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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 00:39



Résumé de deux premiers épisodes : après avoir été convié par George Bernard Shaw a participé à une expérience cinématographique organisée par J.M Barrie, Chesterton s’est rendu dans un terrain vague de l’Essex pour jouer son rôle avant de se rendre à un dîner amical au Savoy. C’est ce qu’il nous raconte maintenant.

« Je me rendais au souper au “Savoy” avec le sentiment que Barrie et Barker y expliqueraient dans un groupe restreint une partie au moins de leur thème. Au lieu de cela, je trouvai la scène du théâtre Savoy bourrée de presque tout ce que Londres compte de notabilités, comme disent les journaux mondains quand ils veulent parler des gens du monde. Depuis M. Asquith, le premier ministre, jusqu’au plus jaune et au plus obscur attaché oriental, tout le monde était là, dînant par petites tables, et parlant de tout, sauf de l’affaire qui nous occupait le plus. Tout le monde était là, excepté Sir James Barrie, qui, en cette occasion, se fit presque complètement invisible. Vers la fin du repas, Sir Edward Elgar fit distraitement remarquer à ma femme : “Vous savez ? On vous filme sans interruption. Je suppose que vous êtes au courant ?”

De ce que je sais de la personne à qui il parlait, il est peu probable qu’elle fut en train, à ce moment-là, de brandir une bouteille de champagne, ou d’attirer l’attention générale de quelques manière analogue ; mais d’autres convives se jetaient des boulettes de pain, et témoignaient d’un grand détachement des soucis de l’État.

Les quatre personnages qui étaient à l’origine de l’affaire, ceux que la destinée avait choisis pour mener la vie des ranches du Wild West, reçurent ensuite les instructions particulières qui donnèrent lieu au spectacle public qui suivit. La scène fut évacuée et l’auditoire dirigé vers l’auditorium, où Bernard Shaw les harangua d’un speech furieux, agrémenté de gestes sauvages, dénonçant Barker et Barrie, et finalement tirant du fourreau une énorme épée. À ce signal, les trois autres (c’était nous), se levèrent, brandissant aussi des épées, montèrent à l’assaut de la scène, et sortirent par le décor. Et là, (les uns comme les autres), nous sortons pour toujours du récit de l’affaire en même temps que d’une compréhension accessible au commun des mortels. Car jamais, depuis ce jour-là jusqu’au jour où nous sommes, la plus faible lumière n’a été jeté sur les raisons de notre singulière conduite. J’ai parfois surpris, d’une manière accidentelle, vague et circulaire, certaines hypothèses d’après quoi nous avions symboliquement figuré notre disparition de la vie réelle et notre capture par le monde de l’aventure cinématographique ; pendant tout le reste de la pièce nous avions été engagés dans un effort pour retrouver la voie de notre retour à la réalité. Fut-ce là l’idée de l’affaire ? Je ne l’ai jamais su d’une façon certaine. Je sais seulement que je reçus immédiatement après, un mot d’excuses, très amical de Sir James Barrie, disant que tout le programme avait été abandonné. (…) Si vraiment les cow-boys que nous fûmes avaient été chargés de représenter l’effort de la fantaisie pour retrouver le chemin de la réalité, on peut bien dire qu’ils ne manquèrent pas leur but. »

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Published by Les amis de Chesterton - dans Un peu d'histoire
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