Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 11:46

Pour cette rentrée, nous avons décidé de commencer en poésie, en publiant à partir d’aujourd’hui le grand poème épique de Chesterton, Lepanto qui nous a été demandé par plusieurs lecteurs. La bataille de Lépante se déroula le 7 octobre 1571 et opposa la flotte chrétienne conduite par Don Juan d’Autriche, sous le nom de « Sainte Ligue » à la flotte ottomane, placée sous le commandement du Kapudan Pacha Ali Pacha Moezzin. La bataille s’acheva par les victoire des chrétiens sur les Ottomans.

Dans son long poème, Chesterton fait allusion à l’absence de l’Angleterre et de la France (laquelle était alliée des Ottomans). Il nomme aussi Cervantès, le célèbre auteur de Don Quichotte qui participa à cette bataille et y perdit sa main gauche.

Par ailleurs, en action de grâces pour cette victoire, le pape saint Pie V institua une fête annuelle sous le titre de Sainte Marie de la Victoire que le pape Grégoire XII changea en fête de Notre-Dame-du-Rosaire. Elle est célébrée le 7 octobre. 

 

 

 

Bataille-de-Lepante.png

 

 

 

 

LÉPANTE

 

De blancs jets d'eau retombent dans les cours du soleil,

Et le sultan de Byzance a souri à leur rumeur ;

Un rire semblable aux jets d'eau, sur cette face redoutée,

Secoue la forêt sombre, la forêt de sa barbe,

Et tord le croissant rouge sang, le croissant de ses lèvres,

Car la mer au milieu des terres est ébranlée par ses vaisseaux.

Ils ont défié les blanches républiques sur les caps d'Italie,

Ils ont fouetté l'Adriatique autour du Lion de la mer ;

Le pape a rejeté ses armes de désespoir et de deuil,

Il appelle autour de la Croix les rois chrétiens et leurs épées.

La froide reine d'Angleterre contemple son miroir

L'ombre des Valois bâille à la messe ;

Aux îles fantastiques du couchant résonne faiblement le canon espagnol,

Et le Seigneur de la Corne d'Or rit dans le soleil.

 

 

Un bruit sourd de tambours, à peine on l'entend au creux des collines

Où sur un trône sans nom s'émeut seul un prince sans couronne,

Où, se levant de sa place douteuse, de son siège à demi honteux,

Le dernier chevalier d'Europe a pris au mur ses armes,

Le dernier troubadour attardé pour qui chanta l'oiseau

Qui jadis vers le Sud allait chantant, quand le monde était jeune.

Dans cet énorme silence, menu et sans peur,

Monte aux détours d'un chemin le bruit de la croisade :

L'appel fort des gongs et le grondement lointain des canons.

Don Juan d'Autriche part en guerre,

Ses raides étendards étalant sous les froides rafales nocturnes

Leurs noirs violets dans l'ombre, dans les lumières leur vieil or,

Et les torches rougissent le cuivre des timbales,

Puis les buccins, puis les trompettes, puis les canons, et le voici :

Don Juan rit dans sa belle barbe frisée,

Poussant du pied ses étriers comme il fait des trônes de la terre,

Dressant sa tête comme l'étendard des hommes libres

Lumière d'amour de l'Espagne, hourra !

Lumière de mort de l'Afrique

Don Juan d'Autriche

A chevauché vers la mer.

 

 

Mahound est en son paradis, plus haut que l'étoile du soir.

(Don Juan d'Autriche part en guerre.)

Son turban souverain s'agite aux genoux des houris éternelles,

Son turban où sont tissés les couchants et les mers.

Il fait trembler le jardin plein de paons en se levant de sa couche,

Il marche à grands pas sur les arbres, et il est plus grand que les arbres,

Et sa voix à travers le jardin est un tonnerre qui va faire lever

Le noir Azraël et Ariel et Ammon,

Les Géants et les Génies,

Myriades d'ailes et d'yeux,

Dont la forte obéissance brisa les cieux

Quand Salomon était roi.

 

 

Roux et pourprés, ils surgissent des nuages roux du matin,

Du fond des temples où les dieux jaunes ferment les yeux de mépris

En robes vertes et rugissants, ils se dressent au creux vert des vagues

Où sont des cieux écroulés et des couleurs mauvaises et des êtres sans yeux ;

Sur eux se resserrent les valves de la mer, et les forêts grises de la mer s'enroulent,

Tachées d'un mal splendide, la maladie de la perle ;

Ils s'enflent en fumée de saphir sortant des crevasses bleues du sol,

Ils s'assemblent et s'émerveillent et se prosternent devant Mahound,

Et il dit « Brisez les montagnes où se cachent les ermites,

Et criblez le sable roux et argenté de peur que n'y demeure un os de saint ;

Pourchassez les Giaours nuit et jour fuyant, sans leur laisser de trêve,

Car notre angoisse de jadis revient encore du couchant.

Nous avons posé le sceau de Salomon sur tout ce qui sous le soleil

Est savoir et douleur et patience des choses accomplies,

Mais un bruit court dans les montagnes, dans les montagnes je reconnais

La voix qui fit trembler nos palais voici quatre siècles

C'est celui qui ne dit pas « Kismet », qui ne connaît point la Fatalité,

C'est Richard, c'est Raymond, c'est Godefroy dans la porte !

C'est celui que la mort fait rire quand le jeu en vaut la chandelle.

Posez sur lui vos pieds, et que notre paix soit sur la terre. »

Car il entendait gronder les tambours et grincer les fusils,

(Don Juan d'Autriche part en guerre.)

Prompt et calme – hourrah !

Bondissant d'Ibérie !

Don Juan d'Autriche

A passé par Alcalar.

 

 

(À suivre)…


Partager cet article

Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans Poèmes
commenter cet article

commentaires