Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 00:29



Et si nous parlions d’Appreciations and Criticisms of the Works of Charles Dickens ? Ce livre de G.K. Chesterton est une preuve supplémentaire de la grande amitié littéraire qui exista entre les deux hommes et de l’intérêt profond que Chesterton eut pour son illustre prédécesseur. À de très nombreuses reprises, Chesterton cite le nom de Dickens ou l’évoque dans ses articles ou ses essais. Si nous prenons, au hasard, le livre que Chesterton consacre à Geoffrey Chaucer (1343-1400) – dont la proximité avec Dickens n’est pas évidente de prime abord – Chesterton parvient quand même à évoquer l’auteur d’Oliver Twist huit fois !

En 1906, Chesterton avait déjà consacré une étude à Dickens, renouvelant le sujet, associant bonne connaissance littéraire et intuition profonde, faisant de ce livre l’un des meilleurs sur le sujet d’après T.S. Eliot ou Peter Ackroyd, lui-même un grand spécialiste du père de David Copperfield.

Avec Appreciations and Criticisms of the Works of Charles Dickens, Chesterton revient donc à l’un de ses sujets préférés. Cette fois, il n’offre pas une étude unique, mais les préfaces qu’il écrivit aux œuvres de Dickens, éditées dans une collection de classiques populaires : Everyman’s Library. Au total 24 chapitres, précédés d’une introduction dans laquelle Chesterton tente une synthèse générale de sa vision de Dickens, qu’il compare et oppose notamment à Thackeray. Celui-ci comme Dickens fut en quelque sorte un critique social, un observateur des mœurs sociales. Mais il s’oppose à Dickens dans son acception de la société victorienne et dans son refus de décrire les aspects sordides que celle-ci engendre. De ce fait, l’introduction de Chesterton bifurque assez vite de la critique littéraire à des considérations plus politiques ou philosophiques.

Appreciations and Criticisms of the Works of Charles Dickens a paru en 1911 chez J.M. Dent & Sons, Ltd pour l’édition anglaise et chez E.P. Dutton & Co. pour l’édition américain. Accompagné de huit portraits de Dickens en pages intérieures, l’ouvrage est composé de 243 pages et de 24 chapitres :

 

 

 

Chapter 1: Introduction

Chapter 2: Sketches by Boz (Esquisse par Boz)

Chapter 3: Pickwick Papers (Les Papiers posthumes du Pickwick Club)

Chapter 4: Nickleby (La Vie et les aventures de Nicolas Nickleby)

Chapter 5: Oliver Twist

Chapter 6: Curiosity Shop (e Magasin d’antiquités)

Chapter 7: Barnaby Rudge (Barnabé Rudge)

Chapter 8: American Notes (Notes américaines)

Chapter 9: Pictures from Italy

Chapter 10: Chuzzlewit (La Vie et les aventures de Martin Chuzzlewit)

Chapter 11: Christmas Books (Un chant de Noël)

Chapter 12: Dombey (Dombey et fils)

Chapter 13: Copperfield (David Copperfield)

Chapter 14: Christmas Stories (L’Arbre de Noël)

Chapter 15: Bleak House (La Maison d'Âpre-Vent)

Chapter 16: History of England

Chapter 17: Hard Times (Les Temps difficiles)

Chapter 18: Little Dorrit (La Petite Dorritt)

Chapter 19: Tale of Two Cities (Le Conte de deux cités)

Chapter 20: Great Expectations (Les Grandes Espérances)

Chapter 21: Our Mutual Friend (L'ami commun)

Chapter 22: Edwin Drood (Le Mystère d’Edwin Drood)

Chapter 23: Humphrey's Clock (Le Pendule de Maître Humphrey)

Chapter 24: Reprinted Pieces

 

 

Outre son Dickens et Appreciations and Criticisms of the Works of Charles Dickens, Chesterton consacre revient sur ce sujet dans Le Siècle de Victoria en littérature (1913). De Dickens, il écrit notamment à cette occasion : « Dickens fut essentiellement la charge la plus réussie contre la solide école scientifique ». Mais nous en reparlerons !…

Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
commenter cet article
28 juin 2009 7 28 /06 /juin /2009 20:51

 

 


  En 1911, G.K. Chesterton publie une œuvre quasiment inconnue en France, mais qui est considérée outre-Manche comme l’un de ses chef-d’œuvres. Il s’agit de The Ballad of the White Horse, un long poème épique de 89 000 signes. Ce texte conte l’épopée du roi Alfred, (représentation ci-contre) souverain du Wessex, et de la victoire qu’il remporta sur les Danois. Quatrième fils du roi Ethelwulf de Wessex, Alfred, qui est né entre 846 et 849, devient roi du Wessex et de Mercie en 871. Il est célèbre pour avoir organisé la résistance contre les envahisseurs du Nord (ceux que nous appelons les Vikings) et c’est à la suite de sa victoire sur eux qu’il gagne l’épithète de « grand ». Homme instruit, il s’occupe activement de la réorganisation du royaume, notamment en encourageant l’éducation et en améliorant le système judiciaire. Il meurt en octobre 899.

 Au-delà de l’aspect directement historique et national, le long poème de Chesterton conte l’affrontement entre le christianisme et le paganisme, la lutte contre le nihilisme.

Au début du poème, le roi Alfred bénéficie d’une vision de la Vierge. Il désire savoir s’il va gagner la bataille. La réponse n’est pas exactement celle qu’il attend, et celle que le lecteur, forcément, attend avec lui. La Vierge ne lui dit rien pour le rassurer. La leçon du poème est typiquement chrétienne. Il s’agit de vivre dans l’espérance, en évitant à la fois les deux écueils que sont la certitude trop forte de gagner ou celle, inverse, d’être certain de perdre la bataille. Chesterton, dans ce poème, au contraire, nous invite à choisir la bonne cause, même si elle doit conduire à la défaite.

 

Dans le poème, Alfred parcourt la vallée du Cheval blanc, la White Horse Vale (photo ci-contre) dans le Berkshire, pour livrer bataille aux Danois. De là, le nom du poème, même si le concept de « Cheval blanc » a toujours joué un rôle particulier dans la vie de Chesterton. Par exemple, la nuit de noces des Chesterton a eu lieu dans une Auberge portant ce nom. Et The Ballad of the White Horse, est l’œuvre préférée de son épouse Frances à qui elle est d’ailleurs dédiée.

 

Le texte commence par une note explicative dans laquelle Chesterton justifie ses choix.

Après la longue Dédicace de 15 strophes, ode à sa femme par laquelle le christianisme s’est ancré en lui, le poème est composé de huit livres :

 

Premier livre (The vision of the King)  : 57 strophes.

Deuxième livre (The gathering of the chief) : 56 strophes.

Troisième livre (The Harp of Alfred) : 80 strophes.

Quatrième livre (The woman in the forest) : 58 strophes.

Cinquième livre (Ethandune : the first stroke) : 61 strophes.

Sixième livre (Ethandune : the slaying of the chiefs) : 63 strophes.

Septième livre (Ethandune : the last charge) : 73 strophes.

Huitième livre (The scouring of the horse) : 71 strophes.

 

Les strophes sont elles-mêmes variables, généralement de 4 à 6 lignes chacunes. Le style des rimes varie entre ABCB ou ABCCCB.

 

 

L’écriture de ce texte aurait débuté en 1905. Le Father O’Connor fut un témoin de sa rédaction, parce qu’il fut tenu au courant par Frances Chesterton, mais aussi parce qu’une partie du poème fut écrite chez lui. Les discussions entre les deux hommes jouèrent certainement un rôle sur le sens du poème.

Celui-ci fut finalement publié en août 1911. Selon Christopher Clausen, The Ballade of the White Horse aurait exercé une influence sur J.R.R. Tolkien et son Seigneur des Anneaux.

Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
commenter cet article
23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 00:16

 


Je viens de recevoir le petit volume de la collection « Le cabinet des lettrés » (Le Promeneur/Gallimard) qui publie sous ce titre trois nouvelles de Chesterton. Je ne reviendrai pas sur l’historique de ces nouvelles déjà proposé à lecture des visiteurs de ce blog. Comme je l’avais déjà souligné, ce volume est un petit bijou qui invite à se procurer cet ouvrage. La traduction de Lionel Leforestier, qui avait déjà signé celle de L’Assassin modéré (même éditeur, même collection) est très agréable et rend bien le rythme propre à l’auteur. La couverture est composée d’une œuvre picturale de William Nicholson, Vis for Villain, extraite de An Alphabet publié en 1898.

Outre Le Meurtre des Piliers Blancs qui donne le titre au recueil et qui met en scène le détective Adrian Hyde, pris au piège de son propre orgueil, ce petit livre propose deux autres nouvelles, Les cinq d’épée et Le prince qui disparaît.

Seule la nouvelle Le Meurtre des Piliers Blancs était réellement inédite au moment de la mise en chantier de la traduction. Mais entre-temps l’Age d’Homme a publié le recueil La Fin de la Sagesse qui comprend la traduction de la même nouvelle, rendant en quelque sorte caduc le bandeau de l’édition du Cabinet des lettrés annonçant « Une enquête inédite ».

En attendant voici comment cette nouvelle édition présente cette histoire du Meurtre des Piliers blancs :

« Deux jeunes combattants rendus à la vie civile au lendemain de la Première Guerre mondiale briguent un emploi dans une agence de détectives londonienne. Chargés d’élucider le meurtre d’un célèbre philanthrope, trouvé mort dans le lac de sa propriété palladienne, ils mènent une enquête qui les conduit à abjurer les principes d’“observations scientifiques” – calque parodique des méthodes de Sherlock Holmes – professés par leur maître, le Dr Adrian Hyde… »

Surprises et paradoxes sont au rendez-vous.

Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
commenter cet article
22 mai 2009 5 22 /05 /mai /2009 10:52

Sous ce titre est publié dans La Fin de la sagesse, un conte intéressant de Chesterton : Homesick at home, qui date comme le précédent, Le dessin du mardi, de 1896. Ce conte est intéressant en ce qu’il préfigure une idée que Chesterton réutilisera dans Orthodoxie ainsi que dans Manalive. Pour Chesterton, l’habitude et la routine représentent un danger en ce qu’elles risquent de défigurer le familier et il propose de ce fait d’entreprendre un tour du monde pour mieux apprécier son univers de tous les jours. Cette idée, il l’exprime au tout début d’Orthodoxie et j’en retranscris ici quelques lignes dans la traduction d’Anne Joba (Idées/Gallimard) :

« Souvent, j’ai eu la tentation d’ écrire un roman dont le héros serait un yachtman anglais qui, ayant commis une légère erreur de navigation, découvrirait l’Angleterre en croyant aborder une île inconnue des mers du Sud. (…) On peut à bon droit imaginer que l’explorateur (armé jusqu’aux dents et s’exprimant par gestes), venu planter le drapeau anglais sur un temple barbare qui n’est, en fin de compte, autre chose que le Pavillon de Brighton, s’est senti un peu sot. (…) Son erreur fut en vérité des plus enviables ; et, s’il est l’homme que je crois, il le sait. Que peut-il y avoir de plus délicieux, en effet, que de ressentir en l’espace de quelques minutes toutes les terreurs exaltantes d’une expédition lointaine et toute l’humaine sécurité du retour chez soi ? (…) Tel est, en un certain sens, le véritable problème de ce livre. Comment pouvons-nous tout à la fois nous étonner devant ce monde et nous y sentir chez nous ? Comment cette étrange cité cosmique, peuplée de créatures diverses, éclairée par des lampadaires antiques et monstrueux, comment ce monde peut-il nous offrir simultanément la magie d’une ville inconnue et le confort, la fierté d’être notre ville. »

Homesick at home (Le Mal du pays à la maison) avait déjà illustré, sous la forme d’un conte de cinq pages (dans l’édition française) cette idée, décidément au cœur de la pensée chestertonienne. Manalive (traduction française, Supervivant) l’illustrera dans le cadre d’un roman. Dans son excellente étude G.K. Chesterton, création romanesque et imagination (éditions Klincksieck) Max Ribstein remarque également que Chesterton utilise le même patronyme de Wynd dans Homesick at home (White Wynd) et dans Le Miracle de Moon Crescent, histoire publiée dans L’Incrédulité du Père Brown (Warren Wynd) et la première fois en mai 1924 dans Nash’s Magazine.

Homesick at home sera publié en volume dans The Coloured land, qui paraît en 1938 sur six pages ainsi que dans le recueil Daylight and Nightmare, publié en 1986.

Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
commenter cet article
16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 12:48
Si nous continuons à suivre pas à pas les contes publiés dans le nouveau recueil de l’Age d’homme, il nous faut aborder rapidement un conte intitulé « Le dessin du mardi » qui nous montre à la fois un Chesterton écrivain et sensible à la peinture.
« Le dessin du mardi » (The Picture of Tuesday) date de 1896. Chesterton est alors âgé de 22 ans. L’année précédente, il a quitté Slade School of Art où il était entré en 1892. Chesterton publie ce conte dans « The Quarto, A volume Artistic Literary and Musical quartely », le magazine de Slade. Cette publication paraîtra de 1896 à 1898, sous la responsabilité d’un étudiant de Slade School, J.B.S. Holborn.
« The Picture of Tuesday » (Le dessin du mardi) paraît dans le premier numéro. L’histoire est assez simple et courte (4 pages dans le volume de l’Age d’Homme). Des peintres se réunissent le mardi, jour où l’un d’entre eux, jamais le même, choisi un thème obligatoire qui s’impose à tous. Or ce jour-là, Oscar Plumtree impose comme sujet le thème du Mardi.
Quand ils montrent finalement le résultat de leurs travaux, l’un d’entre eux exhibe un tableau énorme composé d’un entrelacs de couleurs. Mais à mieux y regarder, l’œil attentif peut y distinguer une forme représentant une immense figure humaine.
C’est l’occasion pour le peintre d’annoncer sa conception de la semaine et d’argumenter en faveur de l’idée d’une fête associée à chaque jour. « La semaine est l’épopée colossale de la création ». Et quand on lui demande s’il propose aussi une citation « pour un jour passé à la maison », il répond : « Et Job éleva la voix et maudit le jour de sa naissance ».
Dans sa version anglaise, ce conte a été publié pour la première fois en volume en 1986 dans le recueil Daylight and Nightmare. Il a été à nouveau publié dans le volume XIV des Collected works of G.K. Chesterton, publié par Ignatius press. Dans l’introduction du volume VI de cette même collection, Denis Conlon note que ce conte a servi comme matériaux à Un Nommé Jeudi.
Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
commenter cet article
8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 15:49
Et si nous poursuivions notre exploration du récent recueil de contes de G.K. Chesterton paru aux éditions de l’Age d’Homme ? Outre l’invitation à se procurer et à lire ces contes, il s’agit surtout ici d’apporter un complément en mettant à la disposition des abonnés de ce blogue (voir explication ICI) les dessins de Chesterton lui-même, qui accompagnent certains des histoires publiées pour la première fois en français. Complément car l’Age d’Homme n’a pu reproduire ces dessins.
Le troisième conte de ce recueil s’intitule « Le dressage de la jument noir. » Titre d’origine : « The Taming of the Nightmare ». Comme l’explique très bien en note le traducteur, Gérard Joulié, Chesterton joue sur les mots. Mot à mot « Night’s mare » signifie le « Nid de la jument », mais aussi cauchemar (Nightmare).
On perçoit donc que ce conte ira plus loin qu’un simple dressage d’une jument. Le petit Jack Horner (héros d’une comptine bien connue dans les pays anglo-saxons) est chargé par le « comité local des Bonnes fées » de retrouver le Nid de jument. Ce qu’il va s’employer à faire. À la recherche du Nid de la Jument, le petit Jack va rencontrer plusieurs personnages : le vent, un veau, un jardinier (du jardin des navets-fantômes) et, enfin, la Jument noire. Seul Jack parviendra à dresser cette Jument. Et il repartira avec elle. En chemin, il rencontre l’Idiot, un forgeron et un roi qui organise un tournoi.
Ne racontons pas le déroulement du tournoi et encore moins sa conclusion, qui est aussi celle du conte. On retrouve ces personnages dans les différents dessins de Chesterton.


Ce conte date de 1892, la période scolaire de Chesterton quand il est à St. Paul’s School. Il est alors âgé de 18 ans.

« The Taming of the Nightmare »  a paru dans plusieurs recueils, notamment dans The Coloured lands, recueil posthume de 1938 et dans Daylight and Nightmare, publié en 1986.



Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
commenter cet article
4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 00:25
« La Chasse à l’oie » est le deuxième conte que nous offre le recueil de l’Age d’homme (titre général : La fin de la sagesse). Comme le précédent, « Une demi-heure aux enfers », ce conte date de la période scolaire de Chesterton, quand il était élève à St. Paul’s School, à Londres.
Ce conte a été écrit en 1892, l’année des dix-huit ans de Chesterton. Dans les recueils anglo-saxons, il paraît habituellement sous le titre « The Wild Goose Chase », traduit par « La Chasse à l’oie » en français. Mais son titre véritable est plus long : « The Wild Goose Chase At The Kingdom of The Bird ».
Chesterton a fait suivre le nom de l’auteur de trois lettres : « J.D.C. ». Il s’agit du « Junior Debating Club » de St. Paul’s School, club auquel il appartenait et dans le journal duquel il écrivit ses premiers articles. Ce conte est précédé d’une dédicace (non reproduite dans la traduction française, mais présente dans The Coloured Lands) à un autre membre du « Junior Debating Club », Lawrence Solomon :

À Lawrence Solomon, J.D.C., qui, bien que critique, est toujours un critique fanatique des Contes de fées. Ce « nonsense » est affectueusement dédiée par un autre bébé.



Cette dédicace est suivie d’un extrait du poème de Robert Browning : « Rabbi Ben Ezra ». Il est intéressant de voir que, dans ce poème, Browning qui s’intéressait à l’hébraïsme, présente la philosophie optimiste d'un sage juif en qui l'on pourrait reconnaître Ibn Ezra. Ce poème fut publié pour la première fois en 1865 dans Dramatis Personae. Pour la petite histoire, ce même poème inspirera plus tard à John Lennon la chanson Grow Old With Me, qu’il interprète avec Yoko Ono.


L’histoire du conte de Chesterton est assez simple. Un petit garçon va poursuive une vie durant une oie et c’est cette chasse, avec ses différents épisodes, qui est contée. Le conte s’achève pourtant sur une poursuite inachevée, et de manière abrupte. L’auteur écrit : « Je ne saurais dire q’il a jamais trouvé ce qu’il cherchait. Je me suis simplement contenté de vous dire qu’il l’avait cherché ».
Malgré tout, ce conte est plus achevé que le précédent, « Une demi-heure aux enfers » (voir ici), avec une véritable unité de ton et de récit. L'histoire évoque, bien sûr, la chasse à l'oie sauvage, mais aussi, par ce biais, toutes les poursuites vaines qui peuplent la vie d'un homme. C'est une métaphore pour toutes ces recherches de la gloire, de la renommée et de l'argent si fréquentes dans la vie des hommes. Les différentes créatures que rencontrent le héros dans sa poursuite évoque des types humains caractéristiques. Le thème de la poursuite sera repris par Chesterton dans Un nommé Jeudi.
Les dessins de l’auteur sont en noir et blanc. Nous reproduisons ici seulement le premier. Les autres seront disponibles seulement pour les abonnés à la Lettre d’information (voir explication ici et ).



Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
commenter cet article
2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 00:15
Le premier conte que nous propose le nouveau recueil publié à l’Age d’homme s’intitule « Une demi-heure aux enfers » (Half Hours in Hades). Il date de 1891 et il a donc été écrit alors que Chesterton n’avait que 17 ans. Comme on le sait, Chesterton était aussi un dessinateur et il a accompagné ce conte d’une série de dessins. Le recueil de l’Age d’Homme en reproduit un certain nombre, malheureusement dans un format assez petit, qui ne permet pas de voir suffisamment tout le talent de Chesterton en la matière.
Dans ce conte, plein d’humour, Chesterton part de la rencontre entre un éminent théologien qui trouve les démons inutiles et le conteur qui se présente comme « professeur de Science surnaturelle à l’Université d’Oxford ». Ce dernier pense, au contraire, que les démons « se sont montrés bénéfiques à l’humanité ». Il écrit donc un petit traité de démonologie qui distingue « les cinq types primitifs » du démon. Chaque présentation d’un de ces types est accompagné d’un croquis. Ce conte est conçu comme
un manuel élémentaire de Démonologie. Il comprend trois parties :
– Les cinq types primitifs
– L'évolution des démons
– Ce que nous devrions tous rechercher


On trouve dans ce conte des allusions à Milton et à Goethe. Les trois parties ne sont pas d'une même longueur et il y a de ce fait un certain déséquilibre entre la partie I et II, cette dernière étant très courte. La dernière partie contient une sorte de décrochage puisque soudain le narrateur disparaît pour laisser place à un dialogue entre une sorcière et ses enfants. Rappelons que l'auteur n'est alors âgé que de dix-sept ans et sa maîtrise de l'écriture n'est pas encore entière. Dans cette troisième partie du conte, la sorcière va créer un démon, notamment à partir du « foie d'un Juif blasphémateur ». C'est clairement ce type de propos qui feront qualifier Chesterton d'antisémite. Il y a d'autres allusions religieuses dans cette troisième partie puisque la sorcière évoque les démons de la collection du pasteur, un certain Dr. Brown (déjà !) : « Il possède, je crois, la seule variété de démon pélagien (…). L'Anabaptiste Vantard (Anabaptiste Falsegloriator) est également représenté dans sa collection. »
Half Hours in Hades a été publié dans The Coloured Lands, un ouvrage posthume puisqu’il date de 1938, soit deux ans après la mort de Chesterton. L’introduction est signée Maisie Ward, amie de Chesterton et auteur de la principale biographie le concernant.
Un certain nombre des contes publiés dans La fin de la sagesse (reprise française de la première partie du volume XIV des Collected works of G.K. Chesterton, édités par Ignatius Press) se trouve dans The Coloured lands qui tire son nom d’un conte chestertonien dont nous pouvons justement lire la traduction française dans le recueil de l’Age d’homme. L’un des intérêts  de The Coloured Lands consiste à nous offrir un grand nombre de dessins de Chesterton, notamment ceux qui ont été conçus par l’auteur pour accompagner ses contes.




Nous publions ci-dessus le premier dessin du conte « Une demi-heure aux enfers » (Half Hours in Hades).

L’intégralité des dessins de ce conte, qui ne se trouve pas dans le recueil de l’Age d’homme, sera publié dans la Lettre d’information, uniquement pour les abonnés à cette Lettre.

Rappelons que cet abonnement est gratuit et qu’il s’agit d’une lettre électronique à périodicité variable (très variable même). Elle n’engage à rien. L’abonné la reçoit dans sa boite aux lettres électronique. Il en découvre les premières lignes. Il peut choisir de cliquer pour en lire l’intégralité, d’en rester-là ou tout simplement de mettre à la corbeille cette Lettre d’information. Enfin celle-ci ne nous rapporte rien. Il s’agit juste d’un lien privilégié pour aller plus loin dans la découverte de Chesterton.
Comment s’abonner ? Il suffit de mettre son adresse électronique (celle-ci ne nous est pas communiquée et ne peut donc être utilisée pour d’autres fins) dans la case prévue à cet effet, dans la colonne de droite, à l’endroit intitulé « Newsletter ».
Comme pour « Une demi-heure aux enfers », l’intégralité des dessins accompagnant les autres contes du recueil de l’Age d’homme ne sera publiée que dans le cadre de la Lettre d’information. Nous ne commencerons cette publication exceptionnellement que ce dimanche 3 mai.
En plus du premier dessin illustrant « Une demi-heure aux enfers », je vous propose de découvrir une vidéo espagnole qui reprend certains de ces dessins (mais en petit format).





Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
commenter cet article
1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 00:42
Comme nous l’avions annoncé, les éditions de l’Age d’homme viennent de publier un important ouvrage, recueil de contes de G.K. Chesterton. Titre retenu : La fin de la sagesse et autres contes extravangants. La traduction a été assurée par Gérard Joulié qui signe également la postface de l’ouvrage. Au total, ce ne sont pas moins de trente cinq contes qui sont ici publiés sur 378 pages. L’ouvrage est en vente au prix de 27 euros.
Avant toute chose, il faut saluer cette parution, car elle met à la disposition du public francophone nombre de textes inconnus de notre écrivain. Fait touchant, ces textes ont été écrits sur une période qui s’échelonne entre 1891 et 1936, année de la mort de l’écrivain. C’est-à-dire des textes écrits alors que l’écrivain avait 17 ans et jusqu’à ses 62 ans. Ces textes sont généralement courts (2 à 5 pages), une minorité étant plus long (une dizaine de pages).
On trouve dans ce recueil des contes particulièrement célèbres chez les lecteurs anglo-saxons comme Le Mal du pays à la maison ou La fin de la sagesse, qui donne le titre général à cette édition française. Comme le souligne l’éditeur (derrière l’édition Ignatius press), il s’agit « d’un pot-pourri » de contes chestertoniens. Certains ont déjà été publiés en recueil du vivant de leur auteur, d’autres ont connu la gloire du livre après la mort de celui-ci. Nous reviendrons plus tard en détail sur cet aspect des choses qui ne manquent pas d’intérêt, d’autant que l’éditeur ne donne malheureusement pas d’explications historiques ou littéraires, à part les notes nécessaires pour expliquer tel ou tel point.
Signalons déjà que l’Age d’homme a repris l’ordre de publication du volume XIV de « The Collected Works de G.K. Chesterton » publiés par les éditions catholiques américaines, Ignatius press. Ce volume XIV contient des « Short stories, Fairy Tales, Mystery Stories ». Sur plus de 760 pages, le recueil américain comporte trois parties dont la dernière publie des contes issus du « Journal intime » de Chesterton, dont certains sont de simples fragments.
Les éditions de l’Age d’Homme ont choisi de publier, dans le même ordre, la première partie du volume XIV d’Ignatius press et on peut estimer globalement qu’il a bien fait. Un seul regret, mais toujours le même. Nous nous retrouvons à nouveau avec certains textes traduits ailleurs, ce qui est dommageable alors qu’il reste tellement de textes de Chesterton à traduire. Nous reviendrons aussi plus en détail sur cet aspect des choses.
Avec la parution de ce nouvel opus de Chesterton aux éditions de l’Age d’homme, cet éditeur se retrouve à la tête d’une collection de treize livres chestertoniens mis à la disposition du grand public francophone. On ne peut que se réjouir de cet état de fait et féliciter l’éditeur de cette volonté d’aider à faire connaître ce géant de la littérature, en offrant aux lecteurs de langue française un nombre non négligeable des livres de Chesterton. D’après ce qui se dit, il se pourrait même que La fin de la sagesse ne marque pas la fin de la publication des œuvres de Chesterton à l’Age d’Homme.
Pour terminer cette première présentation, voici le sommaire de cet ouvrage :


Avant-propos

1. Une demi-heure aux enfers
2. La chasse à l’oie
3. Le dressage de la jument noir
4. Le dessin du mardi
5. Le Mal du pays à la maison
6. Un conte extravagant
7. Earthquake Esquire
8. La boutique aux fantômes
9. Un cauchemar
10. Une histoire quelque peu improbable
11. L’Arc long
12. Comment j’ai découvert le Surhomme
13. Le Scrooge moderne
14. Les terres colorées
15. L’épée de bois
16. Le père Brown et l’Affaire Donnington
17. Les arbres de l’orgueil
18. Le jardin de fumée
19. La conversion d’un anarchiste
20. L’Angleterre en 1919
21. La fin de la voie romaine
22. Le cinq d’épées
23. La tour de la trahison
24. Le dragon et le chevalier
25. De la divinité des épiciers
26. Une véritable découverte pour un soi-disant découvreur
27. Le paradis des poissons humains
28. Une histoire de poisson
29. Le meurtre des Piliers blancs
30. Le nouveau Noël
31. Le Professeur et le Cuisinier
32. La fin de la sagesse
33. Le vampire du village
34. Le masque de Midas
35. L’homme qui tua le renard

Postface de Gérard Joulié.


À suivre…
Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
commenter cet article
30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 00:46
Voici un siècle, G.K. Chesterton décrivait avec son talent et sa bonne humeur coutumière la crise profonde à laquelle le monde moderne et notre société contemporaine, au moins dans les pays encore riches, sont confrontés. Comme l’indique Chesterton, nous sommes tous plus ou moins d’accords pour trouver que nos libertés fondamentales sont mises à mal, que les familles subissent de plein fouet la crise économique et sont tragiquement oubliées du personnel politique ou que les disparités entre riches et pauvres ne cessent de croître. Pourtant, cet accord de façade sur le mal masque trop souvent un désaccord tragique, celui de ne pas s’entendre sur le bien à rechercher et sur ce qu’il faut mettre en œuvre pour l’atteindre. Ce qui cloche dans le monde se trouve dans le fait que nous nous demandons pas ce qui est juste, quel est l’idéal à poursuivre.
La réponse de Chesterton est simple : cet idéal à retrouver pour amorcer les réformes nécessaires consiste en un retour au réel, en un retour au sens commun. Celui-ci implique le respect de la famille comme cellule de base de la société et donc la défense de l’idéal de la famille. Cela implique une plus grande distribution des biens et des capitaux pour une société plus juste et plus libre. Cela implique aussi une solide éducation, reposant sur le courage d’enseigner correctement aux enfants, en n’ayant pas crainte de leur dire la vérité.
Chesterton n’a jamais été un théoricien. Il n’a pas proposé ses idées politiques et sociales à travers un ouvrage de philosophie politique, un exposé systématique. Au contraire, il a répandu comme autant de petits cailloux blancs sur le chemin de la vérité ses idées en la matière, dans ses romans, ses poèmes, ses essais ou ses monographies. Chesterton surprend toujours son lecteur. Alors qu’on attend de lui un jugement littéraire, il sort du bois et propose tout d’un coup un propos politique. Alors qu’il débute un exposé économique, il bifurque sans avertir vers des envolées littéraires. On pourrait croire à une fantaisie facile et systématique. Dans une lettre à Paul Claudel, datée du 22 juin 1911, Valery Larbaud raconte sa première rencontre avec Chesterton. Il répond à notre interrogation  en remarquant combien derrière cette facilité apparente Chesterton va bien au-delà de la fantaisie : « Seulement un mot çà et là montre qu’il est allé très loin dans une région qu’on lui croyait inconnue dix secondes auparavant ».
Dans What is wrong in the world, il semble quitter parfois les domaines de la réflexion politique quand il met en scène trois personnages qu’il a inventés. Hudge et Gudge, adversaires de Jones. L’un représente le grand gouvernement et l’autre le grand commerce. Quant à Jones, c’est tout simplement l’homme ordinaire, marié, père de famille et qui habite sa propre maison. Son malheur vient de Hudge et Gudge qui veulent prendre ses biens, son indépendance et toucher ainsi sa dignité. D’où la défense de la famille et de la propriété privée qui se trouve dans cet ouvrage, qui part de l’idée que l’homme est depuis le Paradis perdu un nomade qui veut rentrer à la maison.



Quelques extraits :

Sur la famille
On peut dire que cette institution qu’est le foyer est l’institution anarchiste par excellence. C’est-à-dire qu’elle est plus ancienne que la loi, et qu’elle se tient à l’écart de l’État. De par sa nature, elle est revigorée ou corrompue par des forces indéfinissables issues de la coutume ou de la parenté. Cela ne veut dire pour autant que l’État n’ait pas autorité sur les familles : dans de nombreux cas qui sortent de l’ordinaire, on a recours, et il le faut, à cette autorité de l’État. Toutefois, l’État n’a pas accès à la plupart des joies et des chagrins familiaux, ce n’est pas tant que la loi ne doive pas interférer mais plutôt qu’elle ne le peut. Certains domaines sont trop éloignés de la li, d’autres en sont trop proches ; il est plus facile à l’homme de voir le Pôle Nord que de voir sa propre échine. Des affaires sans importances et immédiates seront tout aussi difficiles à gérer que d’autres, plus importantes et lointaines. Les vraies peines et les vraies de la famille en sont un parfait exemple. Si un bébé réclame la lune en pleurnichant, le gendarme ne pourra pas plus aller la lui décrocher qu’il ne pourra le calmer.


Sur les femmes

Souvent femme varie et c'est là une de ses grandes qualités. Cela évite à l'homme d'avoir recours à la polygamie. Tant que vous aurez une femme, vous serez sûrs d'avoir tout un harem.


À la naissance l’enfant mâle est plus proche de sa mère que de son père. Lorsqu’on réfléchit à ce terrible privilège féminin, on ne peut pleinement croire en l’égalité des sexes. Ici et là, nous entendons parler d’une fille élevée comme un garçon manqué, alors que tout garçon est élevé comme une gentille petite fille. Dès ses premiers jours, la chair et l’esprit de la féminité entourent le petit garçon comme les quatre murs d’une maison, et même l’homme le plus obscur ou le plus brutal a été féminisé par le seul fait de naître. Une courte vie, marquée par la souffrance, tel est l’apanage de l’homme né de la femme. Mais nul ne saurait décrire l’obscénité et la tragique bestialité de celle du monstre que serait l’homme né d’un homme…

Repost 0
Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
commenter cet article