Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 00:36
Selon l’accord qui le liait à l’Illustrated London News (ILN) Chesterton ne devait pas aborder de sujets politiques et religieux. Connaissant l’homme et l’écrivain, était-ce possible, au-delà du vœu pieu ?

Chesterton débute sa collaboration à l’ILN par une chronique qui paraît le 14 octobre 1905. Le nombre de ses articles pour cette première année dans cette publication n’est pas très longue, en raison de la date de démarrage : seulement 12 parutions. Mais déjà, Chesterton glisse, malgré son embonpoint, entre les non-dits du contrat. Il parlera de politique et de religieux par le biais de l’allusion et des références. Il mettra ainsi en avant la tradition chrétienne, notamment par le biais de l’évocation de l’ère médiévale, placera Shakespeare au-dessus de Milton pour des raisons religieuses, se référera aux saints ou a des poètes comme Dante. Ce ne sont, bien sûr, que des exemples.

Sa première chronique s’intitule : « Serious Things in Holiday Time London ». Le thème n’apparaît effectivement ni politique, ni religieux. C’est mal connaître Chesterton. Après avoir fait remarquer que le temps des vacances est le seul moment où l’esprit peut scruter les questions importantes sans être distrait par la moindre affiche, Chesterton apporte cette conclusion : « Ce caractère solennel des vacances est naturellement impliqué par leur nom même : le jour qui est fait de vacances est le jour qui est fait saint » (jeu de mots sur holy – saint et day : jour).

Chesterton en voit une preuve supplémentaire dans le fait que le vacancier se rue sur la seule chose immuable (comme Dieu) et l’une des plus anciennes (dans l’ordre de la création) : la mer. Tout le reste de la chronique est l’occasion de parler de lieux devenus sacrés aussi bien le tombeau de Napoléon que la cathédrale de Cologne. Les toutes dernières lignes de cette première chronique invite les lecteurs à fermer les yeux et à évoquer certains noms de Londres : Saint James’s Park qui évoque les pèlerins, Westminster Bridge qui évoque les saints anglais et les rois ; The Temple, rappel de la chute des Templiers et Blackfriars Bridge qui fait référence aux dominicains. Il ne faut pas détruire Londres, termine Chesterton. C’est une ruine sacrée.


Dès cette première chronique, il a donc pris la liberté d’évoquer à sa manière les thèmes qui lui tiennent à cœur. Il accepte la tribune proposée par l’ILN, mais démontre l’impossibilité pratique du sécularisme, au nom même de choses les plus insignifiantes, les plus banales ou les plus éloignés des grands discours idéologiques. Au nom même des vacances et des noms des rues. Il n’y a pas l’ombre dans cette chronique d’une déclaration de guerre, mais tout d’un article bien facétieux et humoristique pour défendre une cause qui lui tient à cœur. Il met en œuvre une méthode pour combattre le sécularisme au sein même d’un publication non religieuse : évoquer par allusion et par référence tout ce qui rappelle les racines chrétiennes d’un monde devenu sans foi. Une débat qui n’est pas rappeler celui des racines chrétiennes de l’Europe.

Partager cet article

Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans Un peu d'histoire
commenter cet article

commentaires