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12 juin 2008 4 12 /06 /juin /2008 00:12

Importante l'année 1904 ? Oui pour Chesterton car c'est l'année de la parution de son roman Le Napoléon de Notting Hill. On ne résumera pas ici l'histoire du Napoléon, roman qui a déconcerté lors de sa parution, non seulement à cause de la thèse qu'il illustre, mais aussi parce que si l'introduction se situe en… 1984, l'action des trois derniers chapitres se déroule en… 2004. On l'aura compris, Chesterton a composé son roman à la fois comme un roman d'anticipation et comme un roman du temps présent et d'un temps passé – le moyen âge.
 
Au-delà de ces différents aspects, Chesterton illustre ici son attachement au patriotisme local ou ce que nous avons appelé le "patriotisme des petits espaces", refus de l'État moderne et du totalitarisme collectiviste. Il s'attaque directement à l'impérialisme britannique, accepté alors par nombre de ses concitoyens comme une évidence mathématique et confondu avec le patriotisme. Pendant la Seconde Guerre contre les Boers, Chesterton et Belloc (auquel Le Napoléon est dédié) avaient pris position contre la guerre par contestation de cet impérialisme. Leur soutien aux Boers reposait sur le fait que ceux-ci agissaient par patriotisme et légitime défense. On
retrouve ces aspects dans Le Napoléon.

Mais Le Napoléon est d'abord l'histoire rocambolesque de la défense de la souveraineté d'un quartier de Londres. L'humour est
sans cesse mobilisé ainsi que les paradoxes. Pointe déjà également la critique des idées modernes et des penseurs du moment, que l'on trouvera l'année suivante dans Hérétiques. Les savants, les spécialistes, les apôtres du retour à la nature, les socialistes, les scientistes ou les végétariens y sont dénoncés, à travers un récit loufoque, à la construction un peu difficile au point de départ, comme si Chesterton avait eu du mal à prendre son élan.
Reste que ce premier roman illustre parfaitement l'écrivain Chesterton et qu'il est une bonne porte d'entrée pour découvrir son œuvre romanesque.




Le livre est toujours disponible dans sa traduction française (Jean Florence). Il a été réédité en 2001, dans la collection L'Imaginaire/Gallimard (n° 435). Dans cette édition, le livre comporte 246 pages. Il avait déjà connu une réédition en 1980, dans la collection "Du monde entier", toujours chez Gallimard. La première édition française date de 1912, pour les Éditions de la "Nouvelle revue française", située alors 35&37 rue Madame à Paris. Imprimé sur papier épais, l'ouvrage contient 282 pages, vendu alors au prix de 3 francs 50. L'édition française a ignoré les illustrations.
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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 00:02
Nous avons évoqué jusqu’ici les premiers livres de Chesterton, entre 1900 et 1903. Nous continuons en abordant l’année 1904 et la parution de deux ouvrages : une étude sur le peintre G.F. Watts et un roman, Le Napoléon de Notting Hill. Rappelons que l’année précédente, Chesterton faisait paraître sa  première biographie qui était aussi son premier véritable livre, écrit en tant que tel et non pas une collection de textes divers (voir ICI).
G.F. Watts est le livre d'un homme qui est lui-même un artiste ou qui, pour le moins, a reçu une éducation artistique lors de son passage à la Slade School. Ce livre dans lequel Chesterton évoque "la spirituelle et symbolique histoire des couleurs" paraît en mars 1904, avec 37 reproductions du peintre. Dans l'édition américaine éditée par Rand, McNally & Company, l'ouvrage contient 146 pages. Il ne semble pas avoir été traduit en français.
Mais le grand livre de cette année-là, c'est Le Napoléon de Notting Hill. Il est publié le 22 mars à la Bodley Head Ltd, par l'éditeur John Lane. Le dépot légal sera effectué ou du moins daté du 22 avril 1904. Selon Max Ribstein, le livre comporte 290 pages dans sa première édition, en raison des caractères utilisés. L'édition américaine de la même année (John Lane Company, New York) est de 301 pages, avec les sept illustrations de W. Graham Robertson ainsi que la carte des batailles (voir ci-dessous), présentes dans l'édition anglaise.
Le Napoléon est organisé en cinq livres, composé chacun de trois chapitres.





Livre I

1- Remarques préléminaires sur l'art de prophétiser
2- L'Homme à l'habit vert
3- La colline de l'humour

Livre II
1- La Charte des cités
2- Le conseil des prévôts
3- Un lunatique fait son entrée

Livre III
1- De l'état d'âme d'Adam Wayne
2- Le remarquable M. Turnbull
3- L'expérience de M. Buck

Livre IV
1- La bataille des Réverbères
2- Le correspondant du "Journal de la Cour"
3- La grande armée de South Kensington

Livre V
1- L'Empire de Notting Hill
2- La dernière bataille
3- Deux voix

Le livre est dédié à Hilaire Belloc à travers un poème de cinq strophes de huit vers. En voici la première et la dernière strophe dans la traduction donnée par Jean Florence pour Gallimard :

"Pour chaque ville, pour tout endroit,
Dieu fit les étoiles spécialement.
Les enfants les regardent d'un air effaré,
Les voyants prises dans les branches d'un arbre.
Vous avez vu la lune du haut des dunes du Sussex,
Une lune de Sussex que nul encore n'avait explorée;
Celle que je vis était urbaine,
C'était le plus grand des réverbères de Campden Hill.



(…)

Loin de vos plateaux ensoleillés,
J'ai vu la vision : Les rues que je suivais,
Ces rues droites et éclairées fuyaient, et rejoignaient
Les rues étoilées qui vont vers Dieu.
Cette légende d'une heure épique,
Enfant, je la rêvai, et je la rêve encore
Sous le grand et gris Château-d'Eau
Qui, dressé sur Campden Hill, atteint les étoiles".



Le Château d'Eau est un élément central de ce roman, lieu d'une bataille épique et grandiose. Dès la première page de son autobiographie, Chesterton évoque Kensington et la colline de Campden puisque la chapelle Saint-George dans laquelle il fut baptisé se trouvait face à ce Château-d'Eau. G.KC. précise à ce sujet : "Je n'entends attacher aucune signification spéciale à une relation possibles entre les deux édifices; je vais plus loin : je nie avec indignation que cette église ait été choisie tout exprès parce qu'il fallait toute la pression des eaux de la banlieue ouest pour faire un bn chrétien du petit enfant que j'étais".
N'empêche ! Chesterton précise bien que "la haute tour du réservoir était appelée à jouer un rôle dans la vie".
À suivre…


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10 juin 2008 2 10 /06 /juin /2008 12:46
vous auriez reçu, dans son intégralité, le texte dont nous publions ci-dessous un extrait. Une petite page historique sur le voyage de Chesterton aux États-Unis en 1930. Merci à Daniel Hamiche pour sa collaboration active et efficace.


Le texte qu’on va découvrir en partie ci-dessous, traduit pour la première fois en français, est extrait du chapitre XXIX de l’ouvrage Notre Dame : One Hundred Years, du P. Arthur J. Hope, C.S.C. (1896-1971), qui passa l’essentiel de son existence entre les murs de la University of Notre Dame (Indiana) où il enseigna notamment la philosophie de 1927 à 1931 puis de 1934 à 1939. L’ouvrage connut une première édition en 1943 (elle marquait le centenaire de l’institution fondée en 1842 par le P. Édouard Sorin, un Français membre de la Congrégation de la Sainte Croix) puis une seconde en 1948. Le chapitre XXIX de l’ouvrage couvre l’histoire de l’Université pour les années 1929 à 1934.



« Le groupe Chesterton arriva à Notre Dame dans la soirée du [samedi] 4 octobre 1930. La série de conférences commença le lundi [6] suivant. Le vendredi 10, dans la soirée, le stade [1] fut officiellement inauguré. L’équipe de la Navy était venue pour le match d’inauguration, et le P. O’Donnel avait fort à s’occuper avec elle. Il avait dit à Johnny Mangan, le chauffeur de l’Université, de s’occuper des Chesterton, de veiller à ce qu’ils puissent pénétrer dans le stade et que M. Chesterton ait bien un siège sur l’estrade où seraient prononcés les discours. L’assistance était d’au moins 20 000 personnes, et quand les étudiants virent la formidable corpulence de Chesterton s’avançant vers l’estrade ils se mirent à l’ovationner frénétiquement : « Ça c’est un homme ! Mais quel homme ! Ça c’est un gars de Notre Dame ! ». Chesterton, inquiet, apostropha Mangan : « Je crois qu’ils sont en colère ! ». « En colère ?, s’exclama Mangan, doux Jésus, mais ils sont en train de vous acclamer ! ». D’où un accès de rire et de crachouillis qui saisit Chesterton à un point tel qu’il faillit s’en étouffer.
Cet automne était déchaîné, plongé dans l’excitation née de la présence d’une autre équipe du championnat et de la visite de Chesterton, le campus traversait une période difficile pour sa dignité. Les étudiants affrontaient une belle désorganisation mais pleine de réjouissance. Et puis il y avait cet homme, de près de trois cents livres, qui, réfléchissant à quelques savoureux apartés, commençait à glousser ce qui faisait se tordre de rire l’assistance avant même d’avoir commencé à dire ce qu’il avait à dire, la mettant en état de constante bonne humeur. La moindre des surprises n’était pas que de cette montagne musculeuse et au large sourire, ne sortait qu’un mince filet de voix. L’écouter exigeait un effort constant mais cet effort était largement récompensé. Quand il revint de quelques jours passés au Canada (c’était à l’époque de la Prohibition), il s’excusa de n’avoir pas eu une voix en meilleur état. Il évoqua plus tard ses conférences de manière très désolée, disant qu’elles avaient été « infligées à des gens qui ne m’avaient jamais fait aucun mal (…). Un effort aussi douloureux qu’atroce de demeurer honnête quant à la controverse sur l’évolution lorsqu’on s’adresse aux étudiants de Notre Dame (…) dont rien n’a été conservé sinon qu’un étudiant coucha au milieu d’une page de son carnet immaculé la phrase : “Darwin fit beaucoup de mal” » [2].
Les étudiants aimaient à se rassembler à la porte ouest du Washington Hall avant la conférence, rien que pour voir Chesterton s’extirper de la limousine de Johnny Mangan. C’était une opération qui n’exigeait pas peu de temps et d’efforts. La porte s’ouvrait et l’énorme masse d’une large cape en tissu commençait à frétiller puis opérait des mouvements de va-et-vient à la porte de la voiture. Le silence était à couper au couteau pendant de longs moments, après quoi il n’était rien moins que surprenant d’entendre une ovation comme celle qui salue le lancement réussi d’un navire de guerre. Un soir, le P. O’Donnell invita tout le corps enseignant à rencontrer les Chesterton lors d’un dîner-buffet. Chesterton était assis là, berçant sur ses vastes genoux la fragile tasse à thé dans sa soucoupe – des genoux si vastes qu’on aurait pu y faire tenir les sept plats d’un banquet –, et manifestant sa politesse aux petits groupes qui l’approchaient.
Quand la série de conférences fut achevée, les enseignants et les étudiants furent convoqués à une réunion spéciale dans l’après-midi du 5 novembre 1930, en l’honneur de Chesterton pour lui conférer un doctorat [honoris causa] de droit. Après la citation à l’ordre du jour qui fut lue par le P. [Earl Thomas] Carrico [3], le P. O’Donnell pria Chesterton de dire quelques mots. Entre autres choses, le nouveau docteur déclara :
«
Je me souviens de mon premier débarquement (…) Tout me semblait extraordinairement étranger, bien que je découvrisse très vite quel peuple généreux forment les Américains. Je n’ai pas ressenti du tout cela quand je suis revenu en Amérique pour la seconde fois. Si vous voulez savoir pourquoi mon sentiment fut différent, c’est en raison du nom de votre Université. Ce nom se suffit à lui-même pour ce qui me concerne. Et peu importe qu’il fut situé sur les montagne de la lune. Partout où elle a élevé ses piliers, les hommes sont chez eux, et je savais bien que je n’y trouverais pas d’étrangers » [4] ».


*


[1] Ce stade de football américain remplaça l’ancien Terrain Cartier inauguré en 1889 et qui pouvait recevoir 30 000 spectateurs. Il fut inauguré le 10 octobre selon le P. Arthur J. Hope, C.S.C., ou le 11 suivant d’autres sources, par un match entre l’équipe des Fighting Irish Football de Notre-Dame et celle de la Navy. En vérité, un premier match s’était déjà déroulé sur ce terrain flambant neuf le 4 octobre précédent, qui opposa l’équipe de Notre Dame à celle de la Southern Baptist University, la première écrasant la seconde par 24 à 14. Dans sa configuration de l’époque, le stade pouvait recevoir 54 000 spectateurs assis.
[2] Citation tirée de The Autobiography of G. K. Chesterton, Sheed and Ward, New York, 1936, p. 233.
[3] Né en 1898 et décédé en 1977, il était enseignant à Notre Dame, mais on ignore son statut exact.
[4]  Ces remarques ont été reproduites dans le Notre Dame Alumnus (organe des anciens étudiants de l’Université) IX (1930-1931), p. 108.







Reproduction interdite sans autorisation. Merci de votre compréhension.
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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 19:31


Voici quelques dessins extraits de The Coloured lands, un livre publié en 1938, deux ans après la mort de Chesterton, chez Sheed and Ward. L'ouvrage est illustré par les dessins de Chesterton. Une vraie merveille.













































































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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 19:17


Nous continuons ici notre petit historique concernant la parution des histoires mettant en scène le père Brown, après avoir signalé dans une première partie la parution du premier recueil (voir
ICI).
Aucune histoire du Father Brown ne paraît en 1912. C'est à partir de 1913 que Chesterton reprend la plume et publie les histoires du prêtre-détective dans un nouveau support : The Pall Mall magazine. La production n'est plus aussi systématique qu'en 1910 et 1912, période pendant laquelle les histoires paraissaient au rythme d'une par mois. Pour 1913, nous avons donc :

Mars : The Absence of Mister Glass (L'absence de monsieur Glass);
Pour écouter (en anglais) :
ICI
Mai : The Purple Wig (Le perruque pourpre);
Pour écouter (en anglais) : ICI
Juin : The Head of Cesar (La tête de César);
Pour écouter (en anglais) : ICI
Juillet : The Strange crime of John Boulnois (L'étrange crime de John Boulnois);
Pour écouter (en anglais) : ICI
Août : The Paradise of Thieves (Le paradis des voleurs);
Pour écouter (en anglais) :
ICI
Septembre : The Man in the passage (L'Homme dans le passage);
Pour écouter (en anglais) : ICI
Octobre : The Mistake of the machine (L'Erreur de la machine).
Pour écouter (en anglais) : ICI

Plusieurs mois vont passer avant que Chesterton ne replonge le Father Brown dans de nouvelles aventures. L'année 1914 est particulièrement difficile pour l'écrivain qui tombe gravement malade. Pendant cette année historique, nous avons donc :

Juin : The Perishing of the Pendragons (Le naugrage des Pendragon);
Pour écouter (en anglais) : ICI
Juillet : The Salad of Colonel Craig (La salade du colonel Craig);
Pour écouter (en anglais) : ICI
Août : The Duel of Docteur Hirsch (Le duel du docteur Hirsch);
Pour écouter (en anglais) :
ICI
Septembre : The God of the Gongs (Le Dieu des Gongs).
Pour écouter (en anglais) : ICI

Toutes ces nouvelles forment un nouveau recueil, The Wisdom of Father Brown, qui paraît en octobre 1914, chez Cassel and Co. Il paraît en 1915 à New York chez l'éditeur John  Lane.
Chesterton y a ajouté une autre histoire, publiée pour la première fois dans ce recueil. Il s'agit de The Fairy Tale of Father Brown (Le Conte de Fées du Père Brown). Pour écouter (en anglais) :
ICI
Traduit en français par Yves André, l'ouvrage paraît chez Gallimard sous le titre de La Sagesse du Père Brown. Il est inclus dans le volume Détective du Bon Dieu, publié toujours chez Gallimard en 1954. Il est également présent dans le volume Omnibus qui vient de paraître.
Signalons encore l'édition en Folio, n° 1656, en 1985 pour le recueil complet et en Folio 2 (n° 4275), sous le titre Trois enquêtes du Père Brown, qui comprend L'absence de Monsieur Glass; Le Paradis des voleurs et Le naufrage des Pendragon. Enfin l'histoire
L'Homme dans le passage se trouve dans le volume publié en Livre de poche (n°8740), en volume bilingue, sous le titre The Secret of Father Brown/Le secret du père Brown (1991).



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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 20:17
Nous avons publié récemment un lien vers une des traductions françaises du Saint Thomas d'Aquin de Chesterton. Il faut signaler aussi qu'il en existe une autre, celle d'Antoine Barrois, paru aux éditions DMM en 1977. Cette traduction est toujours disponible, sous le titre de Saint Thomas du Créateur.
L'original en anglais a une histoire qui mérite que nous en disions quelques mots. Il est dédié  à Miss Dorothy E. Collins, la secrétaire de Chesterton. Ce n'est pas sans raison.
Elle a raconté que Chesterton a d'abord écrit d'un trait la première moitié de l'ouvrage. Plus exactement, selon son habitude, il l'a dictée à sa secrétaire. Puis il s'est arrêté et il a alors dit à Dorothy Collins :
– Je veux que vous alliez à Londres m'acheter des livres.
– Quels livres ?, a alors demandé la dévouée secrétaire.
– Je ne sais pas ! a répondu Chesterton.

De ce fait, il a écrit à Mgr O'Connor pour lui demander une liste des ouvrages les plus importants concernant saint Thomas d'Aquin. Une fois en sa possession, Chesterton a lu ces livres et a recommencé à dicter la fin de l'ouvrage.


Voici ce qu'en disait l'éminent historien de philosophie médiévale,
Étienne Gilson, de l'Académie française:

« Je le considère [Saint Thomas d'Aquin par Chesterton] comme étant,sans comparaison possible, le meilleur livre jamais écrit sur saint Thomas. Rien de moins que le génie peut rendre compte d'un tel accomplissement. Tout le monde admettra sans aucun doute qu'il s'agit d'un livre "brillant", mais peu de lecteurs qui ont passé vingt ou trente années à étudier saint Thomas d'Aquin, et qui ont, peut-être, eux-mêmes publié deux ou trois volumes en la matière, ne pourront manquer de percevoir que la soi-disant "vivacité" de Chesterton a humilié leur érudition. Il a deviné tout ce qu'ils avaient essayé de démontrer, et il a dit tout ce qu'ils avaient plus ou moins maladroitement essayé d'exprimer par des formules académiques. Chesterton fut un des penseurs les plus profonds qui aient jamais existé; il était profond parce qu'il avait raison; et il ne pouvait pas s'empêcher d'avoir raison; mais il ne pouvait non plus s'empêcher d'être modeste et charitable. Aussi laissait-il ceux qui pouvaient le comprendre reconnaître qu'il avait raison et qu'il était profond. Auprès des autres, il s'excusait d'avoir raison et compensait le fait d'être profond en étant spirituel. C'est tout ce qu'ils voient en lui. »

Gilson avait déjà dit son admiration pour
Greybeards at Play et Orthodoxy qu'il voyait comme le meilleur livre d'apologétique du siècle. Après avoir lu le Saint Thomas de Chesterton, il avait également déclaré : « Chesterton fait mon désespoir. J'ai étudié saint Thomas toute ma vie et je n'aurais jamais pu écrire un tel livre ».

Sur Étienne Gilson, voir la notice de
l'Académie Française le concernant.

D'après Georges Allaire, auquel nous devons cette traduction d'un texte écrit en anglais, Étienne Gilson ne fut pas le seul "thomiste" à reconnaître les qualités du travail de Chesterton sur saint Thomas. D'après son fils Thomas De Koninck, ce fut aussi  le jugement du philosophe thomiste Charles De Koninck. de l'Université Laval à Québec, un philosophe profondément respecté outre-Atlantique pour les générations d'étudiants qu'il a formées. Pour mesurer, la place de ce philosophe méconnu en France, j'ai placé en fin d'article une notice à son sujet. Concernant le Saint Thomas de Chesterton, Georges Allaire croit savoir que Jacques Maritain l'avait aussi en estime. Il faut ajouter également que le père Gillet, maître-général des Dominicains, recommanda chaleureusement cet ouvrage à ses confrères.


Annexe :
Charles De Koninck, d'après une notice de la télévision québecoise :
Charles De Koninck (Thourout, 1906 - Rome, 1965), lui-même fils d'un entrepreneur en construction flammand, était un grand philosophe aristotélicien, thomiste, qui a travaillé sur la logique, la philosophie naturelle, les mathématiques, la métaphysique, la théologie, l'éthique et la philosophie politique. Arrivé à Québec en 1934, à l'invitation de l'université Laval qui voulait consolider sa faculté de philosophie, il s'avéra un personnage marquant. Pendant 31 ans, il enseigne la philosophie de la nature à Laval et de 1939 à 1956, assume la charge de doyen de la Faculté de philosophie et pour une brève période en 1965.

Internationalement reconnu, Charles De Koninck est professeur invité à l'Université nationale de Mexico en 1944 et à l'Université Notre-Dame de 1957 à 1964. Pendant 25 ans, il prononce d'innombrables conférences dans les deux Amériques et dans plusieurs pays d'Europe. Il est décédé subitement le 13 février 1965 à Rome où il participait à une sous-commission du Concile Vatican II. Sa disparition fut unanimement déplorée dans la presse québécoise. À cette occasion, un journaliste soulignait l'influence que Charles De Koninck avait exercée auprès de ses proches tout comme parmi ses adversaires, lesquels ne pouvaient nier, écrivait-il, qu'il avait "fortement contribué à élever le niveau des études philosophiques" au Québec.

"L'homme avait de la carrure, une étonnante érudition, une rare capacité de travail et le don, plus rare encore, de captiver un auditoire étudiant par ses exposés, même les plus abstraits." Ses prises de position dans le cadre des discussions autour de Vatican II avaient quelque peu ébranlé l'opinion québécoise dans ses convictions religieuses. Dans une société qui repensait son système scolaire, il s'était prononcé en faveur de l'école neutre. Selon lui, les parents agnostiques n'avaient pas simplement le droit, mais le devoir "de faire tout ce qu'ils peuvent [...] afin d'obtenir pour leurs enfants, aux frais de la société civile, l'institution d'une école non-confessionnelle". Ce devoir leur incombait s'ils pensaient que l'enseignement religieux était nuisible à l'idéal qu'ils concevaient pour leurs enfants et s'ils croyaient que, dans une école confessionnelle, ceux-ci "allaient être exposés à des influences contraires à leur bien". (cité dans L'Immigration des Belges au Québec, André Vermeirre, p. 99) Considéré comme un des bâtisseurs de l'Université Laval moderne, on baptisa de son nom un des plus importants pavillons du campus de l'Université Laval. L'important fond d'archives Charles-De-Koninck se trouve au Centre Jacques-Maritain à l'Université Notre-Dame d'Indiana et comprend une importante correspondance philosophique.


Pavillon Charles-De-Koninck, Université Laval

Dynastie universitaire

D'ailleurs, la renommée de Charles De Koninck faisait de sa grande maison du Vieux-Québec, au 25 de la rue Sainte-Geneviève, (classé depuis monument historique) un lieu de fréquentation des personnalités des mondes universitaire, scientifique, intellectuel et politique.

L'écrivain Antoine de Saint-Exupéry visita les De Koninck en 1942. Son fils, Thomas De Konick était alors âgé de huit ans. "À l'invitation de Charles de Koninck, Saint-Exupéry était venu prononcer une conférence à Québec. Thomas De Koninck a conservé les bribes de quelques moments vécus avec Saint-Exupéry: "Un grand gaillard. C'était l'aviateur. Un bonhomme attachant, qui s'intéressait à nous, les enfants. Il nous faisait des avions en papier, des dessins. […] Il aimait les énigmes mathématiques." L'année suivante, Saint-Exupéry publiait Le Petit Prince. Et selon la légende locale, il se serait inspiré du petit De Koninck, qui avait les cheveux blonds bouclés et posait beaucoup de questions. M. De Koninck refuse cependant cette interprétation: "Le Petit Prince, c'est Saint-Exupéry lui-même". Sur ce point, la plupart des ouvrages savants s'entendent. Pour Thomas De Koninck cette rencontre est un agréable souvenir d'enfance, 'nimbé' par les printemps qui l'en séparent." (Impact Campus, 26 septembre 2000).


 

Soulignons pour les lecteurs français que Charles De Koninck fut l'inspirateur de ceux qui fondèrent en 1969 l'Institut libre de philosophie comparée (IPC). André Clément, qui en fut le premier doyen, fut, en effet, un élève de Charles De Koninck. Site de l'IPC.




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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 00:37
Attention, il ne s'agit pas d'un véritable film mais d'un montage. La voix, en revanche, est bien celle de Chesterton, récitant, The Woman in the Forest, une partie de son célèbre poème : La Ballade du Cheval blanc. Le son pourrait venir de la BBC pour la radio canadienne et dater de 1935.

THE WOMAN IN THE FOREST


Thick thunder of the snorting swine,
Enormous in the gloam,
Rending among all roots that cling,
And the wild horses whinnying,
Were the night's noises when the King,
Shouldering his harp, went home.

With eyes of owl and feet of fox,
Full of all thoughts he went;
He marked the tilt of the pagan camp,
The paling of pine, the sentries' tramp,
And the one great stolen altar-lamp
Over Guthrum in his tent.






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2 juin 2008 1 02 /06 /juin /2008 00:31
Quand un dessin vaut tous les discours. Vous voulez savoir qui était l'écrivain Gilbert Keith Chesterton ? La réponse, la voilà :




La phrase du jour :

« Trouver laid un visage parce qu’il exprime puissamment une âme différente de la nôtre équivaut à se plaindre de ce qu’un chou n’a pas de jambes. Si nous nous laissions aller à un tel reproche, le chou serait en droit de nous faire remarquer, avec une certaine sévérité, mais non sans apparence de logique, que nous ne sommes pas de beaux légumes ».
Le Défenseur

Bonne semaine

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 00:35
Un très bon connaisseur québecois de Chesterton, Georges Allaire, également traducteur de l'écrivain., me signale que le célèbre livre de G.K.C. sur saint Thomas est disponible sur le site Docteur angélique, à l'adresse suivante : http://docteurangelique.free.fr/index.html

Le site Docteur angélique est consacré entièrement à l'Aquinate et c'est une belle communauté de connaisseurs qui travaillent à rendre accessible cette œuvre si ample et qui mérite tant de sortir des bibliothèques. On ne peut que saluer ce travail et féliciter les responsables du site d'avoir accueilli le livre de Chesterton sur saint Thomas que certains pourraient être tentés de mépriser un peu vite.

La rencontre Chesterton/Saint Thomas d'Aquin est celle de deux géants, aussi volumineux peut-être l'un que l'autre. L'un passe pour un esprit rationnel, presque étroit, sans chaleur, ni poésie. L'autre évoque un volcan en perpétuelle ébullition, laissant courir son imagination pour nourrir un flot poétique sans interruption. En fait, les deux hommes, malgré leurs réelles différences, sont certainement plus proches qu'on ne le pense. Il ne faut pas avoir lu les hymnes de saint Thomas pour l'imaginer sans poésie. Il ne faut pas avoir lu les essais de Chesterton pour le croire sans philosophie, prisonnier d'une imagination débordante.
Publié en 1933, son Saint Thomas est un chef-d'œuvre. Chesterton n'entend pas présenter la philosophie et la théologie de saint Thomas, mais plutôt l'homme lui-même. Le livre commence d'ailleurs avec beaucoup d'humilité :

« Ce livre est sans prétention. Il souhaite uniquement donner un regard rapide sur un personnage de l'histoire qui mérite d'être mieux connu. Il aura atteint son but s'il amenait des gens qui n'ont guère connu S. Thomas d'Aquin à s'informer à son sujet auprès de meilleurs livres. Cette approche a des implications.
Premièrement, l'histoire s'adresse surtout à des gens qui ne sont pas de même religion que S. Thomas, et qui peuvent s'intéresser à lui comme je pourrais moi-même m'intéresser à Confucius ou à Mahomet. La nécessité de le présenter à des étrangers m'oblige conséquemment à le situer par contraste à des façons de penser étrangères. Si je présentais brièvement l'amiral Nelson à des étrangers, je devrais détailler de nombreux faits que nombre d'Anglais connaissent et omettre plusieurs détails que nombre d'Anglais aimeraient connaître. Mais il me serait difficile de faire une narration émouvante et vivante de Nelson en cachant le fait qu'il guerroya contre les Français. Pareillement, on ne saurait guère présenter S. Thomas sans mentionner qu'il a combattu des hérétiques, bien que ce fait puisse gêner le but même de ce récit. J'espère seulement, et j'ai confiance, que ceux qui me considèrent comme un hérétique ne me blâmeront pas d'exprimer mes propres convictions, ni surtout celles de mon héros.
Il n'y a qu'un point où cette question affecte la courte narration qui suit. En effet, j'y exprime une fois ou l'autre ma conviction que le schisme [protestant] du seizième siècle était en réalité une révolte retardée des pessimistes du treizième siècle. C'était un remous du vieux puritanisme augustinien contre la largesse aristotélicienne. Sans cette observation, je ne saurais situer le personnage historique dans l'histoire. Cependant, le tout n'est pas offert comme un paysage avec des figurants mais plutôt comme un seul personnage sur ce fond de paysage.
Deuxièmement, une pareille simplification ne me permet pas de dire beaucoup plus que ce philosophe avait une philosophie. Je n'ai pu offrir que quelques échantillons de cette philosophie. Et il me sera impossible de traiter adéquatement de sa théologie. Une dame que je connais prit un livre de commentaires de textes choisis de S. Thomas et glana le sujet bellement annoncé comme "La simplicité de Dieu". Quand elle déposa le livre, elle dit avec un soupir: "Si c'est là sa simplicité, je me demande bien quelle est sa complexité." J'éprouve un grand respect pour cet excellent livre de commentaires thomistes, mais je ne souhaite pas que mon livre soit pareillement abandonné au premier coup d'oeil avec pareil soupir. M'est avis qu'une biographie est une introduction à la philosophie du personnage et que la philosophie est une introduction à sa théologie, et je ne saurais mener le lecteur au-delà de la première étape de cette démarche. Troisièmement, je n'ai pas cru nécessaire de tenir compte des critiques qui se jouent du public de temps en temps en reproduisant des paragraphes de démonologie médiévale afin d'horrifier les lecteurs modernes par le truchement d'un langage méconnu. Je prends pour acquis que les gens cultivés savent que Thomas d'Aquin et ses contemporains, de même que tous ses adversaires pendant des siècles, croyaient en l'existence des démons et autres faits similaires. Si je n'ai pas choisi d'en traiter ici, c'est que ce fait ne contribue pas à dresser un portrait distinctif de l'homme. En effet, les théologiens protestants et les théologiens catholiques étaient d'un commun accord sur de tels sujets durant les centaines d'années pendant lesquelles il existait une théologie, et S. Thomas n'y tenait pas de positions remarquables, sinon par leur modération. Je n'ai pas évité ceci dans un but de cachotterie, mais seulement parce que ça n'apporte rien au personnage que je souhaite révéler. Il y a déjà si peu de place pour sa vaste forme dans un cadre aussi exigu. »

Comme beaucoup d'autres, ce livre a une histoire qui révèle bien Chesterton. Nous en reparlerons prochaine. En attendant, bonne lecture sur le site du Docteur angélique.


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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 00:49
Comme l'a indiqué le Figaro littéraire du jeudi 29 mai dans son article consacré à Chesterton, Alec Guinness (et non Guiness comme nous l'avons écrit à plusieurs reprises par erreur) a interprété le rôle du Father Brown pour le cinéma. Mais il ne fut pas le seul comme nous l'avons déjà signalé dans un précédent message (cf. ICI). Sir Kenneth More a interprêté lui aussi le petit héros de Chesterton dans une  série de treize épisodes, produits par Sir Lew Grade pour ATV et diffusée aux États-Unis. Les épisodes en question sont :
  1. The Hammer of God (26 septembre 1974) Titre français : Le Marteau de Dieu (CPB)
  2. The Oracle of the Dog (3 octobre 1974)  Titre français : L'Oracle du Chien (IPB)
  3. The Curse of the Golden Cross (10 octobre 1974) Titre français : La malédiction de la croix d'or (IPB)
  4. The Eye of Apollo (17 octobre 1974) Titre français : L'Oeil d'Apollon (CPB)
  5. The Three Tools of Death (24 octobre 1974) Titre français : Les trois instruments de la mort (CPB)
  6. The Mirror of the Magistrate (31 octobre 1974) Titre français : Le miroir du magistrat (SePB)
  7. The Dagger with Wings (7 novembre 1974) Titre français : La dague ailée (IPB)
  8. The Actor and the Alibi (14 novembre 1974) Titre français : L'actrice et l'alibi (SePB)
  9. The Quick One (21 novembre 1974) Titre français : L'homme éclair (ScPB)
  10. The Man with Two Beards (28 novembre 1974) Titre français : L'homme aux deux barbes (SePB)
  11. The Head of Caesar (5 décembre 1974) Titre français : La tête de César (SaPB)
  12. The Arrow of Heaven (12 décembre 1974) Titre français : La flèche du ciel (IPB)
  13. The Secret Garden (19 décembre 1974). Titre français : Le Jardin secret (CPB)
CPB = La Clairvoyance du Père Brown; IPB = L'Incrédulité du Père Brown; SePB = Le Secret du Père Brown; ScPB = Le Scandale du Père Brown; SaPB = La Sagesse du Père Brown.

Quelques autres films de Kenneth More :

La Bataille d'Angleterre   (1969) (Capitaine Baker)
  Battle of Britain
 
Le Jour le plus long   (1962) (Capitaine Colin Maud)
  The Longest Day
 
Coulez le Bismarck !   (1960) (Capitaine Jonathan Shepard)
  Sink the Bismarck!
 
Scrooge   (1970) (le fantôme des Noëls actuels)
 
Le Dernier train du Katanga   (1968) (Docteur Reid)
  The Mercenaries
 
L'Obsédé   (1965) ((non crédité))
  The Collector
 
Aux frontières des Indes   (1959) (Capt. Scott)
  North West Frontier
 
La Blonde et le Shérif   (1958) (Jonathan Tibbs)
  The Sheriff of Fractured Jaw
 
Vainqueur du ciel   (1956) (Douglas Bader)
  Reach for the Sky
 
Ne me quitte jamais   (1953) (Steve Quillan)
  Never Let Me Go
 
Le Voyage Fantastique   (1951) (Dobson, le co-pilote (non crédité))
  No Highway

Voici un nouvel extrait de son interprétation de Father Brown.



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