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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 11:32
Le Petit Palais  à Paris présente une rétrospective de « William Blake, le romantique anglais » depuis le 2 avril et jusqu'au 28 juin. Près de 130 oeuvres du poète visionnaire et graveur d’exception sont rassemblées en France pour la première fois.

G.K. Chesterton a consacré une étude à Blake qui a paru en novembre 1910. C’est à la fois le critique littéraire et l’artiste qui s’expriment quand Chesterton aborde ce mystère qu’est William Blake. C’est aussi une étude de discernement, à travers laquelle Chesterton tente de distinguer le meilleur de Blake du moins bon. Soyons honnête : il faudrait être un fin connaisseur de ce dernier pour dire si Chesterton a réussi son entreprise. On sait que les thuriféraires de Blake n’apprécient guère cet ouvrage. Comment pourrait-il en être autrement ? Du fait même de l’effort de Chesterton pour saisir toutes les dimensions de Blake sans rien lui passer de ce qui ne semble pas devoir être retenu, cette étude chestertonienne peut agacer. D’autant que l’auteur en profite pour dresser un portrait du XVIIIe siècle et notamment des loges maçonniques.
L’artiste et le poète sont appréciés par Chesterton même s’il estime que Blake aurait pu aller plus loin. D’une certaine manière, il apprécie également son mysticisme, sauf en ce qu’il ne s’est pas porté en quelque sorte sur l’objet précis du mysticisme :
« Dire (comme le font certains théosophes modernes) que la mort n’est rien, que c’est simplement comme de passer dans une autre pièce, n’est pas seulement profane et anti-chrétien ; c’est tout simplement vulgaire. Cela va à l’encontre de toute tradition des émotions secrètes de l’humanité. C’est indécent, comme de persuader un paysan plein de décence de se promener sans vêtements. La musique et le chant de l’humanité s’expriment mieux dans un employé qui met ses vêtements du dimanche que dans un fanatique qui va courir tout nu dans Cheapside. Et il y a plus de véritable mysticisme à clouer le couvercle d’un cercueil qu’à prétendre, de manière purement théorique, ouvrir les portes de la mort. »

À cette occasion, Chesterton nous offre sa propre approche du mysticisme :
« On a confondu accidentellement dans le langage le mystique et le mystérieux. En général on ressent vaguement le mysticisme comme étant lui-même vague – avec des voiles et des nuages, de l'obscurité ou des dissimulations vaporeuses, des conspirations déroutantes ou des symboles  impénétrables. Il y a eu en effet des charlatans pour utiliser ce genre de choses; mais jamais un véritable mystique n'a préféré l'obscurité à la lumière. Jamais un pur mystique n'a aimé le mystère pour lui-même. Le mystique n'invente pas de doutes ou d'énigmes: les doutes et les énigmes préexistent. Nous ressentons tous l'énigme constituée par la terre sans avoir besoin de personne pour  nous la montrer. Le mystère de la vie en est la partie la plus simple. Les voiles et les nuages de l'obscurité, la confusion vaporeuse, constituent le climat normal de cette planète. Quelles que soient les choses par ailleurs, celles auxquelles nous sommes habitués, nous sommes habitués à l'inexplicable. Chaque pierre et chaque fleur sont des hiéroglyphes dont nous avons perdu la clef; à chaque instant de notre vie nous entrons dans une nouvelle histoire que nous sommes certains de ne pas comprendre. Le mystique n'est pas l'homme qui fabrique des mystères, mais l'homme qui les détruit. Le mystique est celui qui propose une explication, qui peut être vraie ou fausse, mais qui est toujours très compréhensible – par là je veux dire, non pas qui est toujours comprise, mais qui peut toujours être comprise, parce qu'il y a toujours quelque chose à comprendre. Celui dont le sens demeure mystérieux échoue, selon moi, en tant que mystique.»

Ce qui sauve Blake pour Chesterton tient certainement en un autre aspect, dans sa vision de la création divine, de la rémission des péchés, dans l’espoir de la résurrection.

En France, l’ouvrage a été traduit par Francis Bourcier pour les Nouvelles éditions Oswald et il a été publié en 1982. Il est maintenant indisponible, sauf chez les bouquinistes. Cette édition est précédée d’une excellente introduction de François Rivière qui retrace la vie de Chesterton plus qu’il ne parle du livre lui-même. Il en dit quand même quelques mots à la fin de son introduction. En voici deux passages :
« La dialectique touche ici au sublime, même si parfois elle dérape – mais c’est dans ses excès que Chesterton est sans doute le plus touchant – à tous les sens du mot. »
Bien sûr, le lecteur aimerait bien en savoir un peu plus sur les dérapages de Chesterton. À propos de quoi ? Et par rapport à quoi ? François Rivière, malheureusement, ne le dit pas. Il ajoute cependant :
« Le bon sens et la mauvaise foi mêlés, la lousticité très britannique, la simplicité confondante du raisonnement, tout est là pour nous entraîner sans réticence vers l’accomplissement du rituel. Mis en pièces, remodelés, assumé totalement par son exégète ébouriffant, Blake sort grandi de l’épreuve et nous le plus proche, soudain, plus réel, plus vivant ! ».

Dans cette édition française, le William Blake de Chesterton contient 166 pages, avec une introduction de François Rivière et un avant-propos du traducteur.

Mais laissons à Chesterton le dernier mot, qui sera en l’occurrence les premiers de son livre :
« Toute biographie devrait commencer par ces mots : “Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre”, et William Blake aurait été le premier à le comprendre. Si nous devions raconter l’histoire de M. Jones de Kentish Town, il nous faudrait des siècles pour tout expliquer. On ne peut même pas appréhender le nom de “Jones” tant que l’on n’a pas compris que sa banalité n’est pas celle des choses vulgaires, mais celle des choses divines ; car sa banalité même est un écho de l’adoration de saint Jean, l’Aimé de Dieu. »



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Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
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