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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 00:42
Comme nous l’avions annoncé, les éditions de l’Age d’homme viennent de publier un important ouvrage, recueil de contes de G.K. Chesterton. Titre retenu : La fin de la sagesse et autres contes extravangants. La traduction a été assurée par Gérard Joulié qui signe également la postface de l’ouvrage. Au total, ce ne sont pas moins de trente cinq contes qui sont ici publiés sur 378 pages. L’ouvrage est en vente au prix de 27 euros.
Avant toute chose, il faut saluer cette parution, car elle met à la disposition du public francophone nombre de textes inconnus de notre écrivain. Fait touchant, ces textes ont été écrits sur une période qui s’échelonne entre 1891 et 1936, année de la mort de l’écrivain. C’est-à-dire des textes écrits alors que l’écrivain avait 17 ans et jusqu’à ses 62 ans. Ces textes sont généralement courts (2 à 5 pages), une minorité étant plus long (une dizaine de pages).
On trouve dans ce recueil des contes particulièrement célèbres chez les lecteurs anglo-saxons comme Le Mal du pays à la maison ou La fin de la sagesse, qui donne le titre général à cette édition française. Comme le souligne l’éditeur (derrière l’édition Ignatius press), il s’agit « d’un pot-pourri » de contes chestertoniens. Certains ont déjà été publiés en recueil du vivant de leur auteur, d’autres ont connu la gloire du livre après la mort de celui-ci. Nous reviendrons plus tard en détail sur cet aspect des choses qui ne manquent pas d’intérêt, d’autant que l’éditeur ne donne malheureusement pas d’explications historiques ou littéraires, à part les notes nécessaires pour expliquer tel ou tel point.
Signalons déjà que l’Age d’homme a repris l’ordre de publication du volume XIV de « The Collected Works de G.K. Chesterton » publiés par les éditions catholiques américaines, Ignatius press. Ce volume XIV contient des « Short stories, Fairy Tales, Mystery Stories ». Sur plus de 760 pages, le recueil américain comporte trois parties dont la dernière publie des contes issus du « Journal intime » de Chesterton, dont certains sont de simples fragments.
Les éditions de l’Age d’Homme ont choisi de publier, dans le même ordre, la première partie du volume XIV d’Ignatius press et on peut estimer globalement qu’il a bien fait. Un seul regret, mais toujours le même. Nous nous retrouvons à nouveau avec certains textes traduits ailleurs, ce qui est dommageable alors qu’il reste tellement de textes de Chesterton à traduire. Nous reviendrons aussi plus en détail sur cet aspect des choses.
Avec la parution de ce nouvel opus de Chesterton aux éditions de l’Age d’homme, cet éditeur se retrouve à la tête d’une collection de treize livres chestertoniens mis à la disposition du grand public francophone. On ne peut que se réjouir de cet état de fait et féliciter l’éditeur de cette volonté d’aider à faire connaître ce géant de la littérature, en offrant aux lecteurs de langue française un nombre non négligeable des livres de Chesterton. D’après ce qui se dit, il se pourrait même que La fin de la sagesse ne marque pas la fin de la publication des œuvres de Chesterton à l’Age d’Homme.
Pour terminer cette première présentation, voici le sommaire de cet ouvrage :


Avant-propos

1. Une demi-heure aux enfers
2. La chasse à l’oie
3. Le dressage de la jument noir
4. Le dessin du mardi
5. Le Mal du pays à la maison
6. Un conte extravagant
7. Earthquake Esquire
8. La boutique aux fantômes
9. Un cauchemar
10. Une histoire quelque peu improbable
11. L’Arc long
12. Comment j’ai découvert le Surhomme
13. Le Scrooge moderne
14. Les terres colorées
15. L’épée de bois
16. Le père Brown et l’Affaire Donnington
17. Les arbres de l’orgueil
18. Le jardin de fumée
19. La conversion d’un anarchiste
20. L’Angleterre en 1919
21. La fin de la voie romaine
22. Le cinq d’épées
23. La tour de la trahison
24. Le dragon et le chevalier
25. De la divinité des épiciers
26. Une véritable découverte pour un soi-disant découvreur
27. Le paradis des poissons humains
28. Une histoire de poisson
29. Le meurtre des Piliers blancs
30. Le nouveau Noël
31. Le Professeur et le Cuisinier
32. La fin de la sagesse
33. Le vampire du village
34. Le masque de Midas
35. L’homme qui tua le renard

Postface de Gérard Joulié.


À suivre…
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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 00:46
Voici un siècle, G.K. Chesterton décrivait avec son talent et sa bonne humeur coutumière la crise profonde à laquelle le monde moderne et notre société contemporaine, au moins dans les pays encore riches, sont confrontés. Comme l’indique Chesterton, nous sommes tous plus ou moins d’accords pour trouver que nos libertés fondamentales sont mises à mal, que les familles subissent de plein fouet la crise économique et sont tragiquement oubliées du personnel politique ou que les disparités entre riches et pauvres ne cessent de croître. Pourtant, cet accord de façade sur le mal masque trop souvent un désaccord tragique, celui de ne pas s’entendre sur le bien à rechercher et sur ce qu’il faut mettre en œuvre pour l’atteindre. Ce qui cloche dans le monde se trouve dans le fait que nous nous demandons pas ce qui est juste, quel est l’idéal à poursuivre.
La réponse de Chesterton est simple : cet idéal à retrouver pour amorcer les réformes nécessaires consiste en un retour au réel, en un retour au sens commun. Celui-ci implique le respect de la famille comme cellule de base de la société et donc la défense de l’idéal de la famille. Cela implique une plus grande distribution des biens et des capitaux pour une société plus juste et plus libre. Cela implique aussi une solide éducation, reposant sur le courage d’enseigner correctement aux enfants, en n’ayant pas crainte de leur dire la vérité.
Chesterton n’a jamais été un théoricien. Il n’a pas proposé ses idées politiques et sociales à travers un ouvrage de philosophie politique, un exposé systématique. Au contraire, il a répandu comme autant de petits cailloux blancs sur le chemin de la vérité ses idées en la matière, dans ses romans, ses poèmes, ses essais ou ses monographies. Chesterton surprend toujours son lecteur. Alors qu’on attend de lui un jugement littéraire, il sort du bois et propose tout d’un coup un propos politique. Alors qu’il débute un exposé économique, il bifurque sans avertir vers des envolées littéraires. On pourrait croire à une fantaisie facile et systématique. Dans une lettre à Paul Claudel, datée du 22 juin 1911, Valery Larbaud raconte sa première rencontre avec Chesterton. Il répond à notre interrogation  en remarquant combien derrière cette facilité apparente Chesterton va bien au-delà de la fantaisie : « Seulement un mot çà et là montre qu’il est allé très loin dans une région qu’on lui croyait inconnue dix secondes auparavant ».
Dans What is wrong in the world, il semble quitter parfois les domaines de la réflexion politique quand il met en scène trois personnages qu’il a inventés. Hudge et Gudge, adversaires de Jones. L’un représente le grand gouvernement et l’autre le grand commerce. Quant à Jones, c’est tout simplement l’homme ordinaire, marié, père de famille et qui habite sa propre maison. Son malheur vient de Hudge et Gudge qui veulent prendre ses biens, son indépendance et toucher ainsi sa dignité. D’où la défense de la famille et de la propriété privée qui se trouve dans cet ouvrage, qui part de l’idée que l’homme est depuis le Paradis perdu un nomade qui veut rentrer à la maison.



Quelques extraits :

Sur la famille
On peut dire que cette institution qu’est le foyer est l’institution anarchiste par excellence. C’est-à-dire qu’elle est plus ancienne que la loi, et qu’elle se tient à l’écart de l’État. De par sa nature, elle est revigorée ou corrompue par des forces indéfinissables issues de la coutume ou de la parenté. Cela ne veut dire pour autant que l’État n’ait pas autorité sur les familles : dans de nombreux cas qui sortent de l’ordinaire, on a recours, et il le faut, à cette autorité de l’État. Toutefois, l’État n’a pas accès à la plupart des joies et des chagrins familiaux, ce n’est pas tant que la loi ne doive pas interférer mais plutôt qu’elle ne le peut. Certains domaines sont trop éloignés de la li, d’autres en sont trop proches ; il est plus facile à l’homme de voir le Pôle Nord que de voir sa propre échine. Des affaires sans importances et immédiates seront tout aussi difficiles à gérer que d’autres, plus importantes et lointaines. Les vraies peines et les vraies de la famille en sont un parfait exemple. Si un bébé réclame la lune en pleurnichant, le gendarme ne pourra pas plus aller la lui décrocher qu’il ne pourra le calmer.


Sur les femmes

Souvent femme varie et c'est là une de ses grandes qualités. Cela évite à l'homme d'avoir recours à la polygamie. Tant que vous aurez une femme, vous serez sûrs d'avoir tout un harem.


À la naissance l’enfant mâle est plus proche de sa mère que de son père. Lorsqu’on réfléchit à ce terrible privilège féminin, on ne peut pleinement croire en l’égalité des sexes. Ici et là, nous entendons parler d’une fille élevée comme un garçon manqué, alors que tout garçon est élevé comme une gentille petite fille. Dès ses premiers jours, la chair et l’esprit de la féminité entourent le petit garçon comme les quatre murs d’une maison, et même l’homme le plus obscur ou le plus brutal a été féminisé par le seul fait de naître. Une courte vie, marquée par la souffrance, tel est l’apanage de l’homme né de la femme. Mais nul ne saurait décrire l’obscénité et la tragique bestialité de celle du monstre que serait l’homme né d’un homme…

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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 00:39
Quelles sont les grandes parties de ce livre. Au nombre de cinq, elles sont précédées d’une dédicace et suivies de « Trois notes » concernant « le vote des femmes » ; « De la propriété dans l’éducation » ; « De la propriété paysanne ».
La première partie porte sur « Le nomadisme de l’homme ». Chesterton y développe sa vision de la propriété privée et de la famille tout en se détachant du scientisme sociologique. Dans la deuxième partie, il s’en prend à l’impérialisme et défend l’idée des petites patries. Cette partie est très exactement intitulée : « Impérialisme : l’erreur sur l’homme ». La troisième partie est son pendant naturel : « Féminisme : l’erreur sur la femme ». En dénonçant le féminisme, ce qui le classe dans le camp des réactionnaires, Chesterton élève en fait une ode à la dignité de la femme et à son rôle primordiale dans la société humaine. La quatrième partie découle en quelque sorte des deux précédentes et concerne directement l’éducation. Elle est intitulée : « L’éducation : l’erreur sur l’enfant ». Enfin la cinquième partie termine l’ouvrage, sous le titre « La maison de l’homme ». C’est à la fois un rappel des grandes idées contenues dans le livre et une défense très claire des points essentiels de la vision sociale de l’auteur. La conclusion proprement dite s’achève par un magnifique passage qui partant de l’image d’une petite fille exprime l’idéal social de l’auteur :
« Il y a quelques temps, certains docteurs et autres personnes que la loi moderne autorise à régenter leurs concitoyens moins huppés, décrétèrent que toutes les petites filles devaient avoir les cheveux courts. J'entends par là, bien entendu, toutes les petites filles dont les parents étaient pauvres. Les petites filles riches ont, elles aussi, de nombreuses habitudes très peu salubres, mais il faudra du temps avant que les docteurs tentent d'y remédier par la force. La raison de cette intervention était que les pauvres vivent empilés dans des taudis tellement crasseux, nauséabonds et étouffants, qu'on ne peut leur permettre d'avoir des cheveux car cela veut dire qu'ils auraient des poux. Voilà pourquoi les docteurs ont proposé de supprimer les cheveux. Il ne semblerait pas qu'il soit même venu à l'esprit de supprimer les poux. C'est pourtant possible. (…) Cette parabole, ces dernières pages, et mêmes toutes ces pages, visent à démontrer que nous devons tout recommencer, à l'instant, et par l'autre bout. Je commencerai par les cheveux d'une petite fille. Si mauvais que soit le reste, la fierté d'une bonne mère pour la beauté de sa fille est chose saine. C'est l'une de ces tendresses inaltérables qui sont les pierres de touche de toutes les époques et de toutes les races. Tout ce qui ne va pas dans ce sens doit disparaître. Si les propriétaire, les lois et les sciences s'érigent là-contre, que les propriétaires, les lois et les sciences disparaissent. Avec les cheveux roux d'une gamine des rues, je mettrai le feu à toute la civilisation moderne. Puisqu'une fille doit avoir les cheveux longs, elle doit les avoir propres; puisqu'elle doit avoir les cheveux propres, elle ne doit pas avoir une maison mal tenue; puisqu'elle ne doit pas avoir une maison mal tenue, elle doit avoir une mère libre et détendue; puisqu'elle doit avoir une mère libre et détendue, elle ne doit pas avoir un propriétaire usurier; puisqu'elle ne doit pas avoir une propriétaire usurier, il doit y avoir une redistribution de la propriété; puisqu'il doit y avoir une redistribution de la propriété, il doit y avoir une révolution. Cette gamine aux cheveux d'or roux (que je viens de voir passer en trottinant devant chez moi), on ne l'élaguera pas, on ne l'estropiera pas, en rien on ne la modifiera; on ne la tondra pas comme un forçat. Loin de là. Tous les royaumes de la terre seront découpés, mutilés à sa mesure. Les vents de ce monde s'apaiseront devant cet agneau qui n'a pas été tondu. Les couronnes qui ne vont pas à sa tête seront brisées. Les vêtements, les demeures qui ne conviennent pas à sa gloire s'en iront en poussière? Sa mère peut  lui demander de nouer ses cheveux car c'est l'autorité naturelle, mais l'empereur de la Planète ne saurait lui demander de les couper. Elle est l'image sacrée de l'humanité. Autour d'elle l'édifice social s'inclinera et se brisera en s'écroulant; les colonnes de la société seront ébranlés, la voûtes des siècles s'effondrera, mais pas un cheveu de sa tête ne sera touché. »

À suivre…
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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 00:27

Le 28 juin 1910 (Gallimard indique dans son édition française du livre la date 24 juin) paraît en Angleterre un nouveau livre de G.K. Chesterton. Il s’agit cette fois d’une suite d’essais sociaux, divisés en cinq parties et rassemblés sous le titre général What is wrong in the world.
Le titre n’était pas de Chesterton lui-même, du moins pas complètement. Il aurait souhaité plus simplement « What is wrong ? ».
Le livre est édité chez Cassel à Londres. Il est publié également le 1er juillet 1910 à Leipzig, par « Tauchnitz edition », dans la « Collection of British authors ». L’édition américaine date d’octobre de la même année et paraît à New York chez « Dodd, Mead and company » (cf. image). La première traduction française date de 1948 et paraît chez Gallimard, à la NRF. Elle a été réalisée par J.-C. Laurens et comprend 256 pages (image ci-dessous). Une seconde traduction française est publiée en 1994, à l’Age d’Homme, dans la collection « Domaine anglo-saxon », dirigée par Gérard Joulié. La traduction est assurée par Marie-Odile Fortier-Masek. Le titre est différent : « Le monde comme il ne va pas ». Autre différence : cette édition reproduit la dédicace de Chesterton à C.F. Masterman. Au total, cette nouvelle édition, toujours disponible, comprend 208 pages. Enfin, dans les « Collected works » (l’équivalent des œuvres complètes) de Chesterton publiés par Ignatius press aux Etats-Unis, What is wrong in the world se trouve dans le quatrième tome de cette collection (nous donnerons désormais cette indication)
Maisie Ward a noté très justement dans son Gilbert Keith Chesterton que What is wrong in the world offrait les fondements de la sociologie de l’auteur, de ce qui sera plus tard les grandes idées du distributisme comme l’indique Michael Ffinch dans sa biographie. Ffinch note également, et avec justesse, que Chesterton attaque avec toujours plus de force le Calvinisme auquel il consacre au début de la quatrième partie tout un chapitre. Faisant référence à son livre « sur mon ami M. Bernard Shaw », Chesterton se réjouit que celui-ci ait admis qu’il était « un vulgaire calviniste ». Et Chesterton précise : Shaw « a ajouté que Calvin avait, bien entendu, raison d’affirmer qu’“une fois qu’un homme est né, il est trop tard pour le damner ou le sauver”. C’est là le secret fondamental et caché ; c’est là l’ultime mensonge de l’enfer. »
Après une telle approche, on pourrait croire que What is wrong in the world est essentiellement un livre religieux. Dire qu’il ne l’est pas serait, bien entendu, exagéré. Disons que le livre porte sur des sujets habituellement classés dans le domaine profane mais que Chesterton aborde avec un esprit religieux car s’il reconnaît la distinction des domaines, il ne croit absolument pas à leur séparation radicale. D’où des remarques que le lecteur peut entendre comme des digressions (reproche classique vis-à-vis de Chesterton) alors qu’elles répondent à une logique commune.

À suivre…
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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 00:43
Pour la deuxième fois en quelques mois, Monde et Vie vient de parler longuement de Chesterton. Dans son dernier numéro, Romain Bénédicte présente le Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste, et montre qu'il est un lecteur attentif de ce modeste blogue. Sans reproduire l'encadré où il est fait mention de notre travail, voici les principaux extraits de son article sur la version française de Outline of sanity. Pour lire le reste, le plus simple est d'acheter Monde et vie…



 La saison sera-t-elle chestertonienne ? On peut se poser la question au regard des publications récentes ou annoncées (cf. encadré) de traductions françaises des oeuvres du célèbre écrivain catholique anglais. La dernière en date n’est pas la moins surprenante. […]  s’il est un Chesterton que le public français connaît peu, c’est en revanche l’essayiste politique et économique, le défenseur en Angleterre d’une certaine vision sociale, soucieuse de justice et d’enracinement. C’est ce Chesterton-là que nous permet de découvrir la parution récente d’un livre, intitulé Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste. Titre étrange, et d’autant plus étrange, qu’il n’est pas de Chesterton lui-même. Plus sobrement, l’auteur avait intitulé son recueil d’essais (car il s’agit de cela) Outline of sanity. Les éditions de l’Homme Nouveau ont préféré laisser de côté cette aspiration à la santé mentale pour mettre l’accent sur la défense de la propriété privée qui caractérise ces essais chestertoniens, en même temps que sur sa critique d’un capitalisme monopolistique. Dans une France qui regarde chaque soir à la télévision les étapes du lancement du Nouveau parti anticapitaliste, on peut se demander si l’éditeur n’a pas pris un risque en semblant accrocher Chesterton au wagon du petit facteur français. […]
Quoi qu’il en soit, ils trouveront dans ce Plaidoyer, publié pour la première fois en 1926, des clefs de compréhension de la crise que nous subissons aujourd’hui. Des clefs et aussi des propositions de solutions, que, sans accepter sans critique, ils pourront au moins discuter. Défenseur du petit commerce, Chesterton développe dans plusieurs chapitres toute une critique de ce […] qui correspond à notre grande distribution. Tout y est ! De la même manière, il met le doigt sur la faillite d’un capitalisme financier et des banques tout en pointant les dangers d’une destruction annoncée de l’environnement. Derrière des situations forcément datées, l’écrivain semble décrire à l’avance les problèmes avec lesquels nous nous débattons.
Ses solutions? Dans l’Angleterre de l’époque, il leur a donné un nom barbare: distributisme. Il s’agit de diffuser au maximum la propriété privée, idée que Louis Salleron a également développée en France. On pourra trouver utopiste et teinté de rêve médiéval son souhait d’une société paysanne et artisanale, dans laquelle la technologie est maîtrisée, au lieu d’être un facteur de réduction des relations sociales à la seule consommation. Là encore, Chesterton est en avance sur les travaux d’Ellul et autres critiques de notre monde techno-consumériste. Son avantage ? Une vision, non optimiste, mais constamment soumise à la joie de redécouvrir chaque matin les beautés de la création. Derrière sa critique très dure du socialisme et, plus encore, du capitalisme libéral, Chesterton démontre une fois encore qu’il est le héraut d’une philosophie de la gratitude qui vise ici à réconcilier l’homme avec sa propre nature. Un effort qui n’a toujours pas trouvé son terme.

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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 00:49
Nous avions au début de ce blogue proposé à la lecture les articles parus dans la grande presse en France au moment de la mort de Chesterton, le 14 juin 1936. C'est ainsi qu'on a pu lire les articles de La Croix, Le Figaro et L'Humanité. Nous proposons ici, non plus un quotidien français, mais un quotidien suisse et nous reproduisons ci-dessous l'article publié le mardi 16 juin 1936, en première page du Journal de Genève. Malgré quelques petites erreurs – Chesterton, par exemple, ne s'est pas converti au catholicisme pendant la guerre, mais en 1922 –, l'article signé des seules initiales P.C. est d'une tonalité générale assez juste. Chesterton y est défini comme un « Rabelais sensible » et un « Alceste heureux ».



Gilbert Keith Chesterton, G.K.C., comme on l’appelait familièrement, le grand romancier et pamphlétaire anglais qui vient de mourir, habitait à Beaconsfield, dans le comté de Buckingham, une petite maison basse en brique rouges édifiée au milieu des fleurs ; sur une colline (« Top Meadow »). Frédéric Lefebvre, qui est allé le voir là-bas il y a quelques années, écrivait dans les Nouvelles littéraires : « La maison est aussi originale que Chesterton lui-même, sa chevelure, ses vêtements, sa conversation. » C’est là qu’il travaillait en se promenant, occupé de chercher les moyens les plus propres à détruire le conventionnel, le mensonge et l’hypocrisie dans les manières, les mœurs et les idées de l’Angleterre.
Car ce fut un terrible redresseur de torts, le plus beau destructeur de bobards et le plus obstiné constructeur de vérités que ce puissant écrivain. Il y a en lui un Rabelais sensible et un Alceste heureux. À ses yeux de chrétien convaincu (il s’était converti de façon retentissante au catholicisme pendant la guerre), le bonheur peut être une solide réalité pour la plupart des hommes. Un travail joyeusement accompli, un foyer, des enfants, quelqus bons amis, voilà plus qu’il n’en faut pour accueillir la vie à bras ouverts.
Pourquoi dès lors les hommes ne s’avisent-ils pas de posséder simplement cette richesse du cœur et de l’esprit ? Parce qu’autrefois le puritanisme s’efforçait de trouver dans la souffrance et la privation une pseudo grandeur qui ne manifeste que le goût malsain de l’humiliation et de la cruauté. Parce qu’aujourd’hui le machinisme et le progrès matériel, sous prétexte d’adoucir et d’enrichir l’existence, l’appauvrissent et le figent.
Ce libéral, plein d’une éclatante et joyeuse santé, commença sa vie de pamphlétaire à l’époque de la guerre sud-africaine à laquelle il fit une tonitruante exposition, encourageant les Boërs à la résistance ; puis il batailla contre l’impérialisme colonial, en faveur de l’émancipation de l’Irlande ; il fonda The New witness, journal de toute violence contre la corruption politique et le pouvoir de l’argent. Enfin, il publia d’admirables romans, d’une verve drue, où, sans aucun souci de la composition, la vie jaillit à chaque page en aventures étourdissantes. La Sphère et la Croix, Orthodocie, Heretics, Le nommé Jeudi, Le Napoléon de Nothing Hill, mêlent dans une débauche érudite d’idées les choses les plus follement drôles aux questions les plus graves pour donner le tableau même de l’humanité.
Et aussi l’image d’un caractère et d’un homme. Ce magnifique écrivain, journaliste, philosophe, critique et conteur, était un croyant joyeux qui aimait son semblable et détestait la cuistrerie.
P.C.
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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 00:38


Après avoir présenté le William Blake de Chesterton, paru en 1910, voici une courte présentation d’un autre ouvrage publié la même année, « Alarms and Discursions ». Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’une monographie, mais plus simplement d’un recueil d’articles de Chesterton, venant tout droit des colonnes dae son cher Daily News auquel il collabore depuis 1901. Jusqu’en 1913, il y publiera près de 600 articles qui n’ont pas encore tous trouvés le chemin du recueil.
« Alarms and Discursions » paraît en novembre 1910, chez Methuen et comprend 39 articles qui forment autant de chapitres. On y trouve aussi bien une défense des gargouilles que du fromage, du spectacle de marionnettes à la construction d’une maison, en passant par le triomphe de l’âne et trois genres d’homme. Impossible à vrai dire de résumer d’un mot cette explosion de mots et d’esprit, ce florilège de textes chestertoniens qui appartient au meilleur de l’auteur et qui pourtant n’a jamais été traduit en français. Mystère de l’édition française, qui aime retraduire en permanence les mêmes textes, de préférence ceux publiés chez la maison d’en face.
S’il fallait trouver absolument un point commun à cet ensemble, c’est bien sûr dans la philosophie sous-jacente qui les habite et qui a présidé à leur naissance. Il s’agit d’un chant à la gloire de la création, de la mise en avant de la vision romanesque des choses, plus juste et plus vrai que le froid réalisme qui ne retient que ce qui est apparent. À ce titre, le chapitre consacré aux gargouilles est un véritable sommet. Chesterton s’attache aussi à défendre la dignité de l’homme, mise à mal selon lui par la modernité et singulièrement par le scientisme du XIXe siècle. Il met ainsi en cause l’idée que le cours du temps implique que l’homme passe d’un extrême à l’autre. Pour lui une telle idée est la négation même de l’humanité. C’est quand un homme est debout qu’il vivant ; c’est quand il est mort qu’il peut se balancer d’un point à l’autre.

Voici, à titre indicatif, le sommaire (en anglais) de cet ouvrage. Dans les éditions suivantes, au moins dans celle de 1911 (notamment l’édition américaine, Dod, Mead and company) Chesterton a ajouté une préface :


1: INTRODUCTORY:  ON GARGOYLES

 2: THE SURRENDER OF A COCKNEY

 3: THE NIGHTMARE

 4: THE TELEGRAPH POLES

 5: A DRAMA OF DOLLS

 6: THE MAN AND HIS NEWSPAPER

 7: THE APPETITE OF EARTH

 8: SIMMONS AND THE SOCIAL TIE

 9: CHEESE

10: THE RED TOWN

11: THE FURROWS

12: THE PHILOSOPHY OF SIGHT-SEEING

13: A CRIMINAL HEAD

14: THE WRATH OF THE ROSES

15: THE GOLD OF GLASTONBURY

16: THE FUTURISTS

17: DUKES

18: THE GLORY OF GREY

19: THE ANARCHIST

20: HOW I FOUND THE SUPERMAN

21: THE NEW HOUSE

22: THE WINGS OF STONE

23: THE THREE KINDS OF MEN

24: THE STEWARD OF THE CHILTERN HUNDREDS

25: THE FIELD OF BLOOD

26: THE STRANGENESS OF LUXURY

27: THE TRIUMPH OF THE DONKEY

28: THE WHEEL

29: FIVE HUNDRED AND FIFTY-FIVE

30: ETHANDUNE

31: THE FLAT FREAK

32: THE GARDEN OF THE SEA

33: THE SENTIMENTALIST

34: THE WHITE HORSES

35: THE LONG BOW

36: THE MODERN SCROOGE

37: THE HIGH PLAINS

38: THE CHORUS

39: A ROMANCE OF THE MARSHES



En 1910, Chesterton ne se contente pas d’offrir au public ce recueil de ses articles dans le Daily News, il fait paraître un autre ouvrage du même type, mais directement orienté vers les questions sociales. Son titre ? What's Wrong With the World. Nous en reparlerons.


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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 00:50
Dans sa dernière livraison, l'hebdomadaire Les 4 vérités, qui s'intéresse aux questions économiques et sociales, habituellement dans une perspective plutôt libérale, a eu l'amabilité d'indiquer la parution de Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste, traduction française de Outline of sanity, de G.K. Chesterton. Une recension signé Guillaume de Thieulloy (photo ci-dessous) auteur par ailleurs du Chevalier de l'absolu, un livre consacré à Jacques Maritain et paru chez Gallimard.


Chesterton est probablement l’un des meilleurs écrivains anglais du siècle dernier. Son humour si typiquement britannique, son goût prononcé pour le paradoxe, en font un auteur particulièrement plaisant (et stimulant) à lire.
Les éditions de l’Homme nouveau viennent de publier un ouvrage de cet auteur encore inédit en français. Le titre sera sûrement « vendeur » en ces temps de crise, mais, sous cet « anticapitaliste », c’est plutôt « anti-monopolistique » qu’il faudrait lire (contre les monopoles d’État et contre les monopoles privés).
 Cette « diffusion de la propriété », comme disait naguère Louis Salleron, est vitale pour la restauration (et pas seulement économique) de la société.
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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 00:34
Dans son édition du jeudi 16 avril dernier, le quotidien Présent, dans la "Chronique de l'économie réelle", signée Jean Rouvière, a longuement présenté le dernier livre édité par les éditions de l'Homme Nouveau, Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste, de G.K. Chesterton. Un ouvrage prophétique, selon le chroniqueur. Extraits.


Un militant ou un dirigeant du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) qui ne connaîtrait pas le nom de Chesterton pourrait le prendre pour un des leurs à la lecture du titre de son dernier livre traduit du français : Plaidoyer pour une propriété anticapistaliste.
Mais Chesterton n’était en rien marxiste ou trotskiste, ni même socialiste ou social-démocrate. Il était catholique, préoccupé de justice sociale et, à ce titre, un des hérauts du « distributisme », doctrine qui vise à répandre la propriété privée des moyens de production pour corriger les méfaits du capitalisme. Le distributisme chestertonien prenait à contre-pied la propagande socialiste ou communiste.
Le Plaidoyer de Chesterton est un recueil d’articles paru en 1926. Il n’avait jamais été traduit en français. Le voici enfin disponible, dans une édition enrichie de notes utiles et intéressantes dues à Philippe Maxence et au traducteur, Gérard Joulié.
Chesterton reste un écrivain et répugne à la théorie. On retrouve dans ce livre son style si particulier, imagé, ses digressions, sa manie de se mettre sans cesse en scène. Mais on retrouve aussi, comme le dit Philippe Maxence, « ce fameux sens commun qu’il aura défendu tout au long de son existence ».
Son livre est, à bien des égards, prophétique. Trois ans avant le début de la grande crise de 1929 et de la longue dépression économique qui a suivi, des décennies avant notre crise actuelle, il a vu les faiblesses intrinsèques du système libéral capitaliste. Il écrivait : « Le capitalisme est en train de s’effondrer, et d’une certaine manière nous n’en sommes pas fâchés. Nous sommes même prêts à contribuer à son effondrement, mais nous ne voulons pas seulement le voir s’effondrer. Il serait plus juste de dire que nous souhaitons le voir disparaître sans s’effondrer sur nos têtes dans une confusion que certains appellent communisme et d’autres chaos. L’idéal serait que les parties qui le composent se dissocient de l’ensemble et reprennent chacun leur autonomie. »
Chesterton explore plusieurs voies pour cette réforme possible du capitalisme, certaines vont carrément à contre-courant. Il prône un « retour à la terre », pour des citadins qui ne craindraient pas de retrouver les valeurs du travail au rythme des saisons et de la propriété individuelle. Il défend « la renaissance du petit commerce » contre le grand magasin qui « n’est pas seulement vulgaire et insolent, mais incompétent et inconfortable » et qui incite à consommer toujours plus sous de fallacieux attraits (« on trouve de tout », « c’est moins cher », etc.).
Et aussi il est partisan de la diffusion de la propriété, y compris la propriété des entreprises. Non pas forcément par le morcellement des grandes entreprises mais par ce qu’on appellerait aujourd’hui l’actionnariat populaire et l’intéressement (ce que Chesterton appelle « la division des profits »). Que dirait- il aujourd’hui face à l’existence de grands groupes internationaux actifs dans plusieurs métiers et qui obéissent d’abord à une logique financière (par exemple, le groupe Lagardère présent dans l’aéronautique, l’espace, l’automobile, l’édition et les médias) ?
Chesterton plaide pour une « vie sociale plus simple », une révolution qui se ferait « à la lumière de la raison et de la tradition ». Mais il ne croit, bien sûr, ni aux actions de masse violentes ni même aux vertus de lois qui bouleverseraient tout d’un coup. Il pense que cette révolution peut venir des gens euxmêmes par leurs décisions et le changement de leur mentalité : « Je prétends que cette révolution doit être faite par les gens, et non pour les gens. C’est en quoi elle diffère sensiblement de presque tous les projets socialistes en vogue autant que de la philanthropie ploutocratique. […] Cette révolution doit être entreprise dans un esprit de religion et de sacrifice. On doit pouvoir s’y atteler comme on repousse un envahisseur ou comme on stoppe la propagation d’une épidémie. »

 

[…]

 

Chesterton n’était pas contre le capitalisme en général, il était hostile aux monopoles qui font disparaître la propriété et la responsabilité. Pie XII avait mis en garde, contre les excès, dans le capitalisme, d’une « classe prépondérante » qui « disposera des moyens de production, donc aussi du pain, et, en fin de compte, de la volonté de travail des individus » (message du 3 septembre 1944). Et il prônait, en contrepoint, « l’espoir d’acquérir quelque bien en propriété personnelle », où il voyait un « stimulant » pour « encourager au travail laborieux, à l’épargne, à la sobriété ».
 

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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 00:24


Peu avant la sortie dans la collection du « Cabinet des lettrés » chez Gallimard de trois nouvelles de Chesterton (voir ICI et ), les éditions de l'Age d'Homme vont publier un nouvel ouvrage. Intitulé La fin de la sagesse et autres contes extravangants, ce volume comprend pas moins de 387 pages. Il est traduit par Gérard Joulié qui signe également la postface.

Voici d'ailleurs un extrait de celle-ci :


"C’est une grande chose que de rencontrer la sagesse au carrefour de toutes les routes. Car la sagesse n’est pas toujours assise, il lui arrive de tirer l’épée, de rire et même de montrer de l’humour. Quand la sagesse contracte alliance avec les libres pouvoirs de l’imagination et de la fantaisie, nous avons l’humour anglais incarné à merveille dans la personne de Gilbert Keith Chesterton (1876-1936), au physique énorme et fabuleux, un physique à la saint Thomas d’Aquin. On raconte qu’un jour Chesterton céda la place à trois dames dans l’omnibus". (Gérard Joulié)
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