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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 00:49
Nous avions au début de ce blogue proposé à la lecture les articles parus dans la grande presse en France au moment de la mort de Chesterton, le 14 juin 1936. C'est ainsi qu'on a pu lire les articles de La Croix, Le Figaro et L'Humanité. Nous proposons ici, non plus un quotidien français, mais un quotidien suisse et nous reproduisons ci-dessous l'article publié le mardi 16 juin 1936, en première page du Journal de Genève. Malgré quelques petites erreurs – Chesterton, par exemple, ne s'est pas converti au catholicisme pendant la guerre, mais en 1922 –, l'article signé des seules initiales P.C. est d'une tonalité générale assez juste. Chesterton y est défini comme un « Rabelais sensible » et un « Alceste heureux ».



Gilbert Keith Chesterton, G.K.C., comme on l’appelait familièrement, le grand romancier et pamphlétaire anglais qui vient de mourir, habitait à Beaconsfield, dans le comté de Buckingham, une petite maison basse en brique rouges édifiée au milieu des fleurs ; sur une colline (« Top Meadow »). Frédéric Lefebvre, qui est allé le voir là-bas il y a quelques années, écrivait dans les Nouvelles littéraires : « La maison est aussi originale que Chesterton lui-même, sa chevelure, ses vêtements, sa conversation. » C’est là qu’il travaillait en se promenant, occupé de chercher les moyens les plus propres à détruire le conventionnel, le mensonge et l’hypocrisie dans les manières, les mœurs et les idées de l’Angleterre.
Car ce fut un terrible redresseur de torts, le plus beau destructeur de bobards et le plus obstiné constructeur de vérités que ce puissant écrivain. Il y a en lui un Rabelais sensible et un Alceste heureux. À ses yeux de chrétien convaincu (il s’était converti de façon retentissante au catholicisme pendant la guerre), le bonheur peut être une solide réalité pour la plupart des hommes. Un travail joyeusement accompli, un foyer, des enfants, quelqus bons amis, voilà plus qu’il n’en faut pour accueillir la vie à bras ouverts.
Pourquoi dès lors les hommes ne s’avisent-ils pas de posséder simplement cette richesse du cœur et de l’esprit ? Parce qu’autrefois le puritanisme s’efforçait de trouver dans la souffrance et la privation une pseudo grandeur qui ne manifeste que le goût malsain de l’humiliation et de la cruauté. Parce qu’aujourd’hui le machinisme et le progrès matériel, sous prétexte d’adoucir et d’enrichir l’existence, l’appauvrissent et le figent.
Ce libéral, plein d’une éclatante et joyeuse santé, commença sa vie de pamphlétaire à l’époque de la guerre sud-africaine à laquelle il fit une tonitruante exposition, encourageant les Boërs à la résistance ; puis il batailla contre l’impérialisme colonial, en faveur de l’émancipation de l’Irlande ; il fonda The New witness, journal de toute violence contre la corruption politique et le pouvoir de l’argent. Enfin, il publia d’admirables romans, d’une verve drue, où, sans aucun souci de la composition, la vie jaillit à chaque page en aventures étourdissantes. La Sphère et la Croix, Orthodocie, Heretics, Le nommé Jeudi, Le Napoléon de Nothing Hill, mêlent dans une débauche érudite d’idées les choses les plus follement drôles aux questions les plus graves pour donner le tableau même de l’humanité.
Et aussi l’image d’un caractère et d’un homme. Ce magnifique écrivain, journaliste, philosophe, critique et conteur, était un croyant joyeux qui aimait son semblable et détestait la cuistrerie.
P.C.

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Published by Les amis de Chesterton - dans Un peu d'histoire
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