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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 00:46
Voici un siècle, G.K. Chesterton décrivait avec son talent et sa bonne humeur coutumière la crise profonde à laquelle le monde moderne et notre société contemporaine, au moins dans les pays encore riches, sont confrontés. Comme l’indique Chesterton, nous sommes tous plus ou moins d’accords pour trouver que nos libertés fondamentales sont mises à mal, que les familles subissent de plein fouet la crise économique et sont tragiquement oubliées du personnel politique ou que les disparités entre riches et pauvres ne cessent de croître. Pourtant, cet accord de façade sur le mal masque trop souvent un désaccord tragique, celui de ne pas s’entendre sur le bien à rechercher et sur ce qu’il faut mettre en œuvre pour l’atteindre. Ce qui cloche dans le monde se trouve dans le fait que nous nous demandons pas ce qui est juste, quel est l’idéal à poursuivre.
La réponse de Chesterton est simple : cet idéal à retrouver pour amorcer les réformes nécessaires consiste en un retour au réel, en un retour au sens commun. Celui-ci implique le respect de la famille comme cellule de base de la société et donc la défense de l’idéal de la famille. Cela implique une plus grande distribution des biens et des capitaux pour une société plus juste et plus libre. Cela implique aussi une solide éducation, reposant sur le courage d’enseigner correctement aux enfants, en n’ayant pas crainte de leur dire la vérité.
Chesterton n’a jamais été un théoricien. Il n’a pas proposé ses idées politiques et sociales à travers un ouvrage de philosophie politique, un exposé systématique. Au contraire, il a répandu comme autant de petits cailloux blancs sur le chemin de la vérité ses idées en la matière, dans ses romans, ses poèmes, ses essais ou ses monographies. Chesterton surprend toujours son lecteur. Alors qu’on attend de lui un jugement littéraire, il sort du bois et propose tout d’un coup un propos politique. Alors qu’il débute un exposé économique, il bifurque sans avertir vers des envolées littéraires. On pourrait croire à une fantaisie facile et systématique. Dans une lettre à Paul Claudel, datée du 22 juin 1911, Valery Larbaud raconte sa première rencontre avec Chesterton. Il répond à notre interrogation  en remarquant combien derrière cette facilité apparente Chesterton va bien au-delà de la fantaisie : « Seulement un mot çà et là montre qu’il est allé très loin dans une région qu’on lui croyait inconnue dix secondes auparavant ».
Dans What is wrong in the world, il semble quitter parfois les domaines de la réflexion politique quand il met en scène trois personnages qu’il a inventés. Hudge et Gudge, adversaires de Jones. L’un représente le grand gouvernement et l’autre le grand commerce. Quant à Jones, c’est tout simplement l’homme ordinaire, marié, père de famille et qui habite sa propre maison. Son malheur vient de Hudge et Gudge qui veulent prendre ses biens, son indépendance et toucher ainsi sa dignité. D’où la défense de la famille et de la propriété privée qui se trouve dans cet ouvrage, qui part de l’idée que l’homme est depuis le Paradis perdu un nomade qui veut rentrer à la maison.



Quelques extraits :

Sur la famille
On peut dire que cette institution qu’est le foyer est l’institution anarchiste par excellence. C’est-à-dire qu’elle est plus ancienne que la loi, et qu’elle se tient à l’écart de l’État. De par sa nature, elle est revigorée ou corrompue par des forces indéfinissables issues de la coutume ou de la parenté. Cela ne veut dire pour autant que l’État n’ait pas autorité sur les familles : dans de nombreux cas qui sortent de l’ordinaire, on a recours, et il le faut, à cette autorité de l’État. Toutefois, l’État n’a pas accès à la plupart des joies et des chagrins familiaux, ce n’est pas tant que la loi ne doive pas interférer mais plutôt qu’elle ne le peut. Certains domaines sont trop éloignés de la li, d’autres en sont trop proches ; il est plus facile à l’homme de voir le Pôle Nord que de voir sa propre échine. Des affaires sans importances et immédiates seront tout aussi difficiles à gérer que d’autres, plus importantes et lointaines. Les vraies peines et les vraies de la famille en sont un parfait exemple. Si un bébé réclame la lune en pleurnichant, le gendarme ne pourra pas plus aller la lui décrocher qu’il ne pourra le calmer.


Sur les femmes

Souvent femme varie et c'est là une de ses grandes qualités. Cela évite à l'homme d'avoir recours à la polygamie. Tant que vous aurez une femme, vous serez sûrs d'avoir tout un harem.


À la naissance l’enfant mâle est plus proche de sa mère que de son père. Lorsqu’on réfléchit à ce terrible privilège féminin, on ne peut pleinement croire en l’égalité des sexes. Ici et là, nous entendons parler d’une fille élevée comme un garçon manqué, alors que tout garçon est élevé comme une gentille petite fille. Dès ses premiers jours, la chair et l’esprit de la féminité entourent le petit garçon comme les quatre murs d’une maison, et même l’homme le plus obscur ou le plus brutal a été féminisé par le seul fait de naître. Une courte vie, marquée par la souffrance, tel est l’apanage de l’homme né de la femme. Mais nul ne saurait décrire l’obscénité et la tragique bestialité de celle du monstre que serait l’homme né d’un homme…

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Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
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