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13 janvier 2009 2 13 /01 /janvier /2009 14:21
Nous reprenons notre présentation chronologique des œuvres de Chesterton, en abordant – hasard des dates – l’année 1909. Cette année-là, Chesterton publie trois nouveaux livres dont un seul est actuellement et intégralement traduit en français. En 1909, le public Britannique peut donc découvrir :
George Bernard Shaw.
Tremendous Trifles.
The Ball and the Cross, ce dernier étant traduit en français sous le titre, La Sphère et la Croix. Nous reviendrons, bien sûr, longuement sur cet important roman dans l’œuvre de Chesterton. [correction : ce dernir livre date de 1910. cf. ICI]

Shaw et Chesterton étaient amis et pourtant ils ne partageaient pas la même philosophie. Nous l’avons vu en évoquant Hérétiques (Ici, là, là encore et là enfin) et Orthodoxie (ici, ici aussi, ici toujours, , là encore, là également, fin). Chesterton n’a pas ménagé l’œuvre de Shaw, la critiquant en la passant au crible d’une philosophie traditionnelle, ancrée dans le christianisme.
Le livre est publié en 1909 à Londres par John Lane Company et un an après à New York.
Cet essai comprend sept chapitres :

Ch. 1: The Problem of a Preface
Ch. 2: The Irishman
Ch. 3: The Puritan
Ch. 4: The Progressive
Ch. 5: The Critic
Ch. 6: The Dramatist
Ch. 7: The Philosopher

Mais c’est surtout l’introduction à la première édition qui retient d’emblée le lecteur. Très courte – deux phrases – elle résume parfaitement la vision de Chesterton sur Shaw. Que dit cette introduction ? Ceci :
« La plupart des personnes disent qu'elles sont d'accords avec Bernard Shaw ou qu'elles ne le comprennent pas. Je suis la seule personne qui le comprend, et qui ne suis pas d'accord avec lui. »
Dans ce livre, Chesterton consacre un chapitre à chacune des facettes de George Bernard Shaw. S’il admire l’Irlandais, il critique, à des degrés divers, les autres facettes de l’écrivain. Il estime que Shaw est l’homme le plus sérieux de son époque.
Mais ce livre est aussi l’occasion pour Chesterton d’exposer sa propre vision des choses, et surtout son usage du paradoxe. Il estime, en effet, que la philosophie de Shaw est presque entièrement dénuée de paradoxes. Pour Chesterton, s’il y a des paradoxes dans l’œuvre de Shaw, ils sont faux. Un véritable paradoxe, selon lui, se trouve dans la célèbre phrase de l’évangile : c’est en perdant sa vie qu’on la sauve. En revanche, l’exemple type du faux paradoxe se trouve dans l’affirmation de Shaw « la règle d’or est qu’il n’y a pas de règle d’or ». Mais, qu’est-ce que le paradoxe pour Chesterton ?
C’est certainement dans ce livre qu’il en explique le mieux sa compréhension. Pour les Grecs souligne Chesterton, étymologiquement donc, le paradoxe signifie quelque chose qui est contre l’opinion reçue. Mais, précise-t-il, l’évolution des mots fait que ce terme et cette idée veulent davantage dire désormais. Le paradoxe signifie ainsi une idée exprimée sous une forme qui est verbalement contradictoire. On confond selon lui habituellement un oxymore et un paradoxe. En revanche, explique-t-il, si l’on considère comme paradoxe une vérité inhérente à une contradiction, dans ce sens l’œuvre de Shaw est dépourvue de paradoxes « D'ailleurs, précise G.K.C., il ne peut même pas comprendre un paradoxe. Et d’ailleurs le paradoxe est la seule chose au monde qu'il ne comprend pas ».
Les qualités de cet ouvrage ne manquent pas, et l’on se demande encore, alors que George Bernard Shaw a été l’une des plus grandes signatures britanniques de son temps, pourquoi l’essai de Chesterton n’a pas été traduit en français. S’il nous apprend beaucoup sur Shaw, il nous apprend aussi beaucoup sur Chesterton lui-même, sur sa conception du paradoxe notamment, qui est quand même une part importante de son œuvre.
Après la lecture de ce livre, Shaw lui-même aurait déclaré : « Ce livre est ce que tous attendait qu’il soit : un excellent travail littéraire ».
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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 16:40
Après une petite interruption de ce blogue, en raison des vacances (j'espère pouvoir trouver le temps de répondre à tous les messages personnels qui m'ont été adressés), nous reprenons la mise à jour de l'actualité chestertonienne. Et tout d'abord, comment ne pas signaler le dernier numéro de la revue Catholica (n°102, hiver 2008-2009) qui présente dans une recension signée Louis Forestier L'Univers de Chesterton. En voici quelques extraits :

« En fait de petit dictionnaire, il livre ici plus de 300 pages d’aphorismes, voire de citations plus longues lorsque le besoin s’en fait sentir. Ce qui est particulièrement appréciable, c’est que ces extraits sont tirés des oeuvres les plus variées de l’écrivain, connues ou moins connues (Chaucer, Hérétiques, La vie de William Cobbett ou encore Lumières sur deux villes). De Chesterton, en effet, on ne lit généralement en France que certains textes comme la série de nouvelles policières du Father Brown — récemment rééditées (Omnibus, 2008) —, La Sphère et la Croix, L’Homme éternel ou Ce qui cloche dans le monde. Mais, rien semble-t-il n’avait été jusqu’à présent fait pour mettre à disposition du grand public la moelle substantielle des oeuvres du poète, écrivain, et même philosophe britannique. Désormais, c’est chose faite, de manière fort appréciable.
A la lecture de ce dictionnaire, on constate que cet esprit brillant cultive maintes fois le paradoxe, les phrases énigmatiques ou les formules à l’ironie parfaitement ciselée. Ainsi, par exemple, sur les questions de gouvernement. Pour Chesterton, « [l]a démocratie a cent qualités incroyables ; elle n’a en revanche qu’un énorme défaut : elle n’est pas démocratique » (art. « Démocratie ») ; « [l]e despotisme héréditaire est donc démocratique dans son essence et dans son esprit parce qu’il choisit au hasard parmi les humains. S’il ne proclame pas que tous les hommes peuvent gouverner, il proclame ce qu’il y a de plus démocratique immédiatement après, à savoir que n’importe qui peut gouverner » (art. « Despotisme »), que l’on pourrait rapprocher de l’article « Homme » : « La soumission à un homme faible est discipline. La soumission à un homme fort est servilité ».
Dans le domaine de l’économie, Chesterton ne mâche pas non plus ses mots. Ainsi, par exemple, au sujet de l’omnipotence de l’argent : « Je regardais un vieux missel dans la bibliothèque hier. Tu sais qu’ils écrivaient toujours en or le nom de Dieu ? Je crois que si on écrivait un mot en or de nos jours, ce serait le mot Or » (article « Or », à relier avec l’article « Libéralisme » : « Le libéralisme contemporain profite aux riches ; et à personne d’autre »). Mais c’est dans le domaine qui a le plus profondément changé sa vie, celui de la religion, que l’on trouve les textes les plus profonds de Chesterton. Sa définition de la Croix vaut à elle seule un départ de méditation : « La croix ne peut connaître la défaite [...] car elle est la Défaite » (art. « Croix »). »

Pour se procurer ce numéro ou faire un peu plus connaissance avec la revue Catholica, il suffit d'écrire à Catholica, 42 rue Dareau, 75014 Paris ou de se connecter sur le site de la revue : http://www.catholica.presse.fr
Revue catholique de niveau universitaire, fondée par Bernard Dumont et toujours dirigée par ses soins, Catholica est trimestrielle. Son dernier numéro a pour thème : "Retour à la raison politique".
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31 décembre 2008 3 31 /12 /décembre /2008 14:59
Bonne année à tous les amis de G.K. Chesterton. Après une année 2008 riche en événements chestertoniens, l'année 2009 devrait réserver encore quelques surprises et surtout, espérons-le, un accroissement du nombre de lecteurs de Chesterton.
Pour notre part, nous tenterons de continuer à alimenter ce blogue, espérant toujours davantage de lecteurs, et peut-être davantage de réactions. À ce jour, nous avons publié plus de cent trente articles, consacrés soit à l'information concernant les nouveautés sur Chesterton (éditions, revue de presse), soit à des pages plus historiques, avec notamment la présentation par ordre chronologique des œuvres écrites par G.K.C.
Des contacts ont été pris avec les États-Unis, l'Espagne, l'Angleterre, l'Italie et notre petit blogue, bien modeste au regard de ce qui se fait ailleurs dans le monde, a suscité intérêt et sympathie. Nous avons eu la joie d'accueillir la participation à ce blogue de quelques lecteurs. Nous en attendons encore d'autres. Nous ne manquons pas de projets et nous espérons pouvoir les mener à bien. En attendant, bonne année chestertonienne à tous, en commençant par une citation :



« L’objet du Nouvel an n’est pas que nous ayons une nouvelle année, mais que nous ayons une nouvelle âme et un nouveau nez ; de nouveaux pieds, une nouvelle colonne vertébrale, de nouvelles oreilles et de nouveaux yeux. À moins qu’un homme prenne des résolutions au Nouvel an, il n’accomplira pas ces résolutions. À moins qu’un homme ne commence de nouvelles choses, il ne fera certainement rien d’efficace. À moins qu’un homme ne commence par cette supposition étrange qu’il n’a jamais existé auparavant, il est complètement sûr qu’il n’existera jamais ensuite. À moins qu’un homme naisse de nouveau, il n’entrera en aucun cas dans le Royaume des Cieux. »

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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 00:24
Nous terminons ici notre présentation, très incomplète hélas, du livre Orthodoxie, sur lequel nous nous sommes attardés en cette fin d'année 2008, qui fut aussi celle du centenaire de cet ouvrage qui a marqué tant de lecteurs de Chesterton et qui a valu à celui-ci une renommée toujours plus grande. Il existe d'autres livres importants dans l'œuvre chestertonienne, mais Orthodoxie occupe une place à part, puisque, bien qu'essai il dit beaucoup sur l'âme de son auteur. C'est historiquement un écrit de circonstance, mais qui a su traversé le temps, tant il recèle en lui de trésors d'une portée universelle.


Orthodoxie a paru le 25 septembre 1908, deux semaines après la publication d’un recueil d’articles parus dans l’Illustrated London News et intitulé All Things Considered (non traduit en français) et que nous avons déjà présenté (voir ICI). Chesterton a alors 35 ans et il déborde radicalement d’activité. Dès le 9 avril 1904, un journaliste américain, Shan F. Bullock, l’avait noté dans le Chicago Evening post, en craignant que GKC soit, à terme, la première victime de son propre succès. Il publie ses propres ouvrages, dans des genres très différents, s’occupe d’une collection de livres de grands auteurs, écrit préfaces et introductions, chronique dans le Daily News et le Speaker, polémique avec les uns et les autres, participe à des lectures et des débats publics sans oublier des dîners mondains. Malgré cette surrabondance d’activité, et son jeune âge, Orthodoxie est un livre qui révèle vraiment un esprit profond et cohérent.
C’est également un livre difficile à résumer. D’abord parce qu’il renvoie à beaucoup de débats de l’époque (mais les questions abordées sont encore souvent celles d’aujourd’hui) et ensuite parce que les têtes de chapitre ne sont pas toujours très évidentes à saisir. Quel est le sujet, par exemple, du chapitre II intitulé « Le fou » et son lien, par exemple, avec le chapitre IV, « L’éthique du pays des fées » ? Pour le savoir, il faut entrer dans la pensée de l’auteur, lire ligne après ligne.
On l’a dit, Orthodoxie ordonne un certain nombre d’idées déjà présentes dans divers écrits antérieurs de Chesterton. C’est le cas, on l’a vu, pour la nécessité de casser l’habitude pour mieux saisir notre profond attachement aux choses quotidiennes, pour saisir leur réelle valeur. On trouve également dans Orthodoxie une sorte de philosophie de la gratitude, notamment dans ce chapitre important qu’est le quatrième (L’éthique du pays des fées) :

« Nous remercions les gens pour les cadeaux qu’ils nous font à notre anniversaire : cigares et pantoufles. Puis-je ne remercier personne pour le cadeau de ma naissance ? »
Chesterton entend défendre également l’objectivité du christianisme dans le chapitre V, « Le drapeau du monde » :

« Que Jones adore son dieu intime, cela finit par signifier que Jones adorera Jones. Que Jones adore le soleil ou la lune, n’importe quoi plutôt que la Lumière Intérieure ; que Jones adore des chats ou des crocodiles, s’il peut en trouver dans sa rue, mais non le dieu intérieur. Le christianisme est venu dans le monde d’abord pour affirmer avec violence qu’un homme avait non seulement à regarder à l’intérieur mais à regarder à l’extérieur, à contempler avec étonnement et enthousiasme une compagnie divine et un capitaine divin. La seule chose plaisante dans le fait d’être un chrétien c’est qu’un homme n’est pas laissé seul avec la Lumière Intérieure, mais reconnaît d’une manière définie une lumière extérieure, belle comme le soleil, claire comme la lune, terrible comme une armée rangée en bataille. »
Ce qui ressort d’Orthodoxie, c’est aussi l’idée que le Credo des Apôtres est la clef de compréhension non seulement du christianisme mais aussi du Cosmos. « Un pieu peut combler un trou ou une pierre un creux par accident, écrit Chesterton dans le chapitre VII (« Les Paradoxes du christianisme »). Mais une clef et une serrure sont l’une et l’autre complexes. Et si une clef s’adapte à une serrure, vous savez qu’elle est la bonne clef ». Chesterton est arrivé, au terme d’un long itinéraire, à trouver que le christianisme est non seulement la clef de son âme, mais aussi du monde entier, depuis les origines. C’est le sujet d’Orthodoxie. Il l’a confessé, à sa manière, dès le début du livre (Introduction) :

« Ce livre raconte mes aventures éléphantines à la poursuite de l’évident. Personne ne peut trouver mon cas plus risible que je ne le trouve moi-même ; aucun lecteur ne peut m’accuser ici d’essayer de m’amuser à ses dépens : c’est moi qui suis le dupe dans cette histoire et aucun rebelle ne me jettera en bas de mon trône. Je confesse librement toutes les ambitions idiotes de la fin du XIXe siècle. J’ai essayé comme tant d’autres petits garçons solennels, d’être de quelques dix minutes en avance sur la vérité. Et j’ai trouvé que j’étais de dix-huit cents ans en arrière. J’ai haussé ma voix avec une exagération péniblement juvénile en émettant mes vérités. Et j’ai été puni de la façon la plus appropriée et la plus drôle, car j’ai gardé mes vérités ; mais j’ai découvert non pas qu’elles n’étaient pas des vérités mais simplement qu’elles n’étaient pas miennes. »
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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 00:14
Après avoir présenté la genèse du maître-livre de Chesterton, Orthodoxie, dont nous avons fêté en cette année 2008, le centenaire, nous continuons à explorer cet ouvrage d'une grande richesse, en nous attardant aux critiques de G.K.C. envers H.G. Wells.


H.G. Wells (photo) n’est pas moins visé que Shaw par Chesterton. On trouve dans Orthodoxie six occurrences le concernant. Il est mis en cause une première fois dans le troisième chapitre (Le suicide de la pensée), comme porte-étendard du scepticisme :
« Il y a une pensée qui arrête la pensée et c’est à celle-là qu’il faut faire obstacle. C’est le mal suprême contre lequel toute autorité religieuse a lutté. Ce mal n’apparaît qu’à la fin d’époques décadentes comme la nôtre et déjà M. H.G. Wells en a levé le désastreux étendard quand il a écrit ses « Doutes sur l’instrument », vrai chef-d’œuvre de scepticisme. Il y met en question le cerveau lui-même et s’efforce d’enlever toute réalité à tout ce que le cerveau a pu affirmer dans le passé et dans le présent et affirmera dans l’avenir. »
Le combat avec Wells est sérieux. Il est profondément philosophique. Toujours dans le même chapitre, Chesterton explique que si une école nie l’individuation, le particulier, Wells, lui, au contraire, tombe dans l’erreur symétrique. Il nie l’universel.
« Quand M. Wells dit (comme il l’a dit quelque part) : “Toutes les chaises sont tout à fait différentes”, il émet non seulement une inexactitude mais des mots contradictoires. Si toutes les chaises sont tout à fait différentes, vous ne pouvez pas dire : “toutes les chaises”. »
C’est l’essentiel de la discussion et de l’opposition entre les deux hommes. Dans le chapitre IV (l’éthique du pays des fées), Chesterton reprochera encore à Wells d’avoir dépeint dans ses romans « les cieux malsains ».
« Nous lèverions les yeux, note-t-il, vers les étoiles d’où nous viendrait notre ruine ».

Demain : suite et fin de notre présentation d'Orthodoxie en ces derniers jours de l'année de son centenaire. 
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27 décembre 2008 6 27 /12 /décembre /2008 09:59

Auteur lui-même de romans policiers, Chesterton a également servi de modèle à un héros du genre. En 1933, John Dickson Carr donne naissance à l’un de ses personnages majeurs, le Docteur Gideon Fell. Impossible de s’y tromper : Fell a tout de Chesterton. D’abord au physique. De stature imposante, il est obèse, porte un lorgnon, « posé de façon précaire sur le bout de son nez ». Il observe ses interlocuteurs avec de « petits yeux scrutateurs » en faisant trembloter ses trois mentons. Par ailleurs, Fell aime fumer la pipe et ne peut résister à boire de la bière qu’il consomme en quantité impressionnante. Au moral, Fell est bon enfant, génial et naïf tout à la fois. Il prête souvent à rire, mais surprend aussi très souvent.
La ressemblance s’impose donc, même si dans les détails des différences apparaissent puisque Chesterton fumait plutôt le cigare que la pipe.
N’empêche ! En 1936, le « London Detection Club », fondé en 1928 par A.B. Cox, dit Anthony Berkeley, accueille dans ses rangs John Dickson Carr. Le Président d’honneur de ce club d’auteurs de romans policiers n’est autre que G.K. Chesterton. Les parrains de John Dikson Carr sont Berkeley et Dorothy L. Sayer. Pour Carr, c’est l’espoir de rencontrer enfin Chesterton. C’est pendant ses années de collège qu’il a découvert les aventures du Father Brown, personnage qui semble l’avoir profondément marqué. Dans l’édition complète des œuvres de J.D. Carr aux éditions du Masque, Roland Lacourbe écrit à ce sujet, dans son introduction du tome 1 : « À leur lecture, l’adolescent et transporté par l’atmosphère insolite de ces contes pour adultes, séduit par l’avalanche des paradoxes, enivrés par l’exposé des problèmes “impossibles” ». Malheureusement pour J.D. Carr, il ne rencontrera jamais Chesterton. En 1936, celui-ci est gravement malade et ne pourra assiter à l’intronisation de son admirateur au sein du Detection Club. Toujours selon Roland Lacourbe, Chesterton « connaissait déjà bien ses écrits (ceux de J.D. Carr) et s’était déclaré flatté d’avoir été personnifié sous les traits à peine caricaturaux du Dr Gideon Fell. »

Pour en savoir plus, on peut se reporter au très bon site Internet suivant : http://www.rouletabille.perso.cegetel.net et notamment à la page consacrée au Dr Gideon Fell : http://www.rouletabille.perso.cegetel.net/Encyclopedie/Fell.html
À noter également sur le même site, la page consacrée au Father Brown : http://www.rouletabille.perso.cegetel.net/Encyclopedie/Brown.html
Il s’agit non seulement d’un excellent site d’informations sur le monde des personnages de romans policiers (textes d’Éric Honoré), mais aussi d’un site doté de très bons dessins de Jean-Claude Mornard. Au sujet du Father Brown, il est affirmé qu’il porte le prénom de John. À notre connaissance, (mais nous pouvons nous tromper, bien sûr) seule l’initiale « J » apparaît dans les aventures du Père Brown.
De son côté Jean Tulard dans son Dictionnaire du roman policier (Fayard, 2005) consacre une notice à J.D. Carr et une au Dr. Gideon Fell au sujet duquel il écrit :
« Ce personnage apparaît en 1933 dans Hag’s Nook. Il a alors une épouse et un cottage dans le Lincolnshire. Il est corpulent, le teint vermeil et le lorgnon inquisiteur. Le modèle de ce détective amateur ? Chesterton lui-même. Carr  l’avouera : “À l’heure où je commençais à acquérir de l’assurance, je décidais de créer un détective à l’image du grand homme” ».

Marc Berthier, dans l’édition intégrale du Masque, a bien rendu le personnage de Fell (cf. les reproductions de cette page). La ressemblance avec Chesterton est frappante.



Merci à Bernard S. de m'avoir fait connaître Carr et son Gideon Fell.

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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 18:31
Pour fêter Noël et la semaine qui va suivre, voici deux extraits de l'Homme éternel. Joyeux Noël à tous les amis de Chesterton.

« Noël nous semble aller de soi parce que nous sommes chrétiens, et que nous demeurons psychologiquement chrétiens même si nous avons cessé de croire. En bref, cette association d’idées a modifié quelque chose de très profond dans la nature humaine. Entre l’homme à qui elle est familière et l’homme qui l’ignore, la différence est réelle, sans qu’elle soit nécessairement de nature morale, car les mérites d’un musulman ou d’un juif peuvent être plus grands eu égard à ses lumières. C’est un fait indiscutable, c’est l’interférence de deux lumières ou, si l’on veut, la conjonction de deux astres dans notre horoscope personnel. Enfance et divinité, impuissance totale et toute-puissance, ce contraste unique, mille et mille fois répété, ne lasse jamais. Bethléem est par excellence le lieu où les extrêmes se touchent. »




« L’événement dont cette faille des grandes collines grises a été le témoin fut, à proprement parler, un retournement. Je veux dire que tous les regards, interrogateurs ou contemplatifs, jusque-là fixés sur l’infiniment grand, s’orientèrent vers l’infiniment petit ; ou, que Dieu, considéré jusque-là comme une circonférence, apparut comme un centre.»,




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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 12:02
Dans les polémiques qui jaillissent avant la parution d'Orthodoxy, Chesterton n’épargne ni Wells ni Shaw. Plus exactement, il discute leurs théories sociales. À l’origine, la discussion prend son départ dans les colonnes de The New Age, le journal d’A.R. Orage (photo). En 1907, le romancier Arnold Bennett publie un article intitulé « Pourquoi je suis socialiste ». Orage invite Hilaire Belloc et G.K. Chesterton à répondre à cet article. Belloc ouvre le feu le 7 décembre 1907 avec « Réflexions sur la pensée moderne ». Chesterton suit en écrivant « Pourquoi je ne suis pas socialiste ». C’est alors que H.G. Wells entre dans la bataille en publiant à son tour un article « Au sujet de Chesterton et de Belloc ». Chesterton rétorque avec un article dont le titre est en forme de jeu de mots « Sur Wells (littéralement le puit) et le verre de bière ». Plus énigmatique, le titre de l’article suivant, signé Belloc, est « Ce n’est pas une réponse ». George Bernard Shaw entre alors dans la danse avec un article fameux, sobrement intitulé, « Belloc et Chesterton », utilisant pour la première fois semble-t-il, le terme de « Chesterbelloc ». Puis Chesterton reprend la main avec « Les derniers rationalistes ». Belloc revient aussi, avec un article intitulé « Une question » qui lui vaudra « Une réponse » signé Wells.
Cette controverse est connue comme étant « The Chesterton-Belloc-Wells-Shaw controversy ». C’est aussi grâce à cette polémique que Belloc et Chesterton préciseront leurs idées « distributistes ». En novembre 1908, elle fait place à une autre controverse : « The Chesterton-Bax-Shaw Controversy ». Ernest Belfort Bax était un militant socialiste.

Dans Orthodoxie, Chesterton s’en prend plusieurs fois à George Bernard Shaw (photo) et à H.G. Wells. Concernant Shaw, par exemple, il souligne dès le premier chapitre (l’introduction) que :
« S’il est vrai (comme on l’a dit) que M. Bernard Shaw vit de paradoxes, il doit être millionnaire car un homme de son activité mentale pourrait inventer un sophisme toutes les six minutes. Cela est aussi facile que de mentir puisque c’est mentir. La vérité est que M. Bernard Shaw est cruellement embarrassé par ce fait qu’il ne peut dire un mensonge sans croire que ce mensonge est la vérité. »
Dans le troisième chapitre (« Le suicide de la pensée »), Chesterton livre un lapidaire portrait de Shaw :
« Si j’avais, par exemple, à dépeindre clairement le caractère de M. Bernard Shaw, je ne pourrais m’exprimer avec plus d’exactitude qu’en disant qu’il possède un cœur d’une grandeur et d’une générosité héroïques mais que ce cœur n’est pas à la bonne place. Et il en est ainsi de la société qui représente le mieux notre époque ».
Toujours dans le même chapitre, Chesterton s’en prend à ce qu’il estime être la philosophie de Shaw : le culte de la volonté.
« Il dit qu’un homme n’agit pas pour son bonheur mais pour exercer son vouloir. Il ne dit pas : “Je serai heureux d’avoir de la confiture” mais : “Je veux de la confiture”. (…) M. Bernard Shaw n’a pas aperçu la réelle différence entre l’ancien criterium utilitaire du plaisir (assez grossier d’ailleurs, et que l’on dénature facilement) et ce qu’il prétend établir. Ce qui différencie en réalité le criterium du bonheur et celui du vouloir est simplement que le premier est bien un criterium et que le second n’en est pas un. »
Dans la conclusion de ce chapitre, Chesterton range Shaw en compagnie de Schopenhauer ou de Nietzsche, compagnie qui va droit, selon lui, à la folie.
« Je clos ici (grâce à Dieu) ce qui dans ce livre est la chose la plus importante et la plus ennuyeuse : cette revue sommaire de la pensée moderne. Il me faut ensuite esquisser cette vue de la vie qui m’est personnelle, esquisse qui peut ne pas intéresser mon lecteur mais qui en tout cas m’intéresse. Devant moi, au moment où je finis cette page, se dresse une pile de livres modernes que j’ai feuilletés dans ce but, une pile d’ingénuités, une pile de futilités. Grâce à cet accident même qu’est pour moi mon présent détachement, je puis voir l’écrasement inévitable des philosophies de Schopenhauer et de Tolstoï, de Nietzsche et de Shaw, aussi clairement que l’on peut d’un ballon voir l’écrasement inévitable d’un train. Ils sont tous en route vers le vide de l’asile. Car la folie peut se définir l’activité mentale s’exerçant à atteindre la détresse mentale, et celle-ci ils l’ont presque atteinte. Celui qui se croit en verre croit à la destruction de la pensée car le verre ne peut penser. De même celui qui ne veut rien rejeter, veut la destruction du vouloir car vouloir c’est non seulement choisir quelque chose mais encore rejeter presque tout. »
Chesterton évoque encore Shaw dans le chapitre VII (L’éternelle révolution) en expliquant que les pensées modernes et révolutionnaires de Marx, Nietzsche, Tolstoï, Cunninghame Grahame, Auberon Herbert et Shaw seront les supports du conservatisme. Dans le chapitre suivant (Le roman de l’orthodoxie) il tente de mettre en contradiction Shaw avec sa propre philosophie à propos des miracles.
« M. Bernard Shaw parle avec un mépris cordial et suranné de l’idée des miracles, comme s’ils étaient uen sorte de trahison de la part de la nature : il semble étrangement inconscient que les miracles ne sont que les fleurs finales de son arbre favori, la doctrine de la toute-puissance du vouloir. De même il appelle le désir de l’immortalité un égoïsme mesquin, oubliant qu’il a déclaré le désir de vivre un égoïsme sain et héroïque. Comment peut-il être noble de désirer faire sa vie infinie et cependant vil de désirer la faire immortelle ? »
Au total, on trouve 11 occurrences concernant Shaw dans Orthodoxie.
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20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 09:00
À noter : Pour les Parisiens ou pour les provinciaux de passage à Paris, ce samedi, je leur donne rendez-vous à la Librairie France Livres 6 rue du Petit Pont, 75005, pour dédicacer L'Univers de Chesterton, à partir de 15h00. Pour plus de renseignements : ICI. En attendant, voici la suite de notre présentation d'Orthodoxie à l'occasion de son centenaire.




Outre Robert Blatchford dont nous avons déjà parlé [Cf. Le centenaire d'Orthodoxie (3)], Chesterton se lance aussi dans la bataille contre Shaw, Wells et le Révérend R.J. Campbell. C’est aussi grâce à eux que ses idées se précisent dans son esprit. Le Révérend R.J. Campbell est aujourd’hui complètement inconnu en France.  Dans The Nation, Chesterton s’oppose radicalement à cet ecclésiastique, contre lui défend la position des Anglicans en s’appuyant sur le Mouvement d’Oxford et sur Newman, et dénonce le modernisme.
Né dans une famille méthodiste, Reginald John Campbell s’est rendu célèbre comme prédicateur méthodiste et défenseur à partir de 1906 d’une vision moderne de la religion qu’il a baptisé « Nouvelle théologie » (à ne pas confondre donc avec ce que l'on a appelé "nouvelle théologie" dans les milieux catholiques, après la guerre de 1939_1945). Dans le livre du même nom paru en 1907 chez Macmillian and Co, il critique à la fois la transcendance absolue de Dieu et le panthéisme et propose une solution théologique qu’il baptise le Panentheisme. C’est à partir de là qu’il repense le christianisme et rencontre un grand succès dans une Angleterre encore sous ethos victorien. Paradoxe ? En 1916, Campbell rejoint l’Église d’Angleterre et renie sa « nouvelle théologie ».
Quand Chesterton s’en prend à ses positions, il n’en est pas encore à cette dernière étape. Dans Orthodoxie, au chapitre II, G.K.C. écrit :
« Certains nouveaux théologiens mettent en discussion le péché originel, la seule chose qui dans la théologie chrétienne puisse être réellement prouvée. Des disciples du révérend R.J. Campbell admettent dans leur spiritualisme presque insupportable une divine impeccabilité qu’ils ne sauraient voir même dans leurs rêves. Mais ils nient essentiellement le péché humain qu’ils peuvent voir dans la rue ».
La « Nouvelle Théologie » de Campbell est clairement mise en cause dans le chapitre VIII d’Orthodoxie (Le roman de l’orthodoxie) quand Chesterton écrit :
« La seule chose encore assez arriérée pour rejeter les miracles est la Nouvelle Théologie. Mais en vérité cette notion que l’on est “libre” de nier les miracles n’a rien à faire avec les preuves que l’on peut donner pour ou contre. C’est un préjugé verbal sans vie dont la vie originelle et le début ne furent pas dans la liberté de la pensée mais simplement dans le dogme du matérialisme. »
Cependant, Campbell n’est pas le seul visé dans ses travaux préliminaires.
Il nous faut encore évoquer Shaw et Wells.

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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 09:25
Étudiant en sciences politiques à l'université d'Uppsala en Suède, C.B. est aussi lecteur de Chesterton à ses heures. Il a bien voulu prendre de son temps pour partager avec les lecteurs de ce blogue ses impressions après la lecture de "The Man Who Was Orthodox" de A.L. Maycock, un recueil de textes de G.K. Chesterton. Nous le remercions de sa participation à notre travail pour faire connaître et aimer l'œuvre de GKC.


De part la nature des textes rassemblés (articles de presse destinés par définition aux lecteurs dans leur diversité), et grâce au génie maintes fois loué ici de leur auteur, les articles recueillis dans un ouvrage disponible -exclusivement en anglais (1) - donneront matière à méditer à tous. Tant aux esthètes brouillons à cause des bons mots et des formules tranchantes qu’aux esprits rigoureux à cause de la constance des idées et du très bon travail éditorial de M. Maycock qui a tenu à réunir ces morceaux choisis non pas de manière chronologique mais plutôt en fonction du thème abordé. Et au fil des méditations du maître, il guide le lecteur à travers l’ « univers de Chesterton », ses grandes amours intellectuelles : l’humour et la nature humaine (Humour and Gravity, The Anatomy of the Joke) ; fausse et vraie liberté (The Fallacy of Freedom, Liberty) ; progrès et tradition (Religion and Revolution, The Living Past) and so on
    Mais on perçoit malgré la diversité des thèmes abordés la géniale permanence de cette anthropologie du bon sens, dominée par la Chute (« the Fall is a view of life » dit-il p.158) qui guide toutes les réflexions réunies ici (2) .
    On peut je crois avoir deux attitudes de lecture : le passionné (n’étant par nature jamais déçu par le Prince du paradoxe !) finira par se dire qu’il n’avait jamais autant exclamé « mais oui mais c’est bien sûr ! » en si peu de pages ; le contemplatif raisonnable, quant à lui, ira piocher dans chaque article la pierre qui compose l’ensemble : cet édifice de bon sens et de philosophie.

    Pour en venir au péché mignon de GKC, c'est-à-dire of course l’art de manier le paradoxe, le livre en fourmille, de ces phrases inspirées qui vous décimaient en un clin d’œil tout un cénacle de positivistes cagneux. “By the rejection of rationalism, the world becomes suddenly rational” (p.153). Parfois lampedusiennes: “every spring is a revolution but, like all the others, a conservative revolution” (p.149), pascaliennes: “Man is the animal that draws black lines. Artists love […] the thing that isolates them. And those who began by loving England came to love her frame, the sea.” (p.108), voire allaisiennes: “you can only find truth with logic if you have already found truth without it” (p.104)…

    En bref une excellente introduction à Chesterton, par Maycock (en 70 pages environ) puis par Chesterton lui-même…Le paradoxe est qu’à la lecture de ces articles on en apprend presque plus sur leur auteur que sur autre chose…mais n’était-ce pas là l’objectif de Maycock ? Quoi qu’il en soit tout ce qu’on découvre de Chesterton, c’est autant de mystères qui se révèlent en nous. Car, en définitive, Chesterton, comme tout homme, est un tissu de mystères ; à commencer par celui-ci : l’homme est un esprit doté de chair. N’est-ce pas là le premier paradoxe, le point de départ de nombreuses interrogations et émerveillements qui nous traversent ?

C.B.


 (1) MAYCOCK, A.L., The Man Who Was Orthodox, Londres, Dennis Dobson, 1963. Ne nous y trompons pas, c’est bien un recueil d’articles de G.K. Chesterton, ce dernier signant donc la majeure part de ce livre. Mais le travail d’introduction et de présentation de M. Maycock est remarquable.
  (2) Je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager cet extrait, paru dans le Daily News du 2 Septembre 1905 : « The true doctrine of original sin may be stated in a million ways, like every central and solid truth. You may put it this way: that moral health is not a thing which will fulfil itself automatically in any complete man like physical health. Or this way: that we all start in a state of war. Or this way: that everything in a cabbage is trying to make a good cabbage, whereas everything in a man is not trying to make what we call a good man. Or this way: that virtue is a creditable thing and not merely, like the greenness of a cabbage, an admirable thing. “ ou encore: “happiness is not only a hope but also in some strange manner a memory; […] we are all kings in exile » (p.158)

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Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
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