Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 15:59
On s’accordera avec William Oddie pour estimer qu’il y a un peu d’emphase derrière le jugement trop fraternel de l’anonyme auteur de G. K. Chesterton : A Criticism. En 1900, Chesterton publie Greybeards at Play et un recueil de poèmes, The Wild Knight and Other Poems [Photo : Chesterton a 13 ans]. C’est insuffisant pour susciter une réelle interrogation. Par la suite, il va, outre ses articles quotidiens, publier des études littéraires, des romans et des contes ainsi qu’un essai, remarqué, Hérétiques, sans parler de la longue polémique avec Robert Blatchford, à travers des articles paraissant alors dans trois journaux : The Daily News (politiquement libéral et religieusement plutôt anti-conformiste), The Commenwealth (organe de la Christian Social Union, politiquement à gauche et religieusement anglo-catholique) et The Clairon (le journal de Blatchford lui-même, athée et socialiste). Rien d’évident à travers une telle production pour qualifier un jeune auteur, aux talents multiples, qui semble s’intéresser à tout et qui développe, qui plus est, une écriture paradoxale et facilement facétieuse. C’est pourquoi William Oddie pose la question : comment celui qui a grandi dans une atmosphère libérale et moderniste, qui enfant a écrit des vers anti-religieux, a été touché au moins par intermittence par un pessimisme profond et a connu une sérieuse crise spirituelle quand il était étudiant, est-il devenu une icône de la contre-révolution culturelle anti-moderne ?
Jusqu’ici, la réponse consistait à affirmer que cette évolution était le fruit du christianisme chestertonien. Or selon Oddie, la critique de la modernité et du progrès chez Chesterton [Photo : Chesterton a 17 ans] a émergé de manière indépendante, et certainement avant son adhésion consciente au christianisme. Pour une part, cette critique prend sa source dans un refus politique : celui de soutenir l’impérialisme britannique dans sa lutte contre les Boers en Afrique du Sud. Prise de conscience progressive mais qui a fini par saisir que ce combat entre David et Goliath était celui de la tradition contre la modernité. Par la suite, Chesterton s’est mis à défendre tout ce qui était anti-moderne, d’où cette croisade étonnante à partir de 1903 contre les positions de Blatchford, laquelle devait donner naissance à sa première affirmation publique de défense du christianisme. Comme l’écrit Oddie, « Il commençait à approcher la fin d’un long processus de transition intellectuelle ». C’est ce processus qu’il décrit jusqu’à son plein achèvement dans Orthodoxie, après l’étape que constitue Hérétiques. Mais, comme je l’ai déjà fait remarquer, Hérétiques, dans son chapitre d’introduction et dans celui de conclusion, contient déjà en puissance ce qui sera développé, et avec quelle ampleur, dans Orthodoxie.
Dans le petit essai que j’ai consacré à Chesterton (Pour le réenchantement du monde), je présentais Orthodoxie comme « l’histoire d’une âme » de Chesterton. C’est ce que confirme, avec d’autres temres, aujourd’hui, William Oddie dans son étude si passionnante, notamment en raison des très nombreux documents sur lesquels il s’appuie. Il me semble, pour ma part, qu’il existe une sorte de triptyque chestertonien, constitué par Hérétiques (1905), Orthodoxie (1908) et L’Homme éternel (1925). Si Chesterton aborde sa croyance dans le Christ et son adhésion au christianisme dans de nombreux ouvrages ou articles, ces trois livres se répondent et se complètent tout en traçant les lignes d’un itinéraire spirituel. En attendant, il est certain que William Oddie a livré par cette étude un ouvrage désormais indispensable à une exacte connaissance non seulement de l’œuvre de l’écrivain, mais de l’homme lui-même.


Partager cet article

Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans Veille chestertonienne
commenter cet article

commentaires