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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 13:29

Dans un récent numéro, L’Homme Nouveau (21 novembre 2009, n° 1457) a publié un article de Brian Sudlow, maitre-assistant à l’Université de Reading en Grande-Bretagne. Brian Sudlow était l’un des principaux intervenants de la Table-Ronde sur le renouveau littéraire catholique qui s’est tenue au Collège des Bernardins le 15 octobre dernier.

Dans l’article en question, il présente une figure littéraire française, certainement peu connue des Français eux-mêmes : Adolphe Retté. Au sujet de celui-ci il écrit : « Comme beaucoup de convertis littéraires, sa trajectoire commence dans des circonstances bien éloignées de l’Église. Anarchiste puis syndicaliste révolutionnaire en politique, symboliste puis naturiste en poésie, Retté mène une vie on ne peut plus antichrétienne, participant activement aux passions anticléricales des années 1880 et 1890. Ses Treize Idylles diaboliques (1898), des contes blasphématoires, sont tout à fait typiques de la littérature des libres-penseurs de la période. La violence de ses avis politiques et littéraires trouve son écho dans une vie personnelle tempétueuse et difficile. Sorti d’une famille désunie, Retté a des difficultés pendant longtemps à former des rapports intimes et stables, préférant souvent la compagnie facile des filles de joie à celle de sa concubine (morte en 1903) qu’il domine d’une façon égoïste. Avant le moment décisif de sa conversion, et plongé dans un désespoir provoqué par un nihilisme foncier, il frôle même le suicide. »

Mais pourquoi évoquer cet écrivain français sur un blogue consacré à Chesterton, écrivain typiquement anglais ?

Tout simplement, en fait, parce que Brian Sudlow établit un parallèle entre le chemin de conversion des deux hommes :

« Sa capacité de réunir les fragments de la modernité rapproche Retté de son homologue anglais, G.K. Chesterton, qui voyait dans la réunion des prétendus contraires la structure paradoxale de la réalité. En fait, la comparaison de Retté avec Chesterton — l’objectif de ma thèse doctorale de 2007 pour l’université de Reading en Grande-Bretagne — fait ressortir les convergences entre la renaissance des lettres catholiques en France et en Angleterre pendant la même période. Chesterton et Retté sont très sensibles aux idéologies dominantes de l’époque moderne. Tous les deux voient dans la révolte de l’homme contre Dieu un acte qui renie la nature humaine tout en rejetant le don surnaturel du salut. Comme le dit Chesterton, la tentative de prendre la mitre à l’“homme pontifical” (l’homme guidé par l’Église) ne fait que le décapiter entièrement. Il faut insister aussi sur leur rejet commun d’un monde désenchanté (pour reprendre l’expression de Max Weber). Ils critiquent tous les deux le scientisme, la perversion idéologique, voire antireligieuse, des découvertes scientifiques, et le système d’éducation en France et en Angleterre, celui-ci devenu porteur des valeurs sécularisées. En même temps, contre le déisme et le progrès conçu comme seul but des efforts humains, ils réaffirment l’action d’un Dieu providentiel et rédempteur, et la doctrine de l’Incarnation comme dogme anti-laïc par excellence, réunissant l’univers spirituel avec l’univers matériel. Le Christ est venu sauver l’homme de son “fumier matérialiste”, dit Retté au début de l’Étoile du matin. Si son langage est souvent plus violent que celui de Chesterton, il exprime, néanmoins, une réponse très semblable aux problèmes que pose l’incroyance moderne au début du XXe siècle.

Si, chez Chesterton, son Orthodoxie est à lire absolument, chez Retté c’est son autobiographie spirituelle Du Diable à Dieu qui mérite le plus la lecture. »

 

Un article (de deux pages) à lire, bien sûr, dans son intégralité tant il ouvre des perspectives et complète notre vision de la littérature en général et plus spécifiquement de la littérature catholique au début du XXe siècle.

Terminons par une petite correction. Dans l’article de L’Homme Nouveau, le nom de Brian Sudlow a été mal orthographié. C’est bien à ce jeune maître-assistant de grand talent et qui promet beaucoup que revient tout le mérite de cet article.

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Published by Les amis de Chesterton - dans Veille chestertonienne
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