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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 00:30
Nous venons de tomber sur le blogue de Martin Page, qui ce 14 février, a consacré quelques lignes à Chesterton. Qui est Martin Page ? Selon la biographie publiée sur son blogue : « Né en 1975, Martin Page passe sa jeunesse en banlieue sud de Paris. Son premier roman, Comment je suis devenu stupide, est publié en 2001. Suivront, au Dilettante, La Libellule de ses huit ans (2003), On s’habitue aux fins du monde (2005). Peut-être une histoire d’amour paraît en 2008 aux éditions de l’Olivier. Auteur d’un livre sur la pluie, il écrit également pour la jeunesse à l’Ecole des Loisirs (Conversation avec un gâteau au chocolat, Je suis un tremblement de terre…). Ses livres sont traduits dans une quinzaine de pays. »
Il vient visiblement d’écrire un article sur Chesterton – bonne nouvelle – et retire de cet exercice les réflexions suivantes :
« Article sur Chesterton terminé. Il a l’image d’un auteur brillant mais aussi d’un auteur catholique et réactionnaire. Il ne faut pas le laisser à la droite et aux catholiques ; ils le servent mal, on est pas loin du kidnapping. Je suis pour une collectivisation de Chesterton. Il est pour tout le monde. Une citation : “Ma première et ma dernière philosophie (en laquelle je crois avec une certitude inébranlable), je l’ai apprise dans mon enfance. Les choses que je croyais alors, les choses auxquelles je crois aujourd’hui, sont ce que l’on appelle des contes de fées. Ce sont des choses parfaitement raisonnables. Ce ne sont pas des fantaisies.” Plus loin il écrit : “L’arbre donne des fruits car il est MAGIQUE. La rivière coule de la montagne car elle est MAGIQUE”. Comment ne pas aimer cet homme ? »
Nous ne cacherons pas que nous sommes d’accords en grande partie avec cette vision. Oui, Chesterton est pour tout le monde et il n’appartient à personne en propre.
N’empêche ! Parler de « kidnapping » parce que des catholiques, comme lui s’en réclament, c’est un peu facile. « kidnapping » pour « kidnapping », l’inverse est aussi vrai.
Réactionnaire ? Voire ! Le mot est passe-partout et désigne davantage une étiquette accusatrice qu’une réalité profonde. Réactionnaire l’auteur de l’Utopie des usuriers, recueil d’articles parus dans le socialiste Daily Herald ? Réactionnaire l’auteur de Ce qui cloche dans le monde et Outline of sanity (Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste), charge contre le capitalisme des trusts ? Peut-être ! À condition de définir les mots et de s’entendre sur le sens qu’on leur donne. En tous les cas, l’ancien « radical » ne fut jamais un homme de droite au sens que ce mot a pris en France. Certes, ce beau défenseur des contes de fées fut un catholique, d’abord en pensée, puis en acte, à partir de 1922. Le livre où il présente une belle défense des contes de fées ; le livre d'où vient la citation – tronquée – de Martin Page, est aussi le livre de la défense du christianisme, livre qui fut jugé dans l’Angleterre de l’époque comme un scandale parce qu’il semblait crypto-catholique.
Oui, Chesterton est à tout le monde et oui, d’une certaine manière, faut-il le collectiviser. Mais si on apprécie celui qui écrit sur les contes de fées, prenons aussi le risque de ne pas oublier qu’il le fait en défense du catholicisme et que donc le catholicisme ne correspond peut-être pas à l’image facile que l’on s’en fait.
Il ne s’agit pas de croire ou de ne pas croire. La foi est un don, pas une marchandise d’occasion que l’on troque au terme d’une lecture et d’une argumentation. Ce n'est surtout pas un article publicitaire ! Il s’agit de savoir si l’homme qui défend cette vision des contes de fées et le catholicisme – les deux ensembles, il ne s'agit pas d'un supermarché où l'on prend à sa guise – n’a pas un regard plus juste que le notre sur le catholicisme. C’est d’ailleurs un effort qui doit être effectuer par tout lecteur de Chesterton. L’une des raisons qui nous pousse à l’aimer, au-delà de nos désaccords avec certaines de ses positions, c’est bien qu’il ne nous laisse pas tranquille avec notre médiocrité.
Pour finir, voici la citation intégrale sur les contes de fées dans la traduction d’Anne Joba (Orthodoxie,Idées/Gallimard, 1984, p. 72). Dès que nous le pourrons, nous donnerons aussi la nouvelle traduction de ce passage dans la nouvelle édition d’Orthodoxie à paraître chez Climats :
« Ma première et dernière philosophie, celle en laquelle je crois avec une certitude inébranlable, je l’ai apprise dans ma chambre d’enfant. D’une manière générale, je l’ai apprise d’une nourrice, c’est-à-dire de la prêtresse solennelle, désignée par les astres pour veiller sur la démocratie et sur la tradition. Ce à quoi je croyais le plus alors, ce à quoi je crois le plus aujourd’hui, c’est ce qu’on appelle les contes de fées. Ils me paraissent tellement sensés. Ils n’ont rien d’une fantaisie. »
et plus loin, il écrit :
« Un arbre donne des fruits parce que c’est un arbre magique. L’eau ruisselle de la colline parce qu’elle est encorcellée » (p.77).
Seulement, Chesterton veut simplement dire par là que le fantastique, l’extraordinaire et le miraculeux, pour peu que le regard ne soit pas embué, se trouvent dans les choses ordinaires de l’existence puisque la naissance même de chaque homme est un miracle. Face à un monde scientiste et rationaliste, il propose une défense enthousiaste du miracle. S’il y a un conte de fées, c'est aussi qu’il y a un conteur…
Voici maintenant l'original anglais  :
« My first and last philosophy, that which I believe in with unbroken certainty, I learnt in the nursery. I generally learnt it from a nurse; that is, from the solemn and star-appointed priestess at once of democracy and tradition. The things I believed most then, the things I believe most now, are the things called fairy tales. They seem to me to be the entirely reasonable things. They are not fantasies: compared with them other things are fantastic. »
et :
« A tree grows fruit because it is a MAGIC tree. Water runs downhill because it is bewitched. »

Que nous soyons catholiques ou non, que l'on ne nous empêche pas d'aimer et de lire Chesterton.

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Published by Les amis de Chesterton - dans Veille chestertonienne
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Pluto DINGO 16/02/2010 07:05


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