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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 04:40
 


Quand il paraît en 1938, Supervivant (Manalive) est présenté dans les rubriques littérature de la presse francophone. À titre d’exemple, et pour sortir de nos limites nationales, nous publions ci-dessous la notule consacrée à ce roman de Chesterton et qui fut publiée en novembre 1938 (p. 279) dans L’Action nationale, revue de l’association éponyme québécoise, la ligue d’action nationale. D’abord catholique et nationaliste, favorable au nationalisme canadien-français, la revue va évoluer vers le nationalisme indépendantiste tout en se laïcisant.

Supervivant

Par G.-K. Chesterton. Traduction de Maurice Rouneau. Collection "Les Iles". Desclée-De Brouwer, éditeurs, Paris.

Parmi les vieilles querelles d'écoles, il en est une qui semble de nos jours se rajeunir avec de nouvelles forces: c'est celle qui se dispute entre les intuitifs et les spéculatifs. Prétendre que l'homme qui sent est supérieur à l'homme qui pense présente un intérêt qui n'est pas affublé de cette qualité ésotérique propre à presque tous les autres débats d'écoles comme, pour citer un exemple, à celui entre parnassiens et symbolistes. Voilà ce que Chesterton a réussi à prouver en démontrant sa théorie très vingtième siècle, dans un roman à sa façon.

Les aventures funambulesques d'Innocent Fèvre, destinées à parodier le jeu du hasard, où il gagne à tous les coups, se conjuguent avec les données savantes et l'empirisme scientifique du docteur Pym et du docteur Warner, pour énoncer que derrière l'homme qui sent se cache l'homme qui devine et postuler que le cérébral n'est pas doué de divination. L'auteur, très habile dans la fantaisie, s'est cependant joué une mauvaise farce en concluant involontairement de ces prémisses à la primauté de l'optimisme sur le pessimisme: conclusion qui nous paraît discutable en supposant que le pessimisme abrite toujours un fond de vérités, un aspect réel de la vie, tandis que l'optimisme pourrait fort bien n'être qu'une mer d'illusions et de mirages, un gouffre d'idéalisme.

L'innocent Fèvre est-il fou parce qu'il cherche des voix dans la vie cachée des choses ? Le docteur Pym et le docteur Warner tournent-ils le dos à la Sagesse en faisant supporter tous les chocs par le cerveau? Supervivant répond non à la première question et oui à la seconde. Alors, nous sommes avec monsieur Chesterton. Qu'il nous fasse croire que l'exubérance, la spontanéité, la bonne humeur ne sont pas des crimes contre la civilisation ou contre la vie, nous serions bien prêts à l'admettre pourvu qu'à éblouir le présent nous ne nous voyions pas privés du flirt avec l'éternité. Mais qu'il nous force à voir, à travers les fantasmagories de son héros, un Supervivant, nous n'y sommes plus... mais là plus du tout.

H.-Paul Péladeau

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Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
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