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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 00:39
Quelles sont les grandes parties de ce livre. Au nombre de cinq, elles sont précédées d’une dédicace et suivies de « Trois notes » concernant « le vote des femmes » ; « De la propriété dans l’éducation » ; « De la propriété paysanne ».
La première partie porte sur « Le nomadisme de l’homme ». Chesterton y développe sa vision de la propriété privée et de la famille tout en se détachant du scientisme sociologique. Dans la deuxième partie, il s’en prend à l’impérialisme et défend l’idée des petites patries. Cette partie est très exactement intitulée : « Impérialisme : l’erreur sur l’homme ». La troisième partie est son pendant naturel : « Féminisme : l’erreur sur la femme ». En dénonçant le féminisme, ce qui le classe dans le camp des réactionnaires, Chesterton élève en fait une ode à la dignité de la femme et à son rôle primordiale dans la société humaine. La quatrième partie découle en quelque sorte des deux précédentes et concerne directement l’éducation. Elle est intitulée : « L’éducation : l’erreur sur l’enfant ». Enfin la cinquième partie termine l’ouvrage, sous le titre « La maison de l’homme ». C’est à la fois un rappel des grandes idées contenues dans le livre et une défense très claire des points essentiels de la vision sociale de l’auteur. La conclusion proprement dite s’achève par un magnifique passage qui partant de l’image d’une petite fille exprime l’idéal social de l’auteur :
« Il y a quelques temps, certains docteurs et autres personnes que la loi moderne autorise à régenter leurs concitoyens moins huppés, décrétèrent que toutes les petites filles devaient avoir les cheveux courts. J'entends par là, bien entendu, toutes les petites filles dont les parents étaient pauvres. Les petites filles riches ont, elles aussi, de nombreuses habitudes très peu salubres, mais il faudra du temps avant que les docteurs tentent d'y remédier par la force. La raison de cette intervention était que les pauvres vivent empilés dans des taudis tellement crasseux, nauséabonds et étouffants, qu'on ne peut leur permettre d'avoir des cheveux car cela veut dire qu'ils auraient des poux. Voilà pourquoi les docteurs ont proposé de supprimer les cheveux. Il ne semblerait pas qu'il soit même venu à l'esprit de supprimer les poux. C'est pourtant possible. (…) Cette parabole, ces dernières pages, et mêmes toutes ces pages, visent à démontrer que nous devons tout recommencer, à l'instant, et par l'autre bout. Je commencerai par les cheveux d'une petite fille. Si mauvais que soit le reste, la fierté d'une bonne mère pour la beauté de sa fille est chose saine. C'est l'une de ces tendresses inaltérables qui sont les pierres de touche de toutes les époques et de toutes les races. Tout ce qui ne va pas dans ce sens doit disparaître. Si les propriétaire, les lois et les sciences s'érigent là-contre, que les propriétaires, les lois et les sciences disparaissent. Avec les cheveux roux d'une gamine des rues, je mettrai le feu à toute la civilisation moderne. Puisqu'une fille doit avoir les cheveux longs, elle doit les avoir propres; puisqu'elle doit avoir les cheveux propres, elle ne doit pas avoir une maison mal tenue; puisqu'elle ne doit pas avoir une maison mal tenue, elle doit avoir une mère libre et détendue; puisqu'elle doit avoir une mère libre et détendue, elle ne doit pas avoir un propriétaire usurier; puisqu'elle ne doit pas avoir une propriétaire usurier, il doit y avoir une redistribution de la propriété; puisqu'il doit y avoir une redistribution de la propriété, il doit y avoir une révolution. Cette gamine aux cheveux d'or roux (que je viens de voir passer en trottinant devant chez moi), on ne l'élaguera pas, on ne l'estropiera pas, en rien on ne la modifiera; on ne la tondra pas comme un forçat. Loin de là. Tous les royaumes de la terre seront découpés, mutilés à sa mesure. Les vents de ce monde s'apaiseront devant cet agneau qui n'a pas été tondu. Les couronnes qui ne vont pas à sa tête seront brisées. Les vêtements, les demeures qui ne conviennent pas à sa gloire s'en iront en poussière? Sa mère peut  lui demander de nouer ses cheveux car c'est l'autorité naturelle, mais l'empereur de la Planète ne saurait lui demander de les couper. Elle est l'image sacrée de l'humanité. Autour d'elle l'édifice social s'inclinera et se brisera en s'écroulant; les colonnes de la société seront ébranlés, la voûtes des siècles s'effondrera, mais pas un cheveu de sa tête ne sera touché. »

À suivre…
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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 00:27

Le 28 juin 1910 (Gallimard indique dans son édition française du livre la date 24 juin) paraît en Angleterre un nouveau livre de G.K. Chesterton. Il s’agit cette fois d’une suite d’essais sociaux, divisés en cinq parties et rassemblés sous le titre général What is wrong in the world.
Le titre n’était pas de Chesterton lui-même, du moins pas complètement. Il aurait souhaité plus simplement « What is wrong ? ».
Le livre est édité chez Cassel à Londres. Il est publié également le 1er juillet 1910 à Leipzig, par « Tauchnitz edition », dans la « Collection of British authors ». L’édition américaine date d’octobre de la même année et paraît à New York chez « Dodd, Mead and company » (cf. image). La première traduction française date de 1948 et paraît chez Gallimard, à la NRF. Elle a été réalisée par J.-C. Laurens et comprend 256 pages (image ci-dessous). Une seconde traduction française est publiée en 1994, à l’Age d’Homme, dans la collection « Domaine anglo-saxon », dirigée par Gérard Joulié. La traduction est assurée par Marie-Odile Fortier-Masek. Le titre est différent : « Le monde comme il ne va pas ». Autre différence : cette édition reproduit la dédicace de Chesterton à C.F. Masterman. Au total, cette nouvelle édition, toujours disponible, comprend 208 pages. Enfin, dans les « Collected works » (l’équivalent des œuvres complètes) de Chesterton publiés par Ignatius press aux Etats-Unis, What is wrong in the world se trouve dans le quatrième tome de cette collection (nous donnerons désormais cette indication)
Maisie Ward a noté très justement dans son Gilbert Keith Chesterton que What is wrong in the world offrait les fondements de la sociologie de l’auteur, de ce qui sera plus tard les grandes idées du distributisme comme l’indique Michael Ffinch dans sa biographie. Ffinch note également, et avec justesse, que Chesterton attaque avec toujours plus de force le Calvinisme auquel il consacre au début de la quatrième partie tout un chapitre. Faisant référence à son livre « sur mon ami M. Bernard Shaw », Chesterton se réjouit que celui-ci ait admis qu’il était « un vulgaire calviniste ». Et Chesterton précise : Shaw « a ajouté que Calvin avait, bien entendu, raison d’affirmer qu’“une fois qu’un homme est né, il est trop tard pour le damner ou le sauver”. C’est là le secret fondamental et caché ; c’est là l’ultime mensonge de l’enfer. »
Après une telle approche, on pourrait croire que What is wrong in the world est essentiellement un livre religieux. Dire qu’il ne l’est pas serait, bien entendu, exagéré. Disons que le livre porte sur des sujets habituellement classés dans le domaine profane mais que Chesterton aborde avec un esprit religieux car s’il reconnaît la distinction des domaines, il ne croit absolument pas à leur séparation radicale. D’où des remarques que le lecteur peut entendre comme des digressions (reproche classique vis-à-vis de Chesterton) alors qu’elles répondent à une logique commune.

À suivre…
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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 00:38


Après avoir présenté le William Blake de Chesterton, paru en 1910, voici une courte présentation d’un autre ouvrage publié la même année, « Alarms and Discursions ». Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’une monographie, mais plus simplement d’un recueil d’articles de Chesterton, venant tout droit des colonnes dae son cher Daily News auquel il collabore depuis 1901. Jusqu’en 1913, il y publiera près de 600 articles qui n’ont pas encore tous trouvés le chemin du recueil.
« Alarms and Discursions » paraît en novembre 1910, chez Methuen et comprend 39 articles qui forment autant de chapitres. On y trouve aussi bien une défense des gargouilles que du fromage, du spectacle de marionnettes à la construction d’une maison, en passant par le triomphe de l’âne et trois genres d’homme. Impossible à vrai dire de résumer d’un mot cette explosion de mots et d’esprit, ce florilège de textes chestertoniens qui appartient au meilleur de l’auteur et qui pourtant n’a jamais été traduit en français. Mystère de l’édition française, qui aime retraduire en permanence les mêmes textes, de préférence ceux publiés chez la maison d’en face.
S’il fallait trouver absolument un point commun à cet ensemble, c’est bien sûr dans la philosophie sous-jacente qui les habite et qui a présidé à leur naissance. Il s’agit d’un chant à la gloire de la création, de la mise en avant de la vision romanesque des choses, plus juste et plus vrai que le froid réalisme qui ne retient que ce qui est apparent. À ce titre, le chapitre consacré aux gargouilles est un véritable sommet. Chesterton s’attache aussi à défendre la dignité de l’homme, mise à mal selon lui par la modernité et singulièrement par le scientisme du XIXe siècle. Il met ainsi en cause l’idée que le cours du temps implique que l’homme passe d’un extrême à l’autre. Pour lui une telle idée est la négation même de l’humanité. C’est quand un homme est debout qu’il vivant ; c’est quand il est mort qu’il peut se balancer d’un point à l’autre.

Voici, à titre indicatif, le sommaire (en anglais) de cet ouvrage. Dans les éditions suivantes, au moins dans celle de 1911 (notamment l’édition américaine, Dod, Mead and company) Chesterton a ajouté une préface :


1: INTRODUCTORY:  ON GARGOYLES

 2: THE SURRENDER OF A COCKNEY

 3: THE NIGHTMARE

 4: THE TELEGRAPH POLES

 5: A DRAMA OF DOLLS

 6: THE MAN AND HIS NEWSPAPER

 7: THE APPETITE OF EARTH

 8: SIMMONS AND THE SOCIAL TIE

 9: CHEESE

10: THE RED TOWN

11: THE FURROWS

12: THE PHILOSOPHY OF SIGHT-SEEING

13: A CRIMINAL HEAD

14: THE WRATH OF THE ROSES

15: THE GOLD OF GLASTONBURY

16: THE FUTURISTS

17: DUKES

18: THE GLORY OF GREY

19: THE ANARCHIST

20: HOW I FOUND THE SUPERMAN

21: THE NEW HOUSE

22: THE WINGS OF STONE

23: THE THREE KINDS OF MEN

24: THE STEWARD OF THE CHILTERN HUNDREDS

25: THE FIELD OF BLOOD

26: THE STRANGENESS OF LUXURY

27: THE TRIUMPH OF THE DONKEY

28: THE WHEEL

29: FIVE HUNDRED AND FIFTY-FIVE

30: ETHANDUNE

31: THE FLAT FREAK

32: THE GARDEN OF THE SEA

33: THE SENTIMENTALIST

34: THE WHITE HORSES

35: THE LONG BOW

36: THE MODERN SCROOGE

37: THE HIGH PLAINS

38: THE CHORUS

39: A ROMANCE OF THE MARSHES



En 1910, Chesterton ne se contente pas d’offrir au public ce recueil de ses articles dans le Daily News, il fait paraître un autre ouvrage du même type, mais directement orienté vers les questions sociales. Son titre ? What's Wrong With the World. Nous en reparlerons.


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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 11:32
Le Petit Palais  à Paris présente une rétrospective de « William Blake, le romantique anglais » depuis le 2 avril et jusqu'au 28 juin. Près de 130 oeuvres du poète visionnaire et graveur d’exception sont rassemblées en France pour la première fois.

G.K. Chesterton a consacré une étude à Blake qui a paru en novembre 1910. C’est à la fois le critique littéraire et l’artiste qui s’expriment quand Chesterton aborde ce mystère qu’est William Blake. C’est aussi une étude de discernement, à travers laquelle Chesterton tente de distinguer le meilleur de Blake du moins bon. Soyons honnête : il faudrait être un fin connaisseur de ce dernier pour dire si Chesterton a réussi son entreprise. On sait que les thuriféraires de Blake n’apprécient guère cet ouvrage. Comment pourrait-il en être autrement ? Du fait même de l’effort de Chesterton pour saisir toutes les dimensions de Blake sans rien lui passer de ce qui ne semble pas devoir être retenu, cette étude chestertonienne peut agacer. D’autant que l’auteur en profite pour dresser un portrait du XVIIIe siècle et notamment des loges maçonniques.
L’artiste et le poète sont appréciés par Chesterton même s’il estime que Blake aurait pu aller plus loin. D’une certaine manière, il apprécie également son mysticisme, sauf en ce qu’il ne s’est pas porté en quelque sorte sur l’objet précis du mysticisme :
« Dire (comme le font certains théosophes modernes) que la mort n’est rien, que c’est simplement comme de passer dans une autre pièce, n’est pas seulement profane et anti-chrétien ; c’est tout simplement vulgaire. Cela va à l’encontre de toute tradition des émotions secrètes de l’humanité. C’est indécent, comme de persuader un paysan plein de décence de se promener sans vêtements. La musique et le chant de l’humanité s’expriment mieux dans un employé qui met ses vêtements du dimanche que dans un fanatique qui va courir tout nu dans Cheapside. Et il y a plus de véritable mysticisme à clouer le couvercle d’un cercueil qu’à prétendre, de manière purement théorique, ouvrir les portes de la mort. »

À cette occasion, Chesterton nous offre sa propre approche du mysticisme :
« On a confondu accidentellement dans le langage le mystique et le mystérieux. En général on ressent vaguement le mysticisme comme étant lui-même vague – avec des voiles et des nuages, de l'obscurité ou des dissimulations vaporeuses, des conspirations déroutantes ou des symboles  impénétrables. Il y a eu en effet des charlatans pour utiliser ce genre de choses; mais jamais un véritable mystique n'a préféré l'obscurité à la lumière. Jamais un pur mystique n'a aimé le mystère pour lui-même. Le mystique n'invente pas de doutes ou d'énigmes: les doutes et les énigmes préexistent. Nous ressentons tous l'énigme constituée par la terre sans avoir besoin de personne pour  nous la montrer. Le mystère de la vie en est la partie la plus simple. Les voiles et les nuages de l'obscurité, la confusion vaporeuse, constituent le climat normal de cette planète. Quelles que soient les choses par ailleurs, celles auxquelles nous sommes habitués, nous sommes habitués à l'inexplicable. Chaque pierre et chaque fleur sont des hiéroglyphes dont nous avons perdu la clef; à chaque instant de notre vie nous entrons dans une nouvelle histoire que nous sommes certains de ne pas comprendre. Le mystique n'est pas l'homme qui fabrique des mystères, mais l'homme qui les détruit. Le mystique est celui qui propose une explication, qui peut être vraie ou fausse, mais qui est toujours très compréhensible – par là je veux dire, non pas qui est toujours comprise, mais qui peut toujours être comprise, parce qu'il y a toujours quelque chose à comprendre. Celui dont le sens demeure mystérieux échoue, selon moi, en tant que mystique.»

Ce qui sauve Blake pour Chesterton tient certainement en un autre aspect, dans sa vision de la création divine, de la rémission des péchés, dans l’espoir de la résurrection.

En France, l’ouvrage a été traduit par Francis Bourcier pour les Nouvelles éditions Oswald et il a été publié en 1982. Il est maintenant indisponible, sauf chez les bouquinistes. Cette édition est précédée d’une excellente introduction de François Rivière qui retrace la vie de Chesterton plus qu’il ne parle du livre lui-même. Il en dit quand même quelques mots à la fin de son introduction. En voici deux passages :
« La dialectique touche ici au sublime, même si parfois elle dérape – mais c’est dans ses excès que Chesterton est sans doute le plus touchant – à tous les sens du mot. »
Bien sûr, le lecteur aimerait bien en savoir un peu plus sur les dérapages de Chesterton. À propos de quoi ? Et par rapport à quoi ? François Rivière, malheureusement, ne le dit pas. Il ajoute cependant :
« Le bon sens et la mauvaise foi mêlés, la lousticité très britannique, la simplicité confondante du raisonnement, tout est là pour nous entraîner sans réticence vers l’accomplissement du rituel. Mis en pièces, remodelés, assumé totalement par son exégète ébouriffant, Blake sort grandi de l’épreuve et nous le plus proche, soudain, plus réel, plus vivant ! ».

Dans cette édition française, le William Blake de Chesterton contient 166 pages, avec une introduction de François Rivière et un avant-propos du traducteur.

Mais laissons à Chesterton le dernier mot, qui sera en l’occurrence les premiers de son livre :
« Toute biographie devrait commencer par ces mots : “Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre”, et William Blake aurait été le premier à le comprendre. Si nous devions raconter l’histoire de M. Jones de Kentish Town, il nous faudrait des siècles pour tout expliquer. On ne peut même pas appréhender le nom de “Jones” tant que l’on n’a pas compris que sa banalité n’est pas celle des choses vulgaires, mais celle des choses divines ; car sa banalité même est un écho de l’adoration de saint Jean, l’Aimé de Dieu. »



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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 10:57
Roman très riche, La Sphère et la croix mérite certainement une exploration plus longue et plus profonde que celle que nous proposons en guise de simple apéritif. Pour terminer sur ce chapitre, quelques mots de la traduction française.
Signée Charles Grolleau, elle a d’abord paru Crès en 1921 et comprend alors 328 pages. L'éditeur a pris soin de souligner alors qu'il s'agit de la « seule traduction autorisée par les éditeurs MM. Wells, Gardner, Darton & C° ». À cette époque, il semble que ne soit disponible en traduction française que le Charles Dickens (parution 1909); Le Nommé Jeudi (parution 1911); Le Napoléon de Notting Hill (parution 1912); La Barbarie de Berlin (parution 1915); Les Crimes de l'Angleterre (parution 1916) et La Clairvoyance du Père Brown (1919).
La traduction de La Sphère et la croix par Charles Grolleau connaît une deuxième édition, à Bruges, chez Desclée De Brouwer le 13 mai 1937. Le volume comprenait 399 pages. C’est cette même traduction qui est reprise par les éditions de l’Age d’Homme, en 1981, permettant ainsi aux lecteurs d’aujourd’hui d’avoir accès à cette « fable métaphysique » qui constitue selon l’éditeur « une des plus belles inventions de G.K. Chesterton, un des plus fascinants modèles de délire logique de la littérature mondiale ». Dans cette édition de l’Age d’Homme, La Sphère et la croix comprend 220 pages. Enfin on retrouve cette même traduction dans le reprint des éditions Saint-Rémi qui reproduisent l'éditions Crès de 1921, en 328 pages.
Notons au passage que Charles Grolleau fut aussi le traducteur de deux autres ouvrages de Chesterton : Les crimes de l’Angleterre, paru chez Crès en 1916, dans la collection Angha, d'Orthodoxie, paru chez L. Rouart et J. Watelin, en 1923. Né le 28 juin 1867 à Paris, décédé le 15 juin 1940 à Chateauneuf-sur-Loire (Loiret), Charles Grolleau a traduit plusieurs ouvrages d’origine anglo-saxonne. Parmi les auteurs catholiques traduits, citons Dom Bède Camm (un récit de conversion), dom Cuthbert Butler (une étude sur la règle bénédictine) et enfin le célèbre Mgr Benson et ses Paradoxes du catholicisme. Parmi les auteurs profanes, Charles Grolleau fut notamment le traducteur d’Oscar Wilde et de William Blake.
Tout récemment (1er mars 2009), l’Association de la Médaille miraculeuse a établi un lien entre le roman de Chesterton et la médaille de la rue du Bac à Paris :
« Traduction d’un écrit anglais publié en 1909, il y a tout juste cent ans, La Sphère et la Croix est un beau livre de Gilbert K. Chesterton, un des plus importants écrivains anglais du début du XXe siècle. A ceux pour qui, symbole du christianisme, la croix reste un symbole de sauvagerie et de déraison, Chesterton répond : Vous commencez par briser la croix, et pour finir vous brisez le monde habitable. Car si vous enlevez Dieu, qu’est-ce que l’humanité devient? Dans quelle sorte de monde sommes-nous réduits à vivre? Notre Dieu est si loin d’être le rival de l’homme qu’il a voulu que l’homme partage sa propre nature divine et son bonheur éternel.
La Sphère et la Croix nous fait naturellement penser à l’apparition de la rue du Bac. Dans ses mains, la Vierge Marie tient une sphère surmontée d’une croix polaire. Depuis les premiers princes chrétiens, c’était l’emblème usité pour exprimer la puissance. A juste titre, on a donné à la statue de la Vierge, la représentant dans cette attitude, le nom de Vierge puissante. »
La suite, à lire ICI.
Notons enfin que « La Sphère et La Croix » sera aussi le titre d’une collection au Seuil.
Pour avoir un aperçu du texte de La Sphère et la croix, vous pouvez vous rendre , en n'oubliant pas qu'il est préférable d'acheter le livre, au risque sinon de voir les éditeurs disparaître et les livres avec eux.
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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 01:36

Particularité de ce livre : il s’agit du troisième roman publié par Chesterton, après Le Napoléon de Notting Hill (cf. ICI) et Le Nommé Jeudi (ICI, , et LÀ) En fait, La Sphère et la croix est dans l’ordre d’écriture le deuxième roman, dont une partie sera publiée en feuilleton dans Commonwealth, entre mars 1905 et novembre 1906. The Commonwealth était l’organe mensuel de la « Christian social Union », fondée en 1889 par Henry Scott Holland, un ami de Chesterton. Mais plus qu’aux autres romans, il faut peut-être rattacher ce livre à Heretics (ICI, , , et ) publié en juin 1905, et donc directement contemporain de l’écriture de La Sphère et la croix. Les thèmes, bien que traités très différemment, y sont semblables. Il s’agit bien de l’incompréhension radicale entre deux visions du monde, la chrétienne et la moderne.
Quoi qu’il en soit, le livre a paru le 24 février 1910. La presse semble avoir bien reçu l’ouvrage, même si certains critiques déplorèrent quelques confusions, la précipitation dans l’écriture ou la volonté de faire passer les vues catholiques de l’auteur.
De fait, ce roman est construit sur deux couples de personnages qui incarnent un positionnement radical par rapport à la foi et à l’Église. Le premier couple est celui des premières pages, formé par le moine Michael et par le professeur Lucifer, deux personnages plutôt allégoriques. (cf. image d'époque) On les retrouve à la fin du livre. L’autre couple est celui d’Evan MacIan et de James Turnbull.
MacIan est écossais, jacobite, catholique alors que Turnbull, tout aussi écossais, est athée. Si MacIan a été associé à Chesterton, les critiques ont pensé que Turnbull pouvait représenter Shaw, notamment à cause de sa description physique, ou, Robert Blatchford, directeur de The Clarion comme Turnbull est directeur de The Atheist.
Comme nous l’avons dit, les rencontres entre MacIan et Turnbull sont formées d’une suite de duels, constamment interrompue et relancés, qui se terminent étrangement dans un asile, qui a tout de l’enfer ou, du moins, du purgatoire.
C’est là certainement que Chesterton annonce Kafka puisque cet asile contient des médecins aussi fous que leurs patients et que l’on entre dans une spirale infernale. Tout prend une allure de folie, jusqu’à la nature elle-même. D’une certaine manière, Chesterton donne l’impression de passer des symboles de la sphère et de la croix à celui de l’asile, endroit clôt sur lui-même, et monde de folie, représentation de l’enfer. À la question de la foi, de la croyance, du respect de la Vierge Marie, prétexte au duel de départ, il substitue donc celui de la folie. Un thème largement abordé dans son œuvre et qui le touche de près. Du fait de ce changement de thème, le lecteur de La Sphère et la croix est un peu surpris par ce passage et ne parvient pas toujours à suivre l’auteur dans la progression de l’histoire. Ce qui sauve l’ensemble d’un climat parfois pesant, surtout à la fin, c’est l’humour, toujours présent chez Chesterton.
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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 14:19
Initialement, j’avais annoncé ce roman de Chesterton comme appartenant aux ouvrages parus en 1909. Je m’étais fondé, pour cela, sur une liste donnée par l’« American Chesterton Society ». Or, en consultant mon exemplaire, je me suis aperçu qu’il portait comme date l’année 1910. Dans sa remarquable étude, G.K. Chesterton, création romanesque et imagination (1874-1936) [Éditions Klincksieck], Max Ribstein indique également l’année 1910. Cette date est également confirmée par le dernier ouvrage paru sur Chesterton, celui de William Oddie, Chesterton and the Romance of Orthodoxy (Oxford University Press), qui consacre toute une partie à cet ouvrage. Il convient donc de corriger la date de parution indiquée initialement sur ce blogue [ICI].
Est-ce une raison pour ne pas parler de ce livre ? Ce serait dommage. D’abord, il s’agit de l’un des romans les plus connus du corpus chestertonien en France, en dehors de la série des father Brown. Ensuite, parce que ce livre exige du souffle quand on s’engage dans sa lecture, en raison de sa richesse et de son étonnante construction. Enfin, parce que Chesterton nous entraîne dans un univers quelque peu kafkaïen, susceptible de déplaire à des lecteurs, capable, en revanche, d’en séduire un certain nombre.
Dans son édition d’origine, The Ball and the Cross est publié chez Wells Gardner, Darton and Co (dont l’adresse est savoureuse : 3&4 Paternoster Building, E.C.), avec une couverture orange et sans illustrations. Il faudra attendre 1937, presque un an après la mort de l’auteur pour que les éditions DDB en offre une traduction française le 13 mai de cette année-là. La traduction est assurée par Charles Grolleau, déjà traducteur de Chesterton. Cette même traduction sera reprise en 1981 par les éditions suisses de l’Age d’Homme () puis, plus récemment, dans une forme de reprint, par les éditions Saint-Rémi (ICI).
La Sphère et la Croix comporte vingt chapitres :
– Une discussion un peu en l’air
– La religion du juge
– Antiquités
– Une discussion à l’aube
– Le pacifiste
– L’autre philosophe
– Le village de Grassley-in-the-Hole
– Un intermède
– La dame étrange
– Une passe d’armes
– Un scandale au village
– L’île déserte
– Le jardin de la paix
– Un musée d’âmes
– Le rêve de MacIan
– Le rêve de Turnbull
– L’idiot
– Rencontres
– La dernière conférence
– Dies Iræ L’histoire ?

De manière rapide, on pourrait la résumer comme une série de duels ratés entre un ultra catholique et son pendant athée. Duels armés, mais aussi duels de paroles, et donc une sorte de débat permanent. Mais, se limiter à une telle présentation reviendrait certainement à passer à côté de la richesse de ce roman, qui va bien au-delà d’une histoire de duels qui ne peuvent jamais se dérouler. Mais, alors, de quoi s’agit-il ?
La Sphère et la Croix est sans aucun doute une fable métaphysique sur le bien et le mal, sur la foi et la raison, sur le monde et la folie. Mais c’est également un étonnant délire logique qui tourne parfois la tête. Mais avant toute chose, il convient de s’interroger sur le titre lui-même de l’ouvrage. Tout commence, en effet, par l’arrivée à l’intérieur d’un dirigeable de deux personnages qui survolent Londres et parviennent à la hauteur de la cathédrale Saint-Paul. L’un s’appelle le professeur Lucifer et l’autre est le moine Michæl. Ainsi, d’entrée de jeu, par le choix même de ces prénoms et de ces « professions », Chesterton identifie ses personnages à deux « croyances » absolument opposées. La foi contre le rationalisme ; le rationalisme contre la foi.
Comme le dirigeable percute le dôme de la cathédrale, une discussion s’engage entre les deux hommes, à partir du symbole que représente la sphère qui soutient la croix au faîte de l’édifice religieux. Le professeur Lucifer défend la sphère, symbole parfait de la science, lisse, sans imperfection, inamovible. Ainsi affirme-t-il que « la sphère est la perfection. (…) la sphère est le fruit mûr et final » avant de conclure que la sphère devrait reposer sur le sommet de la croix et non l’inverse. D’accord avec le professeur Lucifer sur le fait que la croix représente la contradiction, « le conflit de deux lignes hostiles, de deux directions inconciliables », mais précisant que son illogisme est à l’image de l’homme « quadrupède qui ne se sert que de deux pattes », le moine Michæl en appelle au bon sens pour signifier à son interlocuteur le danger de son affirmation. En effet, si la sphère reposait sur la croix, elle tomberait tout simplement. C’est sur cette confrontation que débute donc La Sphère et la croix, qui voit au terme de ce premier chapitre le moine Michæl prendre le chemin d’une maison de santé.


À suivre…
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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 07:58
L’année 1909 est également marquée pour Chesterton par la parution de Tremendous Trifles. C’est un recueil d’articles ou si l’on préfère de petits essais parus à l’origine dans The Daily News. On y retrouve un Chesterton particulièrement savoureux, avec une grande maîtrise de son art du renversement paradoxal, capable de nous enchanter en abordant des thèmes d’apparence loufoque (voire très loufoque) desquels pourtant il sait tirer des leçons de vie.
Le livre est paru chez Dodd, Mead and Company Published, en octobre 1909, puis à New York,  en 1910, toujours chez Dodd, Mead and Company.

Après une courte préface de l’auteur, l’ouvrage rassemble trente-neuf textes dont le premier a donné son titre à l’ensemble. Chesterton ne cache pas la fantaisie qui habite ces articles, et qui est certainement le vrai point commun entre eux tous. Il se justifie surtout en affirmant que les sujets évoqués, malgré la surprise qu’ils peuvent susciter auprès du lecteur, sont là pour que ce lecteur justement apprenne à se laisser surprendre par les choses banales, les éléments ordinaires de la vie, que l’œil ne remarque habituellement pas. Au contraire clame Chesterton, il faut que l’œil se réveille et que nous devenions des champions oculaires, réorientant constamment notre regard. C’est un vieux thème chestertonien dont le but est de déboucher sur une philosophie de la gratitude.

Ce livre n’a pas été traduit intégralement en français et l’on peut le regretter. C’est, pourtant, de bout en bout un festival typiquement chestertonien. Certains textes, comme par exemple « The Toy Theatre » sont très révélateurs de la personnalité même de l’auteur, lequel a été marqué à vie par le petit théâtre de marionnettes de son enfance.
Cependant, certains de ces textes sont disponibles dans le recueil Le Paradoxe ambulant, recueil de 59 essais choisis par l’écrivain Alberto Manguel, traduits de l’anglais par Isabelle Reinharez et publié par les éditions Actes Sud, dans la collection Le Cabinet de lecture, 2004 (ci-contre image de l'édition anglaise). Le livre est toujours disponible (voir ICI et ).
Dans cette édition, on trouve au total 11 essais extraits de Tremendous Trifles. 11 sur 39 ! Par ordre d’arrivée, citons :

Un morceau de craie (A Piece of Chalk)
Des avantages de n’avoir qu’une jambe (The Advantages of Having One Leg)
Du bonheur de rester au lit (On Lying in Bed)
Une course en taxi dans la campagne (A Cab Ride Across Country)
Les petits oiseaux qui refusent de chanter (The Little Birds Who Won't Sing)
Le théâtre de marionnettes (The Toy Theatre)
L’ange rouge (The Red Angel)
Le secret d’un train (The Secret of a Train)
Dans un pays à l’envers (In Topsy-Turvy Land)
Les douze hommes (The Twelve Men)
Deux agents de police et une morale (Some Policemen and a Moral)


Signalons que l’un des textes de Tremendous Trifles, non traduit hélas, concerne l’un de nos symboles nationaux : la prise de la Bastille. Chesterton médite justement, à partir de cet exemple, sur l’importance des symboles dans la vie des hommes. Il sait que la Bastille a marqué la fin d’une époque, et que cette prison était, au moment de sa prise et de sa destruction, assez peu dangereuse. L’écrivain anglais voit dans la prise de la Bastille une sorte de geste religieux, avec une signification rituelle, qui va bien au-delà de sa portée politique.

Un mot pour finir sur le théâtre de marionnettes, texte que l’on peut lire dans Le Pardoxe ambulant. Chesterton y décrit l’importance de ce type de théâtre et de ce qu’il représente pour l’enfant, la difficulté qu’il entraîne pour l’adulte (« c’est que s’amuser avec des jouets prend tellement plus de temps et donne tellement plus de mal que n’importe quelle autre activité »). Quant à lui, qui est un enfant-adulte ou un adulte avec un gros cœur d’enfant, il confesse que cela lui donne « le sentiment de toucher du doigt le véritable sens de l’immortalité. Dans ce monde nous n’avons pas le droit au plaisir pur ». Il en tire surtout une philosophie : « toutes les valeurs morales que l’homme moderne a besoin de connaître pourraient être tirées de ce jouet ». Exemple ? Le théâtre de marionnettes rappelle le principe de l’art qui est fait de « restriction ». Il nous enseigne à regarder les choses « par la petite fenêtre », à les remettre dans leur véritable perspective.
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13 janvier 2009 2 13 /01 /janvier /2009 14:21
Nous reprenons notre présentation chronologique des œuvres de Chesterton, en abordant – hasard des dates – l’année 1909. Cette année-là, Chesterton publie trois nouveaux livres dont un seul est actuellement et intégralement traduit en français. En 1909, le public Britannique peut donc découvrir :
George Bernard Shaw.
Tremendous Trifles.
The Ball and the Cross, ce dernier étant traduit en français sous le titre, La Sphère et la Croix. Nous reviendrons, bien sûr, longuement sur cet important roman dans l’œuvre de Chesterton. [correction : ce dernir livre date de 1910. cf. ICI]

Shaw et Chesterton étaient amis et pourtant ils ne partageaient pas la même philosophie. Nous l’avons vu en évoquant Hérétiques (Ici, là, là encore et là enfin) et Orthodoxie (ici, ici aussi, ici toujours, , là encore, là également, fin). Chesterton n’a pas ménagé l’œuvre de Shaw, la critiquant en la passant au crible d’une philosophie traditionnelle, ancrée dans le christianisme.
Le livre est publié en 1909 à Londres par John Lane Company et un an après à New York.
Cet essai comprend sept chapitres :

Ch. 1: The Problem of a Preface
Ch. 2: The Irishman
Ch. 3: The Puritan
Ch. 4: The Progressive
Ch. 5: The Critic
Ch. 6: The Dramatist
Ch. 7: The Philosopher

Mais c’est surtout l’introduction à la première édition qui retient d’emblée le lecteur. Très courte – deux phrases – elle résume parfaitement la vision de Chesterton sur Shaw. Que dit cette introduction ? Ceci :
« La plupart des personnes disent qu'elles sont d'accords avec Bernard Shaw ou qu'elles ne le comprennent pas. Je suis la seule personne qui le comprend, et qui ne suis pas d'accord avec lui. »
Dans ce livre, Chesterton consacre un chapitre à chacune des facettes de George Bernard Shaw. S’il admire l’Irlandais, il critique, à des degrés divers, les autres facettes de l’écrivain. Il estime que Shaw est l’homme le plus sérieux de son époque.
Mais ce livre est aussi l’occasion pour Chesterton d’exposer sa propre vision des choses, et surtout son usage du paradoxe. Il estime, en effet, que la philosophie de Shaw est presque entièrement dénuée de paradoxes. Pour Chesterton, s’il y a des paradoxes dans l’œuvre de Shaw, ils sont faux. Un véritable paradoxe, selon lui, se trouve dans la célèbre phrase de l’évangile : c’est en perdant sa vie qu’on la sauve. En revanche, l’exemple type du faux paradoxe se trouve dans l’affirmation de Shaw « la règle d’or est qu’il n’y a pas de règle d’or ». Mais, qu’est-ce que le paradoxe pour Chesterton ?
C’est certainement dans ce livre qu’il en explique le mieux sa compréhension. Pour les Grecs souligne Chesterton, étymologiquement donc, le paradoxe signifie quelque chose qui est contre l’opinion reçue. Mais, précise-t-il, l’évolution des mots fait que ce terme et cette idée veulent davantage dire désormais. Le paradoxe signifie ainsi une idée exprimée sous une forme qui est verbalement contradictoire. On confond selon lui habituellement un oxymore et un paradoxe. En revanche, explique-t-il, si l’on considère comme paradoxe une vérité inhérente à une contradiction, dans ce sens l’œuvre de Shaw est dépourvue de paradoxes « D'ailleurs, précise G.K.C., il ne peut même pas comprendre un paradoxe. Et d’ailleurs le paradoxe est la seule chose au monde qu'il ne comprend pas ».
Les qualités de cet ouvrage ne manquent pas, et l’on se demande encore, alors que George Bernard Shaw a été l’une des plus grandes signatures britanniques de son temps, pourquoi l’essai de Chesterton n’a pas été traduit en français. S’il nous apprend beaucoup sur Shaw, il nous apprend aussi beaucoup sur Chesterton lui-même, sur sa conception du paradoxe notamment, qui est quand même une part importante de son œuvre.
Après la lecture de ce livre, Shaw lui-même aurait déclaré : « Ce livre est ce que tous attendait qu’il soit : un excellent travail littéraire ».
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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 00:24
Nous terminons ici notre présentation, très incomplète hélas, du livre Orthodoxie, sur lequel nous nous sommes attardés en cette fin d'année 2008, qui fut aussi celle du centenaire de cet ouvrage qui a marqué tant de lecteurs de Chesterton et qui a valu à celui-ci une renommée toujours plus grande. Il existe d'autres livres importants dans l'œuvre chestertonienne, mais Orthodoxie occupe une place à part, puisque, bien qu'essai il dit beaucoup sur l'âme de son auteur. C'est historiquement un écrit de circonstance, mais qui a su traversé le temps, tant il recèle en lui de trésors d'une portée universelle.


Orthodoxie a paru le 25 septembre 1908, deux semaines après la publication d’un recueil d’articles parus dans l’Illustrated London News et intitulé All Things Considered (non traduit en français) et que nous avons déjà présenté (voir ICI). Chesterton a alors 35 ans et il déborde radicalement d’activité. Dès le 9 avril 1904, un journaliste américain, Shan F. Bullock, l’avait noté dans le Chicago Evening post, en craignant que GKC soit, à terme, la première victime de son propre succès. Il publie ses propres ouvrages, dans des genres très différents, s’occupe d’une collection de livres de grands auteurs, écrit préfaces et introductions, chronique dans le Daily News et le Speaker, polémique avec les uns et les autres, participe à des lectures et des débats publics sans oublier des dîners mondains. Malgré cette surrabondance d’activité, et son jeune âge, Orthodoxie est un livre qui révèle vraiment un esprit profond et cohérent.
C’est également un livre difficile à résumer. D’abord parce qu’il renvoie à beaucoup de débats de l’époque (mais les questions abordées sont encore souvent celles d’aujourd’hui) et ensuite parce que les têtes de chapitre ne sont pas toujours très évidentes à saisir. Quel est le sujet, par exemple, du chapitre II intitulé « Le fou » et son lien, par exemple, avec le chapitre IV, « L’éthique du pays des fées » ? Pour le savoir, il faut entrer dans la pensée de l’auteur, lire ligne après ligne.
On l’a dit, Orthodoxie ordonne un certain nombre d’idées déjà présentes dans divers écrits antérieurs de Chesterton. C’est le cas, on l’a vu, pour la nécessité de casser l’habitude pour mieux saisir notre profond attachement aux choses quotidiennes, pour saisir leur réelle valeur. On trouve également dans Orthodoxie une sorte de philosophie de la gratitude, notamment dans ce chapitre important qu’est le quatrième (L’éthique du pays des fées) :

« Nous remercions les gens pour les cadeaux qu’ils nous font à notre anniversaire : cigares et pantoufles. Puis-je ne remercier personne pour le cadeau de ma naissance ? »
Chesterton entend défendre également l’objectivité du christianisme dans le chapitre V, « Le drapeau du monde » :

« Que Jones adore son dieu intime, cela finit par signifier que Jones adorera Jones. Que Jones adore le soleil ou la lune, n’importe quoi plutôt que la Lumière Intérieure ; que Jones adore des chats ou des crocodiles, s’il peut en trouver dans sa rue, mais non le dieu intérieur. Le christianisme est venu dans le monde d’abord pour affirmer avec violence qu’un homme avait non seulement à regarder à l’intérieur mais à regarder à l’extérieur, à contempler avec étonnement et enthousiasme une compagnie divine et un capitaine divin. La seule chose plaisante dans le fait d’être un chrétien c’est qu’un homme n’est pas laissé seul avec la Lumière Intérieure, mais reconnaît d’une manière définie une lumière extérieure, belle comme le soleil, claire comme la lune, terrible comme une armée rangée en bataille. »
Ce qui ressort d’Orthodoxie, c’est aussi l’idée que le Credo des Apôtres est la clef de compréhension non seulement du christianisme mais aussi du Cosmos. « Un pieu peut combler un trou ou une pierre un creux par accident, écrit Chesterton dans le chapitre VII (« Les Paradoxes du christianisme »). Mais une clef et une serrure sont l’une et l’autre complexes. Et si une clef s’adapte à une serrure, vous savez qu’elle est la bonne clef ». Chesterton est arrivé, au terme d’un long itinéraire, à trouver que le christianisme est non seulement la clef de son âme, mais aussi du monde entier, depuis les origines. C’est le sujet d’Orthodoxie. Il l’a confessé, à sa manière, dès le début du livre (Introduction) :

« Ce livre raconte mes aventures éléphantines à la poursuite de l’évident. Personne ne peut trouver mon cas plus risible que je ne le trouve moi-même ; aucun lecteur ne peut m’accuser ici d’essayer de m’amuser à ses dépens : c’est moi qui suis le dupe dans cette histoire et aucun rebelle ne me jettera en bas de mon trône. Je confesse librement toutes les ambitions idiotes de la fin du XIXe siècle. J’ai essayé comme tant d’autres petits garçons solennels, d’être de quelques dix minutes en avance sur la vérité. Et j’ai trouvé que j’étais de dix-huit cents ans en arrière. J’ai haussé ma voix avec une exagération péniblement juvénile en émettant mes vérités. Et j’ai été puni de la façon la plus appropriée et la plus drôle, car j’ai gardé mes vérités ; mais j’ai découvert non pas qu’elles n’étaient pas des vérités mais simplement qu’elles n’étaient pas miennes. »
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