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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 15:16



Depuis des années nous attendons et nous espérons qu’un éditeur ose éditer, ou plus exactement rééditer, Hérétiques et Orthodoxie de Chesterton, aujourd’hui quasiment introuvables.
Depuis des années, nous rêvons que ces deux ouvrages qui se répondent et se suivent dans le temps seront réédités ensembles, en un même volume, pour saisir la continuité de la pensée de Chesterton. Nous rêvions d’ailleurs qu’on y adjoigne les textes qui préfigurent Orthodoxie, publiés dans le livre collectif The Religious Doubts of Democracy (voir ICI).
Nous en rêvions et les éditions Climats, aujourd’hui « marque » des éditions Flammarion nous offrent ce grand bonheur en annonçant la parution l’an prochain d’Hérétiques et Orthodoxie en un volume. La traduction est nouvelle et elle est signée de Lucien d’Azay.
Décidément 2010 aussi sera une année chestertonienne.
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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 07:27

Sur le site Fabula, la recherche en littérature, Laurent Folliot consacre un long article à la publication dans une édition bilingue de L’Anneau et le livre de Robert Browning aux éditions Le Bruit du temps. Dans cet article, Laurent Folliot fait directement référence à Chesterton ou plus exactement signale que Georges Connes cite l'étude de Chesterton sur Browning :

« Il cite longuement, à cet effet, l’ouvrage consacré au poète par G. K. Chesterton, qui situe la grandeur de Browning dans l’assomption littéraire de l’insignifiant — on se trouverait ainsi d’accord avec les idées de Jacques Rancière sur l’esthétique moderne comme redistribution du sensible — et aussi dans la traduction artistique radicale de cette exigence première de la modernité qu’est la liberté de parole : tout point de vue demande à être entendu, fût-ce celui du Mal. »

C'est l'occasion de signaler que le même éditeur, poursuivant un travail remarquable, publie également la biogaphie de Chesterton sur Browning, dans une édition de grande qualité. C'est un véritable événement qu'il faut saluer et sur lequel nous reviendrons évidemment. L'éditeur a choisi – à raison selon nous – de demander une nouvelle traduction, en y ajoutant l'index qui était présent dans l'édition anglaise et qui avait été omis dans l'édition Gallimard. L'éditeur a aussi ajouté les textes anglais et les références des vers cités par Chesterton. Sans les erreurs de Chesterton qui avait la mauvaise habitude de citer de mémoire…

On trouvera une présentation de cette étude de Chesterton sur le site de l'éditeur. Allez-y et surtout procurez-vous le livre. Un grand moment de bonheur et de littérature.

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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 12:08
Ce n'est pas nous qui le disons, mais Jean-Christophe Gruau qui présente ICI L'Homme éternel.
Collaborateur de Suite101.fr, Jean Christophe Gruau est aussi « auteur de comédies de boulevard et journaliste ». Il  « aime faire partager ses passions à travers l'écriture. Jazz, littérature, histoire de France, catholicisme, peinture, philosophie... de nombreux thèmes le mettent en appétit... ».
Un bon résumé de son article sur Chesterton se trouve dans ses quelques lignes : l'itinéraire vers le catholicisme de l'auteur de
« La conversion de l'auteur de "L'Homme éternel" résulte de rencontres déterminantes, de l'action de l'Eglise sur le pêché et - surtout - de son amour immodéré de la vie... »
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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 16:48


Sous ce titre, le blogue Vu de La Frette, « Un Gallo-(catholique)romain du Val d'oise, des citations pour nourrir le fil des jours » publie une traduction française de « Why I Am A Catholic »
extrait de Twelve Modern Apostles and Their Creeds (1926). En voici un passage :

« Neuf fois sur dix, celles que nous appelons des idées nouvelles sont simplement de vieilles erreurs. L'Église catholique possède comme l'un de ses principaux devoirs, celui de protéger les gens de retomber dans ces vieilles erreurs; de les refaire encore et encore et toujours, comme les gens le font toujours lorsqu'ils sont abandonnés à eux-mêmes. La vérité sur l'attitude catholique face à l'hérésie, ou comme certains le diraient, face à la liberté, peut probablement être la mieux exprimée par la métaphore d'une carte. L'Église catholique porte en elle une sorte de carte de l'esprit qui ressemble à la carte d'un labyrinthe, et qui en fait, est un guide pour le labyrinthe. Elle a été formée à partir d'une connaissance qui, même considérée comme connaissance humaine, est sans aucun parallèle humain.

Il n'existe pas d'autre exemple d'institution intelligente continue qui réfléchit sur la nature humaine depuis deux milles ans comme l'est l'Église. Son expérience couvre naturellement presque toutes les expériences possibles et particulièrement presque toutes les erreurs. Le résultat est une carte dans laquelle toutes les voies sans issue et les mauvais chemins sont clairement signalés, toutes les voies ont été marquées comme inutiles par la meilleure de toutes les preuves : la preuve de l'expérience de ceux qui sont allés dans ces voies. »

 

Pour lire le reste, ll suffit d'aller ICI.


Merci à Vu de La Frette d'avoir cité notre blogue. 



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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 00:38



Le temps a manqué pour que nous présentions les derniers numéros de Gilbert Magazine, excellente revue de l’American Chesterton Society, la plus grande association de ce genre au monde.

Comme d’habitude, ces numéros comprennent plusieurs textes de Chesterton, des analyses de livres en relation avec l’univers chestertonien.

Le numéro de juillet/Août fait sa couverture sur le jazz alors que le dernier numéro reçu, celui  de septembre, est un hommage au prêtre bénédictin, Stanley L. Jaki (1924-2009) qui fut à la fois un théologien, un scientifique et un grand chestertonien.

C’est l’occasion pour la rédaction de Gilbert Magazine de publier plusieurs articles de Chesterton sur la science et éventuellement sur ses prétentions…


Le Père Jaki fut, pour sa part, un exemple de la réconciliation entre la foi et la raison, entre la théologie et les sciences expérimentales. Il était professeur émérite de physique à Seton Hall University, là même où se trouve le Chesterton Institute. Il avait consacré plusieurs articles à Chesterton et un livre : Chesterton, a Seer of Science (University of Illinois Press). Sa mort est passé inaperçue en France.

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 11:05


Ce n’est un secret pour personne, Chesterton a été un grand ami des enfants, leur réservant même des moments rien que pour eux lorsqu’il se mettait derrière son théâtre de marionnettes. Les adultes étaient exclus du spectacle. Dans ce sens, j’aimerais signaler que La Malle aux Mille trésors, « revue catholique destinée aux enfants et à ceux qui leur ressemblent », une déclaration d’intention typiquement chestertonienne, propose une adaptation en saynète d’une histoire du Père Brown.

Cette adaptation en deux actes est signée de la rédactrice en chef de la revue, Julienne Smits, qui connaît très bien l’univers anglo-saxon et notamment le monde enfantin de Chesterton.

Sous le titre de « L’absence de Monsieur Verapier », Julienne Smits a donc adapté la première histoire du recueil intitulé La Sagesse du Père Brown, « L’absence de Mr Glass ». Ce numéro est conçu en fonction de la belle fête de Noël et il est possible de se le procurer au prix de 5€ auprès de :

M.C.F. La Malle aux Mille Trésors

BP 26 – 56220 Malansac

milletresors@orange.fr

Abonnement pour six numéros : 26 €.

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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 15:38





Comme nous l’avions annoncé, la très belle collection du « Cabinet des lettrés » chez Gallimard vient de faire paraître la nouvelle de Chesterton, Les arbres d’orgueil. Ce nouveau texte a été traduit magnifiquement par Lionel Leforestier qui a su rendre avec justesse le « ton » chestertonien, dans un français impeccable et très agréable à lire. Les notes qui accompagnent cette traduction, sans surcharger le texte et le rendre difficile à lire, permettent tout au contraire de bien saisir les allusions nombreuses de l’auteur.

Cette édition fait 132 pages. La couverture, sobre, selon les canons de la collection, est illustrée par un dessin représentant W. E. Gladstone, homme politique anglais, et signé par William Nicholson. Cette illustration est extraire de l’ouvrage Twelve Portraits de William Heinemann (1899). Le bandeau de couverture reproduit une des nombreuses phrases élogieuses de Jorge Luis Borges sur Chesterton : « Aucun écrivain, peut-être, ne m’a procuré autant d’heures heureuses que Chesterton ».

Il faut saluer ce nouveau volume car il est quand même le troisième publié dans la collection du « Cabinet des lettrés ». En 2008, cette collection nous offrait la belle surprise de la publication de L’Assassin modéré suivi de l’homme au renard. Cette année, nous avions déjà pu lire Le meurtre des piliers blancs et autres textes. Et sans attendre 2010, nous voici avec ce troisième volume qui laisse penser – et espérer très fort ! – qu’une longue série de petits volumes Chesterton vont continuer dans ce format, avec le même traducteur, satisfaisant les lecteurs de Chesterton et les collectionneurs. Il faut, en effet, insister sur la qualité éditoriale de ces livres qui est une joie pour la lecture et le regard.

La nouvelle « Les Arbres d’orgueil » qui forme ce volume est constituée de quatre chapitre :

I. Le conte des arbres paons

II. Le pari du squire Vane

III. Le mystère du puits

IV. En chasse de la vérité

L’histoire est celle d’un haut fonctionnaire britannique à la retraite, le squire Vane qui vit en Cornouaille avec sa fille Barbara. Sa propriété, au bord de la mer, s’honore de la présence d’arbres paons, ramenés jadis d’Orient par un ancêtre aventurier. Ces arbres son cependant associés par la population rurale des environs à des maléfices, toujours d’actualité. Le squire Vane, lors d’un dîner avec des invités (un poète, un avocat, un médecin et un critique d’art américain), décide de démontrer qu’il ne s’agit que d’une superstition et s’engage à passer la nuit sur un des arbres en question. Comme on s’y attend, il disparaît.

On ne dira pas ici le dénouement de cette histoire qui contient, comme souvent avec Chesterton, un côté policier. Disons simplement que l’auteur brouille les pistes et va de rebondissement en rebondissement, faisant de ce texte l’un des meilleurs qui soit sorti de sa plume. La morale de l’histoire est dans la droite ligne de la pensée chestertonienne, contre le scientisme, l’assurance bourgeoise, le règne des spécialistes. Une fois de plus, c’est le bon sens et la connaissance intuitive et poétique qui sont mis en avant. Ainsi, à un moment de l’histoire Barbara Vane déclare :

« Le docteur n’a pas raison, dit la jeune femme en tournant son visage pâle vers l’avocat. C’est le poète qui a raison. Le poète a toujours raison. Oh, il est là depuis le commencement du monde, et il a vu les merveilles et les terreurs qui jalonnent notre route, cachées derrière une pierre ou un buisson. Tandis que vous, avec votre médecine et votre science tâtonnante, vous n’êtes là que depuis quelques générations, et vous n’avez pas vaincu l’ennemi qui a planté le mal dans notre chair. (…) Il ne nous reste qu’à croire en Dieu, car nous ne pouvons nous empêcher de croire aux démons »

Le titre original de cette nouvelle est The Trees of Pride. Elle a paru en 1922 dans le recueil The Man Who Knew Too Much chez Cassell, en complément des nouvelles réunies sous ce titre. C’est un texte qui date d’avant 1919.

 

Elle ne se trouve pas dans L’Homme qui en savait trop, traduction française de The Man Who Knew Too Much, paru à l’Age d’Homme en 1984, dans une traduction de Marie-Odile Masek. En revanche, on en trouve une traduction due à Gérard Joulié dans La fin de la sagesse et autres contes, un volume paru cette année aux éditions de l’Age d’Homme.
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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 12:19

Comme l’indique le titre de son premier chapitre, Chesterton établit que l’ère victorienne se signale par un compromis. Selon l’auteur, en effet, la littérature du XVIIIe siècle en Angleterre est profondément révolutionnaire au contraire de la politique ; une situation qui s’oppose à celle de la France où c’est la politique qui est révolutionnaire et non pas la littérature. Le raisonnement de Chesterton est assez simple : la révolution française consiste en la révolte des paysans contre l’aristocratie ; la révolution anglaise consiste en la victoire des riches contre les pauvres. Dans l’Angleterre de Victoria, la théologie puritaine, poursuit Chesterton, a été rejeté, mais les pratiques puritaines restent en place. On n’a plus la foi, mais on a gardé les mœurs. Derrière ces mœurs rigides se cache en fait une philosophie sans cœur qui est l’utilitarisme. Et c’est dans cet écart entre la théorie et la pratique que Chesterton situe le « compromis victorien ». L’utilitarisme, plutôt que ses pseudos bases scientifiques, qui explique selon lui le succès, à cette époque, de Darwin. « Darwin d’une part, grâce en particulier au puissant génie journalistique de Huxley, s’était acquis une très large audience quoiqu’une victoire extrêmement vague ; c’était tout bonnement une hypothèse particulière sur l’apparition de la variété des espèces animales ; et cette hypothèse particulière, quoique toujours intéressante, est désormais tout sauf sereine. Mais c’est seulement dans le monde scientifique que les affirmations détaillées de Darwin ont en grande partie échoué. »

C’est face à l’utilitarisme, à l’industrialisation et au culte de la richesse que vont s’exprimer les écrivains de l’ère victorienne. Ils vont régir contre, à partir de perspectives très différentes, avec des résultats bien différents aussi. Ils perçoivent que quelque chose ne vas pas ou, plus exactement, que leur monde a perdu un élément fondamental de la vie en société et de la vie de l’homme. Mais ils ne savent pas le nommer correctement. Les préraphaélites, écrit Chesterton, se sont servis de l’imagerie médiévale pour blasphémer la foi médiévale. Henry James a cherché le surnaturel, mais n’a trouvé que sa forme tragique et diabolique. Rukin « voulait toutes les parties de la cathédrale à l’exception de l’autel ». À l’inverse, Chesterton signale que Newman, qu’il prend bien pour un écrivain, et le Mouvement d’Oxford ont « démêlé l'écheveau des idées victorienne » pour remonter à la foi perdue. De manière surprenante, si l’on réduit Chesterton à l’étiquette de catholique, il estime que Dickens et Stevenson sont allés plus loin. Dickens, parce qu’il était le plus humain des écrivains de cette époque et qu’il a sympathisé avec les pauvres et les opprimés. Et Stevenson, parce qu’il a fait éclater le compromis victorien.

Fondamentalement, pour Chesterton, nous ne pouvons rien comprendre à l’époque victorienne et à sa littérature si nous ne prenons pas en considération qu’elles sont un effet de l’éclatement du catholicisme qui eut lieu avec la Réforme. Il souligne qu’il ne s’agit pas simplement d’une révolution religieuse, mais que celle-ci a eu des incidences politique et culturel très profondes. Il n’y pas eu d’ordre nouveau, mais une succession de réactions à l’ordre ancien disparu. Pour Chesterton, la révolution victorienne en littérature aura conduit à l’anarchie et bien qu’un grand nombre d’écrivains de cette époque rejette l’utilitarisme, ils tombent souvent dans l’agnosticisme. Peut-être est-ce cette démonstration joyeusement menée qui firent prendre des précautions aux éditeurs de ce livre ?

 

 

À suivre…

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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 16:05

Après une assez longue interruption due à la préparation de la Table-ronde du 15 octobre dernier, nous reprenons notre exploration rapide et chronologique des œuvres de Chesterton. En 1913, un livre d’un genre un peu particulier paraît : The Victorian Age in Literature. Le livre est édité dans la collection « Home University library of modern knowledge », sous le numéro 61 et il est publié à Londres par « Williams and Norgate » et à New York par « Henry Holt and company », qui en détient d’ailleurs le copyright. Les « éditeurs » de la collection sont Herbert Fisher (M.A. , P.B.A.) et les professeurs Gilbert Murray, J. Arthur Thomson et William T. Brewster. Ces quatre hommes sont à l’époque des personnalités reconnues dans leur domaine de compétence et souvent engagées politiquement.

Dans son édition de 1913, l’ouvrage contient 256 pages dont un index, un ensemble de notes bibliographiques ainsi qu'un avertissement des éditeurs qui prennent bien soin de signaler aux lecteurs que ce livre ne représente pas une autorité en matière d’histoire littéraire mais une approche personnelle du sujet :

« Les éditeurs souhaitent préciser que ce livre ne doit pas être présenté comme une histoire de la littérature victorienne prétendant faire autorité. C’est l’exposé libre et personnel d’opinions et d’impressions relatives à la portée de la littérature victorienne rédigé par M. Chesterton à la demande expresse des éditeurs ».

La Table matière de cette étude, effectivement très personnelle, même si l’opposition entre « autorité » et « exposé libre et personnel d’opinons » peut paraître factice et révélateur surtout d’un véritable embêtement, est le suivant :


Introduction

I. The Victorian Compromise and its enemies

(Le compromis victorien et ses adversaires)

II. The Great Victorian Novelists

(Les grands romanciers victoriens

III. The Great Victorian Poets

(Les grands poètes victoriens)

IV. The Break-Up of the compromise
(La rupture du compris)



 

Si l’on prend soin de bien lire l’introduction de l'auteur, on trouve dans les premières lignes – du pur Chesterton – une sorte de réponse, certainement involontaire, à la prudence bien-pensante des éditeurs. Chesterton débute son livre ainsi :

« Le découpage d’une littérature durable et splendide peut très commodément s’envisager de deux façons : soit de la manière dont on coupe un gâteau aux raisins ou du gruyère, en prenant les raisins – ou les trous – comme ils viennent. Soit comme l’on coupe du bois : en suivant le fil, si l’on pense qu’il y a un fil. Mais les deux ne se recoupent jamais : les noms, dans la réalité, en se présentent jamais dans le même ordre que celui retenu lors de l’étude sérieuse d’un esprit ou d’une tendance. Le critique qui souhaite progresser dans la vie d’une époque doit toujours aller et venir entre de simples dates, tout comme une branche animée d’un mouvement continu de va et vient ; alors que le fil du bois court dans la branche comme un fleuve ininterrompu.

En fait, l’ordre chronologique pur et simple est presque aussi arbitraire que l’ordre alphabétique. Envisager Darwin, Dickens, Browning dans l’ordre du registre des naissances reviendrait à forger une chaîne tout aussi véridique que les “Tacite, Tolstoï, Tupper” d’un dictionnaire biographique. Peut-être l’accent se trouverait-il mis sur la précision, de nature à satisfaire cette école de critique qui estiment que chaque artiste devrait être considéré comme un artisan solitaire, indifférent à la chose publique et dégagé des considérations morales. »

À suivre…
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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 09:00

Dans le numéro 132 d’Éléments (juillet-septembre 2009), Alain de Benoist publie une recension du Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste de G.K. Chesterton. S’il reconnaît à cet ouvrage de ne pas manquer «  de mérites » et à Chesterton de se montrer « même parfois visionnaire », notamment « dans sa critique des “machines” et de la “standardisation” comme dans sa défense du “petit commerce” contre les “grands magazins” », il estime que l’auteur « n’en reste pas moins à une vision bien sommaire ». Pire, selon lui, Chesterton « par sa défense rigoureuse de la propriété privée des moyens de production (il) rejoint la vulgate libérale qu’il conteste par ailleurs ».

Les raisons selon Alain de Benoist ?

Chesterton « emprunte plus à la doctrine sociale de l’Église qu’à une connaissance en profondeur des doctrines économiques ». Il réduit le libéralisme « au relativisme en matière de croyances et de mœurs ». D’où la conclusion de l’auteur « en fait d’“anticapitalisme”, Chesterton ne propose finalement que le capitalisme pour tous face au capitalisme pour quelques-uns ».

On ne reprochera pas à Alain de Benoist de ne pas démontrer, dans l’espace forcément restreint d’une recension, les deux affirmations qui servent de moyen terme à son argumentation. Reste que l’opposition entre doctrine sociale de l’Église et connaissances des doctrines économiques est facile et en partie factice. Il y a fort longtemps que des économistes ont reconnu la solidité de la doctrine sociale de l’Église, non seulement dans sa critique, mais aussi dans ses propositions.

De la même façon, on veut croire que la reductio du libéralisme à la critique des mœurs chez Chesterton que perçoit Alain de Benoist vient d’une méconnaissance de celui-ci de l’œuvre de l’auteur d’Orthodoxie.

Reste deux choses. Il ne semble pas que Alain de Benoist ait perçu le “paradoxe” un peu forcé utilisé par l’éditeur du livre dans le titre qu’il a donné alors qu’il a bien compris, en revanche, la pensée de Chesterton en concluant que ce dernier propose finalement le capitalisme pour tous face au capitalisme pour quelques-uns. C’est peut-être peu, mais c’était dans la pensée de Chesterton le premier pas à poser. Ajoutons pour finir que ces deux esprits ne pouvaient être plus dissemblables que Chesterton et Alain de Benoist. Il y a donc du mérite de la part de celui-ci à avoir consacré une recension à un livre si peu théorique.

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