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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 14:32




L’amitié qui lia Gilbert Keith Chesterton à Hilaire Belloc fut si grande et  si forte que George Bernard Shaw, leur ami commun, et néanmoins adversaire idéologique, en fit un monstre imaginaire, le « Chesterbelloc ». Comme souvent, la caricature fut reprise par ceux-là même qu’elle visait. Et Chesterton en fit un dessin humoristique, reconnaissant en quelque sorte la part de vérité de cette étrange bestiole tout en donnant quelque gage à l’autodérision.
Dans L’Homme à la clef d’or, son autobiographie, Chesterton a raconté sa rencontre avec Hilaire Belloc
« Mes amis venaient de sortir d’Oxford, Bentley de Merton et Oldershaw de “The House”, où ils avaient fait figure de vedettes dans un groupe de jeunes libéraux opposés à des degrés divers à l’impérialisme courant […] Peu après notre rencontre à Londres, je fus retrouver Lucian Oldershaw dans un petit restaurant de Soho. […] Je n’ai jamais été ce personnage raffiné qu’on appelle un gourmet ; je suis donc tout heureux de dire que je suis encore très capable d’être un glouton. […] Mais ceux qui préfèrent vraiment manger de bonnes grillades et des omelettes savoureuses plutôt que d’évoluer dans du plâtre doré parmi des valets de pantomime, ceux-là avaient déjà trouvé le chemin de ces plaisants petits repaires, en marge de Leicester Square, où, dans dans ce temps-là, on pouvait encore se procurer pour six pence une demi-bouteille d’un vin rouge absolument parfait. C’est vers l’un d’eux que j’allais retrouver mon ami. Il entra, suivi d’un solide gaillard coiffé d’un de ces chapeaux de paille que l’on portait alors, et qu’il vous avait enfoncé jusqu’aux yeux, ce qui accentuait la longueur et le volume particuliers de son menton. Il avait une façon de porter le veston au sommet des épaules qui donnait au vêtement l’allure d’un pardessus pesant ; je pensai tout de suite aux portraits de Napoléon, et, pour quelque raison obscure, surtout aux portraits de Napoléon à cheval. Mais, le regard, les yeux, pourtant non exempt d’inquiétude, avaient cette curieuse acuité lointaine que l’on voit aux yeux des gens de mer ; dans sa démarche même on percevait quelque chose de ce qui a été comparé à l’allure du matelot balancé par le roulis. […]
Il s’assit lourdement sur une des banquettes, et tout de suite se mit à discuter je ne sais quelle controverse. Je compris qu’il s’agissait de savoir si l’on pouvait raisonnablement prétendre que le roi John fut le meilleur roi des Anglais. Il conclut judicieusement dans le sens de la négative ; mais d’après les principes de l’Histoire d’Angleterre de Madame Markham, (à laquelle il était très attaché) il se montra clément pour le Plantagenêt. […] Il continua de parler à mon grand plaisir et mon vif intérêt, comme il n’a cessé de parler toujours depuis lors. Car c’était là Hilaire Belloc, déjà fameux comme orateur à Oxford, où il était cosntamment dressé contre un autre orateur brillant, nommé F.E. Smith, qui devait être plus tard Lord Birkenhead. Belloc était censé représenter le progressisme, Smith l’idée conservatrice ; mais le contraste entre eux était plus profond, et il eût résisté à l’échange à l’échange de leurs étiquettes respectives. En fait, les deux carrières et les deux personnages pourraient être présentés comme une étude et comme un problème sur le sens des mots “échec” et “succès”. »

À suivre…

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Published by Les amis de Chesterton - dans Un peu d'histoire
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