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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 01:07

La fameuse érudition de Chesterton transparaît de manière éclatante en 1906 quand paraît son première livre consacré à Charles Dickens. Outre cet ouvrage, Chesterton publiera sur l’auteur de Oliver Twist, Appreciations ans Criticisms of the Works of Charles Dickens (1911) et Charles Dickens Fifty Years After, paru le 9 juin 1920 pour la célébration du cinquantième anniversaire de la mort de Dickens. Appreciations ans Criticisms rassemble les introductions aux œuvres de Dickens publiés dans la Everyman’s library. À ces livres s’ajoute, toujours sur le même sujet, l’article qui lui fut demandé pour la célèbre Encyclopædia Britannica (14ème édition, 1929).

Publié par « Dodd, Mead and Company », Charles Dickens, a critical study, est un livre de 300 pages, dédié à Rhoda Bastable. Il s’agit d’une cousine de France Blogg, futur Madame Chesterton. Rhoda sera d’ailleurs demoiselle d’honneur au mariage de Chesterton le 28 juin 1901.

La traduction française du Charles Dickens date de 1927. Elle paraît dans la collection « Vie des hommes illustres » et porte le numéro 9. Le livre est édité par la librairie Delagrave et la Librairie Gallimard et paraît dans la collection de La NRF. La traduction a été assurée par Achille Laurent et L. Martin-Dupont. Dans cette version française, le livre comporte 214 pages ainsi qu’un portrait de Charles Dickens âgé de 18 ans. La table des matières est composé de douze chapitres :

1. Dickens et son temps
2. L’enfance de Dickens
3. La jeunesse de Dickens
4. Les aventures de Pickwick
5. La grande popularité de Dickens
6. Dickens et l’Amérique
7. Dickens et Noël
8. La période de transition
9. L’âge mur et les dernières œuvres
10. Les héros de Dickens
11. Du prétendu optimisme de Dickens
12. Note sur l’avenir de Dickens.

Cette biographie sera à l’origine en Angleterre d’un renouveau des études consacrées à Dickens. T.S. Eliot, par exemple, ou Peter Ackroyd, ne cacheront pas leur admiration devant l’érudition de Chesterton.
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25 septembre 2008 4 25 /09 /septembre /2008 18:13
Il est impossible d’explorer plus avant Hérétiques de Chesterton. C’est un livre riche, et en quelque sorte, fondateur. Par un hasard cumulé de l’histoire et de l’édition, Orthodoxie – qui répétons-le vient après –, a connu auprès du public français un succès plus important. Or, l’un ou l’autre des deux livres n’est pas meilleur, ou plus important, ou plus nécessaire. Avec le recul du temps, nous pouvons voir qu’ils forment un tout. Hérétiques appelle Orthodoxie comme Orthodoxie nécessite Hérétiques. Dans le petit essai que j’ai consacré à Chesterton (Pour le réenchantement du monde, Ad Solem), j’ai affirmé que ces ouvrages forment « l’histoire d’une âme » de Chesterton, à compléter pour englober tout son itinéraire par L’Homme éternel.

Pour terminer notre visite rapide d’Hérétiques, terminons par une citation consacrée à l’un des grands auteurs que G.K. Chesterton accroche : H.G. Wells (photo ci-dessous).


« Un homme purement moderne a émergé dans les décades les plus modernes, qui apporte dans notre monde la claire simplicité personnelle du vieux monde de la science. Nous avons un homme de génie, qui est un artiste, mais qui fut un savant et semble marqué au coin de cette grande humilité scientifique. Je parle de M. H.G. Wells. Dans son cas, comme dans ceux que j’ai cités plus haut, la première difficulté est de convaincre l’homme ordinaire qu’une telle vertu puisse être attribuée à un tel homme. M. Wells débuta dans la littérature par des visions violentes, visions des dernières affres de notre planète. Se peut-il qu’un homme qui débute par des visions violentes soit humble ? Il continua par des histoires de plus en plus étranges, taillant des bêtes en hommes et tirant des anges comme des oiseaux. L’homme qui tire les anges et taille les bêtes peut-il être humble ? Depuis lors, il a fait quelque chose de plus hardi qu’aucun de ces sacrilèges, il a prophétisé l’avenir politique de tous les hommes ; il l’a prophétisé avec une autorité agressive et une éclatante précision de détail. Le prophète de l’avenir humain est-il humble ? Il sera sans doute malaisé, avec l’idée courante qui règne sur les choses comme l’orgueil et l’humilité, de répondre à la question de savoir si l’homme est humble qui accomplit des choses aussi grandes, des choses aussi audacieuses. La seule réponse est celle que je donnais au début de cet essai. C’est l’homme humble qui accomplit les grandes choses, c’est l’homme humble qui accomplit les choses audacieuses. C’est l’homme humble à qui sont accordées les visions sensationnelles et cela pour trois raisons évidentes : premièrement, il tend ses yeux plus que n’importe quel autre homme pour les voir ; deuxièmement, il en est plus étonné et plus exalté quand elles viennent ; troisièmement, il les enregistre plus exactement et plus sincèrement sans les altérer par la platitude et l’amour-propre de sa personnalité journalière. Les aventures sont à ceux à qui elles sont le plus inattendues, c’est-à-dire le plus romanesques. Les aventures sont aux timides ; dans ce sens, les aventures sont à ceux qui ne sont pas aventureux.
Or, cette remarquable humilité mentale de M. Wells est, sans doute, comme il en est de bien des choses vitales et vivaces, difficile à illustrer par des exemples ; mais si l’on me demandait un exemple, je ne serais pas embarrassé par quel exemple commencer. Le trait le plus intéressant de M. Wells est qu’il est le seul parmi ses nombreux et brillants contemporains qui ne se soit pas arrêté de croître. Veillez la nuit, vous l’entendrez grandir. La preuve la plus évidente de cette croissance est un changement graduel d’opinion, mais non pas un simple changement d’opinion. »

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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 18:27
En 1935, André Maurois (sur Maurois, voir ICI) publia aux éditions Grasset un recueil de plusieurs essais, écrits pour la Société des conférences, et consacrés à quelques écrivains anglais. À côté de Kipling, Wells, Shaw, Conrad Strachey, Mansfield Lawrence et Huxley, André Maurois s'attarde à la personne et à l'œuvre de Chesterton. Il accorde notamment une grande place à Hérétiques, qu'il considère comme (avec Orthodoxie) un livre aussi important qu'une biographie pour connaître Chesterton. Le plus étonnant est que le livre d'André Maurois, Magiciens et logiciens, s'attache à trois auteurs dénoncés par Chesterton dans Hérétiques : Kipling, Wells et Shaw.
Au fait que dit Chesterton de Kipling dans Hérétiques ? (pour Shaw, voir ICI). Tout simplement ceci :

« La première chose à dire de M ; Rudyard Kipling et la plus juste, c’est qu’il a contribué brillamment à reconquérir les provinces perdues de la poésie. Il ne s’est pas laissé effrayer par l’aspect brutal ou matériel qui s’attache aux mots seuls. Il a pénétré jusqu’à la substance romanesque et imaginative des choses elles-mêmes. Il a perçu la signification et la philosophie propres de la vapeur et de l’argot. La vapeur n’est, si vous le voulez, qu’un sale sous-produit de la science, et l’argot un sale sous-produit du langage. Mais M. Kipling a été du petit nombre de ceux qui ont compris la parenté divine de ces choses, qui ont su qu’il n’y a pas de fumée sans feu, autrement dit que, partout où se rencontre la chose la plus vile, se rencontrent aussi la plus pure. Surtout il a eu quelque chose à dire, une vue définie des choses à exprimer, et cela signifie toujours qu’un homme est intrépide et regarde en face la réalité. Dès l’instant que nous avons une vue de l’univers, nous le possédons. Or, le message de Rudyard Kipling, le sujet auquel il s’est réellement attaché, est chez lui comme chez tous les hommes la seule chose qui vaille la peine qu’on s’en occupe. Il a souvent écrit de mauvais vers comme Wordsworth. Il a souvent dit des sottises comme Platon. Il s’est souvent laissé aller à la pure hystérie politique comme Gladstone. Pourtant nul ne peut douter qu’il ne veuille fermement et sincèrement dire quelque chose. Une seule question se pose : qu’a-t-il voulu dire ? »



On ne redonnera pas ici l'intégralité de l'étude d'André Maurois sur Chesterton (page 141 à 175 de son livre). En voici juste un extrait :

« Le grand péché des derniers siècles a été l'orgueil. L'intelligence humaine, enivrée de ses succès, en est venue à négliger les contraintes du réel et à mépriser les traditions de l'espèce. Elle a fini par s'emprisonner, comme les larves avant la mue, dans un déterminisme qu'elle-même avait secrété, dans une prison qu'elle-même avait filée, et par se laisser gouverner part les monstres qu'elle-même avait créés. Chesterton s'est efforcé avec une vigueur et une verve admirable de réconcilier intelligence et tradition. En face de Shaw et Wells, il est un contrepoids indispensable et, dirait-il lui-même avec un sourire, un contrepoids massif, donc efficaces.
On peut lui reprocher d'être parfois victime de sa propre virtuosité. Comme le physicien développe des formules symétriques et y trouve les lois du monde parce que Dieu est géomètre, ainsi Chesterton, en juxtaposant des paradoxes, construit une image de la réalité parce que la réalité est une somme de paradoxes. Mais le balancement de ses formules épuise parfois le lecteur, qui éprouve comme un malaise spirituel. Il voit si bien Chesterton est brillant qu'il ne voit plus que Chesterton est profond.  »
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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 18:10

Hérétiques (Heretics. Ci-contre l'édition américaine de 1919. Cette édition contient 305 pages) paraît en Angleterre le 6 juin 1905 et il est publié par la « John Lane Company ». Le livre voit le jour à une époque fiévreuse de la vie de Chesterton. Il multiplie les articles et les conférences pour vivre et ses ouvrages ne rencontrent pas toujours le succès financier souhaité. Depuis plusieurs années déjà, il s’est pourtant imposé, devenant un nom dans le monde littéraire et dans celui du journalisme. Mais son personnage lui-même joue un rôle important dans ce sens. On peut l’apercevoir écrire dans des cafés, au Cheshire Cheese ou au El Vino, boire sec, participer aux banquets de son ami Maurice Baring ou répondre aux invitations de ses confrères en écriture. Le sport est complètement absent de cette vie trépidante  alors qu’il rejoint au contraire la « Christian Social Union », une organisation anglicane attachée à l’étude des questions sociales, sous l’impulsion des idées de Charles Kingsley, F.D. Maurice et  J.M.F. Ludlow. C’est à cette époque encore que Chesterton demande à son épouse Frances de rédiger sa correspondance, dévoré qu’il est par l’écriture ou la préparation de conférences.
Chesterton dédie Hérétiques à son père (« To My Father »), ce qui n’apparaît nullement dans l’édition française. Edward Chesterton, comme son père avant lui, était à la tête d’une agence immobilière. Cet homme que l’on dépeint habituellement comme très sérieux a laissé une trace profonde dans l’esprit de son fils Gilbert qui lui consacre tout un chapitre de son autobiographie. Son sérieux n’empêchait pas Edward Chesterton de cultiver un véritable sens de l’humour et, plus encore, une véritable collection de hobbies qui trônaient sur son bureau. Il est l’homme du théâtre de marionnettes qui a tant marqué Chesterton, lui apportant le goût du merveilleux, du mystère et de la beauté des choses en même temps qu’il a ancré en lui ce nonsense typiquement britannique. Religieusement, il était Unitarien.

Avec l’introduction et la conclusion, Hérétiques comporte 20 chapitres dont voici les titres d’abord en anglais puis en langue française :

1.  Introductory Remarks on the Importance of Orthodoxy
 2.  On the Negative Spirit
 3.  On Mr. Rudyard Kipling and Making the World Small
 4.  Mr. Bernard Shaw
 5.  Mr. H. G. Wells and the Giants
 6.  Christmas and the Esthetes
 7.  Omar and the Sacred Vine
 8.  The Mildness of the Yellow Press
 9.  The Moods of Mr. George Moore
 10. On Sandals and Simplicity
 11. Science and the Savages
 12. Paganism and Mr. Lowes Dickinson
 13. Celts and Celtophiles
 14. On Certain Modern Writers and the Institution of the Family
 15. On Smart Novelists and the Smart Set
 16. On Mr. McCabe and a Divine Frivolity
 17. On the Wit of Whistler
 18. The Fallacy of the Young Nation
 19. Slum Novelists and the Slums
 20. Concluding Remarks on the Importance of Orthodoxy


1. Remarques préliminaires sur l’importance de l’orthodoxie.
2. De l’esprit négatif.
3. De M. Rudyard Kipling et du monde rapetissé.
4. M. Bernard Shaw.
5. M.H.G. Wells et les géants.
6. Noël et les esthètes.
7. Omar et la vigne sacrée.
8. La timidité de la presse jaune.
9. Les états d’âme de M. George Moore.
10. Les sandales et la simplicité.
11. La science et les sauvages.
12. Le paganisme et M. Lowes Dickinson.
13. Celtes et celtophiles.
14. De certains écrivains modernes et de l’institution de la famille.
15. Des romanciers mondains et des gens du monde.
16. De M. Mc Cabe et d’une frivolité divine.
17. De l’esprit de Whistler.
18. Les prétendues jeunes nations.
19. Les bas-fonds et leurs romanciers.
20. Observation finale sur l’importance de l’orthodoxie.


Dès les premières lignes, à la première page du livre, Chesterton pose clairement le problème. Aujourd’hui, l’hérétique se vante de l’être alors que jadis il prétendait être le seul à posséder la vérité. Même dans l’erreur, le critère restait le vrai. Aujourd’hui, en 1905, c’est l’inverse qui s’est imposé : l’erreur se revendique comme telle et réclame ses droits.
« Rien ne trahit plus singulièrement un mal profond et sourd de la société moderne, que l’emploi extraordinaire que l’on fait aujourd’hui du mot « orthodoxe ». Jadis l’hérétique se flattait de n’être pas hérétique. C’étaient les royaumes de la terre, la police et les juges qui étaient hérétiques. Lui il était orthodoxe. Il ne se glorifiait pas de s’être révolté contre eux ; c’était eux qui s’étaient révoltés contre lui. Les armées avec leur sécurité cruelle, les rois aux visages effrontés, l’État aux procédés pompeux, la Loi aux procédés raisonnables, tous comme des moutons égarés. L’hérétique était fier d’être orthodoxe, fier d’être dans le vrai. Seul dans un désert affreux, il était plus qu’un homme : il était une Église. Il était le centre de l’univers ; les astres gravitaient autour de lui. Toutes les tortures arrachées aux enfers oubliés n’auraient pu lui faire admettre qu’il était hérétique. Or il a suffi de quelques phrases modernes pour l’en faire tirer vanité. Il dit avec un sourire satisfait : « je crois que je suis bien hérétique », et il regarde autour de lui pour recueillir les applaudissements. Non seulement le mot « hérésie » ne signifie plus être dans l’erreur, il signifie, en fait, être clairvoyant et courageux. Non seulement le mort « orthodoxie » ne signifie plus qu’on est dans le vrai ; il signifie qu’on est dans l’erreur. Tout cela ne peut vouloir dire qu’une chose, une seule : c’est que l’on ne s’inquiète plus autant de savoir si l’on est philosophiquement dans la vérité. Car il est bien évident qu’un homme devrait se déclarer fou plutôt que de se déclarer hérétique. »

Pour écouter (en anglais) l'intégralité de l'introduction : ICI.

(À suivre…)
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22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 15:22
Nous avons publié ces derniers jours la préface d’Henri Massis à l’édition française d’Hérétiques. Ce livre ne sera connu du public français, dans une traduction intégrale, qu’à partir de 1930, c’est-à-dire après la parution de la version française d’Orthodoxie qu’elle précède normalement dans l’édition anglaise. Les deux livres, en effet, se suivent et le second n’est finalement qu’un approfondissement du premier. Cependant, à l’époque, ceux qui s’intéressaient à Chesterton, surpris et éblouis par cette pensée si radicalement différente, en avaient déjà lu des extraits dans l’essai du Père de Tonquédec (G.K. Chesterton, ses idées et son caractère, Beauchesne, 1926). Hérétiques est publié par Chesterton en 1905, quelques mois après Le Club des métiers bizarres (voir ICI et ). Cette fois, l’auteur abandonne le roman et se jette à corps perdu dans l’essai… polémique. Il est âgé de 31 ans et, avec une sorte d’ardeur juvénile, associée à de fortes certitudes, il va attaquer l’élite intellectuelle du moment. Ses cibles ne sont rien moins qu’impressionnantes. Qu’on en juge : Kipling, H.G. Wells ou G.B. Shaw, pour n’en citer que quelques-uns. Il fallait au jeune journaliste et écrivain une santé robuste pour provoquer la bagarre et se jeter ainsi dans la bataille.
Que reproche-t-il à ces écrivains ? Tout simplement d’être des hérétiques. Déjà, à l’époque, le mot sonne mal et sent son odeur d’inquisition. Pourtant, Chesterton n’hésite pas. Il utilise le terme, et dans une raison très précise : au nom de la défense de l’orthodoxie.
Le premier chapitre de cet essai majeur dans l’itinéraire de l’écrivain annonce, en effet, Orthodoxie. Il s’intitule : « Introductory Remarks on the Importance of Orthodoxy ». La mesure de l’hérésie sera clairement cette orthodoxie qui forme, en fait, le véritable sujet du livre. On a fini par l’oublier, du moins en France, d’abord à cause de Chesterton lui-même, de son style et du plan de son livre. Mais on a aussi fini par l’oublier parce qu’Orthodoxie, venant après Hérétiques, semble à lui tout seul développer ce thème. Or, ce n’est pas le cas. Dans l’un et l’autre cas, ce qui est en jeu, c’est bien l’orthodoxie – c’est-à-dire le fait positif, la vérité – et non d’abord l’hérésie. Chesterton utilise en quelque sorte une méthode pédagogique en frappant les esprits par l’accusation d’hérésie lancée envers certains écrivains et penseurs de renom. Il ne sera obligé de s’expliquer plus profondément et de se justifier en quelque sorte qu’une fois Hérétiques paru, alors qu’on lui demandera des comptes  sur son propre système de pensée.
En 1905, les choses n’en sont pas encore là. Il semble à Chesterton que son illustration de l’orthodoxie par l’attaque des hérétiques sera suffisante. On remarquera d’ailleurs que le dernier chapitre du livre répond directement au premier, pour enfoncer le clou : « Concluding Remarks on the Importance of Orthodoxy ».
Mais, au fait, qu’est-ce qu’être un hérétiques pour Chesterton ? Il l’explique, notamment, dans ce passage consacré à son ami Bernard Shaw :
« Je ne m’intéresse pas à M. Bernard Shaw comme à l’un des hommes les plus brillants et les plus honnêtes qui soient, je m’intéresse à lui comme à un hérétique dont la philosophie est parfaitement solide, parfaitement cohérente, et parfaitement fausse. J’en reviens aux méthodes doctrinales du XIIIe siècle, dans l’espoir d’aboutir à quelque chose ».
Passons sur le fait que G.B. Shaw est clairement présenté comme un hérétique. Le plus surprenant dans ce passage se trouve dans l'affirmation de la nécessité de revenir à la philosophie et à la théologie du moyen âge. En pleine période scientiste, alors que l’on croit au salut de l’humanité par les découvertes scientifiques, Chesterton s’offre le luxe – y a-t-il d’autres mots ? – d’indiquer que la solution se trouve finalement dans la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin ou dans les écrits de saint Bernard. Il faut repartir en quelque sorte de cette époque afin de parvenir à des résultats plus bénéfiques pour l’humanité que ceux qui découlent de la rupture de la Renaissance. Il approfondira d’ailleurs ce thème, en 1933, dans son Saint Thomas d’Aquin, lorsqu’il écrira :
« Nul ne comprendra la magnificence du treizième siècle s’il n’y voit une floraison de nouveautés issues d’une chose vivante : ce par quoi il surplombe de haut ce que nous appelons la Renaissance qui ne fut qu’une résurrection de choses mortes issues d’une tradition morte. Le treizième siècle est une Naissance et non une Renaissance, qui ne copie pas ses temples, sur des tombeaux et ne réveille pas les dieux endormis dans l’Hadès. Cette Naissance crée une architecture aussi neuve que nos constructions modernes ; en fait, elle demeure la seule architecture moderne. Elle fut suivie, lors de la Renaissance, par une architecture antique. En ce sens, la Renaissance mérite le nom de Rechute. Quoi que l’on pense de la haute nef dressée par le thomisme, elle n’était pas une rechute. Elle était l’équivalent du prodigieux travail qui a dressé les flèches inimitables. Le fondement de l’une et de l’autre était ce Dieu qui a renouvelé la face de la terre. »


(à suivre…)
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21 juillet 2008 1 21 /07 /juillet /2008 00:41


(Couverture de l'une des éditions anglaises : The Club of Queer Trades
de G. K. Chesterton, avec une introduction de Martin Gardner - 1988)


Lorsque nous avons évoqué Le Club des métiers bizarres (voir
ICI), nous écrivions que nous n’avions pas retrouvé trace de la première édition française. En fait, celle-ci date de 1937. La préface de Pierre Mille, qui précède cette version française, nous en apprend un peu plus sur la traductrice, Kathleen St Clair Gray :
 « Mlle St Clair Cray, écrit Pierre Mille, est écossaise – ne dîtes pas Anglaise, je craindrais qu’elle ne protestât ! – mais elle est devenue Française et “amante” si j’ose dire, de notre langue, de nos lettres, à un degré incroyable. À tel point qu’elle auraot composé cette introduction bien mieux que moi… Voici du reste un aute miracle auquel je voudrais bien que Chesterton eût songé pour nous l’expliquer à sa manière : de nos jours, il y a, ou il y eut, au moins deux éminents écrivains, deux poètes très purs nés en terre anglo-saxonne, Stuart Merril et Francis Vielé-Griffin, et un romancier de grand talent, M. Green, qui n’ont jamais pu vivre qu’en France, n’ont jamais écrit que le plus exact et le plus chaste français, alors que je connais pas mal de Français qui vivent en Angleterre et s’y plaisent, et s’y naturalisent, mais pas un seul qui s’y soit fait un nom dans les lettres anglaises. »
À cette affirmation un peu rapide de Pierre Mille, Chesterton, assurément, aurait pu répondre, comme le souhaitait d’ailleurs l’auteur de cette préface. Et pour dire que ce dernier se trompait. Au moins en partie ! Il y avait bien un Français, né en France, scolarisé en partie en France, qui avait fait son service militaire en France et qui s’était fait un nom dans les lettres anglaises. Il s’agit, bien sûr, du grand ami de Chesterton, Hilaire Belloc, petit-fils du
peintre français, Jean-Hilaire Belloc (1786-1866).
Concernant
Le Club des métiers bizarres (ci-contre dessin de Chesterton illustrant la première histoire de ce livre), Pierre Mille tente dans sa préface introductive quelques explications :
« Cette thèse littérairement justifiable, en tous cas littérairement féconde, que c’est le contraire qui est vrai, ou du moins pourrait bien l’être ; que par conséquent, les apparences doivent être fausses ; que c’est l’irréel qui est réel, le réel irréel, peut suffire à vous donner la clef de ce Club des métiers bizarres, si surprenant et si amusant par son élément de systématique dédain du réel. Vous y retrouverez Chesterton en personne, se moquant de lui-même et se dépassant en se moquant. Vous y retrouverez le roman policier pris à l’envers. Vous y retrouverez dans le main du détective amateur qui se trompe toujours, même la canne à épée de la jeunesse de Chesterton. Vous y retrouverez la démonstration de ce que, si un fait paraît invraisemblable c’est qu’il est vrai ; si un personnage a l’air d’un incorrigible et perpétuel blagueur, c’est qu’il toujours la vérité. Vous y découvrirez, bien entendu, qu’il n’y a que les fous qui vendent la sagesse (…). Avez-vous lu quand étiez enfant, Alice au pays des merveilles, ce chef-d’œuvre que seule pouvait produire une imagination anglaise ? Le Club des métiers bizarres c’est Alice aux pays des merveilles écrit pour grandes personnes ».
On suivra évidemment Pierre Mille dans sa démonstration, mais tant qu’il reste dans le domaine littéraire. Lorsqu’il applique sa thèse – « c’est le contraire qui est vrai » – aux positions politiques de Chesterton, peut-être va-t-il un peu trop loin, en forçant le trait. Ainsi, il écrit : « naturellement Chesterton se déclare “pro-Boër” en donnant des motifs qui valent ce qu’ils valent ; en réalité parce que, puisque tous les Anglais pensaient “anti-Boër”, le sentiment inverse avait des chances d’être le bon. » C’est écrire depuis la France et ne pas voir qu’une position aussi légère eut été scandaleuse au regard du nombre de morts lors de cette seconde guerre anglo-boërs. La véritable raison, Chesterton l’a manifesté souvent et à plusieurs reprises, expliquant combien cette guerre impérialiste dénaturé le vrai visage de l’Angleterre en subvertissant le patriotisme anglais en un impérialisme belliqueux. Il retrouvait dans la réaction des paysans sud-africains la même vision patriotique que la sienne. Pierre Mille pousse donc un peu un art littéraire en clef d’explication d’une vie. Peut-être aussi parce qu'il est lui-même un chantre de l'empire colonial ?
Le journaliste et écrivain Pierre Mille (
1864-1941) a notamment écrit

BARNAVAUX AUX COLONIES, que l'éditeur L'Harmattan présente ainsi : « Personnage littéraire surgi à une époque d'expansion coloniale agressive, Barnavaux était vu comme le type même du soldat de l'infanterie coloniale française. Les critiques contemporains voyaient en son créateur, le journaliste Pierre Mille (1864-1941), l'incarnation de l'esprit colonial lui-même. »


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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 20:13
Si nous continuons notre présentation rapide des livres de G.K. Chesterton, année après année, nous arrivons maintenant en 1905. Deux livres paraissent alors :

–      The Club of Queer Trades

–      Et le célèbre Heretics.
 


Le premier a été traduit en français sous le titre : Le Club des métiers bizarres, à ne pas confondre avec Le Club des fous, selon le titre adopté par l’Age d’Homme pour sa première traduction de Tales of the long bow (traduction par P.-A. Gruénais) paru en 1983. La deuxième traduction, qui date de 2007, est due à Gérard Joulié et porte comme titre : Les Contes de l'Arabalète.
Le Club des métiers bizarres a connu plusieurs éditions en France, toutes aux éditions Gallimard. Nous n’avons pas retrouvé la première parution de cette traduction. Réalisée par Kathleen Saint Clair Gray, elle a été remise en librairie en 1980, chez Gallimard, dans la collection « Du Monde entier ». Elle est précédée d’une préface de Pierre Mille (1864-1941). Elle est à nouveau publiée en 1996 chez Gallimard dans la collection « L’Étrangère ». C’est cette même traduction que l’on retrouve en 2003, dans le collection « L’Imaginaire », toujours chez Gallimard et sans préface.
 

Le Club des métiers bizarres contient six histoires, six aventures de Basil et de Rupert Grant qui sont confrontés à des crimes étranges et dont les explications sont encore plus étranges. C’est une sorte de parodie des romans policiers de l’époque et particulièrement du scientiste Sherlock Holmes. Dans la deuxième histoire, il y a un petit passage qui reflète déjà les idées de Chesterton :
« Évidement, j'excuse ce cher vieux Cholmondeliegh, dit Lord Beaumont, tout en nous aidant à enlever nos pardessus. Il n'a pas l'esprit moderne.
– Qu'est-ce que l'esprit moderne ? demanda Grant.
– Oh !… c'est un esprit de lumière et de progrès, qui envisage sérieusement les réalités de la vie. À ce moment un autre accès d'hilarité éclata derrière la porte.
– Je demande cela, dit Basil, à propos de deux de vos récents amis qui avaient l'esprit moderne : l'un croyait mal de manger des poissons, l'autre croyait bien de manger des hommes. Pardon… c'est par ici, si je me rappelle bien.
– Savez-vous, dit Lord Beaumont avec une sorte d'exaltation fiévreuse, en trottinant derrière nous, je n'arrive pas à comprendre de quel côté de la barrière vous êtes. Quelques fois, vous paraissez tellement libéral et quelque fois tellement réactionnaire. Basil, êtes-vous un homme moderne ?
– Non, dit Basil à voix haute et joyeusement au moment où nous pénétrions dans le salon rempli de monde. »


On l'aura compris Chesterton ne porte pas un culte énorme à la modernité et au progrès, tout en étant bien ce libéral-réactionnaire ou plus exactement celui qui échappe aux étiquettes.

Mais ce « club » dont le nom forme le titre de l’ouvrage, de quoi s’agit-il ? En voici rapidement l'explication :
« La nature de cette société […] peut facilement se résumer en quelques mots : c'est un club excentrique et bohème; la seule condition exigée pour en faire partie consiste en ceci, que le candidat doit avoir inventé la profession qui le fait vivre et que cette profession doit être entièrement nouvelle. La définition exacte de cette exigence tient en deux règles principales :
1° Il ne faut pas que ce soit une simple application ou variante d'un métier déjà existant. Ainsi, par exemple, le club n'accepterait pas comme membre un agent d'assurances simplement parce que, au lieu d'assurer le mobilier des gens contre l'incendie, il assurerait, mettons, leur culotte contre les morsures d'un chien enragé. […]
2° Cette profession doit être une véritable source de revenus commerciaux, le gagne-pain de son inventeur. Ainsi, le club n'admettrait pas comme membre un individu simplement parce qu'il lui plairait de passer ses journées à ramasser des boîtes à sardines vides, à moins qu'il ne réussisse par ce moyen à gagner un argent fou »
.
 
 
Les héros de ce livre sont au nombre de deux. Rupert Grant, le détective qui mène l’enquête sur différents crimes. Comme Sherlock Holmes, Rupert Grant se fie beaucoup à son pouvoir de déduction. Seulement, il a toujours tort. Et, en fait, c’est son frère Basile Grant, juge à la retraite, qui semble le véritable héros, en démontrant à son frère qu’il n’y a pas eu de crimes et pas de héros. Dale Ahlquist, président de l’American Chesterton society, et très fin connaisseur de l’œuvre de l’écrivain, émet l’hypothèse que les deux frères du roman reflète Gilbert et Cecil Chesterton, les deux frères dans la vie réelle. Qui serait qui ? Gilbert pourrait se retrouver du côté de Basil pendant que Cecil aurait son pendant en Rupert.
Voici le portrait que donne Chesterton de Basil Grant :
« Très peu de gens savaient quoi que ce fût  au sujet de Basil. Non pas qu'il fût un ours le moins du monde, car si un inconnu était entré chez lui, il l'aurait fait parler jusqu'au matin. Il avait peu de relations parce que, comme tous les poètes, il pouvait s'en passer. Il accueillait un visage humain comme il aurait accueilli un subit changement de teinte dans un coucher de soleil, mais il n'éprouvait pas plus le besoin d'aller dans le monde que de modifier les nuages du couchant. Il habitait une mansarde bizarre mais confortable sous les toits de Lambeth. Il était entouré d'un chaos d'objets qui faisaient un contraste étrange avec les bouges d'alentours : de vieux livres fantastiques, des épées, des armures, tout le bric-à-brac du romantisme. Parmi toutes ces reliques don-quichottesque, sa figure paraissait curieusement expressive et moderne, une figure puissante de magistrat. »

Les chapitres du livre :

Les aventures formidables du major Brown
Pour écouter (en anglais) :
ICI
Le pénible effondrement d'une grande réputation
Pour écouter :
ICI
L'effroyable raison de la visite du pasteur
Pour écouter :
ICI
La curieuse affaire de l'agent de location
Pour écouter :
ICI
La singulière conduite du professeur Chadd
Pour écouter :
ICI
L'excentrique séquestration de la vieille dame
Pour écouter :
ICI

Une adaptation a été réalisée pour la radio par la BBC et a été diffusée en avril 2005.
Notos que le livre contient plusieurs allusions à la France. La première phrase de l'ouvrage est d'ailleurs celle-ci : « Rabelais, ou son illustrateur fantastique Gustave Doré, … »

Pour la petite histoire, le livre n'eut pas un grand succès à sa parution en mars 1905. Et Chesterton avait alors besoin d'argent… Les histoires du Club of Queer Trades parurent d'abord en livraisons mensuelles dans l'Idler, entre juin et décembre 1904. On retrouve dans ce livre des thèmes abordés dans son Napoléon de Notting Hill, mais sans la transposition à la fin du XXe siècle et sans l'aspect médieval. Il s'agit de montrer le fantastique ou la romance qui se trouvent au cœur même du réel, lesquels exigent d'ouvrir les yeux à la façon d'un poète pour les déceler. Max Ribstein note à raison la présence de trois thèmes majeurs : le cauchemar, les dangers de l'Orient et la folie. On s'accordera avec lui pour dire que ces thèmes, notamment les deux derniers relèvent chez Chesterton d'une vision métaphysique mais également découlent de son propre existence et de ses interrogations. Heureusement, l'humour et la fantaisie habillent tout cela et offrent un roman qui connaît aujourd'hui un succès plus important que lors de sa parution. Le livre étant disponible en français le mieux est encore de le lire.
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12 juin 2008 4 12 /06 /juin /2008 00:12

Importante l'année 1904 ? Oui pour Chesterton car c'est l'année de la parution de son roman Le Napoléon de Notting Hill. On ne résumera pas ici l'histoire du Napoléon, roman qui a déconcerté lors de sa parution, non seulement à cause de la thèse qu'il illustre, mais aussi parce que si l'introduction se situe en… 1984, l'action des trois derniers chapitres se déroule en… 2004. On l'aura compris, Chesterton a composé son roman à la fois comme un roman d'anticipation et comme un roman du temps présent et d'un temps passé – le moyen âge.
 
Au-delà de ces différents aspects, Chesterton illustre ici son attachement au patriotisme local ou ce que nous avons appelé le "patriotisme des petits espaces", refus de l'État moderne et du totalitarisme collectiviste. Il s'attaque directement à l'impérialisme britannique, accepté alors par nombre de ses concitoyens comme une évidence mathématique et confondu avec le patriotisme. Pendant la Seconde Guerre contre les Boers, Chesterton et Belloc (auquel Le Napoléon est dédié) avaient pris position contre la guerre par contestation de cet impérialisme. Leur soutien aux Boers reposait sur le fait que ceux-ci agissaient par patriotisme et légitime défense. On
retrouve ces aspects dans Le Napoléon.

Mais Le Napoléon est d'abord l'histoire rocambolesque de la défense de la souveraineté d'un quartier de Londres. L'humour est
sans cesse mobilisé ainsi que les paradoxes. Pointe déjà également la critique des idées modernes et des penseurs du moment, que l'on trouvera l'année suivante dans Hérétiques. Les savants, les spécialistes, les apôtres du retour à la nature, les socialistes, les scientistes ou les végétariens y sont dénoncés, à travers un récit loufoque, à la construction un peu difficile au point de départ, comme si Chesterton avait eu du mal à prendre son élan.
Reste que ce premier roman illustre parfaitement l'écrivain Chesterton et qu'il est une bonne porte d'entrée pour découvrir son œuvre romanesque.




Le livre est toujours disponible dans sa traduction française (Jean Florence). Il a été réédité en 2001, dans la collection L'Imaginaire/Gallimard (n° 435). Dans cette édition, le livre comporte 246 pages. Il avait déjà connu une réédition en 1980, dans la collection "Du monde entier", toujours chez Gallimard. La première édition française date de 1912, pour les Éditions de la "Nouvelle revue française", située alors 35&37 rue Madame à Paris. Imprimé sur papier épais, l'ouvrage contient 282 pages, vendu alors au prix de 3 francs 50. L'édition française a ignoré les illustrations.
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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 00:02
Nous avons évoqué jusqu’ici les premiers livres de Chesterton, entre 1900 et 1903. Nous continuons en abordant l’année 1904 et la parution de deux ouvrages : une étude sur le peintre G.F. Watts et un roman, Le Napoléon de Notting Hill. Rappelons que l’année précédente, Chesterton faisait paraître sa  première biographie qui était aussi son premier véritable livre, écrit en tant que tel et non pas une collection de textes divers (voir ICI).
G.F. Watts est le livre d'un homme qui est lui-même un artiste ou qui, pour le moins, a reçu une éducation artistique lors de son passage à la Slade School. Ce livre dans lequel Chesterton évoque "la spirituelle et symbolique histoire des couleurs" paraît en mars 1904, avec 37 reproductions du peintre. Dans l'édition américaine éditée par Rand, McNally & Company, l'ouvrage contient 146 pages. Il ne semble pas avoir été traduit en français.
Mais le grand livre de cette année-là, c'est Le Napoléon de Notting Hill. Il est publié le 22 mars à la Bodley Head Ltd, par l'éditeur John Lane. Le dépot légal sera effectué ou du moins daté du 22 avril 1904. Selon Max Ribstein, le livre comporte 290 pages dans sa première édition, en raison des caractères utilisés. L'édition américaine de la même année (John Lane Company, New York) est de 301 pages, avec les sept illustrations de W. Graham Robertson ainsi que la carte des batailles (voir ci-dessous), présentes dans l'édition anglaise.
Le Napoléon est organisé en cinq livres, composé chacun de trois chapitres.





Livre I

1- Remarques préléminaires sur l'art de prophétiser
2- L'Homme à l'habit vert
3- La colline de l'humour

Livre II
1- La Charte des cités
2- Le conseil des prévôts
3- Un lunatique fait son entrée

Livre III
1- De l'état d'âme d'Adam Wayne
2- Le remarquable M. Turnbull
3- L'expérience de M. Buck

Livre IV
1- La bataille des Réverbères
2- Le correspondant du "Journal de la Cour"
3- La grande armée de South Kensington

Livre V
1- L'Empire de Notting Hill
2- La dernière bataille
3- Deux voix

Le livre est dédié à Hilaire Belloc à travers un poème de cinq strophes de huit vers. En voici la première et la dernière strophe dans la traduction donnée par Jean Florence pour Gallimard :

"Pour chaque ville, pour tout endroit,
Dieu fit les étoiles spécialement.
Les enfants les regardent d'un air effaré,
Les voyants prises dans les branches d'un arbre.
Vous avez vu la lune du haut des dunes du Sussex,
Une lune de Sussex que nul encore n'avait explorée;
Celle que je vis était urbaine,
C'était le plus grand des réverbères de Campden Hill.



(…)

Loin de vos plateaux ensoleillés,
J'ai vu la vision : Les rues que je suivais,
Ces rues droites et éclairées fuyaient, et rejoignaient
Les rues étoilées qui vont vers Dieu.
Cette légende d'une heure épique,
Enfant, je la rêvai, et je la rêve encore
Sous le grand et gris Château-d'Eau
Qui, dressé sur Campden Hill, atteint les étoiles".



Le Château d'Eau est un élément central de ce roman, lieu d'une bataille épique et grandiose. Dès la première page de son autobiographie, Chesterton évoque Kensington et la colline de Campden puisque la chapelle Saint-George dans laquelle il fut baptisé se trouvait face à ce Château-d'Eau. G.KC. précise à ce sujet : "Je n'entends attacher aucune signification spéciale à une relation possibles entre les deux édifices; je vais plus loin : je nie avec indignation que cette église ait été choisie tout exprès parce qu'il fallait toute la pression des eaux de la banlieue ouest pour faire un bn chrétien du petit enfant que j'étais".
N'empêche ! Chesterton précise bien que "la haute tour du réservoir était appelée à jouer un rôle dans la vie".
À suivre…


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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 19:17


Nous continuons ici notre petit historique concernant la parution des histoires mettant en scène le père Brown, après avoir signalé dans une première partie la parution du premier recueil (voir
ICI).
Aucune histoire du Father Brown ne paraît en 1912. C'est à partir de 1913 que Chesterton reprend la plume et publie les histoires du prêtre-détective dans un nouveau support : The Pall Mall magazine. La production n'est plus aussi systématique qu'en 1910 et 1912, période pendant laquelle les histoires paraissaient au rythme d'une par mois. Pour 1913, nous avons donc :

Mars : The Absence of Mister Glass (L'absence de monsieur Glass);
Pour écouter (en anglais) :
ICI
Mai : The Purple Wig (Le perruque pourpre);
Pour écouter (en anglais) : ICI
Juin : The Head of Cesar (La tête de César);
Pour écouter (en anglais) : ICI
Juillet : The Strange crime of John Boulnois (L'étrange crime de John Boulnois);
Pour écouter (en anglais) : ICI
Août : The Paradise of Thieves (Le paradis des voleurs);
Pour écouter (en anglais) :
ICI
Septembre : The Man in the passage (L'Homme dans le passage);
Pour écouter (en anglais) : ICI
Octobre : The Mistake of the machine (L'Erreur de la machine).
Pour écouter (en anglais) : ICI

Plusieurs mois vont passer avant que Chesterton ne replonge le Father Brown dans de nouvelles aventures. L'année 1914 est particulièrement difficile pour l'écrivain qui tombe gravement malade. Pendant cette année historique, nous avons donc :

Juin : The Perishing of the Pendragons (Le naugrage des Pendragon);
Pour écouter (en anglais) : ICI
Juillet : The Salad of Colonel Craig (La salade du colonel Craig);
Pour écouter (en anglais) : ICI
Août : The Duel of Docteur Hirsch (Le duel du docteur Hirsch);
Pour écouter (en anglais) :
ICI
Septembre : The God of the Gongs (Le Dieu des Gongs).
Pour écouter (en anglais) : ICI

Toutes ces nouvelles forment un nouveau recueil, The Wisdom of Father Brown, qui paraît en octobre 1914, chez Cassel and Co. Il paraît en 1915 à New York chez l'éditeur John  Lane.
Chesterton y a ajouté une autre histoire, publiée pour la première fois dans ce recueil. Il s'agit de The Fairy Tale of Father Brown (Le Conte de Fées du Père Brown). Pour écouter (en anglais) :
ICI
Traduit en français par Yves André, l'ouvrage paraît chez Gallimard sous le titre de La Sagesse du Père Brown. Il est inclus dans le volume Détective du Bon Dieu, publié toujours chez Gallimard en 1954. Il est également présent dans le volume Omnibus qui vient de paraître.
Signalons encore l'édition en Folio, n° 1656, en 1985 pour le recueil complet et en Folio 2 (n° 4275), sous le titre Trois enquêtes du Père Brown, qui comprend L'absence de Monsieur Glass; Le Paradis des voleurs et Le naufrage des Pendragon. Enfin l'histoire
L'Homme dans le passage se trouve dans le volume publié en Livre de poche (n°8740), en volume bilingue, sous le titre The Secret of Father Brown/Le secret du père Brown (1991).



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