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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 15:40
Suite du Forum catholique, sur le mode blog, il y a Agoramag, le blog. On y trouvera la reproduction d'un bel article de Joël Prieur sur Anouilh. Chesterton/Anouilh, pas de rapport ? Non effectivement ! Sinon notre passion pour les grands écrivains. Et notre remerciement pour avoir cité notre petit blog.
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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 08:18

Décidément, le petit Père Brown est un chanceux. Après l'Intégral Omnibus, il a le droit aux honneurs de la « Petite bibliothèque Ombres », chez l'éditeur du même nom. Ce dernier vient, en effet, de publier le premier volume de la célèbre série policière de G.K. Chesterton, en lui restituant son titre d'origine « L'Innocence du Père Brown ». Par un caprice qui appartient bien à l'édition française, ces premières histoires de celui que Chesterton compare dans son autobiographie à une « quenelle authentique du Suffolk », ont été rassemblées sous le titre de La Clairvoyance du Père Brown.
De « clairvoyance », assurément Father Brown n'en manque pas, lui qui parvient à résoudre des énigmes qui semblent défier le sens commun ou qui arrive à pièger des voleurs ou des assassins par la simple force d'un raisonnement qui sait prendre en compte la complexité de la nature humaine.  Mais de « l'innocence » à la « clairvoyance », il y a comme le passage de l'état profond d'un être à une simple qualité, certes utile, mais qui ne saurait définir à elle seule et profondément la personne dont il s'agit.
Cette « innocence », Chesterton ne l'a certainement pas choisi par hasard. Elle semble découler de l'état sacerdotal du personnage qui regarde le monde et son drôle de théâtre à travers les lunettes de la grâce, laquelle transcende l'aspect chétif et quelconque d'un héros qui, au fond, s'appellerait en français l'abbé Brun. Banal.
Cette « innocence » est aussi une sorte de réponse à un autre détective, scientiste et moderne, né de l'imagination de Sir Arthur Conan Doyle. On l'aura compris, il s'agit de Sherlock Holmes.  Or s'il existe bien une antithèse du héros de Baker Street, au plan des idées comme de la méthode, c'est bien l'insignifiant prêtre catholique, dont on ignore tout ou presque.
On en trouvera la preuve dans ce petit recueil qui reprend la traditionnelle traduction d'Émile Cammaerts, revue, complétée et annotée ici par Paul Choleau. Un très bon travail bibliographique et des notes permettent de bien entrer dans ces histoires de Father Brown.
De format « poche », le volume est sobre et tient bien en main. L'illustration de couverture est celle de la première édition anglaise de L'Incrédulité du père Brown (1926). Un ouvrage de 12 €.
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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 00:12

On pourra découvrir ci-dessous la bande annonce du deuxième volet du Monde de Narnia, adapté au cinéma par Andrew Adamson. Le Monde de Narnia est une interprétation cinématographique des Chroniques de Narnia de C.S. Lewis.
Pourquoi en parler sur ce blogue consacré à Chesterton ? Pour au moins deux raisons.

1°) Lewis communie à la morale des Elfes exposée par Chesterton dans Orthodoxie (Voir ici). Il appartient à ces cohortes d'écrivains dont les idéaux sont proches de ceux de Chesterton et dont nous entendons bien parler sur ce blogue. Le monde de Chesterton ou des amis de Chesterton n'est pas un univers fermé sur lui-même, mais entend bien s'ouvrir à ceux qui, à leur manière, vont dans la même direction.
2°) Dans le chemin de conversion de C.S. Lewis vers un retour à la foi chrétienne perdue dans son enfance, Chesterton a représenté une étape importante. En lisant The Everlasting Man (en français, L'Homme éternel, disponbile aux éditions DMM), le créateur du monde de Narnia a été profondément influencé par les arguments de Chesterton en faveur d'une compréhension chrétienne de l'histoire du monde. Dans sa très belle auobiographie spirituelle, Surprised by Joy (en français, Surpris par la Joie, éditions Raphaël), C.S. Lewis écrit :
"Puis je lus The Everlasting Man de Chesterton, et, pour la première fois, je vis les grandes lignes chrétiennes de l'histoire exposées sous une forme qui me parut sensée. Je réussis, tant bien que mal, à ne pas être trop ébranlé. Vous vous souviendrez que j'avais déjà jugé que Chesterton était l'homme le plus sensé du monde, 'son christianisme excepté'. Maintenant je crois vraiment, pensais-je alors (je ne le formulais pas; les paroles en auraient révélé l'absurdité), que le christianisme est très sensé, 'si l'on excepte le christianisme qu'il contient'.

Pour en savoir davantage sur l'auteur et Les Chroniques de Narnia, nous vous invitons à vous procurer :
Le Monde de Narnia décrypté par Philippe Maxence, Presses de la Renaissance, 240 pages, 18 €. Un livre très accessible.
À commander à votre libraire ou, à défaut :
Librairie catholique
Amazon
Fnac



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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 00:00
Les Contes de l’arbalète, traduits par Gérard Joulié, tirent un peu dans un autre sens que les livres que nous avons présentés jusqu'ici. Un peu, car tout se tient finalement chez Chesterton, beaucoup plus, en tous les cas, que ne le disent certains critiques. Nous entrons, ici, sous la forme romanesque, dans la pensée politique et sociale de l’auteur d’Orthodoxie.
Mais pourquoi l’arbalète ? La réponse est donnée par l’un des héros de ces huit contes : « Si j’utilise l’arbalète, répondit Pierce d’un air digne, c’est parce que c’est une arme chargée de souvenirs héroïques et propre à être bandée par un yeoman d’Angleterre. Avec quelle autre arme pourrions-nous tenter de rétablir une yeomanry ? ».

La question est donc posée. À travers cette défense du paysan propriétaire, G.K.C. entame une critique du monde moderne dans sa version politique. En détruisant l’ancien ordre social, construit à base de communautés, d’enracinement, de responsabilité et de propriété, la modernité n’a laissé que l’individu nu, sans attache, ni protection, en proie aux pirateries modernes que sont le pouvoir de l’argent et de la propagande. Que l’on se rassure ! Résumés ainsi, les thèmes chestertoniens sont mornes et sans couleurs. Dans Les Contes de l’arbalète, ils prennent vie et sang, s’agitent et bougent. Pour la constitution de la Ligue de l’arbalète, Chesterton joue sur le double sens de « yeoman », qui indique à la fois le paysan propriétaire et le citoyen mobilisable pour défendre sa terre. Il s’agit bien ici de combattre pour la notion chrétienne de la propriété privée et de se liguer pour la restauration d’une société rurale.
Il y a quelque chose de plaisant dans cette référence à l’arbalète puisque chaque chapitre de cette histoire rocambolesque est une flèche, mieux, un carreau, tiré contre le monde moderne, ses pompes et ses œuvres, dans un délicieux éclat de rire permanent. On me demande parfois où trouver des écrits politiques de Chesterton. On s’imagine l’auteur d’Orthodoxie, penché sur son grimoire, élaborant un système complexe politico-social sous arrière-fond théologique.
Il y aurait pu y avoir de cela, mais alors Chesterton n’aurait pas été Chesterton. Si certains de ces ouvrages sont plus directement politique – mais à sa manière, qui a de quoi déconcerter dès la première ligne tout cartésien qui se respecte –, il faut aller chercher sa pâture dans plusieurs de ses romans.
Ici, à travers la constitution de la Ligue de l’arbalète,  l’histoire de ses folies et de ses amours, Chesterton aborde ses thèmes de prédilection :
– la défense de la petite propriété;
– l’exaltation d’une société rurale et paysanne anti-industrielle (thème que l’on retrouve chez Tolkien, mais exploité d’une autre manière);
– l’apologie du mariage monogame, fidèle, fondé sur un solide réalisme enveloppé d’idéaux chevaleresque.
Voilà pour la face sud, le versant positif de l’édifice chestertonien dans ce roman.
Face nord, Chesterton ne se prive pas de dénoncer, également, avec une sorte de vision au regard de notre propre monde :
– l’hygiéniste moderne;
– la propagande que représente la publicité;
– la confiscation de la démocratie par une clique oligarchique et ploutocratique;
– et même, la guerre menée contre le cochon, élevé par l’auteur au rang de symbole de toute une civilisation.
Autant de bonnes raisons de lire ce livre en allant prendre ainsi un pinte de bonne humeur au service de bonnes idées.

Publié dix ans avant la mort de l’écrivain, en 1925, sous le titre Tales of the Long Bow, ce roman avait déjà bénéficié d’une traduction française, publiée à l’Age d’homme, sous le titre Le Club des fous. La nouvelle traduction, réalisée par Gérard Joulié, qui signe également un excellent avant-propos, est agréable et nerveuse. Elle sert bien le texte, même si on s’étonne de trouver au passage une remarque sur la « démocratie participative » (p. 54), absente de l’original anglais.
Du Club des fous aux Contes de l’arbalète, on peut s’interroger sur les motivations qui ont transformée un club en conte et des fous en arbalète. Ceux qui auront l’audace de s’engager dans la lecture de ce roman pour entretenir leur « santé mentale » (grand thème chestertonien, s’il en est !), comprendront très vite que ces deux titres ornent à merveille les couvertures d’une même histoire et qu’ils auraient très bien pu servir de sous-titre à l’une ou l’autre version.
À découvrir donc et à déguster. Sans modération aucune.

Les contes de l’arbalète, 190 pages, 18€

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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 00:48
On ne peut évoquer décemment Chesterton sans parler du père Brown. Et là, la bonne nouvelle d’un retour de G.K.C. dans l’édition française, se transforme en « très bonne nouvelle ». Le père Brown ? Ceux qui ne le connaissent pas encore doivent absolument se procurer le volume Omnibus (4) des histoires de ce petit prêtre qui a vu le jour en 1910 dans les colonnes de The Storyletter. Et les autres ? Ils feront de même.
Pour plusieurs raisons. D’abord, parce que cette édition est un évènement en soi. De
puis le recueil Gallimard de 1954, le père Brown, qui ne fut jamais vraiment absent de l’édition française (on l’a même édité pour France Loisirs), n’avait plus occupé une place aussi importante. Ensuite, parce que cet intégral propose des traductions nouvelles ou révisées, accompagnées de trois histoires inédites et de deux articles de Chesterton sur sa conception du roman policier. Enfin, parce qu’il faut saluer la qualité de la postface de Francis Lacassin, véritable étude des « Father Brown’s stories » et qui mériterait une édition à elle seule.
Le père Brown symbolise la quintessence de la pensée de Chesterton. Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet et Francis Lacassin en donne une juste synthèse. Il faudrait peut-être y ajouter le fait que le père Brown représente l’humilité, souvent désarmante, face à ces montages humains que sont les crimes.
Volontiers combatif et polémiste, Chesterton a été un chantre de l’humilité, peut-être même avant de l’être du christianisme orthodoxe. Ou plutôt, son attachement à cette petite vertu, si peu moderne, l’a conduit, à sa manière, jusqu’à la défense des dogmes reçus. C’est-à-dire jusqu’à montrer que l’acceptation des dogmes religieux était la plus belle manière d’être parfaitement homme. N’est-ce pas lui qui écrit dans Hérétiques : « L’humilité, c’est ce qui renouvelle éternellement la terre et les étoiles. C’est l’humilité et non le devoir qui préserve les étoiles du mal, du mal impardonnable d’une démission fortuite ; c’est grâce à l’humilité que les cieux éternels ont gardé pour nous leur fraîcheur et leur immensité ». Là où G.K.C. élève l’humilité au rang de vertu de restauration de l’homme, le père Brown l’incarne pour résoudre des histoires policières. Ce faisant, il dénoue pour le lecteur l’une des énigmes les plus importantes auquel l’homme est confronté, roman policier ou pas : son attirance simultanée vers le mal et vers le bien.
Pourtant, on se demandera qui est véritablement Chesterton ! Les dates – naissance en 1874 et mort en 1936 – ne sont que des repères. Sa vaste bibliographie – près d’une centaine de livres – que les cailloux d’un Petit Poucet vers le mystère d’une personne et d’un auteur. Bien avant que Brasillach n’utilise la formule de « fraternels adversaires », Chesterton l’a incarnée avec ses amis-adversaires, Wells et Shaw. Ce glouton de la vie a embrassé tous les genres littéraires sans exception. Pendant des années, sa défense du christianisme a caché sa difficulté à se convertir au catholicisme, au point de transpirer à grosses gouttes lors de sa première communion, tellement émerveillé du mystère qu’il recevait à l’âge de 48 ans. Don Quichotte du catholicisme anglais dans un corps de Sancho Pança, Chesterton fut aussi le prince du paradoxe. Et justement ! Paradoxe suprême : on dit que pour une fois c’est la créature (le père Brown) qui a converti le créateur (Chesterton). L’image est plaisante, certainement exagérée. Elle indique pourtant une des caractéristiques de ce « géant de la littérature », salué à sa mort par le pape Pie XI du titre de « défenseur de la foi » : un homme qui avait retrouvé son regard d’enfant au point de contempler dans la simplicité quotidienne les traces de Dieu. Un miracle, en somme !


Les Enquêtes du Père Brown, Omnibus, 1216 pages, 28€
Ce livre contient : La Clairvoyance du Père Brown; La Sagesse du Père Brown; L'Incrédulité du Père Brown; Le Secret du Père Brown; Le Scandale du Père Brown (de la page 7 à la page 1040).
En outre, il propose trois nouvelles isolées :
– Le Vampire du village;
– Le masque de Midas;
– L'affaire Donnington
(de la page 1041 à la page 1099).
Il offre également deux articles de Chesterton sur le roman policier :
– Plaidoyer pour les romans policiers (A defense of Detective Stories, extrait du Defenseur);
– L'art d'écrire une histoire policière (How to write a Detective Story, extrait du GK's Weekly du 17 octobre 1925)
(de la page 1101 à la page 1113).
Enfin, la très remarquable étude de Francis Lacassin, version, sauf erreur de ma part, reprise et augmentée d'une introduction déjà parue à plusieurs reprises. Intitulée Le détective de l'autre côté du miroir, il s'agit dans cette version d'une véritable étude sur le Père Brown et Chesterton. Remarquable !
(de la page 1115 à la page 1196).
Outre un sommaire (page 5), le recueil contient également un index alphabétique des nouvelles. (de la page 1197 à la page 1203).

Un livre à se procurer absolument.

Le site de l'éditeur qui contient plusieurs trésors :
ICI
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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 12:23
Pour le centenaire d'Orthodoxy et The Man Who Was Thursday, plusieurs manifestations sont organisées dans le monde sous l'égide du "G.K. Chesterton Institute for Faith and Culture" et "The Chesterton Review". Voi .

En Italie, tout d'abord, sur le thème Chesterton and Orthodoxy, à Rome (le 14 juin), à Vérone (le 15 juin) et à Milan (le 16 juin). Voir ici
En Australie, ensuite, sur le thème "Redeeming the Culture : the reforming vision of G.K. Chesterton", à Sydnez, du 30 juin au 2 juillet.
En Amérique latine, avec des rencontres pendant tous les mois d'octobre, consacrées au centenaire d'Orthodoxy et The Man Who Was Thursday, le 16 octobre, à Sao Paulo, au Brésil; le 17 octobre à Rio de Janeiro, Brésil encore, du 20 au 22 octobre à Buenos Aires, en Argentine et le 24 octobre à Santiago du Chili.
Enfin, rendez-vous à Londres pour le centenaire d'Orthodoxy le 8 novembre prochain.

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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 00:00


Non, ce n'est pas une blague ! Et, pourtant, il faut bien l'admettre, Chesterton a eu les honneurs du quotidien fondé par Jean Jaurès et tombé dans l'escarcelle du Parti com
muniste français.
Fondateur avec son ami Hilaire Belloc du courant distributiste (pour plus de renseignem
ents, voir ici), une approche anglo-saxonne de la doctrine sociale de l'Église, Chesterton se montrait adversaire résolu aussi bien du capitalisme libéral que du socialisme étatique. Au premier, il reprochait d'être trop peu capitaliste. C'est-à-dire de confisquer la propriété privée au profit d'un petit nombre. Au second, il reprochait également de confisquer la propriété privée, au profit cette fois de l'État, immense machine anonyme et froide, sans humanité et sans chaleur. L'idéal distributiste consistait justement à répèter sans cesse que tous doivent être propriétaire, c'est-à-dire être libre.
Chesterton consacrera entre autre un livre à ce thème avec Outline of sanity et plusieurs de ses romans font références à cette question. Adversaire du communisme, socialisme étatique et athée, Chesterton n'en estimait pas moins que le capitalisme libéral avait une lourde responsabilité dans la naissance de la revendication socialiste. Il était de fait très critique à son égard. Mais de là à en faire un compagnon de route du communisme… Son débat avec G.B. Shaw sur le socialisme montre bien sa double opposition.

C'est en 1936, au lendemain de sa mort que Chesterton apparaît en Une de L'Humanité. C'est l'époque des grèves très dures en France et de la mobilisation des forces de gauche. Malgré ce climat tendu, la mort de l'écrivain anglais ne passe pas inaperçu. L'Humanité n'hésite pas à indiquer sa disparition, en reproduisant sa photographie en Une; ce que n'avait pas fait Le Figaro. En revanche, aucun article. Le peuple de gauche est censé connaître celui qui vient de disparaître. Ou alors, le parti estime-t-il trop dangereux de donner trop d'informations sur un homme qui pourrait attirer au catholicisme la masse ouvrière en lui révélant, sur un ton enjoué, la richesse de sa doctrine sociale ? Le cas se présentera en Angleterre quelques années plus tard quand Douglas Hyde, un haut responsable de l'équivalent britannique de L'Humanité deviendra catholique à la fin de la Seconde Guerre mondiale, après avoir lu… Chesterton.
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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 00:45
 
Avec La Morale des elfes, le lecteur découvre l’un des chapitres d’Orthodoxie, un des ouvrages magistraux de Chesterton et qui vient d’atteindre ses cent ans d’existence. Traduit par Jérôme Vérain, ce texte exprime la compréhension très particulière que G.K.C. avait de la démocratie en même temps qu’il offre sa critique sans concession de la modernité, rationaliste et déterministe. On se demandera pourtant pourquoi Chesterton a tenu à se placer sous l’étendard de « la morale des elfes ».
Dans la postface qu’il a consacrée à ce texte, Jérôme Vérain en donne la raison sous le titre qu’il a retenu : « L’esprit d’enfance ». Pour Chesterton, en effet, le monde moderne est un univers ridé qui se croit encore vaillant parce qu’il recycle les eaux usées des vieilles hérésies. G.K.C. le remarque dans Orthodoxie, au chapitre précédent celui sur la morale des elfes.
Son explication ? Elle est souvent citée, mais partiellement, comme si c’était seulement un jeu avec des mots et non l’analyse profonde du drame moderne. Or Chesterton va bien à la racine de la question : « Quand un certain ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi de vieilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Nous voyons des savants épris de vérité, mais leur vérité est impitoyable ; des humanitaires uniquement soucieux de pitié, mais leur pitié – je regrette de le dire – est souvent mensongère ». Que l’on songe aux apprentis sorciers de la génétique ou à l’extravagante aventure de l’Arche de Zoé et l’on verra combien ce texte est prophétique.
La morale des elfes représente donc tout le contraire d’un monde vieilli. C’est l’apologie de l’émerveillement et de la tradition, conçue comme ce qui est commun à tous les hommes. D’où la philosophie de Chesterton résumée en une ligne : « Les choses ordinaires ont plus de valeurs que les choses extraordinaires ; bien plus, ce sont elles qui sont extraordinaires ».

Le titre d'origine de ce chapitre est The Ethics of Efland. Il a été diversement traduit. Dans la première traduction en langue française de Charles Grolleau (1923), il est proposé : "L'Éthique du pays des fées". Dans l'édition Idées/Gallimard de 1984, Anne Joba a traduit par "Les éthiques au royaume des Elfes". Jérôme Vérain a donc retenu pour sa part "La morale des Elfes".
Le chapitre de Chesterton va de la page 7 à la page 45. Le reste est composé des notes, de la postface (intéressante) du traducteur, des notes de la postface et d'une courte biographie en dates de Chesterton. Il faut féliciter le traducteur et l'éditeur de ce travail, car en peu de pages (64 pages au total), ce petit livre représente une bonne entrée en matière pour qui veut découvrir G.K.C. Il faut saluer le travail de Jérôme Vérain qui me semble être bien entré dans l'esprit de l'auteur et le féliciter pour les notes éclairantes et nécessaires pour le lecteur français du XXIe siècle. Un vrai travail d'édition.
Signalons une petite erreur, sans conséquence. Il est indiqué (P. 57) que l'autobiographie de Chesterton, L'Homme à la clef d'or est inédite en français. Or, le livre existe bien, depuis 1948 même, édité par DDB, avec une traduction de Maurice Beerblock. C'est un fort volume de 532 pages, dont beaucoup de notes explicatives.
Autre petite erreur de détail (P. 62). Les obsèques de Chesterton ne sont pas célébrées en la cathédrale de Westminster, mais dans l'église catholique de Beaconsfield. En revanche, la messe de requiem a bien été célébrée le samedi 27 juin 1936, deux semaines après la mort de Chesterton, en la cathédrale de Westminster. 2 000 personnes étaient présentes. La messe a été célébrée par Monseigneur John O'Connor (le modèle de Father Brown), assisté comme diacre par le père bénédictin Ignatius Rice. Les deux prêtres avaient reçu Chesterton dans l'Église catholique en 1922. Un autre ami, le père dominicain Vincent McNabb (voir
ici) remplissait le rôle de sous-diacre. Le panégyrique du défunt a été prononcé par un autre grand ami de Chesterton, Monseigneur Ronald Knox. Le cardinal Hinsley, archevêque de Westminster, a lu le message adressé par le cardinal Pacelli au nom du pape Pie XI.


La Morale des Elfes
, Éditions Mille et une nuits, 64 pages, 3 €
Site de l'éditeur :
.
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14 mai 2008 3 14 /05 /mai /2008 00:46
Parmi les éditions récentes de Chesterton, en France, citons Le Jardin enfumé que l'on doit aux éditions de l'Arbre vengeur. Ce petit recueil contient trois contes policiers, bien à la manière de l'auteur. L'un d'entre eux a donné le titre au livre dans son édition de 2007. Initialement paru sous le titre The Garden of Smoke (1919), ce conte est accompagné de Le Cinq de pique (The Five of Swords, 1919) et de La Tour de la trahison (The Tower of Treason, 1920). C'est sous dernier titre que le livre était déjà paru en 1977, dans la collection Marginalia, aux éditions Jacques Glénat. La nouvelle édition est bien réussie, d'un format plus agréable et d'une meilleure lisibilité.
Il est difficile de résumer de telles histoires. Il est préférable de les lire. Seulement, il faut faire confiance à l'auteur et à l'éditeur, être convaincu que l'on pourra être satisfait d'une telle découverte. L'esprit d'aventure manque le plus souvent aux lecteurs. Or, lire Chesterton, c'est souvent tenter une aventure.
L’émerveillement, l’extraordinaire sous des dehors ordinaires, c’est la clef du livre Le Jardin enfumé, admirablement préfacé par un très bon connaisseur de Chesterton, François Rivière. Au début de ce recueil de trois contes policiers, Rivière cite fort justement l’avis de Jorge Luis Borges : « Je pense que Chesterton est l’un des premiers écrivains de notre temps ». Mais François Rivière ne se trompe pas non plus quand il nous parle de G.K.C. comme d’un « grand voyant de l’invisible ». Dans les « contes » policiers de ce recueil, le lecteur côtoie effectivement un mélange de métaphysique, de mystère et d’intrigue classique, au point parfois de se demander s’il ne perd pas pied. Finalement, non, ce n’est pas le cas, car un retournement se produit. Mais il s’aperçoit alors que le romancier l’a conduit beaucoup plus loin que prévu. Et l’émerveillement, comme matériau constitutif du conte, laisse alors la place à l’émerveillement qui habite le lecteur, pareil à cette « Joie » dont parlait C.S. Lewis.
Il faut saluer le travail de l'éditeur et ne pas hésiter à aller visiter son site pour découvrir ce livre (et d'autres) : ici.
On peut aussi feuilleter quelques pages : .
Bonne nouvelle également : L'Arbre vengeur propose désormais un "badge" avec l'effigie de Chesterton (on trouve aussi Bloy et Richepin, par exemple). Plusieurs modèles existent, avec cinq couleurs différentes. Pour en savoir plus, il suffit de cliquer ici. Sinon, voici quelques informations de l'éditeur :

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"Arbre vengeur" !!!

Pour recevoir ces précieux objets (diamètre 34 mm),
merci de nous faire parvenir votre commande (avec les références
des badges convoités) accompagnée du chèque correspondant
(1,50 euros par badge + 1 euro de port) à l'adresse suivante :

Editions de l'Arbre vengeur
15 rue Berthomé
33400 Talence

N'hésitez pas à commander en vous recommandant du blogue, afin de nous faire connaître auprès de l'éditeur.

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13 mai 2008 2 13 /05 /mai /2008 00:15
La vie réserve parfois des surprises. C'est ainsi que je viens de découvrir que le groupe de heavy metal britannique Iron Maiden faisait débuter une de ses chansons, Revelations, d'une strophe d'un texte de Chesterton, "O Dieu de la terre et de l'autel". Le reste de la chanson s'inspire, en revanche, Aleister Crowley, écrivain occultiste et considéré comme sataniste.
Revelations est extrait de Piece of Mind, quatrième album d'Iron Maiden, sorti le 28 mai 1983. Le groupe entend ainsi défendre l'idée que l'homme peut se révéler à lui-même. Dans ce sens, que vient faire Chesterton ici ? Il semble que l'un des membres du groupe, voulant montrer l'opposition entre le christianisme et la religion de l'homme, se soit souvenu d'un texte de G.K.C appris à l'école.
Le plus étonnant n'est peut-être pas là, pourtant. Aleister Crowley, que Chesterton connaissait, est la seule personnalité avec laquelle il ait refusé de débattre. L'épisode a eu lieu en 1904 quand dans un article du Daily news du 24 septembre, Chesterton a critiqué le poème de Crowley, The Sword of Song. "M. Crowley, écrivait Chesterton, commence sa poèsie, je crois, avec la ferme intention d'expliquer la beauté de la philosophie bouddhiste; il connaît beaucoup de choses à ce sujet; il le croit. Mais, au fur et à mesure qu'il écrivait une chose est devenue de plus en plus forte dans son âme : la haine vivante du christianisme". À la suite de cet article, Crowley a adressé une lettre courtoise à Chesterton, lui disant qu'il tenait à le rencontrer dans un combat juste autour de cette question. Devant le refus de son contradicteur, il publiera une brochure se réjouissant de ce qu'il a interprété comme la capitulation de Chesterton.

J'indique ici le texte de la chanson d'Iron Maiden à titre informatif.


O God of earth and altar
Bow down and hear our cry
Our earthly rulers falter
Our peolple drift and die
The walls of gold entombe us
The swords of scorn divide
Take not thy thunder from us
But take away our pride
(g. k. chesterton: english hymnal)

Just a babe in a black abyss
No reason for a place like this
The walls are cold and souls cry out in pain
An easy way for the blind to go
A clever path for the fools who know
The secret of the hanged man - the smile on his lips

The light of the blind youll see
The venom that tears my spine
The eyes of the nile are opening - youll see

She came to me with a serpents kiss
As the eye of the sun rose on her lips
Moonlight catches silver tears I cry
So we lay in a black embrace
And the seed is sown in a holy place
And I watched and I waited for the dawn

The light of the blind youll see
The venom that tears my spine
The eyes of the nile are opening - youll see

Bind all of us together
Ablaze of hope and free
No storm or heavy weather
Will rock the boat youll see
The time has come to close your eyes
And still the wind and rain
For the one who will be king
The watcher in the ring
It is you




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