Qui l’aurait cru ? Et pourtant, Antonio
Gramsci, membre fondateur du parti communiste italien, théoricien célèbre, mort quelques jours après être sorti de prison, dans la nuit du 26 au 27 avril 1937, lisait Chesterton. Justement, c'est
dans une lettre écrite en prison, à sa belle-sœur Tania, qu'il évoque Chesterton à propos des aventures du Père Brown.
« Prison de Turi, 6 octobre 1930
(…)
Je te remercie de tout ce que tu m'as envoyé. On ne m'a pas encore remis les deux livres : la bibliographie fasciste et les contes de Chesterton que je lirai volontiers pour deux raisons. D'abord parce que j'imagine qu'ils sont aussi intéressants. que ceux de la Première série et ensuite parce que je vais essayer d'imaginer l'impression qu'ils ont dû faire sur toi. Je t'avoue qu'il y aura là, pour moi un plaisir extrême. Je nie souviens avec précision de ton état d'âme à la lecture de la première série : tu avais une heureuse disposition à recevoir les impressions les plus immédiates et les moins compliquées. Tu n'avais pas d'autre part réussi à t'apercevoir que Chesterton a écrit une très fine caricature des romans policiers proprement dits. Le Père Brown est un catholique qui se moque de la manière de penser mécanique des protestants et le livre est fondamentalement une apologie de l’Église romaine opposée à l’Église anglicane. Sherlock Holmes est le policier protestant qui trouve en parlant de l'extérieur, en se basant sur la science, sur la méthode expérimentale, sur l'induction. Le Père Brown est le prêtre catholique qui, à travers les expériences psychologiques raffinées fournies par la confession et les travaux de casuistique des pères, et cependant sans négliger la science et l'expérience, mais en se basant surtout sur la déduction et sur l'introspection, bat Sherlock Holmes à plate couture, le fait apparaître comme un petit gamin prétentieux, en montre l'étroitesse et la mesquinerie. D'autre part, Chesterton est un grand artiste alors que Conan Doyle était un médiocre écrivain malgré qu'il ait été fait baronnet à titre littéraire; il y a chez Chesterton une distinction à établir entre le contenu, l'intrigue policière et la forme, et aussi envers la matière traitée une subtile ironie qui rend les récits plus savoureux. Qu'en penses-tu ? je me souviens que tu lisais ces contes comme s'il s'était agi de faits réels et que tu les faisais tiens au point d'en arriver à exprimer ton admiration pour le Père Brown et sa merveilleuse finesse avec une ingénuité qui me divertissait beaucoup. Ne te formalise pas de cela, car, dans mon plaisir, il y avait une pointe d'envie pour ta capacité à recevoir des impressions fraîches et pures.
Je t'embrasse affectueusement.
ANTOINE »
Dans un livre consacré à Gandhi (Gandhi:
Voice of a New Age Revolution, Axios Press) Martin Green affirme que Chesterton a influencé Gandhi dans sa recherche d’une voie pour l’indépendance indienne.
son côté Geoffrey Ashe avait également signalé la même histoire dans son livre
consacré à Ghandi ((Stein & Day, NY, p. 137-138, 1968) et il l’a redit dans un ouvrage plus récent, The Offbeat Radicals (London, Metheun, 2007).
Dans le New York Times du 21 mai
1916, Chesterton reviendra sur la question en affirmant, à l’encontre de la pensée de la majorité des Britanniques d’alors, que l’Inde doit appartenir aux Indiens. L’écrivain répondait aux
questions de Herendranath Maitra, auteur de « Hinduism, the World Ideal » et responsable du périodique « A Voice from India ».
Mais c’est dans un article précédent de Gandhi
(Indian Opinion du 8 janvier 1910) que celui-ci indique clairement sa proximité de pensée avec GKC. Son article commence ainsi :
« Au terrain vague dans l’Essex, nous
trouvâmes notre équipement pour le Wild West. Mais notre indignation contre William Archer (photo) fut grande, car, avec une prévoyance vraiment écossaise, il était arrivé avant l’heure pour
s’emparer de la meilleure paire de pantalons ; une paire magnifique ; en fourrure ; tandis que trois autres cavaliers de la pampa devaient se contenter de culottes de toile. Des
commentaires persistants sur un tel acte d’individualisme se poursuivirent durant tout l’après-midi, c’est-à-dire durant tout le temps qu’on nous roula dans des barils, qu’on nous hissa au bout
d’une corde au-dessus de précipices factices, pour nous lâcher ensuite dans un champ où nous devions prendre au lasso des chevaux sauvages, mais qui étaient tellement apprivoisés que c’étaient
eux qui couraient après nous, et non point nous après eux et qu’ils fourraient leurs naseaux jusque dans nos poches pour y chercher du sucre. Quelles que soient les limites de la crédulité du
lecteur, il faut bien, pour rester conforme à la vérité, mentionner le fait que nous montâmes tous sur une motocyclette, dont les roues tournaient sans toucher le sol, afin de produire l’illusion
que nous ronflions à l’allure d’un bolide vers le fond d’une passe montagneuse. Quand les autres eurent finalement disparu par-dessus la falaise, accrochés à la corde qui nous tenaient attachés,
ils me laissèrent par derrière, comme on laisse le poids qu’il faut pour donner de l’assurance aux alpinistes. Pendant ce temps Granville Barker ne cessait de m’apostropher, me prêchant la
résignation, l’esprit de sacrifice ; je tentai de me figurer que je pratiquais l’une et l’autre, y joignant les gestes sauvages qui me venaient à l’esprit et balayant généreusement l’espace,
non sans recueillir, je suis fier de le dire, l’approbation générale. Pendant tout ce temps, son petit visage caché derrière sa grande pipe, Barrie se tenait debout, nous observant d’un air
impénétrable ; rien ne pouvait lui arracher la plus vague indication sur le motif pour lequel on nous soumettait à toutes ces épreuves. Jamais les effets du mutisme du mélange “Arcadia” pour
la pipe ne m’apparurent plus puissants, et moins scrupuleux. C’était comme si la fumée qui montait de cette pipe était une vapeur non seulement magique, mais de magie noire. »
« La
chose débuta par une visite que me fit Bernard Shaw à Beaconsfield, dans les dispositions les plus cordiales, pour me proposer de paraître avec lui, déguisés tous deux en cow-boys, dans je ne
sais quel film que Sir James Barrie (l’auteur de Peter Pan
Selon l’accord qui le
liait à l’Illustrated London News
C’est en 1905 que G.K. Chesterton accepte
l’offre venant de « The Illustrated London News » d’écrire un article hebdomadaire. Le titre retenu pour sa rubrique était tout simplement « Our Notebook ». Ce
qui s’inaugurait ainsi, c’est en fait un rendez-vous hebdomadaire avec les lecteurs pendant près de 31 ans, c’est-à-dire jusqu’à la mort de l’auteur. Le recueil de ses articles occupe plusieurs
volumes des œuvres complètes de l’écrivain dans la collection éditée par Ignatius Press. Chesterton a en effet publié 1 535 chroniques dans cette publication lue par des milliers de lecteurs.
Cette collaboration n’a été interrompue qu’à de rares occasions. En 1920 et 1921, alors que l’écrivain était en voyage, et en 1914 et 1915, pendant la dépression nerveuse de l’écrivain à la suite
du scandale Marconi et des débuts de la Première Guerre mondiale. Fait étonnant au regard de la durée de cette collaboration, Chesterton ne la mentionne nullement dans son
Autobiographie, mais par ailleurs il n’évoque nullement certains autres aspects de son existence qui semblent bien connus de ses contemporains.
Fondé en 1842 (le première numéro sort le 14
mai 1842) par Herbert Ingram et Mark Lemon, l'Illustrated London News (ILN) est un magazine de 16 pages comprenant plusieurs illustrations. Il évolua bien sûr avec le temps et resta
hebdomadaire jusqu’en 1971. Il devint alors mensuel, puis bi-mensuel, trimestriel avant de disparaître définitivement de la circulation. ILN est aujourd’hui une agence de communication.