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18 août 2009 2 18 /08 /août /2009 17:44



Nous continuons à présenter en suivant l’ordre de publication des éditions anglaises les ouvrages de Chesterton. En 1911, outre The Ballad of the White Horse et Appreciations and Criticisms of the Works of Charles Dickens dont nous avons déjà parlés, Chesterton publie le premier recueil des histoires du Father Brown. Titre retenu : The Innocence of Father Brown, traduit étrangement en français par La Clairvoyance du père Brown. Nous avons longuement parlé sur ce blogue du père Brown (Ici, , et par exemple. Pour plus d'information, voir la fonction recherche dans la colonne de droite). Aussi nous vous proposons en cette période de vacances de découvrir un article publié dans La Revue hebdomadaire en février 1920. Signé François Le Grix, il avait pour titre « L’Apologétique et le roman policier ».

En voici un premier extrait, pour montrer aussi comment fut reçu par la presse française ce premier recueil.

 

 

 

« Car ce roman policier veut être aussi, à n'en pas douter, un livre d'apologétique. Ne croyez pas que c’est uniquement pour vous amuser que Chesterton a écrit ces extraordinaires complications. Il s'agit ici de montrer que le catholicisme est la plus haute école de psychologie qu'ait instituée aucune religion, aucune science (…).

Le P. Brown, de sa voix douce et péremptoire, nous démontrera qu'un policier, après toute une vie de conscience professionnelle, peut devenir un assassin, par haine de l'idée religieuse (le Jardin secret) ; que l'anti- alcoolisme rend triste, maniaque, et peut mener au suicide (les Trois Instruments de la mort; que va-t-il donc se passer aux États-Unis, et quelle étourdissante fantaisie Chesterton ne broderait-il pas sur ce thème d'un empire condamné à l'eau?) ; que l'austérité puritaine peut induire l'homme en tentation de se substituer à la justice de Dieu, de punir le pécheur, et faire d'un clergyman un fratricide (le Marteau de Dieu) ; et puisque le P. Brown est capable de ces stupéfiantes découvertes, et de bien d'autres encore, le catholicisme est le vrai. Reportez-vous donc au plus tôt à ces douze épisodes, dont les plus réussis, avec la Croix-Bleue, sont peut-être les Péchés du prince Saradine et la Mauvaise Forme; je m'en voudrais, en vous les racontant, d'en diminuer l'effet de démonstration et de surprise. (D'ailleurs, cet effet n'est-il pas un peu gêné par ces douze hachures? L'auteur ne l'aurait-il pas mieux ménagé en construisant un seul récit, dans lequel son imagination miraculeuse eût aisément fait tenir autant d'inventions, et peut-être les mêmes?)

Tout cela, je le répète, est prodigieusement amusant. Trop. Quand on amuse à ce point, on prouve ce que l'on veut, et par conséquent on ne prouve rien. Fallait-il être formé par le confessionnal pour savoir que le facteur est, par définition, anonyme et inaperçu, et que, par conséquent, l'assassin que personne n'a vu entrer dans la maison doit être le facteur (l'Homme invisible) ? C'est de l'art de cirque, et du meilleur, que cette scène des policemen bernés par cet uniforme ambulant. Je crois la voir mimée par les Fratellini au cirque Medrano. Il est permis de penser, tout en s'y laissant prendre, que le plus virtuose des conteurs ne pouvait, sans danger, se permettre d'appliquer pareille méthode, — celle de la farce, en somme, — à l'apologétique sacrée, et de mêler Pascal et Maurice Leblanc au point de les rendre indiscernables. »

 

 

À suivre…

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Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
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