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27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 18:18
Suite de notre présentation rapide du regard posé par George Orwell sur G.K. Chesterton. Une erreur de manipulation hier a fait que les abonnés ont reçu dans la même journée deux envois au lieu d'un. Toutes nos excuses.



Dans la série des articles As I please de 1944, George Orwell prend plusieurs fois Chesterton pour cible. Ce qui ne passe pas ? C’est au fond son catholicisme. Il lui reproche de pousser trop loin les conséquences des hérésies pour prétendre juger les croyances qui ne sont pas les siennes (As I please, Tribune, 27 octobre 1944). De manière assez malhonnête, il prend Chesterton à témoin pour juger que l’enfer n’est pas une notion sérieuse puisque les croyants eux-mêmes ne lui apportent pas toujours un regard sérieux (As I please, Tribune, 14 avril 1944). Pour ce faire, il cite effectivement un poème absolument pas sérieux de Chesterton qui n’apporte pas de l’enfer une vision très épouvantable. Mais Orwell isole ici un texte parmi une œuvre de plus de cent livres. Et un texte qui ne porte pas d’abord sur l’enfer. On aurait pu lui rétorquer qu’en illustrant le totalitarisme par l’histoire d’une ferme d’animaux il ne montrait pas ce dernier sous un jour très sérieux. Il aurait pu aussi citer cette phrase de Chesterton : « l’enfer est le grand compliment de Dieu à la réalité de la liberté humaine et de la dignité du choix de l’homme ».
En revanche, dans un autre article (As I please, Tribune, 23 juin 1944), tout en estimant que la vision de Chesterton était fausse et qu’elle reposait en partie sur une certaine ignorance, il lui reconnaît d’avoir eu le courage d’attaquer le riche et le puissant et de mettre ainsi sa carrière littéraire en péril. De la même manière, dans un article de Tribune, du 2 novembre 1945, Orwell s’inspire d’un jugement de Chesterton (« Good Bad Books ») qu’il prend en titre pour évoquer ces ouvrages sans grandes qualités mais que l’on peut lire.


La pensée politique de Chesterton ne passe absolument pas. Orwell l’évoque en passant dans son très important article : James Burnham and the Managerial Revolution, paru dans Polemic, en mai 1946. Michéa évoque longuement cet article (à partir de la page 66) dans son livre Orwell, anarchiste tory. Il remarque que Chesterton a prévu la disparition de la démocratie et de la propriété privée et son remplacement par une société d’esclaves, un monde soit capitaliste soit communiste. Au passage, Orwell s’en prend davantage à Hilaire Belloc en estimant que son livre Servile State est fatiguant et que la solution qu’il préconise (c’est aussi celle de Chesterton), à savoir le retour à la propriété rurale de petite taille est, pour beaucoup de raisons, impossible. On est un peu déçu de voir qu’Orwell affirme ici sans rien démontrer. Il ne discute même pas ; il évacue le sujet. Chesterton, dès 1926, a pris soin, dans Outline of sanity, de répondre à ce type d'accusation tout en mettant en avant l’absence de capacité de débat chez ceux qui prétendent s’opposer aux idées politiques du ChesterBelloc.


C’est peut-être dans Notes on Nationalism, (Polemic, octobre 1945) que les critiques d’Orwell sont les plus pertinentes. Non pas lorsqu’il reproche à Chesterton – après avoir reconnu « son talent considérable » – d’œuvrer sans relâche pour le catholicisme. Il est curieux quand même de voir un écrivain qui lui-même a défendu un idéal ne pas comprendre un autre écrivain défendre le sien. Il reproche en fait au catholique Chesterton de préférer les pays latins aux pays anglo-saxons parce que les uns sont catholiques et les autres sont protestants. Mais c’est refuser de voir combien la religion a marqué profondément les manières de vivre. Orwell a raison, en revanche, lorsqu’il souligne que Chesterton se fait une idée des Français qui ne correspond certainement pas tout à fait à la réalité. Il s’étonne de voir ce démocrate et cet anti-impérialiste chanter la guerre à travers deux poèmes, Lepanto ou la Ballade de sainte Barbe. Mais il faudrait replacer l'écriture de ces poèmes dans leur contexte. Il souligne son jugement sur Mussolini et il dénonce sa vision de l’Allemagne pendant la Première Guerre mondiale. De fait, La Barbarie de Berlin apparaît aujourd’hui comme une œuvre de propagande ainsi d’ailleurs que Les crimes de l’Angleterre.

(À suivre…)
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26 septembre 2008 5 26 /09 /septembre /2008 21:00
J’ai découvert George Orwell par la lecture de Jean-Claude Michéa, et notamment par la lecture d’Impasse Adam Smith, brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme par la gauche (Champs/Flammarion). Comme toujours, Michéa se réfère à plusieurs reprises à Orwell, qui est certainement celui qui a le plus marqué sa pensée. La lecture récente de son célèbre Orwell, anarchiste tory, qui connaît sa quatrième édition chez Climats, a bien évidemment renforcé ma curiosité vis-à-vis d’Orwell. De ce dernier, je ne connaissais, au fond, que 1984 et La Ferme des animaux, deux ouvrages sur le phénomène totalitaire. 1984, notamment, est intéressant au regard de Chesterton parce que ce dernier a également consacré une sorte de livre d’anticipation, Le Napoléon de Notting Hill, écrit pour sa part en 1904, et qui est censé se dérouler également en 1984.
J’ai été frappé à la lecture de Michéa sur Orwell de voir combien certains thèmes sont communs à Chesterton et à l’auteur de 1984. Ils ont notamment le même intérêt pour Charles Dickens, et surtout, ils défendent l’un et l’autre « l’homme ordinaire » et la notion de « common decency » (morale commune). De ce fait, en raison de ces points communs, en sachant qu’ils pouvaient être compris et entendus de manière bien différente chez les deux hommes, j’ai voulu savoir la vision qu’avait Orwell de Chesterton.
Les deux hommes ne sont pas de la même génération. Chesterton a un pied dans le XIXe siècle et achève sa course terrestre en 1936. Orwell est né en 1903 et il meurt en 1950. Ses premiers écrits publiés datent des années trente alors que Chesterton publie Greybeards at Play en 1900. Surtout, les deux hommes appartiennent à des horizons religieux et politiques différents. Chesterton deviendra catholique ; ce qui n’est pas le cas d’Orwell. Ce dernier se réclame de la gauche non marxiste ; ce qui n’est pas le cas de Chesterton. Le fossé n’est pas négligeable, malgré les points de rencontre postmortem que nous pouvons trouver.
Et de fait, en allant effectuer quelques sondages dans des articles d’Orwell, je trouve bien cette incompréhension et cette opposition que j’imaginais.
Orwell estime en 1945 que Chesterton est un antisémite (article « Anti-Semitism in Britain » février 1945) et qu’il n’a cessé de se moquer des Juifs dans ses écrits (Il parle de « tirades sans fin »). L’accusation est lourde, car 1945, c’est aussi l’année de la prise de conscience universelle de la volonté de destruction systématique des Juifs par les nazis. Seulement, en 1945, Chesterton n’est plus là pour se défendre. Il est mort depuis 1936. La question de l’antisémitisme de Chesterton ne peut être évacuée comme elle ne peut être traitée à la légère. Un article de « The New Yorker magazine » (7 et 14 juillet 2008), cet été, a relancé le débat. J’espère avoir le temps d’y revenir à fond, car le sujet est vraiment trop important. Dickens aurait pu être un pont entre les deux hommes. Et bien, justement pas ! Orwell accuse Chesterton, lequel comme critique de Dickens était reconnu à son époque et le reste aujourd’hui encore, d’avoir projeté sur l’écrivain anglais ses propres idées. On trouve cette vision exprimée dans un article de 1939. Il reproche également à Chesterton de faire de Dickens un défenseur du « pauvre », mais en réduisant celui-ci aux petits commerçants et aux domestiques.

(À suivre…)
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26 septembre 2008 5 26 /09 /septembre /2008 18:41
Nous l'avons déjà évoqué : Chesterton fut un délicieux dessinateur, facilement caricaturiste. Dans ce cas, il n'hésitait pas souvent à se prendre pour cible. Voici quelques nouveaux dessins à mettre dans notre carton.




Quand l'auteur fait la sieste ?




La légende dit tout : les repas de Noël peuvent avoir des effets terribles…




Courage, fuyons…




La rencontre Shakespeare/ Chesterton. Que disait ce dernier du premier ? Notamment ceci :
« Que Shakespeare ait été catholique, tout catholique s’en rend compte dès le premier abord. C’est d’ailleurs attesté par les quelques faits que nous connaissons de sa vie publique et politique, et par l’atmosphère de son œuvre, en particulier par ce scepticisme qu’on serait tenté de prendre pour une preuve de paganisme. »
Chaucer

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25 septembre 2008 4 25 /09 /septembre /2008 18:13
Il est impossible d’explorer plus avant Hérétiques de Chesterton. C’est un livre riche, et en quelque sorte, fondateur. Par un hasard cumulé de l’histoire et de l’édition, Orthodoxie – qui répétons-le vient après –, a connu auprès du public français un succès plus important. Or, l’un ou l’autre des deux livres n’est pas meilleur, ou plus important, ou plus nécessaire. Avec le recul du temps, nous pouvons voir qu’ils forment un tout. Hérétiques appelle Orthodoxie comme Orthodoxie nécessite Hérétiques. Dans le petit essai que j’ai consacré à Chesterton (Pour le réenchantement du monde, Ad Solem), j’ai affirmé que ces ouvrages forment « l’histoire d’une âme » de Chesterton, à compléter pour englober tout son itinéraire par L’Homme éternel.

Pour terminer notre visite rapide d’Hérétiques, terminons par une citation consacrée à l’un des grands auteurs que G.K. Chesterton accroche : H.G. Wells (photo ci-dessous).


« Un homme purement moderne a émergé dans les décades les plus modernes, qui apporte dans notre monde la claire simplicité personnelle du vieux monde de la science. Nous avons un homme de génie, qui est un artiste, mais qui fut un savant et semble marqué au coin de cette grande humilité scientifique. Je parle de M. H.G. Wells. Dans son cas, comme dans ceux que j’ai cités plus haut, la première difficulté est de convaincre l’homme ordinaire qu’une telle vertu puisse être attribuée à un tel homme. M. Wells débuta dans la littérature par des visions violentes, visions des dernières affres de notre planète. Se peut-il qu’un homme qui débute par des visions violentes soit humble ? Il continua par des histoires de plus en plus étranges, taillant des bêtes en hommes et tirant des anges comme des oiseaux. L’homme qui tire les anges et taille les bêtes peut-il être humble ? Depuis lors, il a fait quelque chose de plus hardi qu’aucun de ces sacrilèges, il a prophétisé l’avenir politique de tous les hommes ; il l’a prophétisé avec une autorité agressive et une éclatante précision de détail. Le prophète de l’avenir humain est-il humble ? Il sera sans doute malaisé, avec l’idée courante qui règne sur les choses comme l’orgueil et l’humilité, de répondre à la question de savoir si l’homme est humble qui accomplit des choses aussi grandes, des choses aussi audacieuses. La seule réponse est celle que je donnais au début de cet essai. C’est l’homme humble qui accomplit les grandes choses, c’est l’homme humble qui accomplit les choses audacieuses. C’est l’homme humble à qui sont accordées les visions sensationnelles et cela pour trois raisons évidentes : premièrement, il tend ses yeux plus que n’importe quel autre homme pour les voir ; deuxièmement, il en est plus étonné et plus exalté quand elles viennent ; troisièmement, il les enregistre plus exactement et plus sincèrement sans les altérer par la platitude et l’amour-propre de sa personnalité journalière. Les aventures sont à ceux à qui elles sont le plus inattendues, c’est-à-dire le plus romanesques. Les aventures sont aux timides ; dans ce sens, les aventures sont à ceux qui ne sont pas aventureux.
Or, cette remarquable humilité mentale de M. Wells est, sans doute, comme il en est de bien des choses vitales et vivaces, difficile à illustrer par des exemples ; mais si l’on me demandait un exemple, je ne serais pas embarrassé par quel exemple commencer. Le trait le plus intéressant de M. Wells est qu’il est le seul parmi ses nombreux et brillants contemporains qui ne se soit pas arrêté de croître. Veillez la nuit, vous l’entendrez grandir. La preuve la plus évidente de cette croissance est un changement graduel d’opinion, mais non pas un simple changement d’opinion. »

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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 18:27
En 1935, André Maurois (sur Maurois, voir ICI) publia aux éditions Grasset un recueil de plusieurs essais, écrits pour la Société des conférences, et consacrés à quelques écrivains anglais. À côté de Kipling, Wells, Shaw, Conrad Strachey, Mansfield Lawrence et Huxley, André Maurois s'attarde à la personne et à l'œuvre de Chesterton. Il accorde notamment une grande place à Hérétiques, qu'il considère comme (avec Orthodoxie) un livre aussi important qu'une biographie pour connaître Chesterton. Le plus étonnant est que le livre d'André Maurois, Magiciens et logiciens, s'attache à trois auteurs dénoncés par Chesterton dans Hérétiques : Kipling, Wells et Shaw.
Au fait que dit Chesterton de Kipling dans Hérétiques ? (pour Shaw, voir ICI). Tout simplement ceci :

« La première chose à dire de M ; Rudyard Kipling et la plus juste, c’est qu’il a contribué brillamment à reconquérir les provinces perdues de la poésie. Il ne s’est pas laissé effrayer par l’aspect brutal ou matériel qui s’attache aux mots seuls. Il a pénétré jusqu’à la substance romanesque et imaginative des choses elles-mêmes. Il a perçu la signification et la philosophie propres de la vapeur et de l’argot. La vapeur n’est, si vous le voulez, qu’un sale sous-produit de la science, et l’argot un sale sous-produit du langage. Mais M. Kipling a été du petit nombre de ceux qui ont compris la parenté divine de ces choses, qui ont su qu’il n’y a pas de fumée sans feu, autrement dit que, partout où se rencontre la chose la plus vile, se rencontrent aussi la plus pure. Surtout il a eu quelque chose à dire, une vue définie des choses à exprimer, et cela signifie toujours qu’un homme est intrépide et regarde en face la réalité. Dès l’instant que nous avons une vue de l’univers, nous le possédons. Or, le message de Rudyard Kipling, le sujet auquel il s’est réellement attaché, est chez lui comme chez tous les hommes la seule chose qui vaille la peine qu’on s’en occupe. Il a souvent écrit de mauvais vers comme Wordsworth. Il a souvent dit des sottises comme Platon. Il s’est souvent laissé aller à la pure hystérie politique comme Gladstone. Pourtant nul ne peut douter qu’il ne veuille fermement et sincèrement dire quelque chose. Une seule question se pose : qu’a-t-il voulu dire ? »



On ne redonnera pas ici l'intégralité de l'étude d'André Maurois sur Chesterton (page 141 à 175 de son livre). En voici juste un extrait :

« Le grand péché des derniers siècles a été l'orgueil. L'intelligence humaine, enivrée de ses succès, en est venue à négliger les contraintes du réel et à mépriser les traditions de l'espèce. Elle a fini par s'emprisonner, comme les larves avant la mue, dans un déterminisme qu'elle-même avait secrété, dans une prison qu'elle-même avait filée, et par se laisser gouverner part les monstres qu'elle-même avait créés. Chesterton s'est efforcé avec une vigueur et une verve admirable de réconcilier intelligence et tradition. En face de Shaw et Wells, il est un contrepoids indispensable et, dirait-il lui-même avec un sourire, un contrepoids massif, donc efficaces.
On peut lui reprocher d'être parfois victime de sa propre virtuosité. Comme le physicien développe des formules symétriques et y trouve les lois du monde parce que Dieu est géomètre, ainsi Chesterton, en juxtaposant des paradoxes, construit une image de la réalité parce que la réalité est une somme de paradoxes. Mais le balancement de ses formules épuise parfois le lecteur, qui éprouve comme un malaise spirituel. Il voit si bien Chesterton est brillant qu'il ne voit plus que Chesterton est profond.  »
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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 18:10

Hérétiques (Heretics. Ci-contre l'édition américaine de 1919. Cette édition contient 305 pages) paraît en Angleterre le 6 juin 1905 et il est publié par la « John Lane Company ». Le livre voit le jour à une époque fiévreuse de la vie de Chesterton. Il multiplie les articles et les conférences pour vivre et ses ouvrages ne rencontrent pas toujours le succès financier souhaité. Depuis plusieurs années déjà, il s’est pourtant imposé, devenant un nom dans le monde littéraire et dans celui du journalisme. Mais son personnage lui-même joue un rôle important dans ce sens. On peut l’apercevoir écrire dans des cafés, au Cheshire Cheese ou au El Vino, boire sec, participer aux banquets de son ami Maurice Baring ou répondre aux invitations de ses confrères en écriture. Le sport est complètement absent de cette vie trépidante  alors qu’il rejoint au contraire la « Christian Social Union », une organisation anglicane attachée à l’étude des questions sociales, sous l’impulsion des idées de Charles Kingsley, F.D. Maurice et  J.M.F. Ludlow. C’est à cette époque encore que Chesterton demande à son épouse Frances de rédiger sa correspondance, dévoré qu’il est par l’écriture ou la préparation de conférences.
Chesterton dédie Hérétiques à son père (« To My Father »), ce qui n’apparaît nullement dans l’édition française. Edward Chesterton, comme son père avant lui, était à la tête d’une agence immobilière. Cet homme que l’on dépeint habituellement comme très sérieux a laissé une trace profonde dans l’esprit de son fils Gilbert qui lui consacre tout un chapitre de son autobiographie. Son sérieux n’empêchait pas Edward Chesterton de cultiver un véritable sens de l’humour et, plus encore, une véritable collection de hobbies qui trônaient sur son bureau. Il est l’homme du théâtre de marionnettes qui a tant marqué Chesterton, lui apportant le goût du merveilleux, du mystère et de la beauté des choses en même temps qu’il a ancré en lui ce nonsense typiquement britannique. Religieusement, il était Unitarien.

Avec l’introduction et la conclusion, Hérétiques comporte 20 chapitres dont voici les titres d’abord en anglais puis en langue française :

1.  Introductory Remarks on the Importance of Orthodoxy
 2.  On the Negative Spirit
 3.  On Mr. Rudyard Kipling and Making the World Small
 4.  Mr. Bernard Shaw
 5.  Mr. H. G. Wells and the Giants
 6.  Christmas and the Esthetes
 7.  Omar and the Sacred Vine
 8.  The Mildness of the Yellow Press
 9.  The Moods of Mr. George Moore
 10. On Sandals and Simplicity
 11. Science and the Savages
 12. Paganism and Mr. Lowes Dickinson
 13. Celts and Celtophiles
 14. On Certain Modern Writers and the Institution of the Family
 15. On Smart Novelists and the Smart Set
 16. On Mr. McCabe and a Divine Frivolity
 17. On the Wit of Whistler
 18. The Fallacy of the Young Nation
 19. Slum Novelists and the Slums
 20. Concluding Remarks on the Importance of Orthodoxy


1. Remarques préliminaires sur l’importance de l’orthodoxie.
2. De l’esprit négatif.
3. De M. Rudyard Kipling et du monde rapetissé.
4. M. Bernard Shaw.
5. M.H.G. Wells et les géants.
6. Noël et les esthètes.
7. Omar et la vigne sacrée.
8. La timidité de la presse jaune.
9. Les états d’âme de M. George Moore.
10. Les sandales et la simplicité.
11. La science et les sauvages.
12. Le paganisme et M. Lowes Dickinson.
13. Celtes et celtophiles.
14. De certains écrivains modernes et de l’institution de la famille.
15. Des romanciers mondains et des gens du monde.
16. De M. Mc Cabe et d’une frivolité divine.
17. De l’esprit de Whistler.
18. Les prétendues jeunes nations.
19. Les bas-fonds et leurs romanciers.
20. Observation finale sur l’importance de l’orthodoxie.


Dès les premières lignes, à la première page du livre, Chesterton pose clairement le problème. Aujourd’hui, l’hérétique se vante de l’être alors que jadis il prétendait être le seul à posséder la vérité. Même dans l’erreur, le critère restait le vrai. Aujourd’hui, en 1905, c’est l’inverse qui s’est imposé : l’erreur se revendique comme telle et réclame ses droits.
« Rien ne trahit plus singulièrement un mal profond et sourd de la société moderne, que l’emploi extraordinaire que l’on fait aujourd’hui du mot « orthodoxe ». Jadis l’hérétique se flattait de n’être pas hérétique. C’étaient les royaumes de la terre, la police et les juges qui étaient hérétiques. Lui il était orthodoxe. Il ne se glorifiait pas de s’être révolté contre eux ; c’était eux qui s’étaient révoltés contre lui. Les armées avec leur sécurité cruelle, les rois aux visages effrontés, l’État aux procédés pompeux, la Loi aux procédés raisonnables, tous comme des moutons égarés. L’hérétique était fier d’être orthodoxe, fier d’être dans le vrai. Seul dans un désert affreux, il était plus qu’un homme : il était une Église. Il était le centre de l’univers ; les astres gravitaient autour de lui. Toutes les tortures arrachées aux enfers oubliés n’auraient pu lui faire admettre qu’il était hérétique. Or il a suffi de quelques phrases modernes pour l’en faire tirer vanité. Il dit avec un sourire satisfait : « je crois que je suis bien hérétique », et il regarde autour de lui pour recueillir les applaudissements. Non seulement le mot « hérésie » ne signifie plus être dans l’erreur, il signifie, en fait, être clairvoyant et courageux. Non seulement le mort « orthodoxie » ne signifie plus qu’on est dans le vrai ; il signifie qu’on est dans l’erreur. Tout cela ne peut vouloir dire qu’une chose, une seule : c’est que l’on ne s’inquiète plus autant de savoir si l’on est philosophiquement dans la vérité. Car il est bien évident qu’un homme devrait se déclarer fou plutôt que de se déclarer hérétique. »

Pour écouter (en anglais) l'intégralité de l'introduction : ICI.

(À suivre…)
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22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 15:22
Nous avons publié ces derniers jours la préface d’Henri Massis à l’édition française d’Hérétiques. Ce livre ne sera connu du public français, dans une traduction intégrale, qu’à partir de 1930, c’est-à-dire après la parution de la version française d’Orthodoxie qu’elle précède normalement dans l’édition anglaise. Les deux livres, en effet, se suivent et le second n’est finalement qu’un approfondissement du premier. Cependant, à l’époque, ceux qui s’intéressaient à Chesterton, surpris et éblouis par cette pensée si radicalement différente, en avaient déjà lu des extraits dans l’essai du Père de Tonquédec (G.K. Chesterton, ses idées et son caractère, Beauchesne, 1926). Hérétiques est publié par Chesterton en 1905, quelques mois après Le Club des métiers bizarres (voir ICI et ). Cette fois, l’auteur abandonne le roman et se jette à corps perdu dans l’essai… polémique. Il est âgé de 31 ans et, avec une sorte d’ardeur juvénile, associée à de fortes certitudes, il va attaquer l’élite intellectuelle du moment. Ses cibles ne sont rien moins qu’impressionnantes. Qu’on en juge : Kipling, H.G. Wells ou G.B. Shaw, pour n’en citer que quelques-uns. Il fallait au jeune journaliste et écrivain une santé robuste pour provoquer la bagarre et se jeter ainsi dans la bataille.
Que reproche-t-il à ces écrivains ? Tout simplement d’être des hérétiques. Déjà, à l’époque, le mot sonne mal et sent son odeur d’inquisition. Pourtant, Chesterton n’hésite pas. Il utilise le terme, et dans une raison très précise : au nom de la défense de l’orthodoxie.
Le premier chapitre de cet essai majeur dans l’itinéraire de l’écrivain annonce, en effet, Orthodoxie. Il s’intitule : « Introductory Remarks on the Importance of Orthodoxy ». La mesure de l’hérésie sera clairement cette orthodoxie qui forme, en fait, le véritable sujet du livre. On a fini par l’oublier, du moins en France, d’abord à cause de Chesterton lui-même, de son style et du plan de son livre. Mais on a aussi fini par l’oublier parce qu’Orthodoxie, venant après Hérétiques, semble à lui tout seul développer ce thème. Or, ce n’est pas le cas. Dans l’un et l’autre cas, ce qui est en jeu, c’est bien l’orthodoxie – c’est-à-dire le fait positif, la vérité – et non d’abord l’hérésie. Chesterton utilise en quelque sorte une méthode pédagogique en frappant les esprits par l’accusation d’hérésie lancée envers certains écrivains et penseurs de renom. Il ne sera obligé de s’expliquer plus profondément et de se justifier en quelque sorte qu’une fois Hérétiques paru, alors qu’on lui demandera des comptes  sur son propre système de pensée.
En 1905, les choses n’en sont pas encore là. Il semble à Chesterton que son illustration de l’orthodoxie par l’attaque des hérétiques sera suffisante. On remarquera d’ailleurs que le dernier chapitre du livre répond directement au premier, pour enfoncer le clou : « Concluding Remarks on the Importance of Orthodoxy ».
Mais, au fait, qu’est-ce qu’être un hérétiques pour Chesterton ? Il l’explique, notamment, dans ce passage consacré à son ami Bernard Shaw :
« Je ne m’intéresse pas à M. Bernard Shaw comme à l’un des hommes les plus brillants et les plus honnêtes qui soient, je m’intéresse à lui comme à un hérétique dont la philosophie est parfaitement solide, parfaitement cohérente, et parfaitement fausse. J’en reviens aux méthodes doctrinales du XIIIe siècle, dans l’espoir d’aboutir à quelque chose ».
Passons sur le fait que G.B. Shaw est clairement présenté comme un hérétique. Le plus surprenant dans ce passage se trouve dans l'affirmation de la nécessité de revenir à la philosophie et à la théologie du moyen âge. En pleine période scientiste, alors que l’on croit au salut de l’humanité par les découvertes scientifiques, Chesterton s’offre le luxe – y a-t-il d’autres mots ? – d’indiquer que la solution se trouve finalement dans la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin ou dans les écrits de saint Bernard. Il faut repartir en quelque sorte de cette époque afin de parvenir à des résultats plus bénéfiques pour l’humanité que ceux qui découlent de la rupture de la Renaissance. Il approfondira d’ailleurs ce thème, en 1933, dans son Saint Thomas d’Aquin, lorsqu’il écrira :
« Nul ne comprendra la magnificence du treizième siècle s’il n’y voit une floraison de nouveautés issues d’une chose vivante : ce par quoi il surplombe de haut ce que nous appelons la Renaissance qui ne fut qu’une résurrection de choses mortes issues d’une tradition morte. Le treizième siècle est une Naissance et non une Renaissance, qui ne copie pas ses temples, sur des tombeaux et ne réveille pas les dieux endormis dans l’Hadès. Cette Naissance crée une architecture aussi neuve que nos constructions modernes ; en fait, elle demeure la seule architecture moderne. Elle fut suivie, lors de la Renaissance, par une architecture antique. En ce sens, la Renaissance mérite le nom de Rechute. Quoi que l’on pense de la haute nef dressée par le thomisme, elle n’était pas une rechute. Elle était l’équivalent du prodigieux travail qui a dressé les flèches inimitables. Le fondement de l’une et de l’autre était ce Dieu qui a renouvelé la face de la terre. »


(à suivre…)
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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 00:12

Suite et fin du texte d'Henri Massis, présentant Hérétiques lors de sa première édition dans la collection du Roseau d'or, aux éditions Plon :


Par « orthodoxie » Chesterton entendait alors la théologie chrétienne « dont le Credo des apôtres est le sommaire » ; il réservait encore la question de savoir à quel siège appartenait la primauté : il allait y répondre, quelques années plus tard, en se convertissant au catholicisme romain. Mais il avait déjà beaucoup d’idées catholiques et, de son propre aveu, sa manière de voir, en somme, a peu changé :
« Le catholicisme, dit-il, nous apporte une doctrine. Ce n’est pas seulement une autorité ecclésiastique, c’est aussi une base qui sert à établir le jugement. » Voilà ce que le polémiste avait entrevu au vif de l’action contre les « hérétiques » ; ne mettant ses idées à l’épreuve, il en avait senti l’efficace. Cette même vérité qui lui avait servi à se garder à gauche, à se garder à droite, n’était-elle pas, selon apparence, la Vérité ?
Hérétiques venant après Orthodoxie, l’expérience pouvait être récusée. Orthodoxie suivant Hérétiques est l’irréfutable témoignage d’une haute conquête spirituelle qui a été atteinte par les humbles voies ouvertes à chacun.
Henri Massis.
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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 00:07
Henri Massis reprendra une grande partie de son introduction, que nous publions en plusieurs parties, pour former le chapitre consacré à Chesterton dans son livre De l'homme à Dieu (NEL, collection Itinéraires) paru en 1959. Preuve qu'il n'avait pas changé d'avis sur Chesterton.


Parce qu’il a devant lui des écrivains, des artistes, des poètes, des inventeurs de fables et de figures, certains seraient tentés de ne croire qu’à un jeu d’escrime. Mais Chesterton met l’art, la poésie, le roman, parmi les choses grandes et qui ne sauraient, sans déchoir, éluder ce qui fait leur grandeur. Demander à un artiste quelle est sa philosophie, exiger qu’il en ait une, n’est-ce pas la plus noble façon d’honorer son art et sa personne ? Ce serait singulièrement mépriser un auteur que de traiter sans sérieux ce qu’il nous donne comme le fruit de sa méditation, le trésor de son âme. Priver une œuvre de ses conséquences, c’est frustrer un écrivain de son acte, c’est se conduire à son endroit de manière humiliante. Comment croire, sans lui faire injure, qu’un homme qui publie des livres veuille être pris pour quelqu’un qui n’a rien à nous dire ? La gratuité de l’art n’est tout de même pas si gratuite qu’elle rabaisse l’artiste au rôle de chien savant, et il serait suprêmement discourtois de lui faire le succès qu’on accorde à ces animaux bien dressés. Quand nous disons d’un auteur que nous l’aimons ou que nous le détestons pour les idées qu’il exprime, nous donnons de notre sentiment la plus digne des raisons et nous lui apportons le plus nobles des témoignages ; car s’il nous a convaincu, ce ne peut être que pour ses convictions ; si nous le rejetons, ce ne peut être que pour les nôtres et parce que nous les trouvons meilleures : du même coup, nous avons le droit et le devoir de combattre les siennes. Tel est le code de l’honneur intellectuel que pratique Chesterton : il entre en lice avec ses idéaux, ses croyances, ses buts, enivré de les sentir solides, joyeux de les affirmer, avec force, de mettre à mal ceux qui le contredisent, car il lui a suffi qu’ils eussent l’impudence de soutenir une philosophie contraire à la sienne pour qu’il flairât en eux l’hérésiarque.
Au siècle de l’art pour l’art, tant de bon sens et de raison devait passer pour une attitude étrangement paradoxale. Mais Chesterton ne méprise rien tant qu’un pur paradoxe, une défense ingénieuse de ce qui est indéfendable. Disons plutôt que sa nouveauté consistait à revenir, par un sûr instinct, aux « méthodes doctrinales du treizième siècle, dans l’espoir d’aboutir à quelque chose ». Ce quelque chose, ce fut Orthodoxie. En s’imaginant qu’il était seul debout, face à l’adversaire, il était, en réalité, soutenu par toute la chrétienté, l’arme qu’il croyait être la sienne ne lui appartenait même pas ; les coups décisifs que portait cette arme enchantée, il lui fallut bien reconnaître qu’il ne devait à son audacieuse personnalité que de les donner trop souvent à tort et à travers. Et, lorsqu’au terme du combat on exige qu’il nomme sa philosophie, force lui est de répondre avec une humble déconvenue : « Je ne l’appellerai pas ma philosophie, car je ne l’ai pas faite. Dieu et l’humanité l’ont faite et elle m’a fait moi-même ». Les aventures extraordinaires de G.K. Chesterton à la poursuite de l’évidence, voilà Orthodoxie.
« Je confesse librement, dit-il, toutes les ambitions idiotes du dix-neuvième siècle. J’ai essayé, comme tant d’autres petits garçons solennels, d’être en avance sur mon époque. Comme eux, j’ai essayé d’être de quelque dix minutes en avance sur la vérité. Et j’ai trouvé que j’étais dix-huit cents ans en arrière. J’ai haussé ma voix avec une exagération péniblement juvénile en émettant mes vérités. Et j’ai été puni de la façon la plus appropriée et la plus risible, car j’ai gardé mes vérités, mais j’ai découvert non pas qu’elles n’étaient pas des vérités, mais qu’elles n’étaient pas miennes… Il se peut, le ciel me pardonne, que j’aie essayé d’être original, mais je n’ai pas réussi qu’à inventer par mes propres moyens une copie inférieure des traditions existantes de la religion civilisée… Je m’ingéniais à trouver une hérésie originale et, quand j’y eux mis les derniers soins, j’ai découvert que c’était l’orthodoxie. »

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11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 01:02
Suite de la longue introduction d'Henri Massis à l'édition française d'Hérétiques.



Ce serait, en fait, se méprendre,car dans l’ordre du temps, comme dans l’ordre de la pensée, Hérétiques a précédé Orthodoxie. Rien de plus révélateur de la démarche et du rythme d’un tel esprit. Faire table rase d’abord, construire ensuite ; vaincre avant de légiférer, voilà toute la méthode de Chesterton. Méthode inductive et concrète qui ne quitte jamais la ligne du réel ; alors même qu’il voyage au pays des fées, qu’il semble folâtrer parmi les lutins, qu’il s’égare dans un club anarchiste ou dans un temple de Babylone, il est à la recherche d’une éthique humaine, d’une humble vérité qui nous serve à mieux vivre. Aussi la reconnaissance et l’investissement des positions « hérétiques » devaient devancer son adhésion à l’« orthodoxie ». C’est à redresser avec une violence allègre les gens qui pensent de travers qu’il s’est avisé de la façon de penser droit ; c’est en renversant les idoles  du subjectivisme et du déterminisme, de l’anarchie et de la tyrannie, c’est en dirigeant ses coups contre l’humanitarisme sentimental et le culte inhumain du Surhomme qu’il s’est avisé de la trempe de l’arme qu’il tenait en main et qu’il avait saisie, il le reconnaît lui-même, quelque peu à l’improviste.
Qu’était G.K. Chesterton lorsqu’il engagea ainsi le fer contre les plus notoires de ses contemporains, les Wells, les Bernard Shaw, les Kipling ? C’était un homme de gauche, dirions-nous. Journaliste et critique aux libérales Daily news, libéral lui-même, indépendant par goût, polémiste par vocation, poète et artiste, de surcroît. Doué d’une intuition merveilleuse, d’une étonnante jeunesse de regard, il découvre partout dans la riche substance de la réalité ces accords admirables, ces correspondances mystérieusement apparentées qui nous relient au monde et que nous ne savons plus reconnaître. Bien décidé à jeter bas le mur maussade qui cache la splendeur de l’univers créé, il s’est fait tout de suite une belle réputation d’anarchiste et de démolisseur…
Le voilà qui se lance soudain dans une nouvelle bataille et se porte avec fougue contre tout ce qui lui paraît malsain, excessif, insincère, contre les superstitions du commun et contre le snobisme des happy few, contre tout ce qui irrite son sens inné du naturel et de l’humain, car il aime la vie, il aime l’homme, il aime la création, d’un amour qui ne les sépare pas et où il puise, comme un vin fort, son énergie et son audace. Dès l’abord, il combat pour le plaisir, par une sorte d’exubérance, de plénitude, de joie de vivre : il s’amuse et amuse le spectateur qui ne sait pas où il va. Le sait-il davantage lui-même ? Mais, au fort de l’engagement, il s’aperçoit que, pour toucher si juste et si souvent, sa virtuosité dialectique n’a pas dû lui suffire : la qualité de l’arme qu’il manie ne laisse pas de l’étonner. Un instrument de combat qui sert tout ensemble à confondre Wells et Kipling, Nietzsche et Shaw, l’athée et le puritain, le socialiste et le jingoïste, n’a-t-il pas quelque chose d’enchanté ? Et peu à peu l’on sent s’affermir la confiance de l’escrimeur, plus sûr de sa lame que de sa propre science.
Il va désormais plus avant, il pousse au centre de toutes les contradictions, cherchant à atteindre l’essentiel sous la circonstance, l’éternel sous le transitoire, bien décidé à ne se contenter de rien, si ce n’est de tout. Que veut-il et quelle passion le mène ? Sous son allure paradoxale, et alors qu’il semble tracer en l’air de surprenantes arabesques, on lui découvre une étrange gravité. Que demande-t-il à l’adversaire en le saluant ainsi de son arme ? Qu’il engage, dans le défi, sa foi, ses idéaux, sa conception de l’univers. Il ne lui permet pas d’échappatoire, il ne lui cède pas un pouce de terrain ; il vise droit à la tête et au cœur, car il s’agit d’un duel où la valeur ultime de la vie humaine est en cause ; et, par là, il manifeste l’importance et la dignité du combat.

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