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12 mai 2008 1 12 /05 /mai /2008 00:00
"Dans sa relation avec mon âme, l'Église chrétienne est un maître vivant et non un maître mort. Elle m'a enseigné hier. Elle m'enseignera demain. Il m'est arrivé une fois de saisir tout à coup la signification de la forme de la croix. Il se peut que je saisisse un jour, avec la même soudaineté, la signification de la forme de la mitre. Par un beau matin, j'ai compris pourquoi les fenêtres étaient à ogive; quelque beau matin, je comprendrai peut-être pourquoi les prêtres sont tonsurés. Platon vous a révélé une part de la vérité; mais Platon est mort. Shakespeare vous a surpris par une image; mais Shakespeare ne vous surprendra plus jamais par une image. Imaginez ce que serait la vie en la compagnie de tels hommes, d'un Platon, qui, demain, vous gratifierait d'un discours original, d'un Shakespeare qui, dans la minute qui vient, ébranlerait le monde d'un seul chant. L'homme qui vit avec ce qu'il croit être une Église vivante est semblable à celui qui s'attend toujours à rencontrer demain, au déjeuner, Platon et Shakespeare. Il s'attend toujours à voir quelque vérité qu'il n'a jamais vue auparavant".
Orthodoxie
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9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 23:04
– Pourquoi ?
Pour être informé, sans effort de votre part, des nouveautés du blogue. Chaque abonné reçoit un message dans sa boite de courrier électronique lui annonçant la parution d'un nouvel article. Il peut alors aller le consulter ou non, après en avoir découvert les premières lignes.


– La lettre d'annonce ne sert-elle qu'à ce genre d'annonce ?
Non ! Les abonnés forment la communauté libre des amis de Chesterton en France. Ils auront en primeur un certain nombre d'informations. Certaines nouvelles seront également réservées aux abonnés. C'était déjà le cas de la deuxième lettre d'information. Ces dernières seront plus fréquentes dans l'avenir.


– Est-ce payant ?
Non, l'abonnement est totalement libre et sans engagement de votre part.


– Mes coordonnées risquent-elles d'être transmises ?
Non, l'hébergeur prend soin de ne pas nous révéler votre adresse complète pour que nous ne puissions pas en faire une utilisation incorrecte. Lui-même s'engage à ne pas diffuser vos adresses, notamment en vertu de la loi Informatique et liberté. Voici l'engagement de l'hébergeur :

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– Puis-je arrêter quand je veux de recevoir la Lettre d'annonce ?
Oui, en suivant la même procédure que lors de l'inscription.

– Que puis-je faire pour aider ce blogue ?

Le consulter régulièrement et le faire connaître autour de vous, comme un moyen de découvrir un géant de la littérature et du catholicisme.

– Mais plus concrétement ?
Nous n'avons pas besoin d'argent. Le mieux est donc d'encourager vos parents, amis, professeurs, les étudiants, les prêtres et toutes les personnes curieuses à s'inscrire à la Lettre d'annonce.

– Vous avez donc besoin de beaucoup de monde ?

Pas nécessairement ! Nous voulons juste partager une passion, susciter en nous tous le réveil de l'émerveillement dont Chesterton disait dans L'Homme éternel :
"À l’homme qui n’est plus capable de cet émerveillement, dont l’humeur est si morose qu’un cavalier sur sa bête n’évoque rien de plus qu’un rond-de-cuir sur son siège, il faut une cure radicale. L’homme qui prend pour une convention bourgeoise et démodée ces couples admirables que forment un homme et son cheval, la chevalerie et son esprit, l’homme pour qui la charge de son aïeul à Balaclava n’est qu’un album de photographies jaunies et poussiéreuses, est un grand malade. Non seulement le vieil album de photo, merveilleux receleur de trésors familiaux, ne l’éclaire pas, mais sa poussière l’aveugle. À un tel degré de cécité, il faut un remède proportionné, quelque chose comme l’apparition d’un cavalier de l’Apocalypse".
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9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 00:00
Dès le lendemain de la mort de Chesterton, dans son édition du lundi 15 juin 1936 donc, Le Figaro annonce la nouvelle à ses lecteurs, en Une, avec une suite, en page 3 (au total, titre compris, 2 016 signes, espaces compris). Comme dans l'article de La Croix (voir ici), on trouvera dans cette annonce du Figaro quelques erreurs. Ainsi The Crimes of England n'a pas été publié en 1905 mais en 1915, au début de la Première Guerre mondiale et The Ball and The Cross date de 1909 et non de l'année suivante. Il s'agit certainement d'une faute de retranscription d'un journaliste pressé (à cause du bouclage ?) et qui connaît mal son sujet. L'article parle d'abord d'une mort à cause d'une embolie puis de troubles cardiaques. Contrairement à La Croix, qui annonce la messe d'enterrement pour le jeudi 18 juin 1936, Le Figaro évoque la date du mardi 16 juin. Mais, surtout, le journaliste se trompe en affirmant que Chesterton s'est converti pendant la guerre. Son entrée officielle dans l'Église catholique date, en effet, de 1922.
Nous retranscrivons, ci-dessous, le texte de cet article.




Mort de G.-K. Chesterton


Londres, 14 juin – M. Gilbert Keith Chesterton vient de mourir. On le connaissait, en Grande-Bretagne sous la simple appellation de « G.K. » – tout comme Bernard Shaw sous celle de « G.B.S. » Il était né à Londres, dans le faubourg aristocratique de Kensigton, en 1874.
Chesterton fit ses premières études à l'école de Saint-Paul – l'une des plus réputées parmi les « public schools » – où, encore tout jeune, il se fit remarquer en se faisant décerner le Prix Milton, pour ses vers anglais.
Après avoir quitté Saint-Paul, il suivit les cours de la « Slade School ». Mais il ne sembla pas cependant avoir trouvé immédiatement sa vocation. Il songea, en effet, tout d'abord à se livrer à l'étude des arts, montrant des dispositions particulières pour le dessin. Il ne donna pourtant pas suite à cette idée. La facilité avec laquelle il écrivait lui permit de collaborer à plusieurs journaux et publications politiques et littéraires.
Il ne tarda pas ainsi à acquérir une grande réputation que vint couronner la publication d'une suite d'ouvrages qui firent de lui l'un des écrivains de langue anglaise les plus connus du monde entier.
L'énumération de ses livres constituerait presque à elle seule un véritable catalogue. Qu'il suffise de rappeler quelques titres : The Napoleon of Notting hill (1904), The Club of queer Trades (1905), The Ball and the Cross (1910), The Crimes of England (1905).
Pendant la guerre, M. Chesterton s'était converti de façon retentissante à la religion catholique, dont il défendit toujours vigoureusement la cause par la suite.
Outre ses ouvrages littéraires et de critique, Chesterton avait également abordé le théâtre et était un conférencier très applaudi.
C'est d'une embolie que G.K. Chesterton est mort. Il était rentré de France il y a quelques jours et presque aussitôt après son retour, il commença à éprouver les troubles cardiaques auxquels il vient de succomber.
Les funérailles seront célébrées mardi prochain à l'église catholique de Beaconsfield.
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8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 00:00
Parmi les adaptations cinématographiques du père Brown, il faut citer celle de 1954, Father Brown (extrait ci-dessous. Aux États-Unis, le film est titré : The Detective), où le rôle titre est interprété par sir Alec Guiness en personne. Le film se fonde principalement sur la première histoire, The Blue Cross (La Croix bleue), celle qui voit la première apparition de father Brown, de Flambeau et de l'inspecteur Valentin.
Dans la vie de Guiness, ce rôle ne sera pas sans conséquence, dans la mesure où il conduira l'auteur à se convertir au catholicisme. Bien que confirmé dans la foi anglicane à l'âge de treize ans, Alec Guiness se considérait comme athée. Dans ses mémoires, il a écrit que vis-à-vis des catholiques, à moins de les connaître personnellement, il éprouvait une sympathie plutôt condescendante.
C'est pendant qu'il jouait Hamlet, l'un des rôles où il eut un grand succès, qu'il rencontra un ministre anglican, première étape de son chemin vers le christianisme. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il a approfondi sa connaissance du christianisme en général et de l'anglicanisme en particulier.  Mais c'est pendant le tournage de Father Brown, dans un village en France, que Guiness a eu une expérience étonnante. Alors qu'il rentrait vers son logement, un soir, toujours habillé en prêtre, un petit garçon l'a pris pour un véritable prêtre et, lui saisissant la main, l'a accompagné. C'est à ce moment-là que l'acteur a commencé à réfléchir. Si une Église pouvait inspirer une telle confiance chez un enfant, cela voulait dire que les préjugés de Guiness n'étaient que… des préjugés, sans fondement.
Est-ce que cela a suffi à faire de Guiness un catholique ? Non, le père Brown a été une borne sur le chemin du retour à Rome. Quand son fils, Matthew, à l'âge de onze ans, a été atteint d'une poliomyélite, l'acteur a passé un pacte avec Dieu. Si son fils guérissait et qu'il voulait devenir catholique, il ne s'y opposerait pas. Ce fut le cas ! Matthew retrouva la santé, fut inscrit dans une école tenue par des Jésuites et à 15 ans déclara vouloir devenir catholique. Il en eut l'autorisation paternelle. De son côté, Alec Guiness étudia le catholicisme, buta quelque temps sur la doctrine des indulgences et de l'infaillibilité, accompagna Grace Kelly à la messe lors de tournages. Il fut reçu dans l'Église catholique par l'évêque de Portsmouth, alors qu'il se trouvait au Sri Lanka, pendant le tournage du Pont de la rivière Kwaï. Il fut d'ailleurs en relation avec un ami de Chesterton (et d'Evelyn Waugh) : Mgr Ronald Knox.


Principaux interprètes :


Alec Guinness ... Father Brown





Peter Finch ... Flambeau
Cecil Parker ... L'évêque
Bernard Lee ... Inspecteur Valentin
Sid James ... Parkinson
Gérard Oury ... Inspecteur Dubois
Ernest Clark ... Le secrétaire de l'évêque




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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 16:07
Sur le site de la République des lettre, Alberto Manguel vient de faire paraître un article consacré à Jorge Luis Borges. Et, bien sûr, il y a deux mentions sur Chesterton.
Rappelons qu'Alberto Manguel a choisi les textes de Chesterton, rassemblés dans Le Paradoxe ambulant (Actes Sud).
Pour lire ce texte sur Borges :
ici.
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6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 00:00
La parution des Enquêtes du Père Brown, en un volume de la collection Omnibus, est l'occasion d'un petit historique concernant la parution des histoires mettant en scène le petit prêtre-détective.
Héros sans âge, le père Brown aura pourtant, en septembre prochain, 98 ans !
Il voit, en effet, le jour en septembre 1910 dans les colonnes de The Storyletter, avec une première histoire intitulée The Blue Cross (La Croix bleue). Jusqu'à la fin de cette même année, le petit prêtre catholique romain (alors que son créateur est encore anglican et pour encore 12 ans…) va à la rencontre de son public.
En octobre paraît The Secret Garden (Le Jardin secret);
En novembre, The Queer Feet (Les pas étranges);
En décembre, The Hammer of God (Le Marteau de Dieu).

En 1911, la série continue :
Janvier : The Wrong shape (La mauvaise forme);
Février : The sign of the borken sword (L'Épée brisée).
Jusqu'en janvier 1927, c'est la dernière histoire publiée dans The Storyletter. Néanmoins, les histoires du père Brown ne s'arrêtent pas pour autant. On les retrouve désormais dans The Cassel's Magazine qui publie :
Février : The Invisible Man (L'Homme invisible), ce qui fait deux histoires pour février 1911;
Mars : The Eyes of Apollo (L'Œil d'Apollon);
Avril : The Strange justice (L'Honneur d'Israël Gow, titre retenu pour l'édition en recueil – The Honour of Israël Gow);
Mai : The sins of Prince Saradin (Les péchés du prince Saradine);
Juin : The flying stars (Les étoiles filantes);
Juillet : The Three tools of death (Les trois instruments de la mort).


Chesterton ne publie aucune histoire du father Brown en 1912. En revanche, il publie son premier recueil en 1911, composé de toutes les histoires réunies (cf. photo. Première édition, première impression. Prix de vente : £1,250.00. Si quelqu'un souhaite nous l'offrir…). Titre retenu : The Innocence of father Brown, édité par Cassel, à Londres et illustré par Sidney Seymour Lucas. Comme on le sait, le titre français retenu est La Clairvoyance du père Brown. Le livre a été publié par les éditions Perrin en 1914, sous le titre L'abbé Brown, avec une traduction d'Émile Cammaerts. C'est en 1919, pour la deuxième édition (356 p.), qu'il devient La Clairvoyance du Père Brown. Il a gardé ce titre depuis.
Le recueil a été depuis réédité à plusieurs reprises. Par Julliard (1970, 349 p.); Edito-Service (1974,
XXIV-341 p.); 10/18 (1983, 342 p.); Éditions du Cercle polar (2002, 267 p.); France Loisir (2002, 267 p.)
L'édition Omnibus propose la traduction d'Émile Cammaerts, révisée par Anne Guillaume et publiée toujours sous le même titre.

Quelques histoires de ce recueil ont été édité à part. C'est le cas notamment de L'Œil d'Apollon, édité en 1977 par F.M. Ricci (163 p.), avec une traduction de Jean Dutour, dans la collection La Bibliothèque de Babel, dirigée par Jorge Luis Borges. Il vient d'être réédité aux éditions du Panama.  
On trouve dans la collection biingue du Livre de poche (anglais/français), un petit recueil qui, sous le titre The Secret of Father Brown/Le secret du père Brown, propose l'une des histoires de The Innocence of Father Brown. Il s'agit de The Invisible Man/L'Homme invisible, première histoire de ce recueil. 


Enfin, les éditions de l'Ombre devraient sortir L'Innocence du père Brown, avec son titre restitué. Parution prévue : 22 mai prochain.


Pour entendre en anglais l'histoire de La Croix bleue (The Blue Cross), il suffit de cliquer
ici. Une bonne manière d'entretenir son anglais.
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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 00:00
Si Orthodoxie paraît en Angleterre en 1908, la première édition française voit le jour en 1923, un an après la conversion de Chesterton au catholicisme. La traduction est réalisée par Charles Grolleau et le livre est précédé d'une préface du père Joseph de Tonquédec, préface que l'on retrouvera ci-dessous. Comme il le signale lui-même dans son texte, le père de Tonquédec est déjà l'auteur d'un livre sur l'écrivain. Depuis plusieurs années, Chesterton le séduit et l'agace. Il n'entre pas entièrement dans ses catégories thomistes; il échappe surtout à une approche froidement cartésienne. On retrouve dans la préface de 1923 ce balancement du livre de 1920. C'est le jugement d'un théologien de l'époque que l'on découvrira donc ici.


Il est sans doute inutile de présenter G. K. Chesterton aux lecteurs français. D'excellents interprètes l'ont mis à même de se faire entendre dans notre langue, et l'on peut désormais chez nous le juger d'après nature. La traduction de son meilleur ouvrage, Orthodoxy, qui parait au lendemain de son entrée dans l'Eglise catholique, sur les frontières de laquelle il hésita si longtemps achèvera de le faire connaître et de rendre familière, dans notre république des lettres, cette pittoresque silhouette.
Orthodoxy présente d'abord l'intérêt d'être un fragment d'histoire personnelle, un relevé partiel du chemin que Chesterton, « païen à douze ans et agnostique à seize », a fait pour venir à la foi. De telles confessions sont précieuses, à condition qu'on ne les prenne pas pour des traités d'apologétique, qu'on n'essaie pas de solidifier en arguments de portée générale les phases fuyantes d'une histoire individuelle, à condition encore qu'on analyse et critique ces pièces, en se souvenant qu'elles ne disent pas tout, qu'elles ne peuvent pas tout dire, et que, surtout s'il s'agit d'un homme à idées et à système, la théorie a bien pu pétrir inconsciemment l'histoire à son image. Moyennant cette méthode, il ne sera jamais oiseux d'observer de très près les mouvements et les réactions d'une âme à l'égard de la vérité religieuse.
L'effort d'accommodation que l'esprit aura fait pour démêler les événements et leur donner leur véritable valeur ne les rendra pas moins dramatiques : on ne perd jamais rien à voir clair.
Mais d'autre part, dans Orthodoxy, Chesterton raisonne beaucoup, encore plus qu'il ne se décrit, et c'est même le plus souvent par l'allure et la qualité de son raisonnement que, sans le vouloir, il se peint le mieux. Cet ennemi de la logique “spéculative” est, comme il arrive d'ordinaire, un dialecticien fougueux. Et voici apparaître un nouvel intérêt de son livre. Orthodoxy foisonne d'idées, de vues, de théories ; il provoque perpétuellement à la réflexion et à la discussion. Dans celle forêt dense, on ne peut faire un pas sans voir pendre aux lianes entrelacées quelque fleur d'un coloris violent, quelque fruit aux formes exotiques, qui sollicitent le regard et la main : et l'on n'en sort jamais sans avoir fait butin. Comme tous les ouvrages de Chesterton Orthodoxy est un livre riche.
En dépit du titre, qu'expliquent des circonstances particulières, qu'on ne cherche donc pas ici une somme de l'orthodoxie catholique, ni même un précis de l'apologétique orthodoxe. Qu'on veuille bien se souvenir que le livre a été composé longtemps avant le « passage à Rome » de son auteur. Qu'on n'affuble pas ce gros Anglais jovial et enclin à la mystification, de la chappe des Pères de l'Eglise; quon n'érige pas ses propos abondants et savoureux en formules de théologie. Père de l'Eglise, il ne l'est ni plus ni moins que Péguy, Hello, Huysmans ou Léon Bloy : il y prétend moins qu'eux, moins surtout que le dernier, ne se souciant point de dogmatiser ex cathedra, mais jouissant du plaisir d'exposer, avec une verve furibonde, ses vues personnelles, et les donnant comme telles. Les idées qu'il jette à la volée demandent par conséquent à être criblées. Identifter la sagesse divine au caprice et l'ordre de la nature au merveilleux des contes de fées, ferrailler au nom de la foi contre la raison raisonnante et la science, faire de Jésus-Christ le patron de tous les révolutionnaires, et du suffrage universel un procédé spécifiquement chrétien, mettre dans le même casier de l'esprit la croyance au miracle et la croyance à la découverte de l'Amérique : tout cela n'est peut-être pas si « orthodoxe » que l'auteur se l'imagine. J'ai essayé ailleurs de faire ce criblage des idées fondamentales de Chesterton; il m'a semblé que, saines et robustes, pour la plupart, en leurs racines, elles s'effilent et s'étirent parfois en floraisons forcées et grêles. Je n'ai pas à reprendre ici celle discussion, que ceux qu'elle intéresserait trouveront en son lieu (1).
Je préfère redire, que, triage fait, il reste d'Orthodoxy un trésor. Quelques aspects du christianisme authentique y sont mis dans une lumière neuve et vigoureuse : en particulier ce que Chesterton appelle son « romantisme», c'est-à-dire en somme son caractère poétique, extrême, enthousiaste, infiniment éloigné des platitudes d'une religion naturelle ou rationnelle. Ceci est un apport valable à l'apologétique éternelle.
Bref, sans égaler le moins du monde Chesterton à Pascal, on peut dire qu'Orthodoxy rendra au penseur chrétien le même genre de service que les Pensées, et lui procurera un plaisir analogue. Ni d'un côté, ni de l'autre nous n'avons une complète et impeccable apologie de la religion catholique (Pascal fidéiste et janséniste est, au point de vue de l'orthodoxie, deux fois dans l'erreur). Mais de part et d'autre on  pousse à fond, avec une sorte de furie, sur les questions religieuses. Nous sommes forcés de sortir du  convenu, du banal, des points de vue routiniers, pour entrer au cœur des choses. Ce ne sont pas des thèses à souscrire en bloc, mais des idées à ruminer, des perspectives inattendues qui s'offrent à nous de toutes parts.
Chesterton, beaucoup moins dégagé des sens que Pascal, beaucoup moins « spirituel », ne nous entraîne pas vers des profondeurs aussi vertigineuses. Il ne nous donne pas le frisson de l'éternité. Avec ce bon vivant, il s'agit moins de sauver son âme des risques formidables de la vie future que d'organiser ici-bas l'existence la plus belle, la plus heureuse, la plus « romantique ». Les points de vue de Chesterton sont volontier sociaux, politiques; ce n'est pas un solitaire, un ascète, un mytique, un contemplatif, (bien qu'il estime hautement tous ces titres) : c'est un journaliste, un romancier, intimement mêlé au mouvement de son époque et de son pays, el qui entreprend violemment l'homme qu'il croise dans la rue, the man in the street : je veux dire le brave anglais moyen, qui aime la bière et le pudding et qui révère les institutions établies. C'est celui-là que Chesterton veut convertir. Il le conduit, loin des abîmes pascaliens, par un chemin à mi-côte, mais pittoresque et fertile en détours imprévus. Il lui parle avec une bonhomie malicieuse, toujours en verve, volontiers caustique, éblouissant, déconcertant, prodigue d'inventions énormes, ouvrant à l'improviste des échappées d'une exquise fraîcheur. Apologiste, à coup sûr, mais d'une espèce à part : jamais abstrait, ni grave, ni docte, .jamais superficiel non plus, ce esprit pénétrant et singulier a réalisé ce paradoxe de mettre l'humour au service de la foi.




(1) G. K. Chesterton : Ses idées et son caractère. Nouvelle Librairie Nationale.
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3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 19:02
Voici une nouvelle vidéo où l'on retrouve Chesterton. Il s'agit d'un montage de plusieurs séquences dont quelques minutes extraites de son discours au Worcester College et que j'ai déjà mis en ligne ici. Même si vous connaissez ce passage, il faut aller plus loin, pour notamment entendre Chesterton lors d'un discours en l'honneur de Kipling. Ce "toast", pendant lequel Chesterton manie l'autodérision, a été porté lors d'un voyage au Canada dans les années 30.

Dans Hérétiques, Chesterton avait évoqué à plusieurs reprises le grand écrivain impérialiste que fut Kipling. En voici un extrait :

"La première chose à dire de M. Rudyard Kipling et la plus juste, c’est qu’il a contribué brillamment à reconquérir les provinces perdues de la poésie. Il ne s’est pas laissé effrayer par l’aspect brutal ou matériel qui s’attache aux mots seuls. Il a pénétré jusqu’à la substance romanesque et imaginative des choses elles-mêmes. Il a perçu la signification et la philosophie propres de la vapeur et de l’argot. La vapeur n’est, si vous le voulez, qu’un sale sous-produit de la science, et l’argot un sale sous-produit du langage. Mais M. Kipling a été du petit nombre de ceux qui ont compris la parenté divine de ces choses, qui ont su qu’il n’y a pas de fumée sans feu, autrement dit que, partout où se rencontre la chose la plus vile, se rencontrent aussi la plus pure. Surtout il a eu quelque chose à dire, une vue définie des choses à exprimer, et cela signifie toujours qu’un homme est intrépide et regarde en face la réalité. Dès l’instant que nous avons une vue de l’univers, nous le possédons. Or, le message de Rudyard Kipling, le sujet auquel il s’est réellement attaché, est chez lui comme chez tous les hommes la seule chose qui vaille la peine qu’on s’en occupe. Il a souvent écrit de mauvais vers comme Wordsworth. Il a souvent dit des sottises comme Platon. Il s’est souvent laissé aller à la pure hystérie politique comme Gladstone. Pourtant nul ne peut douter qu’il ne veuille fermement et sincèrement dire quelque chose. Une seule question se pose : qu’a-t-il voulu dire ?"





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2 mai 2008 5 02 /05 /mai /2008 00:00
En 1901 paraît The Defendant, édité en langue française sous le titre Le Défenseur. C'est une reprise de plusieurs textes parus dans The Speaker et qui visent à prendre la défense aussi bien du patriotisme ou du non-sens que des squelettes et de bien d'autres sujets. On y découvre Chesterton tel qu'il va s'imposer. C'est un véritable feu d'artifice de paradoxes, d'intelligence et de mise à mal de ce que l'on n'appelle pas encore le « politiquement correct ».
Dans la deuxième édition du livre, il publie une « défense d'une nouvelle édition ».  Dans ce nouveau texte, Chesterton écrit : « J'ai aussi le sentiment que le titre de ce livre n'est pas exact. C'est une métaphore juridique et, juridiquement, un défenseur n'est pas un enthousiaste du caractère du roi Jean ou des vertus domestiques du spermophile; c'est un homme qui se défend, entreprise à laquelle l'auteur de ces lignes, si empoisonné que puisse être son esprit par le paradoxe, n'a certainement jamais songé ». Dans son autobiographie (1936), Chesterton se souviendra de cette époque de ses débuts et reprendra la même idée en affirmant : « Le mot “défendeur” est la seule chose dont je ne puisse pas prendre la défense ».
Mis en cause pour avoir donné l'impression d'attaquer le progrès avec The Defendant, Chesterton s'explique : « Ce qui arrête tout progrès aujourd'hui, c'est le scepticisme subtil qui chuchote à tant d'oreilles que rien n'est assez bon pour mériter d'être améliorer. Si le monde est bon, nous sommes révolutionnaires; si le monde est mauvais, nous devons être conservateur ».
Les textes du Défenseur sont courts, faciles à lire, bien que le plus souvent déconcertants. C'est un bombardement de « non-sense » typiquement british !
L'édition en langue française est suisse. Elle paraît aux éditions LUF/Egloff (Librairie de l'Université de Fribourg), avec une traduction de George-A. Garnier. L'édition comprend 143 pages.   Elle sera reprise en 1982 par les éditions de l'Age d'Homme, également installées en Suisse, qui republieront le livre en 1990.

Mieux qu'un long discours, la table des matières parle d'elle-même et de Chesterton :

Pour la défense d'une nouvelle édition (à partir de la deuxième édition)
Introduction
Défense des bergères de porcelaine
Défense de l'humilité
Défense des romans terrifiants
Défense des squelettes
Défense des vœux imprudents
Défense de la publicité
Défense de la farce
Défense du non-sens
Défense des planètes
Défense du blason
Défense de la littérature documentaire
Défense de la laideur
Défense de l'argot
Défense du culte des enfants
Défense des romans policiers
Défense du patriotisme

La qualité de ces textes feront qu'ils seront souvent repris dans des recueils Chesterton. C'est ainsi que Le Paradoxe choix de textes par Alberto Manguel (éditions Actes Sud) reproduit : Défense des romans de quatre sous (Défense des romans terrifiants dans l'édition LUF/Egloff); Défense du Nonsense; Défense de la farce, l'Introduction au Défenseur et, enfin, Défense de la publicité. Soit cinq défenses sur dix-huit !

Ironie de l'histoire : La Défense du patriotisme sera publiée par la revue Témoins, proche des milieux anarchistes, dans son numéro n°18/19 de l'automne 1957/hiver 1958. Il s'agit d'une publication trimestrielle éditée par Jean-Paul Samson à Zurich et Genève.

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1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 00:00
– Quelle est la différence entre le Christ et Satan ? 
– Elle est tout à fait simple, répondit le Highlander. Le Christ est descendu aux enfers; Satan y est tombé.
– Cela fait beaucoup de différence ? demanda le libre penseur.
– Cela fait toute la différece, dit l'autre. L'un d'eux a voulu descendre et est monté. Un Dieu peut être humble, un démon ne peut être qu'humilié.


Extrait de La Sphère et la Croix, traduction Charles Grolleau, éditions de l'Age d'Homme, 1981.
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