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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 00:08
Quand le lecteur découvre Chesterton et qu’il se surprend à l’apprécier, il ne sait pas encore qu’il vient de franchir une des portes d’entrée d’un riche univers. Il y a, en effet, mille manières pour commencer à connaître Chesterton. Il peut s’agir d’un roman, que l’on perçoit d’abord en tant que tel, intrigué par la manière dont l’auteur mène son jeu. Et, puis, très vite, force est de constater que sous l’écorce de l’histoire, de surprenantes révélations nous sont faites et qu’une profession de foi s’étale sous nos yeux sans que nous ayons eu le temps de nous en apercevoir. L’essai a également longtemps été une manière privilégiée de lire Chesterton, les Français appréciant les joutes oratoires, les discussions d’idées, les démonstrations en faveur d’une ligne que l’on entend défendre. Évidemment, Chesterton restait sur ce plan-là éminemment déconcertant. Comment un fils de Descartes pouvait-il raisonnablement se laisser entraîner par un auteur qui dresse un monument en faveur du christianisme dogmatique en recourant aux contes de fées ? Il faudrait encore évoquer son Father Brown et cette étonnante porte d’entrée que constitue le roman policier chestertonien, qui continue de séduire à l’heure des thrillers faisant davantage appel aux méthodes de la police scientifique qu’au regard profond d’un humble petit prêtre.
Mille portes pour un univers donc, même si au fond nous connaissons mal la vie de l’homme Chesterton et l’évolution de sa pensée. D’emblée, il nous apparaît massif, d’un bloc, et d’une certaine l’était-il. Mais il faudrait aller au-delà, savoir, par exemple, comment cet homme qui n’était pas catholique a pu écrire un éloge, non-dit mais puissant, du catholicisme en 1908 (Orthodoxie) pour ne se convertir réellement qu’en 1922.
À ce titre, le lecteur curieux et familier avec la langue anglaise, aura tout intérêt à lire l’un des derniers ouvrages consacrés à Chesterton et qui est publié par l’Oxford University Press. Signé William Oddie, intitulé Chesterton and the romance of orthodoxie, cet ouvrage est une étude très serrée qui a pris pour champ d’exploration les années qui séparent la naissance de Chesterton (1874) de celle de la parution d’Orthodoxie (1908). Contrairement, donc, aux habituelles biographies qui, généralement, embrassent toute son existence et toute son œuvre, William Oddie a concentré son regard sur une période qu’il estime décisive et qui détermine en quelque sorte le reste de l’existence de G.K.C.
À ce titre, il n’est peut-être pas inintéressant de savoir qui est exactement celui qui s’est ainsi intéressé, en plus de 400 pages, au parcours de Chesterton, et singulièrement à l’itinéraire emprunté par celui-ci pour atteindre au début du XXe siècle la pleine maturité dans sa pensée. Ancien athée, William Oddie est devenu ministre anglican en 1977, à l’âge de 38 ans. Il a ensuite assuré plusieurs charges de chapelain à Oxford avant de devenir desservant d’une paroisse. En 1987, il embrasse le journalisme journaliste, écrivant dès lors régulièrement pour le Daily Telegraph, Sunday Times ou le Daily Mail. Mais plus important encore, il est reçu dans l’Église catholique en 1991.
On le voit cet itinéraire de l’auteur est intéressant dans la mesure où il n’est pas sans rapport avec celui de Chesterton. Les dissemblances sont évidentes, mais il reste que nous sommes confrontés dans les deux cas à deux passages successifs, celui de l’athéisme à l’anglicanisme et celui de l’anglicanisme au catholicisme. Sans avoir vécu les mêmes choses que Chesterton William Oddie était donc certainement bien préparé intérieurement à le comprendre.
Cette compréhension a été amplifiée par les documents originaux qu’il a pu lire et qui n’avaient pas été jusqu’ici exploré. Par exemple, Oddie s’appuie sur les écrits de Chesterton dans The Debater magazine, ce journal de lycéen auquel le futur écrivain collaborait. Il met en avant nombre d’articles qui étaient jusqu’ici passés inaperçus ou cités de manière incomplète, ou encore des poèmes inachevés, des notes et des réflexions diverses. Il n’ignore pas, bien entendu, l’ensemble des matériaux qui étaient déjà à la disposition des chercheurs. À l’aide de sources nouvelles confrontées à de plus anciennes, William Oddie s’attache donc à saisir l’itinéraire intellectuel, spirituel et moral de Chesterton, jusqu’à ce moment décisif que fut la parution d’Orthodoxie. À ce sujet, il rappelle, derrière G.K.C. lui-même, qu’au début les critiques et une grande partie du public n’ont pas compris de quoi il retournait. Il pensait à une nouvelle facétie de l’auteur, à une illustration nouvelle d’un paradoxe ou à une exotique défense du christianisme oriental séparé de Rome. Et puis ils s’aperçurent que l’auteur défendait réellement le christianisme dogmatique et ce fut l’hallali.

(à suivre…)

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Published by Les amis de Chesterton - dans Veille chestertonienne
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