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9 juin 2009 2 09 /06 /juin /2009 00:06



Il m’est arrivé souvent de présenter G.K. Chesterton en le définissant comme écrivain, journaliste, poète, essayiste, romancier, historien, polémiste, dessinateur, amateur de marionnettes, bon vivant, etc. Toujours j’ai omis de dire que Chesterton fut aussi un acteur de cinéma. J’entends par là, non qu’il fit une sorte de cinéma en permanence, jouant son propre rôle, avec un naturel, un aplomb et un savoir-faire que nombre d’acteurs peuvent lui envier. Mais, après tout, jouer Chesterton s’était bien sa destinée. Jean Cocteau disait à propos de l’auteur des Misérables : « Victor Hugo était un fou qui se prenait pour Victor Hugo ». Et Jean Dutourd ajoutait : « Être un fou qui se prend violemment pour soi-même, n’est-ce pas le propre du génie ? »

Donc, si Chesterton a pendant toute son existence joué Chesterton, ce n’est pas de ce cinéma-là dont je veux parler. Mais de l’autre, celui qui implique metteur en scène, acteurs, bobines de film, grand écran, etc. Oui, vous avez bien lu : Chesterton fut bien ce type d’acteur qui joue dans ce type de cinéma.

À vrai dire, j’aurais dû m’en souvenir car c’est Chesterton lui-même qui a raconté l’histoire et je l’avais bien lue. Mais de manière tout à fait étonnante, je l’avais oubliée. Un jour que je déjeunais avec l’un de mes éditeurs – c’était il y a quelques mois – Benoît Mancheron me dit que Chesterton avait même tourné un film. Pensant ne pas me tromper, je lui assurais que ce n’était pas le cas. Mais la question m’a travaillé, jusqu’à ce que je trouve une preuve photographique de Chesterton acteur. Et de fil en aiguille, j’ai été pioché dans l’Autobiographie de Chesterton son propre récit de son entrée dans le monde si particulier du cinéma. Comme vous le verrez, on y rencontre de grands noms. Comme l’affaire est un peu longue, cela prendra certainement plusieurs publications sur ce blogue. La parole est donc à Monsieur Chesterton, Gilbert Keith Chesterton :

« La chose débuta par une visite que me fit Bernard Shaw à Beaconsfield, dans les dispositions les plus cordiales, pour me proposer de paraître avec lui, déguisés tous deux en cow-boys, dans je ne sais quel film que Sir James Barrie (l’auteur de Peter Pan, ndlr, ci-contre) avait former le projet de tourner. Je ne décrirai ni le but, ni la nature de la performance, car personne n’a jamais pu découvrir ni l’un ni l’autre, à l’exception peut-être de Sir James Barrie lui-même. Mais, pendant toute la durée du programme, Barrie eut plutôt l’air de se cacher à lui-même son secret. Tout ce que je pus savoir, c’est que deux autres personnalités bien connues, Lord Howard de Walden et M. William Archer, le grave critique écossais et traducteur d’Ibsen, avaient également consenti à faire le cow-boy. « Ma foi, dis-je à Shaw, après un silence embarrassé, à Dieu ne plaise qu’on dise que je n’ai pas compris une plaisanterie quand William Archer l’a comprise. » Puis, après un autre silence, je demandai en quoi consistait la plaisanterie. Bernard Shaw répondit en riant, mais dans des termes vagues, que personne ne le savait. La plaisanterie consistait justement en cela, que personne ne savait à quoi elle rimait. J’appris que le mystérieux programme comportait en fait deux parties, toutes deux plaisamment conspiratoires, à la manière de M. Oppenheim ou de M. Edgard Wallace. L’une consistait en un rendez-vous dans une sorte de briqueterie abandonnée, dans je ne sais plus quel terrain vague de l’Essex ; en quel endroit on prétendait que nos vêtements de gardiens de bestiaux étaient déjà cachés. L’autre partie du programme consistait en une invitation à souper au Savoy, “pour causer de l’affaire” avec Barrie et Granville Baker. Je me rendis à ces deux mélodramatiques assignations ; et si ni l’une ni l’autre ne jeta la moindre lumière sur ce que nous étions censés devoir faire, elles n’en furent pas moins très plaisantes, chacune à sa manière, et bien différentes de ce à quoi on eût pu s’attendre. »


A suivre…

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Published by Les amis de Chesterton - dans Un peu d'histoire
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