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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 19:14

 


Faut-il revenir sur le roman de Chesterton, L’Auberge volante, déjà longuement évoqué sur ce blogue (voir ICI, , LÀ et ). Oui, parce que nous voudrions signaler la conférence du professeur Monica Papazu intitulée « Chesterton, prophète de l’islamisation de l’Europe ». Cette conférence, qui présente essentiellement mais pas seulement, l’Auberge volante, a été prononcée à l’Université d’été du Centre Charlier et de Chrétienté-Solidarité en 2008. Dans le numéro hors série imprimé par la revue Reconquête, du Centre Charlier et de Chrétienté-Solidarité (5€) qui publie le texte de cette conférence, Yves Daoudal, son rédacteur en chef, écrit :

« Aucun d’entre nous n’avait entendu parler de Monica Papazu quand elle vint faire une conférecne à l’université d’été 2008 du Centre Charlier et de Chrétienté-Solidarité. Aucun d’entre nous non plus, me semble-t-il, n’avait entendu parler du roman de Chesterton qui est le sujet de sa conférence. (…) Monica Papazu soulignait de façon aussi précise que profonde ce qu’est exactement l’opposition entre l’islam et le christianisme, telle que l’avait discernée Chesterton, telle que nous essayons de la décrire dans Reconquête au fil de l’actualité. Et comme il s’agit de Chesterton, l’humour est aussi au rendez-vous, avec le grand rire libérateur de l’écrivain britannique, et les armes de combat contre l’islam, pour la libération de l’Angleterre : le lard et le vin ».

On aurait tort de croire que les propos de Monica Papazu ne renvoient qu’à L’Auberge volante. Elle montre au contraire une connaissance très fine de l’œuvre de Chesterton, en établissant des liens avec des ouvrages antérieurs – Orthodoxie, par exemple – ou postérieurs – La Nouvelle Jérusalem, par exemple.

Comme avec Chesterton, ces dernières paroles dans cette conférence sont des mots chargés d’espérance :

« L’imprévisible, le tout à fait nouveau, la résurrection – cela se passe dans l’histoire même et touche l’homme dans sa dimension communautaire, c’est-à-dire les nations. L’Auberge volante porte en elle le message de cette foi et de cette espérance ». Nous sommes là au cœur même de la philosophie chestertonienne.  
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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 04:20

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Décapage est une « revue littéraire semestrielle hébergée par les éditions de La Table Ronde ». Créée en 2001, elle en est aujourd’hui à son 41e numéro. Selon Pierre Jourde, «  ce qui séduit dans Décapage, et qui fait en grande partie la différence avec la concurrence, ce n’est pas seulement le contenu, aussi sérieux et riche qu’on voudra, c’est l’emballage. L’indescriptible photo couverture, les petites bandes dessinées loufoques sur le monde de la littérature, l’humour des mini-commentaires disséminés un peu partout. »

 

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Avec un peu de retard, nous venons de découvrir que Décapage a proposé à ses lecteurs la traduction d’une nouvelle de G.K. Chesterton, dans son numéro 39 de l’été dernier. Intitulé Le Magasin de fantômes, cette nouvelle a été traduite par Thierry Beauchamp. Malheureusement, la revue n’indique pas le titre originel de cette nouvelle. Il s’agit de The Shop of Ghosts, publiée d’abord en 1909 dans le Daily News puis dans le recueil Tremendous Trifles (chapitre 37) la même année.

 

 

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Cette nouvelle a déjà connu une traduction/adaptation sous le titre Le Père Noël est immortel, publiée par Hachette Jeunesse, en octobre 1994, avec des dessins de Tony Ross et une traduction d'Olivier de Vleeschouwer.


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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 06:57

La Saint Patrick n’est pas seulement la fête nationale des Irlandais. Ce sera cette année, si tout se passe bien, le jour de la mise en vente d’Hérétiques et d’Orthodoxie, dans une nouvelle traduction aux éditions Climats, une marque de Flammarion.

C’est un événement pour plusieurs raisons ?

– D’abord parce que ces deux ouvrages n’étaient plus disponibles depuis plusieurs années, à l’exception des « reprint » des éditions Saint-Rémi.

– Ensuite, parce que les traductions avaient vieillies, à l’exception certainement de celle d’Anne Joba pour Orthodoxie paru chez Gallimard en 1984.

– Enfin parce que ces deux ouvrages ne sortent pas chez un éditeur confidentiel, mais dans une maison d’édition qui appartient à un groupe assez puissant pour diffuser ces livres qui sont importants dans le corpus chestertonien.

La traduction est signée Lucien d’Azay. Édités dans le format habituel des éditions Climats, aussi bien Hérétiques qu’Orthodoxie sont accompagnés de notes suffisantes (sans être encombrantes) qui permettront aux lecteurs contemporains, peu au fait du monde anglais dans lequel se meut Chesterton, de comprendre les subtilités des propos de l’écrivain. Il faut le dire : c’est un très beau travail qu’il faut saluer comme il le mérite. En se procurant très vite ces deux ouvrages dès leur sortie.

Nous reviendrons bien sûr plus longuement sur la traduction de Lucien d’Azay. En attendant, ce que nous en avons vu, nous laisse entrevoir une belle réussite éditoriale. Tous les amis de Chesterton ne peuvent que s'en réjouir. Le 17 mars, la Guiness coulera à flot. En l'honneur de Chesterton bien sûr et pour le succès de ces nouvelles parutions.

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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 04:36
 

Nous avons évoqué en passant (ICI) le dessinateur Oliver Herford dont l’un des dessins de Chesterton a servi d’illustration à la couverture de À bâtons rompus (ICI et ), qui vient de paraître chez l’Age d’Homme.

 

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Né anglais en 1863, décédé un an avant Chesterton (en 1935 donc), Oliver Herford est aujourd’hui encore plus connu comme illustrateur que comme poète et dramatuge, ce qu’il était aussi. Il fut même considéré comme une sorte d’Oscar Wilde Américain. Oliver Herford, qui signait le plus souvent ses dessins O Herford, a dessiné au moins deux fois G.K. Chesterton.

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Le premier de ces dessins illustre le paragraphe consacré à Chesterton dans les « Confessions of a Caricaturist » de Herford ;
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l’autre le représente la tête en bas, les pieds en l’air, ce qui illustre le point de vue chestertonien.

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Mais, en dehors de Chesterton, le talent d'
Oliver Herford mérite d'être connu. En voici un petit aperçu :

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 03:36
 
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Nous avons enfin reçu le dernier né « chestertonien » des éditions de l’Age d’Homme : « À bâtons rompus, propos débridés ». La première surprise est vraiment bonne : format plus petit, entre le format de poche et le format habituel des Chesterton à l’Age d’Homme. L’éditeur a repris le célèbre dessin d’Oliver Herford comme illustration de la couverture (dessin ci-dessus). L’impression est bonne et permet une lecture agréable.

Le volume contient au total 42 chapitres, organisés principalement à partir du titre « A propos de ». Ce qui donne :

  1. À propos des romans policiers
  2. À propos de la jeune génération
  3. A propos d’un refus
  4. À propos de l’Europe et de l’Asie
  5. À propos de la radiodiffusion
  6. Comment venir en aide au Golf ?
  7. À propos des Anglais à l’étranger
  8. À propos de la Pologne
  9. À propos des nouvelles capitales
  10. À propos du cinéma
  11. À propos des Enfants d’Hélène
  12. À propos des maisons « tout électrique »
  13. À propos du pilori
  14. À propos des drapeaux
  15. À propos du sentiment
  16. À propos de malentendu
  17. À propos du boudhisme
  18. À propos des coutumes funéraires
  19. À propos du loisir
  20. À propos de la Hollande
  21. À propos de Bath
  22. À propos de l’influence égyptienne
  23. À propos de l’archéologie
  24. À propos des mots maltraités
  25. À propos de la quête du plaisir
  26. À propos des domestiques
  27. À propos de la façon d’écrire l’histoire
  28. À propos de Noël
  29. À propos des chants de Noël
  30. À propos de l’esprit comique
  31. À propos des changements dans le goût
  32. À propos de l’impartialité
  33. À propos des principes moraux américains
  34. À propos de la prohibition
  35. À propos de l’abstention de toute boisson alcoolisée
  36. À propos du bon Roi Arthur
  37. À propos de l’architecture
  38. À propos de Shakespeare
  39. À propos d’Edwind Drood
  40. À propos de Byron et de Tom Moore
  41. À propos de R.L.S.
  42. À propos de Thomas Hardy

On le voit, les thèmes sont très différents et l’on soupçonne, rien qu’à la lecture de ce sommaire, les facéties, les surprises, les paradoxes, les réflexions, que nous réserve G.K. Chesterton.

Ces textes sont à l’origine des articles publiés dans l’Illustrated London News (ILN) en 1927. Comme on le sait (voir ICI et ICI), Chesterton collabora à cette publication de 1905 à 1936, en offrant un article hebdomadaire. Un tel livre nous permet  donc aujourd’hui de redécouvrir un Chesterton journaliste, chroniqueur très exactement, et qui élève cet exercice au rang d’art, offrant à ses lecteurs de 1927 comme à ceux d’aujourd’hui le plein épanouissement de son talent. Beaucoup de bonheur à l'état pur donc.

Les éditions de l’Age d’Homme ont puisé dans le volume 34 des Collected Works de G.K. Chesterton, édité par Ignatius Press. Ce  dernier volume contient les articles publiés dans l’Illustrated London News entre 1926 et 1928. L’avantage des volumes d’Ignatius Press tient dans le fait que les articles sont publiés dans l’ordre chronologique avec l’indication de la date de parution. Sans garder forcément l’aspect chronologique, puisqu’il s’agit dans l’édition du volume français d’un choix d’articles, il aurait été utile (et facile) d’indiquer la date initiale de parution. Autre avantage du volume d’Ignatius Press : il contient une présentation, des notes et un index des noms. Il y a vraiment très peu de notes dans le volume de l’Age d’Homme, pas du tout de présentation et une cruelle absence d’index, qui serait pourtant bien utile. Un seul exemple : les références à la France, à des auteurs français ne manquent pas. Retrouver facilement la page dans laquelle Chesterton évoque Gaboriau (p. 11) ou celle dans laquelle il disserte sur le jardin de Voltaire (p. 132) peut s'avèrer utile et même plaisant.

Image 3-copie-9En revanche, la traduction de Maurice Le Péchoux est agréable à lire et donne l’impatience d’avoir la suite. L’Age d’Homme nous annonce, en effet, sous le titre Le sel de la terre, un prochain livre de Chesterton. Autant dire tout de suite que nous l’attendons avec imaptience.
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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 18:00

Image-12.pngOuvrant par hasard Le vocabulaire de saint Thomas d’Aquin paru aux éditions Ellipses, nous avons eu le plaisir d’y voir mentionné Chesterton. L’auteur de ce petit livre, très utile quant au but qu’il poursuit, est Michel Nodé-Langlois, ancien élève de l’École Normale Supérieure (ENS), Agrégé de philosophie et professeur en Première supérieure (CPGE) au lycée Pierre-de-Fermat à Toulouse. Dans son introduction, il écrit notamment ceci :

« Pour s’acheminer vers une pénétration approfondie de la pensée de saint Thomas, on ne peut que recommander, dans la surabondante littérature qu’elle a suscitée, quelques titres dignes d’être classiques : de Gilbert Keith Chesterton, Saint Thomas du Créateur (Dominique Martin Morin) ; de Marie-Dominique Chenu, Saint Thomas d’Aquin et la théologie (Seuil) ; d’Étienne Gilson, L’Esprit de la philosophie médiévale et Le Thomisme (Vrin) ; de Jacques Maritain, de belles études dans De Bergson à Thomas d’Aquin (Hartmann) ; de Otto Hermann Pesch, Thomas d’Aquin, grandeur et limites de la théologie médiévale (Cerf) ».

Avez-vous remarqué ? Chesterton est le seul non spécialiste de cette impressionnante liste à être cité. Et en première ligne ! Une bonne nouvelle, non ?

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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 05:34

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On trouve dans L’Auberge volante une quinzaine de poèmes, chantés ou dits par trois des personnages de récit : Patrick Dalroy, Humphrey Pump et Dorian Wimpole. Cela donne un rythme particulier à l’histoire, ou plus exactement, le rythme de l’histoire s’en trouve souvent rompu. En même temps, il y a là une certaine logique. Chesterton entend défendre une certaine culture de vie, qui prend son départ dans l’ambiance chaleureuse du pub mais qui ne se limite pas à la boisson. Le chant en est une autre composante, un reflet d’une société qui trouve sa richesse dans le bien-vivre, plutôt que dans le mieux-vivre.

C’est au chapitre IV (L’Auberge s’envole) que l’on trouve le premier chant :

« La Tête de Maure, en haut du ravin,

Nous n’y boirons plus jamais not’vin,

Car de vieux chameaux ont précipité

La Tête de Maure au salon de thé ».

En l’occurrence, cette tête de Maure est le nom d’une auberge.

Au chapitre V (L’étonnement du régisseur), c’est le vieux Noé qui est célébré et qui espère que l’eau ne tombera pas dans son vin.

On pourrait continuer ainsi à détailler les poèmes que l’on retrouve quasiment dans chaque chapitre. L’épicier, par exemple, symbole de l’ordre marchand, en prend pour son grade, au chpaitre VI (Le trou dans le ciel). Au chapitre suivant, (La société des âmes simples), l’Irlandais Dalroy chante avec nostalgie ses origines : « Je viens de Castlepatrick » alors qu’au chapitre XV (Les chansons de l’Automobile Club), c’est la mort d’un millionnaire qui est clamée.

Ces poèmes, publiés à l'origine dans The New Witness, le journal de Cecil Chesterton, seront rassemblés dans un recueil au titre éloquent : Wine, Water and song, publié chez Methuen à Londres, le 6 août 1915. Il contient l’ensemble des chants et poèmes de L’Auberge volante ainsi que deux autres poèmes « The Good Rich Man » et « The Song of the Strange Ascetic ».

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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 05:08

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The Flying Inn a été traduit et publié la première fois en langue française en 1931 chez Gallimard. Ne possédant pas cette traduction, nous sommes dans l’impossibilité d’indiquer le nom du traducteur [si un lecteur mieux renseigné pouvait corriger ce manque d’information, il sera le bienvenu]. L’ouvrage, dans cette version, contient 315 pages. Il sera réédité le 24 mars 1936, toujours chez Gallimard, avec le même nombre de pages.

Image-3-copie-10.pngUne autre édition francophone est disponible, éditée par l’Age d’Homme. Elle est signée du philosophe Pierre Boutang (photo), disciple de Charles Maurras, fondateur de l’hebdomadaire La Nation Française, auteur de nombreux ouvrages de philosophie à l’accès parfois difficile. Mais Boutang, que l’on réduit facilement à ce dernier aspect, était aussi un amoureux des lettres et un bon connaisseur des lettres anglaises. Stéphane Giocanti, à la fin de sa belle biographie consacrée à T.S. Eliot (T.S. Eliot ou le monde en poussières, JC Lattès) remercie le philosophe « qui me fit découvrir et aimer T.S. Eliot ». Sur celui-ci, on peut aussi se reporter aux Abeilles de Delphes (Éditions des Syrtes) de Boutang qui lui consacre un chapitre. En 1990, le philosophe a donc traduit et préfacé L’Auberge volante, publié par L’Age d’Homme et toujours au catalogue. L’ouvrage comporte 237 pages. On trouvera ci-dessous la table des matières de ce livre :

 

  1. Un sermon sur les auberges
  2. La fin de l’île des Oliviers
  3. L’enseigne du vieux navire
  4. L’auberge s’envole
  5. L’étonnement du régisseur
  6. Le trou dans le ciel
  7. La société des âmes simples
  8. Vox Populi, vox Dei
  9. La grande critique et M. Hibbs [sans titre dans l’édition de l’Age d’Homme]
  10. Le caractère de Quoodle
  11. Les salonnards végétariens
  12. Végétarisme dans la forêt
  13. La bataille du tunnel
  14. La partie oubliée de la Création
  15. La chanson de l’automobile Club
  16. Les sept humeurs de Dorian
  17. Le poète au Parlement
  18. La République de Peaceways
  19. L’hospitalité du capitaine
  20. Le Turc et les futuristes
  21. Le chemin de tourne-autour
  22. L’alchimie de mister Crooke
  23. La marche sur Ivywood
  24. Les énigmes de lady Joan
  25. La découverte du surhomme

 

 

 

La préface de Pierre Boutang est une belle réflexion sur le sujet du livre et sur son actualité, notamment au regard de la Révolution iranienne. Voici un extrait de cette préface qui tente de replacer L’Auberge volante dans le contexte de son époque et établit ainsi un pont entre le monde de Chesterton et celui des années 1990 :

« Pour celui qui ignore tout du roman de G.K. Chesterton The Flying Inn, les observations précédentes appellent cette explication : le sujet de cet extraordinaire roman - sans doute le seul roman proprement dit de son auteur - est une secrète invasion de l’Angleterre moderne par l'Islam, une de ses « sectes », ou l'une de ces entreprises, à la fois militaire et médiatique... L'entreprise dirigée contre l'entité nationale et les traditions d'Albion repose sur la complicité, et pour une part essentielle, l'initiative et la folie froide d'un aristocrate terrien et puisant parlementaire, lord Ivywood ; elle échouera, non sans une fantastique bataille sur le domaine d'Ivywood, une émeute populaire et une marche guerrière de forme plus onirique qu'historique, mais essentiellement conforme à la menace et à la conspiration qui font l'objet comme la vraisemblance du roman.

L'agression contre l'entité et la singularité nationales dans l'Angleterre immédiatement antérieure à la Première guerre mondiale – le roman fut écrit en 1914 et publié en 1919 [petite erreur de date de la part de Boutang puisque le livre est édité en 1914] – n'a pas d’autre contenu primitif et apparent que l’interdiction des auberges traditionnelles par les oligarques parlementaires à l'initiative de lord Ivywood. Maigre sujet ? Que non point ! Lisez The Flying Inn, et la signification énorme, proprement pickwickienne, vous apparaîtra vite et la question de l’enseigne des auberges comme signe des libertés anglaises fondamentales prendra toute invraisemblance.

L’Auberge volante, roman fantastique comme les Pickwick Papers, est avant tout un roman de chevalerie; nous n'en avons pas d'autre en notre temps. »

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1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 06:19
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Lors de sa parution en 1914, en Angleterre, The Flying Inn (L’Auberge volante) est lu par un critique littéraire de renom et un bon connaisseur de Chesterton : Valery Larbaud (voir ICI, , et ). Au titre de la rubrique « Lettres anglaises », il en propose une présentation de plusieurs pages (1072-1076) dans La Nouvelle Revue Française (n° 66, juin 1914), en prenant appui sur l’édition Tauchnitz. D’une manière générale, on sent que Larbaud commence à se lasser de Chesterton, qu’il a pourtant contribué à faire découvrir en France. Toute la première partie de son article consiste à montrer – ce en quoi il semble avoir raison – que les romans de Chesterton n’en sont pas, mais qu’il s’agit de « récits allégoriques ». Toujours selon Larbaud, ces récits reflètent la doctrine de l’auteur et servent d’ailleurs à transmettre celle-ci aux lecteurs. L’allégorie se fait alors apologétique. Et ce n’est pas sans inconvénient de l’avis de Larbaud, pour deux raisons :

1°) « Cette transposition d'une doctrine en récit n'est pas sans inconvénients. D'abord, pour comprendre tout le récit, il faut connaître la doctrine philosophique et politique de l'auteur. L'allégorie n'est pas toujours claire. Le lecteur qui ne connaît rien d'autre de G. K. Chesterton ne verra guère dans The Flying Inn qu'une Alice au Pays des Merveilles pour grandes personnes. » Comme lecteur de Chesterton, nous pouvons confirmer. C’est en relisant les romans de Chesterton, après avoir voyagé dans le monde de ses essais et de ses articles, que l’on comprend mieux ce qu’il veut dire, les allusions, les références, etc. Il faut donc un aller-retour constant dans l’œuvre chestertonienne car les romans illustrent aussi les idées exposées dans les essais ou dans les articles. Notre conclusion sera donc – contrairement à l’avis de Larbaud – de relire les ouvrages de Chesterton car la surprise est toujours là.

2°) Larbaud pointe également un reproche qu’il estime plus grave : « Le démonstrateur, en choisissant, pour ses exemples, certains objets, ne considère habituellement qu'une propriété de ces objets ; en réalité, c'est telle propriété qu'il considère, et du reste de l'objet, il ne parle pas. Un professeur de mathématiques définit la sphère. Puis il dit à ses élèves : "Pour vous en faire une idée, regardez ce globe terrestre". Or le globe terrestre est en lui-même bien autre chose qu'une sphère : il est une représentation de la terre, il est coloré, etc. (Le professeur a raison, d'ailleurs : il n'a jamais dit que le globe terrestre était la sphère idéale.) Ainsi il arrive qu'en prenant un peu au hasard ses exemples, G. K. Chesterton manque son but. » La critique n’est pas fausse, même si elle est un peu étrange. En effet, un roman n’épuise pas un sujet et il n’est pas là pour présenter la totalité d’un fait, d’un personnage, d’une idée, d’une réalité. La rigueur que l’on attend d’un essai et d’une démonstration, on ne la cherche pas d’un roman. Et Chesterton le sait très bien en utilisant le genre romanesque. La critique de Larbaud est donc paradoxale, même si elle n’est pas totalement infondée. Elle reproche à Chesterton, d’une part, de ne pas remplir les canons du roman et de transmettre une doctrine. Et, d’autre part, elle lui reproche de ne pas aller jusqu’au bout d’une démonstration.

Cependant, Larbaud, comme témoin, confirme bien une chose que nous avancions sans connaître la confirmation que son article nous apporterait. The Flying Inn ne peut se comprendre sans avoir en toile de fond l’Affaire Marconi : « Mais la doctrine chestertonienne s’est un peu modifiée depuis Orthodoxie. Le développement de la politique parlementaire en Angleterre, le rôle joué par la diplomatie européenne dans les guerres d'Orient, enfin et surtout la courageuse campagne entreprise par Cecil Chesterton et les gens du New Witness, au moment de l’affaire Marconi, tout cela n'a pas été sans influencer G. K. Chesterton. "Le Christianisme et la Révolution sont de plus en plus proches alliés", dit-il dans L’Auberge Volante. Et en effet, ce que nous trouvons dans ce livre, les vrais personnages de ce livre, c'est la Croix et le drapeau rouge alliés contre le Croissant. Christianisme, syndicalisme révolutionnaire, avec un peu de mort-aux-métèques et beaucoup d'antisémitisme importé de France, voilà les éléments irréductibles de ce livre, qui sont aussi les principes directeurs du New Witness et de sa politique ». [Ce dernier point est discutable et montre une vision très auto-centrée, très française. Nous en reparlerons].

Le « témoin » Larbaud nous apprend aussi quelque chose de la réaction des lecteurs de Chesterton, et notamment des lecteurs qui auraient dû lui être favorables : « Il y a en ce moment toute une correspondance, dans le New Witness, provoquée par L’Auberge Volante : des gens nient avec indignation que Peuple = Cabaret. En langage chestertonien cabaret signifie exactement plaisir, superflu, c'est-à-dire ce qu'il y a de plus nécessaire — pour le peuple. Mais pour un certain nombre de gens, et pour beaucoup de femmes d'ouvriers sans doute, cabaret signifie ruine, maladie, perdition — pour le peuple. Il est vrai que l’auteur a pris soin de s'expliquer là-dessus (p. 235 et ailleurs) : c'est à l'ancien cabaret anglais qu'il a pensé, et non à l'assommoir moderne. N'empêche que l'exemple choisi prêtait à équivoque. »

On reviendra aussi sur ce sujet, plus complexe qu’il n’y paraît et qui touche la vie personnelle de l’auteur. Concluons en attendant sur les dernières  lignes de Valery Larbaud, qui après avoir dit son agacement, termine par une note positive : « Mais enfin c'est G. K. Chesterton. Il y a la vieille vigueur de l'auteur d’Hérétiques, et le style. Et quelquefois même des choses comme ceci : "Lady Ivywood ressemblait à tous les parents des intellectuels. Il y a quelque chose de plus triste à voir que la figure d'un enfant abandonné ; c'est la figure d'une mère abandonnée." »
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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 05:59

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En 1914, G.K. Chesterton publie un nouveau roman, The Flying inn (L’Auberge volante), dont l’action se situe en Angleterre et qui oppose une résistance  à l’envahisseur islamique qui occupe l’Angleterre. Cette résistance prend la forme de la défense des auberges et de la vie sociale autour des pubs  contre le puritanisme moderno-islamique.

Il s’agit de l’un des ouvrages préférés de l’auteur, qui a donné beaucoup de lui-même dans ce roman fantastique. Chesterton a commencé l’écriture de cet ouvrage après le procès intenté à son frère Cecil dans le cadre du scandale Marconi, ce qui explique également nombre de saillies contre le monde capitaliste, les politiciens corrompus, les journalistes vendus, les hygiénistes, etc. Chesterton, fidèle à sa vision politique fondamentale, entend montrer que le citoyen ordinaire, l’homme commun, peut être le véritable défenseur des libertés fondamentales.

Faut-il résumer le livre ? Ce n’est jamais aisé avec les romans de Chesterton. Dans The Flying inn, le jeune héros, Patrick Dalroy rentre en Angleterre après une campagne contre les Turcs. Il découvre que dans son Comté, l’autorité politique, sous influence islamique, interdit désormais l’ouverture des auberges et la consommation de boissons alcoolisées. La suite ? L’entrée en résistance en mettant au point un système d’auberge mobile, la défense, bien sûr, de la dive bouteille, mais au-delà, de la chaleur de ce lieu social qu’est un pub, une auberge, où se retrouvent des hommes ordinaires pour discuter des choses ordinaires mais essentielles concernant la vie des hommes.

The Flying inn est le cinquième roman de Chesterton et il paraît chez Methuen le 22 janvier 1914 et il est dédié à Hugh Rivière. Celui-ci avait hébergé l’écrivain lors d’une hospitalisation de sa femme Frances et il était l’auteur d’un portrait à l’huile de Chesterton.

Ce roman est composé de 25 chapitres et a la particularité de contenir quinze poèmes ou chansons, parus précédemment (mais dans un ordre différent) dans le New Witness et recueillis ensuite dans deux recueils, là aussi dans un ordre différent.

 

 

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Une lecture rapide et contemporaine du roman ferait croire à une mise en garde contre le seul péril musulman. Cet aspect est bien présent dans le roman comme l’est par ailleurs la dénonciation de la prohibition (à l’automne 1914, l’heure d’ouverture des pubs sera diminuée en Angleterre par une loi). Mais la cible principale de Chesterton, c’est encore une fois l’aristocratie anglaise pervertie et qui est personnifiée ici par Lord Ivywood. Chesterton, de manière vraiment facile, en a fait le représentant de l'ensemble des maux dont souffre la société anglaise de son temps : le grand gouvernement, les grandes entreprises, la modernité dans l’art, la philosophie et dans la conception de l’amour (à laquelle l’auteur oppose l’amour courtois car The Flying inn est une nouvelle fois un roman d’amour), mais aussi le chantre de l’abandon de la religion chrétienne au profit d’une religion orientale.


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Pour comprendre ce roman, il faut bien avoir à l'esprit que Chesterton fut marqué à vie par le scandale Marconi et par les conséquences qu'il eut dans la vie de son frère Cecil Chesterton (portrait), alors directeur de The New Witness, journal qui mena une forte polémique contre les membres du gouvernement mis en cause dans le cadre du scandale.

Gilbert avait une profonde vénération pour son cadet et fut scandalisé par la condamnation qui le toucha à la suite de l’affaire Marconi. Il y eut pour lui un avant et un après Marconi, au même titre que d’autres connurent une avant et une après guerre (nous reviendrons bientôt sur Chesterton et l’Affaire Marconi). Pour la petite histoire, Cecil précéda son frère dans la conversion au catholicisme et sorte de Patrick Dalroy il fut un des membres de l’Anti-Puritan League fondée en 1890 [association à laquelle appartint aussi Gilbert, lequel composera La Ballade d’un anti-puritain (1915)].

 

 

À suivre…

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