monde paysan qu’artisanal, par une libération de la place trop grand accordé au machinisme et à l’industrie ainsi qu’à la grande distribution, alors encore embryonnaire. Ces articles et le lancement de la Ligue ont entraîné une augmentation du tirage du G.K.’s Weekly. Mais le lectorat n’était pas sans réaction face aux articles de Chesterton et des autres journalistes de la Ligue. Il demandait davantage de conseils pratiques et d’explicitation des principes ainsi que moins de critiques. Surtout, les lecteurs demandaient quand la Ligue entreprendrait quelque chose.
À cette question, la réponse de Chesterton était invariable. Son rôle était d’écrire et de parler, de travailler à la « propagande ». Il ne cessait d’expliquer que la société qu’il préconisait était la société normale alors que le monde moderne était anormal et aliéné. La difficulté se trouvait pourtant dans le fait qu’il fallait rendre normal l’anormal, ce qui nécessitait un effort surhumain. Dans Outline of sanity (traduction française Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste), Chesterton ne cesse d’expliquer que l’homme peut refaire le chemin en sens inverse dès lors qu’il s’aperçoit qu’il a suivi la mauvaise route.
Vraie pour une erreur d'itinéraire, l'affirmation se vérifie-t-elle pour les sociétés ? Très vite, les responsables de la Ligue distributiste sont tombés en désaccord sur la place des machines dans une société distributiste. Certains, fidèles en cela à l’exemple luddite, s’opposaient à toute idée de machines ; d’autres, au contraire, en défendait le principe.
Et Chesterton ? Il consacre une partie de son livre Outline of sanity à cette question. Sa position est médiane. Il estime que la machine peut être nécessaire pour aider à développer des petites entreprises et de petites exploitations agricoles. La machine peut aider à s'affranchir du machinisme. Le but premier pour Chesterton consistait à répandre la propriété privée, moyen par lequel l’homme est libre effectivement. La machine, dans la mesure où elle pouvait jouer un rôle dans ce sens, n’était pas systématiquement à combattre. Cette question de la machine montrait en tous les cas la difficulté à faire machine arrière – c'est le cas de le dire – pour refaire une société plus conforme à la nature humaine.

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Published by Les amis de Chesterton - dans Un peu d'histoire
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