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28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 11:04

Dans notre précédent texte, nous avons présenté rapidement la première pièce de Chesterton, Magic, écrite et jouée pour la première en 1913. Comme nous le soulignons, elle fut jouée à Londres ainsi qu’à New York.

Or, cette pièce a également connu une adaptation française sous le titre de « Magie, comédie fantasque en trois actes ». Elle fut créée au Théâtre Pitoëff de Genève le 6 janvier 1922. La mise en scène était signée de Georges Pitoëff  (photo avec Ludmilla Pitoëff) d’après une traduction du texte de Chesterton signé Henry Church.

Le rôle du Duc était joué par Evséef, Jean Hort était dans le rôle du Révérend Smith, Henri Derville dans celui de Maurice, le neveu du Duc, Alfred Penay dans celui du magicien, Helena Manson dans celui de Patricia Carleon, Perret dans le rôle de Hastings et Dornel dans celui du docteur Grimthorpe.

Il ne faut confondre la pièce adaptée de celle de Chesterton avec Magie de Léon Chancerel et Francis Chavannes, créée le 17 octobre 1929 au Théâtre des Arts de Paris et également mise en scène par Georges Pitoëff.
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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 00:46

 

 

 

Magic ? Vous avez dit Magic ! Après Le siècle de Victoria en littérature (ici et ), il nous faut présenter maintenant cette œuvre peu connue de G.K. Chesterton. De quoi s’agit-il exactement ? De la première pièce de théâtre d’un auteur jusqu’ici connu comme essayiste, biographe, romancier, poète et journaliste. En écrivant cette pièce, Chesterton répondait – enfin ! – au vœu que lui avait exprimé son « ami-ennemi » G.B. Shaw de le voir écrire pour le théâtre. La demande de Shaw date au moins de mars 1908 et c’est à travers une lettre qu’il avait exprimé ce désir, lui disant aussi qu’il perdait son temps dans le journalisme. Sur ce point, Shaw n’avait pas tout à fait raison. Car si Chesterton a, effectivement trop, écrit, gaspillant un talent énorme, plusieurs de ses articles sont de véritables bijoux littéraires que l’on reste heureux de lire, aujourd’hui encore.

En 1913 donc, Chesterton suit donc le conseil de Shaw et écrit une pièce en trois actes, qualifiée de « fantastic comedy ». Dès le 7 novembre de la même année, la pièce est jouée au Little Theatre de Londres. Elle a été globalement bien accueillie et a connu 165 représentations ainsi qu’une autre à New York.

Le succès de cette pièce est finalement assez paradoxal. Shaw l’a tellement appréciée qu’il a demandé à Chesterton d’en écrire vite d’autres. Un autre adversaire de l’écrivain, George Moore, que Chesterton avait sérieusement critiqué dans Hérétiques n’hésitait pas à écrire une amie : « je n'exagère pas quand je dis que de toutes les pièces actuelles, c’est celle que j’aime le plus ».

Mais quel est le thème de Magic ? À travers l’histoire d’un duc qui invite à magicien à venir égayer une soirée mondaine, c’est au fond celui de la confrontation de la magie et de la folie, vieux thèmes chestertoniens s’il en est.

 

Lors de la première, les rôles furent ainsi distribués :

 

– L’étranger : Franklin Dyall

– Patricia Carleon : Miss Grace Croft

– Le Révérend Cyril Smith : O.P. Heggie

– Le Dr. Grimthorpe : William Farren

– Le Duc : Fred Lewis

– Hastings : Frank Randell

– Morris Carleon : Lyonel Watts

 

 

 

Magic de Chesterton a inspiré le film The Magician (1958) écrit et dirigé par Ingmar Bergman même s’il s’agit de deux œuvres d’auteurs aux univers très différents. Reste que Magic était l’une des pièces préférées de Bergman.

 

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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 12:19

Comme l’indique le titre de son premier chapitre, Chesterton établit que l’ère victorienne se signale par un compromis. Selon l’auteur, en effet, la littérature du XVIIIe siècle en Angleterre est profondément révolutionnaire au contraire de la politique ; une situation qui s’oppose à celle de la France où c’est la politique qui est révolutionnaire et non pas la littérature. Le raisonnement de Chesterton est assez simple : la révolution française consiste en la révolte des paysans contre l’aristocratie ; la révolution anglaise consiste en la victoire des riches contre les pauvres. Dans l’Angleterre de Victoria, la théologie puritaine, poursuit Chesterton, a été rejeté, mais les pratiques puritaines restent en place. On n’a plus la foi, mais on a gardé les mœurs. Derrière ces mœurs rigides se cache en fait une philosophie sans cœur qui est l’utilitarisme. Et c’est dans cet écart entre la théorie et la pratique que Chesterton situe le « compromis victorien ». L’utilitarisme, plutôt que ses pseudos bases scientifiques, qui explique selon lui le succès, à cette époque, de Darwin. « Darwin d’une part, grâce en particulier au puissant génie journalistique de Huxley, s’était acquis une très large audience quoiqu’une victoire extrêmement vague ; c’était tout bonnement une hypothèse particulière sur l’apparition de la variété des espèces animales ; et cette hypothèse particulière, quoique toujours intéressante, est désormais tout sauf sereine. Mais c’est seulement dans le monde scientifique que les affirmations détaillées de Darwin ont en grande partie échoué. »

C’est face à l’utilitarisme, à l’industrialisation et au culte de la richesse que vont s’exprimer les écrivains de l’ère victorienne. Ils vont régir contre, à partir de perspectives très différentes, avec des résultats bien différents aussi. Ils perçoivent que quelque chose ne vas pas ou, plus exactement, que leur monde a perdu un élément fondamental de la vie en société et de la vie de l’homme. Mais ils ne savent pas le nommer correctement. Les préraphaélites, écrit Chesterton, se sont servis de l’imagerie médiévale pour blasphémer la foi médiévale. Henry James a cherché le surnaturel, mais n’a trouvé que sa forme tragique et diabolique. Rukin « voulait toutes les parties de la cathédrale à l’exception de l’autel ». À l’inverse, Chesterton signale que Newman, qu’il prend bien pour un écrivain, et le Mouvement d’Oxford ont « démêlé l'écheveau des idées victorienne » pour remonter à la foi perdue. De manière surprenante, si l’on réduit Chesterton à l’étiquette de catholique, il estime que Dickens et Stevenson sont allés plus loin. Dickens, parce qu’il était le plus humain des écrivains de cette époque et qu’il a sympathisé avec les pauvres et les opprimés. Et Stevenson, parce qu’il a fait éclater le compromis victorien.

Fondamentalement, pour Chesterton, nous ne pouvons rien comprendre à l’époque victorienne et à sa littérature si nous ne prenons pas en considération qu’elles sont un effet de l’éclatement du catholicisme qui eut lieu avec la Réforme. Il souligne qu’il ne s’agit pas simplement d’une révolution religieuse, mais que celle-ci a eu des incidences politique et culturel très profondes. Il n’y pas eu d’ordre nouveau, mais une succession de réactions à l’ordre ancien disparu. Pour Chesterton, la révolution victorienne en littérature aura conduit à l’anarchie et bien qu’un grand nombre d’écrivains de cette époque rejette l’utilitarisme, ils tombent souvent dans l’agnosticisme. Peut-être est-ce cette démonstration joyeusement menée qui firent prendre des précautions aux éditeurs de ce livre ?

 

 

À suivre…

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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 16:05

Après une assez longue interruption due à la préparation de la Table-ronde du 15 octobre dernier, nous reprenons notre exploration rapide et chronologique des œuvres de Chesterton. En 1913, un livre d’un genre un peu particulier paraît : The Victorian Age in Literature. Le livre est édité dans la collection « Home University library of modern knowledge », sous le numéro 61 et il est publié à Londres par « Williams and Norgate » et à New York par « Henry Holt and company », qui en détient d’ailleurs le copyright. Les « éditeurs » de la collection sont Herbert Fisher (M.A. , P.B.A.) et les professeurs Gilbert Murray, J. Arthur Thomson et William T. Brewster. Ces quatre hommes sont à l’époque des personnalités reconnues dans leur domaine de compétence et souvent engagées politiquement.

Dans son édition de 1913, l’ouvrage contient 256 pages dont un index, un ensemble de notes bibliographiques ainsi qu'un avertissement des éditeurs qui prennent bien soin de signaler aux lecteurs que ce livre ne représente pas une autorité en matière d’histoire littéraire mais une approche personnelle du sujet :

« Les éditeurs souhaitent préciser que ce livre ne doit pas être présenté comme une histoire de la littérature victorienne prétendant faire autorité. C’est l’exposé libre et personnel d’opinions et d’impressions relatives à la portée de la littérature victorienne rédigé par M. Chesterton à la demande expresse des éditeurs ».

La Table matière de cette étude, effectivement très personnelle, même si l’opposition entre « autorité » et « exposé libre et personnel d’opinons » peut paraître factice et révélateur surtout d’un véritable embêtement, est le suivant :


Introduction

I. The Victorian Compromise and its enemies

(Le compromis victorien et ses adversaires)

II. The Great Victorian Novelists

(Les grands romanciers victoriens

III. The Great Victorian Poets

(Les grands poètes victoriens)

IV. The Break-Up of the compromise
(La rupture du compris)



 

Si l’on prend soin de bien lire l’introduction de l'auteur, on trouve dans les premières lignes – du pur Chesterton – une sorte de réponse, certainement involontaire, à la prudence bien-pensante des éditeurs. Chesterton débute son livre ainsi :

« Le découpage d’une littérature durable et splendide peut très commodément s’envisager de deux façons : soit de la manière dont on coupe un gâteau aux raisins ou du gruyère, en prenant les raisins – ou les trous – comme ils viennent. Soit comme l’on coupe du bois : en suivant le fil, si l’on pense qu’il y a un fil. Mais les deux ne se recoupent jamais : les noms, dans la réalité, en se présentent jamais dans le même ordre que celui retenu lors de l’étude sérieuse d’un esprit ou d’une tendance. Le critique qui souhaite progresser dans la vie d’une époque doit toujours aller et venir entre de simples dates, tout comme une branche animée d’un mouvement continu de va et vient ; alors que le fil du bois court dans la branche comme un fleuve ininterrompu.

En fait, l’ordre chronologique pur et simple est presque aussi arbitraire que l’ordre alphabétique. Envisager Darwin, Dickens, Browning dans l’ordre du registre des naissances reviendrait à forger une chaîne tout aussi véridique que les “Tacite, Tolstoï, Tupper” d’un dictionnaire biographique. Peut-être l’accent se trouverait-il mis sur la précision, de nature à satisfaire cette école de critique qui estiment que chaque artiste devrait être considéré comme un artisan solitaire, indifférent à la chose publique et dégagé des considérations morales. »

À suivre…
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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 00:12



Ci-dessus couverture de la première édition de Supervivant dans son édition française. Et ci-dessous la publicité pour le livre :


Le recto




… et le verso.
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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 04:40
 


Quand il paraît en 1938, Supervivant (Manalive) est présenté dans les rubriques littérature de la presse francophone. À titre d’exemple, et pour sortir de nos limites nationales, nous publions ci-dessous la notule consacrée à ce roman de Chesterton et qui fut publiée en novembre 1938 (p. 279) dans L’Action nationale, revue de l’association éponyme québécoise, la ligue d’action nationale. D’abord catholique et nationaliste, favorable au nationalisme canadien-français, la revue va évoluer vers le nationalisme indépendantiste tout en se laïcisant.

Supervivant

Par G.-K. Chesterton. Traduction de Maurice Rouneau. Collection "Les Iles". Desclée-De Brouwer, éditeurs, Paris.

Parmi les vieilles querelles d'écoles, il en est une qui semble de nos jours se rajeunir avec de nouvelles forces: c'est celle qui se dispute entre les intuitifs et les spéculatifs. Prétendre que l'homme qui sent est supérieur à l'homme qui pense présente un intérêt qui n'est pas affublé de cette qualité ésotérique propre à presque tous les autres débats d'écoles comme, pour citer un exemple, à celui entre parnassiens et symbolistes. Voilà ce que Chesterton a réussi à prouver en démontrant sa théorie très vingtième siècle, dans un roman à sa façon.

Les aventures funambulesques d'Innocent Fèvre, destinées à parodier le jeu du hasard, où il gagne à tous les coups, se conjuguent avec les données savantes et l'empirisme scientifique du docteur Pym et du docteur Warner, pour énoncer que derrière l'homme qui sent se cache l'homme qui devine et postuler que le cérébral n'est pas doué de divination. L'auteur, très habile dans la fantaisie, s'est cependant joué une mauvaise farce en concluant involontairement de ces prémisses à la primauté de l'optimisme sur le pessimisme: conclusion qui nous paraît discutable en supposant que le pessimisme abrite toujours un fond de vérités, un aspect réel de la vie, tandis que l'optimisme pourrait fort bien n'être qu'une mer d'illusions et de mirages, un gouffre d'idéalisme.

L'innocent Fèvre est-il fou parce qu'il cherche des voix dans la vie cachée des choses ? Le docteur Pym et le docteur Warner tournent-ils le dos à la Sagesse en faisant supporter tous les chocs par le cerveau? Supervivant répond non à la première question et oui à la seconde. Alors, nous sommes avec monsieur Chesterton. Qu'il nous fasse croire que l'exubérance, la spontanéité, la bonne humeur ne sont pas des crimes contre la civilisation ou contre la vie, nous serions bien prêts à l'admettre pourvu qu'à éblouir le présent nous ne nous voyions pas privés du flirt avec l'éternité. Mais qu'il nous force à voir, à travers les fantasmagories de son héros, un Supervivant, nous n'y sommes plus... mais là plus du tout.

H.-Paul Péladeau
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9 septembre 2009 3 09 /09 /septembre /2009 00:31

 


Selon Max Ribstein, que l’on ne saurait trop consulter en ce qui concerne l’œuvre romanesque de Chesterton (cf. Création romanesque et imagination, Max Ribstein, éditions Klincksieck), Manalive aurait été rédigé en 1911, année pendant laquelle Chesterton publie ce monument qu’est The Ballad of the White Horse ainsi que le premier recueil des Father Brown stories sans oublier cet autre recueil qu’est Appreciations and Criticisms of the Works of Charles Dickens.

Dale Ahlquist, le président de l’American Chesterton society a pu écrire que chaque roman de Chesterton était un hommage à Dickens et que Manalive ne manque à la comparaison puisque la description d’un grand vent soufflant sur la ville, en ouverture du roman, rappelle le début de Bleak House. Mais il faut ajouter que Chesterton reprend aussi dans ce nouveau roman une idée qu’il a déjà exprimé par deux fois. La première fois dans Homesick at home et la deuxième fois dans Orthodoxie. Cette idée, ce thème, c’est celui de notre emprisonnement dans la routine et la nécessité de sortir de notre cadre habituel pour retrouver le côté merveilleux de l’existence ordinaire.

Max Ribstein, lui, voit surtout dans Manalive un roman sur la difficulté du mariage, « l’impossibilité d’un amour idéal qui comblerait à la fois la soif d’absolu et les rêves de l’adolescence et les élans de la jeunesse ». On pourra peut-être reprocher à l’auteur de mettre souvent Chesterton sur le divan, ce qui est une caractéristique de l’époque (le livre est publié en 1981). Mais, en même temps, il a le mérite de relier l’œuvre de Chesterton à la vie de celui-ci et d’explorer cette vie en ne se limitant pas aux aspects joyeux et heureux. Le couple, sans enfant, formé par Chesterton et Frances fut-il un couple heureux ? En permanence ? Il ne faudrait rien connaître à la vie conjugale pour ne pas savoir que les épreuves renforcent ou brisent une union. A ce titre, l’histoire de la rédaction de Manalive serait à replacer dans l’histoire plus générale de la vie de Chesterton, et singulièrement dans le cadre de l’histoire de son couple.

Mais un autre thème mérite d’être mis en avant. C’est la pédagogie du renversement du regard qui traverse toute l’œuvre de Chesterton et que l’on retrouve singulièrement dans Manalive à travers ce passage notamment  :

« Aussitôt après, il parut se renverser en arrière, comme s’il allait se détacher de l’arbre auquel, pourtant, il restait accroché par ses jambes, qu’il avait longues et robustes, dans la position d’un singe qui se serait balancé par la queue ». Innocent Smith fera d’ailleurs davantage :

« le fou, se lançant en avant sur ses deux mains, les bottines en l’air, agita ses deux jambes comme deux enseignes symboliques (chacun pensait malgré soi au singulier télégramme) et saisit son chapeau avec les pieds ».

Cette position à l’envers n’est pas une facétie de l’auteur. Chesterton défend le regard du poète, regard souvent surprenant, renversant parfois, mais qui va au fond des choses. Smith, qui courtise sa propre femme sous différents aspects tout au long de Manalive, qui se livre à des cabrioles inquiétantes, apparaît à première vue, davantage comme un fou que comme un poète parce qu’il ne contente pas de déclamer des vers. En fait, parce que plus exactement il transforme chaque moment de sa vie en autant de vers qui forment le long poème de son existence. Il y a une sagesse du poète ou du fou. Cette sagesse implique un renversement intégral du regard dont Chesterton donnera la clef dans son Saint Françoise d’Assise : « Voir à l’envers, c’est voir un monde plus brillant et plus saisissant, qui offre une ressemblance certaine avec le monde qu’un mystique voit tous les jours – à l’endroit. »

 

 

 

 

Frontispice de l'édition originale

 

(À suivre…)
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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 00:45

 

 

Si nous continuons notre petit voyage en « chestertonie », nous arrivons pour l’année 1912 à la publication d’un nouveau roman de Chesterton : Manalive. Il est publié pour la première fois en février 1912 en Angleterre chez « Thomas Nelson and Sons » et à New York chez « John Lane company ». Le livre est organisé en deux parties :  L’énigmatique Innocent Smith et Les explications d’Innocent Smith. Chaque partie contient cinq chapitres, ce qui fait de ce roman, un livre relativement équilibré dans sa structure.

 

Manalive a été traduit en français sous le titre « Supervivant ». Il a paru le 3 juin 1936 aux éditions Desclée De Brouwer et Cie, dans la collections « Les îles ». Il comptait dans cette édition 359 pages. La traduction avait été assurée par Maurice Rouneau.

La même traduction a été reprise en 1981 aux éditions de l’Age d’Homme, accompagnée d’une préface de Jean-Baptiste Baronian. Celui-ci est romancier belge de langue française. Il est membre de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises et président des Amis de Georges Simenon.

Sous le titre, « Un imaginaire métaphysique » Jean-Baptiste Baronian débute ainsi sa préface :

 

« Une certaine tradition intellectuelle veut que les choses sérieuses doivent être dite sérieusement. Elle ne serait peut-être rien si elle n’entraînait pas aussitôt un corollaire désastreux : ceux qui abordent quelques-uns des grands problèmes humains avec des airs bouffons, les traduisent de manière drôle en cultivant l’art du grotesque et de la caricature délirante ne sont jamais considérés que comme de joyeux plaisantins. S’ils ont du talent, ils passent parfois la rampe mais leur humour, fût-il noir, primesautier ou vitriolique, est pris, d’ordinaire, pour une forme abâtardie de la connaissance.

Et il suffit que le prétendu plaisantin soit attiré par le surnaturel et l’insolite pour que les grands esprits haussent les épaules. Comme si la vie, la mort, l’amour, Dieu ne pouvaient être perçus par un éclat de rire, une pirouette de l’intelligence, un brusque dérapage de la raison.

Le zigue, ici, s’appelle Gilbert Keith Chesterton.

En sa présence, le bon bourgeois qui n’a pas fait l’école buissonnière, qui connaît bien son latin, à qui on a appris de composer sagement avec la Culture et de suivre aveuglément toutes les modes fallacieuses propagées par les aréopages aux idées courtes, le bon bourgeois, dis-je, reste positivement confondu, déconcerté. Il est vrai que Chesterton a tout fait pour l’étourdir, le bousculer, le conduire, très vite, vers des perspectives à quatre ou trente-six dimensions devant lesquelles le savoir traditionnel, paresseux par définition, s’état lâchement défilé. »

 

 

Notons que dans la traduction française, Innocent Smith est devenu Innocent Fèvre, ce qui nous rend pas tout à fait l’intention de Chesterton. Le prénom Innocent, heureusement conservé dans la traduction française, évoque la pureté, de la douceur, du respect de Dieu. Smith était là pour évoquer l’homme ordinaire, commun, un des grands thèmes chestertoniens, qui n’est assurément pas rendu pas Fèvre. Or, on risque de ne pas comprendre grand chose à Chesterton en général et à Supervivant en particulier si on met de côté cet aspect essentiel de l’homme ordinaire.

 

Nous terminons cette première présentation en détaillant la table des matière, en anglais puis en français.

Table of Contents

Part I: The Enigmas of Innocent Smith

I. How the Great Wind Came to Beacon House

II.  The Luggage of an Optimist

III. The Banner of Beacon

IV.  The Garden of the God

V.   The Allegorical Practical Joker

Part II: The Explanations of Innocent Smith

I.   The Eye of Death; or, the Murder Charge

II.  The Two Curates; or, the Burglary Charge

III. The Round Road; or, the Desertion Charge

IV.  The Wild Weddings; or, the Polygamy Charge

V.   How the Great Wind went from Beacon House

Table des matières

Première partie : L’énigmatique Innocent Fèvre

I. Comment la rafale aborda Beacon ...

II. Bagages d'un optimiste

III. La bannière de Beacon

IV. Le jardin de Dieu

V. Le mystificateur allégorique

I. Deuxième partie : Où Innocent Fèvre s'explique

I. Sous l'œil de la mort ou l'Accusation de meurtre

II. Les deux curés ou l'Accusation de cambriolage

III. La route ronde ou l'Accusation d'abandon

IV. Les folles épousailles ou l'Accusation de polygamie

V. Comment la rafale quitta Beacon House

 

(A suivre…)

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21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 16:43

 

Nous avons commencé dernièrement la publication presque intégrale d’un article de François Le Gris, publié en février 1920 dans La Revue hebdomadaire, et consacré à la traduction en langue française et à sa parution, de The Innocence of Father Brown, (traduction française : La Clairvoyance du père Brown, éditions Perrin). On trouvera ci-dessous la suite de cet article. Ami de François Mauriac, grand lecteur et membre influent du monde de l’édition, François Le Grix, qui signe cet article, était  le « directeur scientifique » de La Revue hebdomadaire dont le directeur de la publication était Fernand Laudet (le « Laudet » d’Un nouveau Théologien, M. Fernand Laudet, de Charles Péguy. C’est dans le numéro 24 de La Revue hebdomadaire du 17 juin 1911 que François Le Grix avait écrit un article contre Le Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc). La revue était alors éditée par Plon.

 

 

 

 

 

« Mais que parle-je, de méthode? Chesterton poufferait de rire, je crois, si l'on venait à lui contester la sienne. Il est bien libre d'essayer de faire tenir le maximum de vérité dans le maximum d'absurdité. Il ne cherche pas la solution d'un problème ; il tient une solution, et il construit un problème autour, le plus compliqué possible, tout comme le P. Brown, qui, tenant déjà son criminel, imaginait une piste aux détours subtils pour mener Valentin jusqu'à Flambeau.

 

Ce n'est pas une méthode de romancier. Mais Chesterton n'est pas un romancier. Improvisateur, essayiste, critique, polémiste, tant qu'on voudra, et surtout, peut- être, journaliste ; mais journaliste supérieur, dont la virtuosité confine au génie et rassemble beaucoup des traits essentiels de la grande tradition anglaise : une truculence, un sens de la bouffonnerie énorme, qui l'apparentent à Shakespeare et à Swift ; un goût du brillant, de la pointe, du pince-sans-rire, du paradoxe qui fait de lui un très proche héritier d'Oscar Wilde. Ces contre-vérités incessantes assomment comme autant de coups de poing. C'est une sorte de boxe intellectuelle. En bon Anglais, G. K. Chesterton fait du sport.

 

Pourquoi, au surplus, nous mêlerions-nous de définir, autrement qu'avec une extrême timidité, la forme d'esprit qui nous est la plus étrangère à nous autres Français, si sérieux, en dépit de notre réputation de légèreté, et qui croyons toujours « que c'est arrivé ». Le livre de Chesterton est traduit par un Belge dans un français un peu barbare. Fût-il traduit en meilleur français, ou en français plus exactement décalqué de l'anglais, l'eussions- nous même pu lire dans le texte original, que je persisterais à en croire impossible la transposition intégrale. Je ne pense, pas qu'il y ait encore, parmi les littératures, de types qui vaillent pour toute l'humanité, qui soient assimilables au même degré, de la même manière, par les cerveaux de toutes les latitudes. Nous avons beau faire, nous, Français, ne comprenons, ne sentons peut- être pas tout de don Quichotte, du docteur Faust,... ou de M. Pickwick. Comment ce petit P. Brown ne nous paraîtrait-il pas un peu trop clairvoyant, même eu égard à sa soutane catholique ? »

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18 août 2009 2 18 /08 /août /2009 17:44



Nous continuons à présenter en suivant l’ordre de publication des éditions anglaises les ouvrages de Chesterton. En 1911, outre The Ballad of the White Horse et Appreciations and Criticisms of the Works of Charles Dickens dont nous avons déjà parlés, Chesterton publie le premier recueil des histoires du Father Brown. Titre retenu : The Innocence of Father Brown, traduit étrangement en français par La Clairvoyance du père Brown. Nous avons longuement parlé sur ce blogue du père Brown (Ici, , et par exemple. Pour plus d'information, voir la fonction recherche dans la colonne de droite). Aussi nous vous proposons en cette période de vacances de découvrir un article publié dans La Revue hebdomadaire en février 1920. Signé François Le Grix, il avait pour titre « L’Apologétique et le roman policier ».

En voici un premier extrait, pour montrer aussi comment fut reçu par la presse française ce premier recueil.

 

 

 

« Car ce roman policier veut être aussi, à n'en pas douter, un livre d'apologétique. Ne croyez pas que c’est uniquement pour vous amuser que Chesterton a écrit ces extraordinaires complications. Il s'agit ici de montrer que le catholicisme est la plus haute école de psychologie qu'ait instituée aucune religion, aucune science (…).

Le P. Brown, de sa voix douce et péremptoire, nous démontrera qu'un policier, après toute une vie de conscience professionnelle, peut devenir un assassin, par haine de l'idée religieuse (le Jardin secret) ; que l'anti- alcoolisme rend triste, maniaque, et peut mener au suicide (les Trois Instruments de la mort; que va-t-il donc se passer aux États-Unis, et quelle étourdissante fantaisie Chesterton ne broderait-il pas sur ce thème d'un empire condamné à l'eau?) ; que l'austérité puritaine peut induire l'homme en tentation de se substituer à la justice de Dieu, de punir le pécheur, et faire d'un clergyman un fratricide (le Marteau de Dieu) ; et puisque le P. Brown est capable de ces stupéfiantes découvertes, et de bien d'autres encore, le catholicisme est le vrai. Reportez-vous donc au plus tôt à ces douze épisodes, dont les plus réussis, avec la Croix-Bleue, sont peut-être les Péchés du prince Saradine et la Mauvaise Forme; je m'en voudrais, en vous les racontant, d'en diminuer l'effet de démonstration et de surprise. (D'ailleurs, cet effet n'est-il pas un peu gêné par ces douze hachures? L'auteur ne l'aurait-il pas mieux ménagé en construisant un seul récit, dans lequel son imagination miraculeuse eût aisément fait tenir autant d'inventions, et peut-être les mêmes?)

Tout cela, je le répète, est prodigieusement amusant. Trop. Quand on amuse à ce point, on prouve ce que l'on veut, et par conséquent on ne prouve rien. Fallait-il être formé par le confessionnal pour savoir que le facteur est, par définition, anonyme et inaperçu, et que, par conséquent, l'assassin que personne n'a vu entrer dans la maison doit être le facteur (l'Homme invisible) ? C'est de l'art de cirque, et du meilleur, que cette scène des policemen bernés par cet uniforme ambulant. Je crois la voir mimée par les Fratellini au cirque Medrano. Il est permis de penser, tout en s'y laissant prendre, que le plus virtuose des conteurs ne pouvait, sans danger, se permettre d'appliquer pareille méthode, — celle de la farce, en somme, — à l'apologétique sacrée, et de mêler Pascal et Maurice Leblanc au point de les rendre indiscernables. »

 

 

À suivre…

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