Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 17:25


Après plusieurs autres publications, c’est autour de Minute de consacrer, sous la signature de Joël Prieur, un article à G.K. Chesterton. Et, plus exactement, à l’édition française de Outline of sanity dont le titre retenu par les Éditions de l’Homme Nouveau est : Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste.

Joël Prieur a surtout vu le soubassement anthropologique de ce livre et il faut bien avouer qu’il est certainement le seul dans la presse française à aborder le livre par ce côté-là. C’est une bonne intuition et cela rafraîchit le regard sur ce livre. Joël Prieur écrit notamment ceci :

« La force de ce livre, c’est, au hasard d’une de ces digressions fulgurantes dont Chesterton a le secret, de  nous expliquer le cadre anthropologique d’une telle réforme.L’auteur de ce Manifeste vibrant s’est trouvé lui-même son saint patron et c’est… à Virgile qu’il nous fait remonter. « Heureux celui qui est capable de connaître les raisons des choses. » Virgile, par ce mot célèbre, ne caractérise pas le philosophe, à qui échappe toujours plus ou moins la matière de ce dont il parle. C’est l’apiculteur que le poète nous donne en modèle ; il connaît tout le processus à travers lequel les abeilles produisent leur miel pour la plus grande joie des hommes. « C’est au cours de ces tranquilles, champêtres et bucoliques réflexions que Virgile célèbre tout à coup le bonheur de celui que ni les rois ni les peuples ne peuvent intimider et qui, connaissant la racine et la raison de toutes choses, peut même entendre sous ses pieds sans se troubler le mugissement du fleuve qui traverse le Tartare. » Puissance de l’apiculteur. Faibles se de l’ouvrier, qui n’est pas maître de son propre travail et au - quel échappent la plupart des raisons et des causes. Sa vie morcelé d’instrument au service du capital n’est pas une vie. L’homme, lorsqu’il se sépare de sa nature de connaisseur des causes pour accomplir à un rythme ultrarapide des tâches segmentées, toujours les mêmes, de vient une sorte d’embryon d’humanité. Ce malaise métaphysique dans la civilisation, on ne le supprimera pas par la révolte des em bryons (appelée lutte des classes), mais en réconciliant l’homme avec lui-même, par un patient travail de réhumanisation : « Nous avons be soin d’un cercle social où les choses re viennent constamment à ceux qui les ont fait croître et qui nous les envoie, ainsi que des gens qui savent le commencement, le déroulement et la fin de notre petite vie. »

Évidemment, on aurait aimé par ailleurs que Joël Prieur, qui est un lecteur rapide, au regard perçant et à la plume acérée, évoque les aspects plus concrets du livre, dont certains auraient pu intéresser les lecteurs de Minute. Son chapitre sur le grand commerce par exemple ! D’un même mouvement, peut-être aurait-il pu également ne pas faire de Chesterton un disciple de la participation gaullienne, ne serait-ce que pour éviter l’anachronisme, et surtout, parce que la vision chestertonienne va bien au-delà d’un replâtrage qui ne remet en cause fondamentalement la société moderne visée par Chesterton.

Ce numéro de Minute est exceptionnellement en kiosque pendant deux semaines. C’est une bonne occasion pour aller lire l’intégralité de l’analyse de Prieur.
Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans Veille chestertonienne
commenter cet article
16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 15:20


(La photo n'est pas très bonne, mais en partant du haut, et en allant de gauche à droite : Allan Carlson, Philippe Maxence, Philip Blond, Peter Corbishley, Mgr Richard Liddy and Brian Suddlow.
En bas, de gauche à droite : Salvador Antunano, Fr Ian Boyd, John Odom, Stratford Caldecott.
Il s'agit des principaux intervenants au colloque)


 

Troisième intervenant du colloque sur le distributisme et la crise actuelle, le professeur Salvador Antunano de l’Université Francisco de Vitoria, à Madrid, en Espagne. Pour le professeur Antunano, la crise actuelle repose sur une base anthropologique insuffisante de la part du capitalisme, où l’homme devient une réalité isolée. J’ai moi-même développée la même idée en décrivant à traits grossiers la situation française, en estimant que notre société tend, par la destruction de la famille, à nous réduire à une collection de monades isolées, n’ayant plus de destin commun, mais des intérêts de rencontre, pouvant se faire ou se défaire au gré des événements ou des passions.

Le professeur Salvator Antunano a également fait l’éloge de la famille comme « cœur » de la société. S’il a fustigé le gouvernement socialiste espagnol actuel pour ses attaques répétées contre la famille et le mariage, il a tenu à donner une vision positive en présentant des exemples d’application des idées distributitses dans son pays, notamment en évoquant les fermes coopératives COVAP, en Andalousie. Nées en 1959, ces coopératives concernent 14 000 membres et elles ont réalisé des ventes pour 177,3 millions d’euros en 2002. D’une zone dépréciée (la Valle de los Pedroches) économiquement et socialement, touchée par l’émigration, les COVAP ont fait une région de vie.

Fort habillement, surtout si l’on considère la proximité du Pub Eagle and Child, le professeur Antunano a fait référence à J.R.R. Tolkien, rappelant que dans sa description de la Comté, celui-ci décrit l’idéal distributiste comme une réalité vivante et opérante. Mais dans sa comparaison, il a tenu à aller plus loin, en estimant que l’idéal distributiste est « la force qui travaille dans l’histoire » et qu’il se peut qu’aujourd’hui, dans l’état de crise, nous ayons le sentiment d’Aragorn et de ses hommes juste avant la bataille finale. Nos armes nous semblent peu de choses face à l’industrie et aux machines des orques. Et, pourtant, l’équivalent d’un petit Hobbit, peut changer l’histoire du monde.  « Pour cette raison, dans la crise actuelle au portes du Mordor, ce qui semble être notre fin, peut être effectivement notre début. »

Après un tel intervenant, il me revenait de donner la dernière contribution. Outre une présentation forcément sommaire de la situation française, je me suis attachée à montrer un paradoxe : la situation de notre pays ressemble de plus en plus à celui des pays anglo-saxons, et trouve de ce fait dans le distributisme d’origine anglaise une voie de salut. Pour autant, celui-ci indique surtout que la France doit renouer avec le meilleur de ses traditions sociales et économiques, héritées du courant des catholiques sociaux, qui ont puisé à la même source que le distributisme de Chesterton et de Belloc.

 

 

Le professeur Salvator Antunano est notamment l'auteur d'une thèse sur Chesterton : « GKC o la llave de la realidad perdida. Estudio sistematico sobre la fundamentacion metafisica de las ideas de Gilbert Keith Chesterton en su dialogo con la modernidad. Éditions Fundacion Universitaria Espanola, série F, numero 6, 364 pages.

Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans Information
commenter cet article
14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 18:42




La rencontre de samedi dernier à Oxford, organisée par The Chesterton Institute, s’est déroulée à St Benet’s Hall, une maison bénédictine qui accueille pendant l’année des étudiants. C’est un endroit très agréable, à deux pas du célèbre Pub Eagle and child où se sont retrouvés jusqu’en 1962 le célèbre groupe des Inklings, formé notamment de Tolkien et de C.S. Lewis.

 

 

 

Après l’Anglais Phillip Blond, c’est l’Americain Allan Carlson qui a pris la parole. Carlson est président du « Howard Center », directeur du « Family in America Studies Center » et secrétaire international du « World Congress of Families ». Il a récemment publié un ouvrage intitulé Third ways dans lequel il retraçait l’histoire de différentes voies alternatives au capitalisme et au socialisme. Son intervention a été essentiellement centrée sur la famille, en dénonçant le fait qu’on a fait porter sur ses épaules le poids de la crise financière alors que l’accession à la propriété est un droit pour toutes les familles.
Pour Carlson, les années 1970 ont vu naître une spéculation sur les logements aux Etats-Unis, au détriment de l’aide à l’accession à la propriété pour les familles. S’inspirant des écrits de Hilaire Belloc, et notamment de son essai The Servile State, Allan Carlson a montré que cette spéculation a servi les intérêts des banquiers et des capitalistes, rendant les familles esclaves de ses derniers. Il a insisté sur la nécessité de revenir à une politique familiale, qui permette notamment à la famille de se stabiliser par le droit de propriété. Il a estimé également que l’utilisation des techniques modernes offre une nouvelle perspective à la femme, ne la coupant ni du travail ni de ses enfants.
Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans Information
commenter cet article
13 juillet 2009 1 13 /07 /juillet /2009 16:56


Retour en France et au clavier français, avec ses accents : quel bonheur. Un autre moment de bonheur, ce fut aussi la journée d’études et de conférences organisée à Oxford, par The Chesterton Institute, dirigé avec talent par un grand chestertonien, en la personne du Father Boyd. Ce fut une joie de rencontrer cet homme sans lequel la renommée de Chesterton ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui dans le monde. En 1974, il publiait pour la première fois une nouvelle revue : The Chesterton Review, paraissant pour l’automne-hiver. Elle se définissait comme « a newletter of the Chesterton society » et paraissait semestriellement. À l’époque, elle était édité par le département Anglais de St Thomas More College, une université canadienne. Ce premier numéro n’allait pas au-delà de 44 pages. En comparaison, le dernier numéro de la revue fait 440 pages. Aujourd’hui, la revue est éditée par The Chesterton Institute qui est abrité par The Seton Hall University, aux Etats-Unis. L’Institut organise des conférences à travers le monde, sur des thèmes touchant Chesterton et son œuvre, mais aussi sa pensée et sa vision du monde. La dernière de ces rencontres a eu lieu à Oxford.

Father Boyd est un canadien qui est aussi grand que Chesterton et qui a le sourire humain et malicieux de Father Brown. Prêtre catholique, il a littéralement voué sa vie à faire connaître l’œuvre de Chesterton, estimant qu’elle reflète merveilleusement la foi de l’Église. C’est à lui qu’est revenu de présenter l’objet de la journée d’études et de conférences de samedi dernier avant de passer la parole à John G. Odom représentant l’Institut en Grande-Bretagne. Homme charmant, aux manières les plus élégantes, John Odom a servi de « Monsieur loyal » et de maître des cérémonies, toujours avec discrétion, mais efficacité. A lui revenait principalement le soin de présenter les intervenants.


Le premier de ceux-ci était Phillip Blond, un anglais particulièrement dynamique, une personnalité forte, parlant avec force et passion. Phillip Blond représente un étrange phénomène puisqu’il est à la tête du projet « Progressive conservatism project », après avoir suivi des études de théologie et enseigné en université. Les grands journaux anglais lui ouvrent leurs colonnes et l’on dit qu’il est écouté par David Cameron, le leader conservateur anglais.

Conservateur, Phillip Blond ? Les mots sont trompeurs et enferment trop souvent. Surnommé the « Red Tory », Phillip est aussi anti-libéral qu’anti-socialiste. Comme il me le disait le soir de ce samedi, au moment de l’apéritif : « je crois qu’il n’y a qu’une solution, c’est d’appliquer la doctrine sociale de l’Église ». On dit qu’il est proche aussi des milieux de radical orthodoxy de John Milbank et de ses amis.

Phillip est devenu distributiste en lisant The restoration of property de Hilaire Belloc et Outline of sanity de Chesterton. Premier intervenant, il a donné une analyse poussée de la crie actuelle, faisant appel à de nombreux graphiques et schémas, rompant en quelque sorte avec l’habitude des distributistes d’en rester au niveau des principes. Il a montré que la mauvaise situation économique touchant aussi bien les Britanniques que les Américains remonte à 1973. Cette situation aurait été recouverte par l’inflation, puis par l’afflux grandissant du travail féminin et par l'endettement massif des ménages dans le domaine du logement. À terme, ce fardeau serait devenu trop lourd pour les familles. Il a directement mis en cause M. Thatcher, R. Reagan et  B.Clinton qui ont supprimé toutes les limitations dans les mouvements de capitaux.

Phillip a salué la nouvelle encyclique de Benoît XVI comme un texte sortant de la fausse alternative entre néo-libéralisme et socialisme et il a également invité les distributistes à se former à l’économie et à prendre en compte la réalité urbaine pour proposer une économie alternative adaptée à notre époque.

 

 

À SUIVRE

Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans Information
commenter cet article
12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 09:03

Toujours depuis un clavier anglais, voici quelques nouvelles de la journee distributiste qui s'est deroulee hier samedi a St Benet's Hall, non loin d'un celebre Pub ou naguere Tolkien, Lewis, Tolkien frere et d'autres encore se retrouvaient pour boire et fumer la pipe ensemble comme de bons hobbits. Aujourd'hui, la loi interdit de fumer, c'est le regne du Mordor.
Je reviendrai dans les jours prochains sur les interventions; elles furent de qualite. Chacune a ete discute systematiquement par un intervenant avant les questions. C'est dire si la contradiction etait organisee,  le debat ouvert, la discussion animee et les points de vue parfois differents. Un point d'accord pourtant : la philosophie politique et economique de Chesterton peut nous eclairer dans nos recherches pour trouver une autre facon d'envisager la vie economique et une solution, plus digne de l'homme. Les intervenants etaient Anglais, Americains, Espagnol et Francais. Les experiences etaient diverses ainsi que les parcours. Les conclusions allaient dans le meme sens.
Le soir un grand diner a reuni les principaux organisateurs et intervenants. On y a parle d'un prochain colloque qui aura lieu a Paris en octobre prochain, organise par The Chesterton Institute et les Amis de Chesterton. Soyez present ! Le theme sera le renouveau litteraire catholique en France et en Angleterre au debut du XXe siecle. On y parlera de Chesterton, Peguy, Claudel et Bernanos.

Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans Information
commenter cet article
11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 11:41

On me pardonnera j'espere le manque d'accent, mais j'ecris sur un clavier anglais.
Ici, a Oxford (a St Benet's Hall), la conference sur le distributisme et la crise mondiale se prepare activement. Nombre de conferenciers sont deja la, dont bien sur le Father Boyd, president-fondateur du Chesterton Institute, mais aussi Allan Carlson, qui s'occupe des questions pro-vie et qui a ecrit un ouvrage consacre aux differentes troisiemes voies europeennes non fascistes (Third ways) ainsi qu'un professeur espagnol qui evoquera les essais locaux alternatifs dans son pays.
Au repas d'hier soir, la conversation etait enjouee, les chestertoniens montrant qu'ils pratiquaient allegrement la philosophie de la gratitude propre a Chesterton. Le vin a coule, meme si les sujets etaient serieux : crise financiere; avortement; Guerre d'Espagne; situation mondiale de la viniculture, centralisation-decentralisation, etc.
Les conferences debuteront dans l'apres midi pour un public principale;ent americain, anglais, ecossais et irlandais. Pour l'heure, je suis le seul Francais...

Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans Information
commenter cet article
10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 16:10
 

C’est demain que se tiendra la conférence d’Oxford organisée par The Chesterton Institute et à laquelle j’ai l’honneur de prendre part. Il s’agit de poser un regard à partir de la pensée politique, économique et sociale de Chesterton sur la crise actuelle. Et ce, dans un contexte de réaction à la sortie de l’encyclique sociale de Benoît XVI.

Le catholique catho-neo-con(servateur) George Weigel vient de publier un article dans The National Review (USA), article dans lequel il évoque ses réactions (critiques) après la publication de Caritas in Veritate et dans lequel il mentionne négativement Chesterton. Nous y reviendrons.

Étant à Oxford, je ne pourrais intervenir sur ce blogue avant lundi. Mais j’aurai alors une actualité fournie à évoquer.

Bon dimanche.

 

 

 

 

Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans Information
commenter cet article
9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 11:11

C’est le titre donné à un entretien que j’ai accordé à la toute nouvelle revue de l’abbé Guillaume de Tanoüarn : Respublica Christiana. Le titre n’est pas de moi, mais il reflète bien, me semble-t-il, toute la philosophie profonde qui animait G.K. Chesterton. Pour cet entretien, la revue n’a pas lésiné sur la place à accorder à un auteur parfois méconnu. Ce sont pas moins de neuf pages de questions-réponses que propose Respublica Christiania. Pressé par Catherine Tattegrain, qui connaissait très bien son sujet, j’ai dû répondre à un feu d’artifice de questions évoquant à la fois l’homme, l’œuvre et le climat dans lequel l’un et l’autre ont évolué. La revue a fait le pari de conserver à cet entretien son ton oral, en ne réécrivant pas les réponses, mais en gardant cette spontanéité que nous avions eu le jour de l’enregistrement.

Cette évocation de Chesterton ouvre les pages Culture de Respublica Christiania (voir photo ci-dessous). Il m’a semblé intéressant, ici, de reproduire le texte d’introduction de cette rubrique, texte qui se situe sous la photo d’un Sir Alec Guinness en Father Brown.

« Les papes, depuis le Concile Vatican II, insistent sur l’importance de la culture dans la profession et la possession tranquille de la foi. Ils ne font en cela que reprendre le grand dessein des papes de la Renaissance, entériné par le Concile de Trente. La foi engendre une culture et s’appuie sur elle. Dans une perspective résolument inductive, nous voulons ici montrer que le Christ n’est jamais absent du monde culturel, même lorsqu’il n’y apparaît plus qu’en creux, à travers la place vide qu’il laisse aux champions touts catégories de la négation : littérature, peinture, cinéma, les grandes productions du génie humain font découvrir de manière toujours nouvelle des facettes ignorées du génie du christianisme »

(Respublica Christiania).

 

 

 

Pour s'abonner à la revue : ICI.

 

 

Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans Veille chestertonienne
commenter cet article
8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 10:41

L’actualité chestertonienne, c’est cette semaine la parution de la troisième encyclique du pape Benoît XVI : « Caritas in veritate » (La charité dans la vérité). D’une hauteur de vue bien à l’image de son auteur, se fondant sur le rappel théologique des liens intrinsèques entre la charité et la vérité, cette encyclique réactualise la doctrine sociale de l’Église, en prenant à bras le corps les problèmes nouveaux posés dans le cadre de la mondialisation. Prudent, évitant de choquer un auditoire avide d’images chocs et de formule à l’emporte-pièce, le seul laïc admis à présenter le texte du pape lors de la conférence de presse, le professeur Stefano Zamagni de l’université de Bologne a tenu à préciser que « Non, ce n’est pas une encyclique anticapitaliste ». Preuve hautement paradoxale que certains passages de ce texte très riche pourraient le laisser penser…

On donnera raison au professeur Zamagni, car comme l’explique Chesterton en introduction de son livre Outline of sanity, traduit en français, de manière un peu paradoxale, bien dans le ton de l’auteur, par Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste, ce terme de capitaliste est devenu polysémique et exige d’être très précisément défini. Or, Chesterton le fait remarquer : « une société de capitalistes ne contient pas trop de capitalistes, mais trop peu ».

Il ne s’agit pas ici de résumer cette nouvelle encyclique. Force est de constater pourtant que la pensée distributiste de Chesterton et de Belloc ne peut que se trouver encourager à poursuivre ses efforts et son actualisation par ce texte papal. Dans ce sens, la publication pour la première fois en langue française du Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste s’inscrit directement dans l’effort de réflexion auquel le pape invite les catholiques.

Quand il souligne que la question sociale et économique est morale et repose fondamentalement sur une vision anthropologique ; quand il critique les effets de l’économie uniquement spéculative ; quand il constate que « le marché n’arrive pas à produire la cohésion sociale » ou que « l’activité économique ne peut résoudre tous les problèmes sociaux » ; quand il rappelle la nécessité de ne pas séparer l’agir économique de l’agir politique ou quand il évoque l’idée de « subsidiarité fiscale », il est certain que la doctrine chestertonienne entre en harmonie avec le discours du pape comme elle l’était déjà à l’époque de la parution de Centesimus annus de Jean-Paul II. À ceux qui s’en étonneraient, il faut les inviter à lire le Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste qui d’une autre manière, sans la même autorité, et dans un contexte historique différent, repose sur les mêmes principes d’analyse.

Aux États-Unis, les commentateurs le constatent déjà, notant le regain de vigueur du courant distributiste. Ainsi, par exemple, Kevin Michael Derby, sur Examiner.com, s’en prend au catho-con (catholiques conservateurs soutenant le courant néo-conservateur) et montre le lien entre la nouvelle encyclique et le travail des distributistes. À Oxford, samedi prochain, la rencontre sur la pensée de Chesterton face à la crise économique actuelle ne pourra que se trouver encouragée par l’apport de la nouvelle encyclique.

 

 

 

Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans Information
commenter cet article
7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 15:40
 

Pour les vacances, G.K. Chesterton est en pleine forme. Plus que jamais, on parle de lui. Début juillet s’est, en effet, tenu à Oxford une rencontre sur un éventuel procès de béatification de Gilbert et de son épouse Frances. À l’origine de cette rencontre de travail, William Oddie, auteur du dernier ouvrage, absolument remarquable, sur l’écrivain, livre publié par Oxford University press : Chesterton and the romance of Orthodoxy (voir ICI, et ). Le 11 juillet prochain, toujours à Oxford, aura lieu une rencontre sur la crise mondiale analysée à partir des principes distributistes mis en avant par Chesterton et Hilaire Belloc.

En France, la surprise est venue de la presse. Après Valeurs actuelles et Libération, l’hebdomadaire catholique Famille chrétienne a consacré deux pleines pages au père du Father Brown. Sous le titre, « Chesterton, le maître du paradoxe », Marie-Catherine d’Hausen évoque longuement l’écrivain et présente avec intelligence quatre ouvrages : L’Univers de Chesterton ; Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste, La Fin de la sagesse et le fort volume de l’ensemble des histoires du Father Brown paru chez Omnibus. Elle mentionne également la parution aux éditions Saint-Rémi de Hérétiques, Orthodoxie et de L’Homme éternel, trois chef-d’œuvres de Chesterton, trois étapes de son évolution vers la foi chrétienne. On ne peut que se réjouir d’un tel article car Famille chrétienne touche un très large public. L’article de Marie-Catherine d’Hausen est présenté ainsi :

« Après une longue éclipse, Chesterton connaît depuis une trentaine d’année un véritable renouveau. La moisson éditoriale française 2008-2009 a été particulièrement riche. Pourquoi ne pas profiter de ce début de vacances pour (re)découvrir le génie paradoxal de l’homme et l’étonnante actualité de l’œuvre ? »

Citons également, la conclusion de ce très bel article : « Si Chesterton amuse, il ne divertit pas : il montre que “la réalité n’est pas uniquement ce qu’on voit”, mais qu’il faut aller voir “de l’autre côté de la tapisserie”. Seule la foi en Dieu peut résoudre les problèmes de l’âme ».

Enfin, un merci particulier à Marie-Catherine d’Hausen qui est une des rares journalistes à avoir signaler l’existence de ce modeste blogue, en rappelant son adresse. C’est d’ailleurs la seconde fois dans Famille chrétienne.

 

Il faut absolument se procurer ce numéro. Soit en allant sur le site du journal et en suivant les démarches pour ce faire; soit en écrivant à Famille chrétienne, 15-27, rue Moussorgski, 75018 Paris.

Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans Veille chestertonienne
commenter cet article