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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 15:31

Aux États-Unis, les éditions de la Distributist Review ont édité un livre entièrement consacré au distributisme, à son histoire, son développement et ses perspectives. Il ne s’agit pas d’abord d’un livre de militant, mais d’une étude universitaire, réalisée par le professeur Race Mathews, un économiste et un homme politique australien. La richesse de cette étude, certains points qui méritent d’être discutés, nous ont poussés à en faire une recension un peu longue que nous publierons en trois fois. Même si ce sujet dépasse la figure de G.K. Chesterton, il s’insère pourtant pleinement dans l’étude d’un courant dont il fut le plus brillant représentant.

 

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L’histoire du distributisme, issu de la pensée sociale de G.K. Chesterton et d’Hilaire Belloc, reste très largement méconnue. Notamment en France où ce courant est tributaire de son origine anglo-saxonne, mais aussi d’un nom qui renvoie davantage aux conceptions économiques de Jacques Duboin (1878-1976) qui avait théorisé la nécessité de passer de l’économie de l’échange à celle de la répartition et qui fut à l’origine de l’idée d’un revenu social dispensé par l’État, sous l’appellation « d’économie distributive ». Des conceptions distributistes de Chesterton et Belloc à « l’économie distributive » de Duboin, il y a plus qu’un pas et une différence, un véritable abîme.

Paradoxalement, si dans les pays anglo-saxons, principalement aux États-Unis, on réédite un certain nombre d’ouvrages du courant distributiste et si on publie des écrits actualisant cette doctrine, l’histoire même de ce courant fait peu l’objet d’ouvrages globaux sur la question. À ce titre, il convient de saluer la deuxième édition de Jobs of Our Own de Race Mathews publié par « The Distributist Press », émanation de The Distributist Review.

Australien, Professeur à l’Université Monash, Race Mathews a été député fédéral et d’État, conseiller municipal, leader de l’opposition parlementaire au Parlement australien entre 1967 et 1972 et leader de l’opposition au Parlement de Victoria de 1976 à 1979. Membre du Parti travailliste australien, il s’est intéressé particulièrement à l’histoire du mutualisme et du distributisme.

Le lecteur français s’étonnera certainement de cette appartenance politique plutôt ancrée à gauche pour un spécialiste du distributisme, lequel refuse pourtant autant le capitalisme que le socialisme étatique. Mais c’est un fait que l’on retrouve des distributistes dans les principaux camps politiques, chacun essayant d’influencer dans cette direction le parti qu’il a rejoint. Toutefois, cette appartenance politique de l’auteur de Jobs of Our Own n’est pas à oublier, car elle interfère grandement dans son évaluation historique des échecs du distributisme comme des voies qu’il préconise. On l’aura compris, l’un des grands mérites de ce livre consiste à ne pas offrir une vision irénique de l’histoire du distributisme, mais à tenter d’en cerner les éléments essentiels, les réussites et les failles, afin d’évaluer une possible mise à jour face aux questions du temps présent. À ce titre, le travail de Race Mathews, même quand on n’en partage pas certaines conclusions, constitue un apport capital pour la réflexion sur le distributisme.

L’ouvrage se découpe en deux parties. La première, sous le titre « British Distributism » dresse un état des lieux passionnant des origines de ce courant, en gros depuis les premiers cercles socialistes anglais du XIXe siècle et la vision sociale d’Henry Manning jusqu’aux revues distributistes de l’après-guerre. La seconde partie, intitulée « Distributism Reborn », s’attache à décrire et à expliquer les applications concrètes du courant distributiste, à travers les expériences de l’« Antigonish Movement » au Canada et du « Mondragon » au Pays Basque espagnol. Pour l’auteur, ces deux expériences mutualistes incarnent à la fois la réussite et le meilleur du courant dont il entend dresser l’historique.

Sur les origines lointaines du distributisme, Race Mathews se montre particulièrement passionnant et montre combien ce courant trouve une double origine, en puisant à la fois dans le socialisme anti-étatique anglais, incarné par une multitude de mouvements et d’associations et dans le catholicisme social qui trouva dans le cardinal Manning une voix et une autorité importantes. Il dresse le portrait des trois pères fondateurs de ce mouvement que l’on a tendance à réduire à deux. À côté de G.K. Chesterton et d’Hilaire Belloc, Race Mathews réhabilite grandement la figure de Cecil Chesterton, le frère cadet du célèbre écrivain britannique et l’ami de Belloc. Il montre combien ces trois hommes ont d’abord fréquenté les milieux socialistes, principalement la Fabian Society et la Christian Social Union. Proches des milieux socialistes, les trois hommes s’en séparèrent peu à peu, notamment parce qu’ils étaient habités par une véritable inquiétude religieuse et par une forte méfiance envers toute intrusion de l’État dans la vie des peuples.

Hilaire Belloc était catholique depuis son enfance. Cecil Chesterton opéra une conversion qui le rapprocha d’abord de l'aile catholique de l’anglicanisme avant d’abjurer tout protestantisme en devenant catholique romain en 1912. Paradoxalement, G.K. Chesterton fut le dernier à rejoindre le catholicisme romain, en se convertissant officiellement en 1922, même s’il adhérait intellectuellement aux doctrines catholiques au moins depuis 1908.

 

À suivre…

 

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Published by Les amis de Chesterton - dans Dans la lignée de Chesterton
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